Depuis le début 2012, la Tunisie a accueilli plus de deux millions de touristes, ce qui représente une augmentation de 40% par rapport à l’année précédente. Cette augmentation est due à la stabilité interne amenée par la nouvelle action politique et sociale du gouvernement tunisien, déterminé à se démarquer concrètement du précédent régime, dirigé par Zine el-Abidine Ben Ali. Exilé en Arabie Saoudite avec son épouse, l’ancien Président de la République a été récemment condamné à la réclusion à perpétuité pour la mort de la répression des insurgés « Révolution de jasmin ». Les autorités tunisiennes travaillent également à récupérer les richesses que Ben Ali et sa famille avaient transférées à l’étranger pendant les années de son régime. À cet égard, l’actuel Président du gouvernement, Hamadi Jebali, a annoncé que, pendant les dernières semaines, la Tunisie a réussi à récupérer des biens d’une valeur de 28 M €, que Ben Ali avait placé au Liban et qu’on soupçonne être le résultat du pillage des richesses tunisiennes organisés par le clan de l’ancien Président de la République.

En outre, le gouvernement a annoncé que les élections législatives en Tunisie auront lieu le 20 mars prochain, auxquelles participeront probablement aussi les islamistes de Hizb ut-Tahrir. Après avoir exercé ses activités illégalement, ce parti a récemment obtenu l’autorisation du gouvernement tunisien de mener des activités politiques. Considérant comme principal point de son programme politique l’application de la charia comme loi fondamentale de l’État, Hizb ut-Tahrir a le plus grand soutien au sein du mouvement salafiste tunisien. En attendant, le parti islamique modéré Ennahda a besoin de regagner sa crédibilité, après l’enthousiasme qui a suivi l’élection de l’Assemblée constituante tunisienne. Le parti a pris un nouveau virage, tout en élisant Rachid Ghannouchi comme leader du parti avec plus de 72,5% des votes. Il va travailler pour mieux préparer les prochaines élections législatives du 2013, désirant présenter Ennahda avec un visage différent de l’actuel.

Un autre visage sera certainement celui de la future constitution, qui sera peut-être affectée par la récente demande officielle de l’UNICEF d’inclure les droits des enfants au sein de la nouvelle constitution de la Tunisie, dont le texte est en cours de rédaction et qui devrait être achevé à l’automne prochain. Toutefois, il convient de noter que les accords entre les forces politiques représentées dans l’Assemblée constituante tunisienne sont bloqués, pouvant conduire à une fracture insurmontable entre Ennahda, qui détient la majorité, et la plupart des autres formations politiques, qui se présentent comme réformiste. Le conflit est basé sur le choix du type de régime politique : ce sera le plus grand changement de la Constitution de la Tunisie, qui devrait définir le rôle des principaux acteurs institutionnels (Parlement, Président du gouvernement et Président de la République) à l’avenir en Tunisie. Ennahda soutient la création d’un système purement parlementaire, tandis que les autres partis un semi-parlementarisme marquée par un rôle plus « actif » du Président de la République qui aurait des prérogatives claires. Actuellement, les deux positions sont loin d’être en mesure de trouver un consensus et on peut craindre une éventuelle impasse durable. Pour éviter que cela se produise, la possibilité d’organiser un référendum sur ce point précis n’apparaît pas seulement comme une solution possible pour débloquer la situation, mais comme une acceptation d’une contradiction irrésoluble entre les différentes positions.

 

GIACOMO MORABITO

Université de Messine

 

Since early 2012, Tunisia hosted more than two million tourists, representing an increase of 40% over the previous year. This increase is due to the internal stability brought by the new political and social action of the Tunisian government, determined to stand out from the practices the previous regime, led by Zine El Abidine Ben Ali. Exiled in Saudi Arabia with his wife, the former President of Tunisia was recently sentenced to life imprisonment for the death of insurgents’ during the repression of the “Jasmine Revolution”. The Tunisian authorities are also working to recover the treasures that Ben Ali and his family had transferred abroad during the years of his regime. In this regard, the current Prime Minister, Hamadi Jebali, has announced that, during the last weeks, Tunisia has managed to recover property valued at € 28 million that Ben Ali had located in Lebanon and that suspected to be the result of the pillaging of the Tunisian treasures organized by the clan of the former President of Tunisia.

Also, the government announced that legislative elections will be held in Tunisia on the 20th of March, also with the probable participation of the Islamists of Hizb ut-Tahrir. Having been operating illegally, the party has recently received approval from the Tunisian government to engage in political activities. Considering the central point of its political program the application of sharia as the fundamental law of the State, Hizb ut-Tahrir has most support within the Salafi movement in Tunisia. Meanwhile, the moderate Islamic party Ennahda needs to regain its credibility after the enthusiasm that followed the election of the Constituent Assembly of Tunisia. The party took a new turn, while reelecting Rashid al-Ghannushi as party leader with more than 72.5% of votes. He will work to better prepare for the 2013 parliamentary elections, wishing to present Ennahda with a different face.

Another face is certainly that of the future constitution, which may be affected by the recent official request from UNICEF to include children’s rights within the new Tunisian Constitution, whose the text is under preparation and should be completed in the autumn. However, it should be noted that the agreements between the political forces represented in the Constituent Assembly of Tunisia are blocked and this could lead to an insurmountable fracture between Ennahda, which has the majority, and most other political parties, which present themselves as reformists. The conflict is based on the choice of the kind of political system: it will be the biggest change of the Tunisian Constitution, which should define the role of major institutional actors (Parliament, Prime Minister and President of Tunisia) in Tunisian future. Ennahda supports the creation of a pure parliamentary system, while other parties support a semi-parliamentary system marked by a more “active” President of Tunisia who would have clear prerogatives. Currently, both positions are far from being able to find an agreement and there is a fear of a deadlock durable. To prevent that to happen, the possibility of holding a referendum on this point appears not only as a possible solution to break the deadlock, but as an acceptance of an irresolvable contradiction between the different positions.

GIACOMO MORABITO

University of Messina

 

Lundi une vague d’attaques meurtrières a secoué au moins 13 villes en Irak, faisant au moins 100 morts et des dizaines d’autres blessés. La nature coordonnée de la violence et l’accent mis sur des cibles multiples a indiqué qu’al-Qaïda en Irak, le groupe militant responsable de centaines de morts dans le Pays ces dernières années, peut-être derrière ces attaques.

Depuis le début de la révolution en Syrie il y a seize mois, le Liban officiel a suivi une stricte politique de neutralité, s’abstenant dans toutes les résolutions de la Ligue Arabe. Cette politique de « naé bel nafess » (littéralement « distanciation ») est consensuelle, tant les partis libanais redoutent un débordement chez eux de la guerre civile syrienne.

Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe appelle les gouvernements européens à renoncer aux lois et mesures visant spécialement les musulmans et interdire la discrimination fondée sur la religion ou les convictions dans tous les domaines.

Durant les dernières semaines, la révolte contre le président Bachar al-Assad a été transformée d’un soulèvement armé dans les provinces reculées à une bataille pour le contrôle des deux principales villes, Alep et la capitale Damas, qui ont été les principales bases de soutien du régime. Les activistes disent que des milliers de soldats ont été envoyés à Alep, où les affrontements ont été signalés dans la ville pour la sixième journée consécutive.

Le nombre de colons israéliens dans la Cisjordanie occupée a franchi la barre des 350 000 pour la première fois, après avoir augmenté de plus de 15.500 dans la seule année passée. Les nouvelles données démographiques pour les colonies ont été accueillies par l’éminent leader des colons comme la preuve que leur présence est un « fait irréversible ».

 

On Monday a wave of deadly attacks shook at least 13 cities in Iraq, killing at least 100 people and dozens of others injured. The coordinated nature of the violence and the focus on multiple targets has indicated that al-Qaeda in Iraq, the militant group responsible for hundreds of deaths in the country in recent years, may be behind these attacks.

Sixteen months ago, since the beginning of the Syrian revolution, Lebanon government has followed a strict policy of neutrality, abstaining in all resolutions of the Arab League. This policy of “naé bel nafess” (literally “distancing”) is consensual, both Lebanese political parties fear an internal overflow of Syrian civil war.

The Commissioner for Human Rights of the Council of Europe calls on European governments to renounce laws and measures that focus specifically on Muslims and to prohibit discrimination on religion or convictions in all areas.

In recent weeks, the revolt against the President Bashar al-Assad has been transformed from an armed uprising in the remote provinces in a battle for control of the two main cities, Alep and the capital city Damascus, which were the main bases supporting the regime. Activists say that thousands of soldiers were sent to Alep, where clashes were reported in the city for the sixth consecutive day.

The number of Israeli settlers in occupied West Bank has surpassed the 350,000 for the first time, after increasing more than 15,500 in last year alone. The new population data for the colonies were granted by the eminent leader of the settlers as evidence that their presence is an “irreversible fact”.

 

Analyse

Le Liban et la crise syrienne

Les progrès très marqués de l’insurrection populaire en Syrie ces derniers jours, et la perspective plus tangible d’une chute du régime de Damas, conduisent à s’interroger à nouveau sur les risques encourus dans la région et notamment au Liban. Très affecté sur le plan économique, social, et sécuritaire par le conflit voisin, le pays du Cèdre n’a jusqu’à récemment que peu réagi à la crise syrienne.

Mais l’affaiblissement du régime de Bachar el-Assad ainsi que les risques liés aux trafics d’armes ou aux conflits portés par le Hezbollah sont de nature à faire bouger les lignes. Dans ce contexte, il est utile de rappeler quelles ont été la situation et les réactions libanaises depuis le début de la crise syrienne ainsi que les conséquences politiques et sécuritaires auxquels le pays est à ce jour exposé.

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Les progrès très marqués de l’insurrection populaire en Syrie ces derniers jours, et la perspective plus tangible d’une chute du régime de Damas, conduisent à s’interroger à nouveau sur les risques encourus dans la région et notamment au Liban. Très affecté sur le plan économique, social, et sécuritaire par le conflit voisin, le pays du Cèdre n’a jusqu’à récemment que peu réagi à la crise syrienne.

Mais l’affaiblissement du régime de Bachar el-Assad ainsi que les risques liés aux trafics d’armes ou aux conflits portés par le Hezbollah sont de nature à faire bouger les lignes. Dans ce contexte, il est utile de rappeler quelles ont été la situation et les réactions libanaises depuis le début de la crise syrienne ainsi que les conséquences politiques et sécuritaires auxquels le pays est à ce jour exposé.

La Syrie n’a jamais veritablement quitte le Liban

Il est néanmoins nécessaire, avant d’aborder la situation présente, de rappeler que la Syrie a pu maintenir une influence forte au Liban après le retrait de son armée, en avril 2005.

En effet, si Damas a abandonné l’ambition d’une présence armée au Liban, le régime va néanmoins maintenir ses jalons politiques et militaires chez son voisin pour continuer de peser dans la région et maintenir une fierté nationale. C’est ainsi que Emile Lahoud et Nabih Berri, Présidents de la République et du Parlement, et alliés de Damas maintenus au pouvoir, défendirent à l’époque les intérêts syriens. Et que le Premier ministre, Fouad Siniora, sera ignoré par Damas et mis sous pression par l’opposition nouvelle au Courant du Futur majoritaire, composée du Hezbollah, de Amal et du Courant Patriotique libre (CPL) du Général Aoun, exclu de participation gouvernementale malgré son bon score électoral.

Ce nouveau clivage politique traduit la montée de tensions propres à la politique libanaise mais s’organisait surtout bien plus nettement autour de la question du rôle et de l’influence syrienne dans le pays, que les difficultés d’établissement du Tribunal spécial pour le Liban  (TSL) cristallisèrent. Le renforcement du Hezbollah suite à l’intervention israélienne de 2006, et la montée des tensions entre les camps du 8 mars (allié à Damas) et du 14 mars (opposé à Damas), firent courir un temps le risque de guerre civile et de tensions que la Syrie eût tout  intérêt à alimenter.

En effet, les accords de Doha de mai 2008, prévoyant l’élection d’un nouveau Président de la République et la formation d’un gouvernement d’union nationale, fournissent à la Syrie l’occasion de prétendre qu’elle concoure avec bienveillance à la baisse des tensions libanaises. Dans la foulée, sa réintégration dans le concert diplomatique dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée, à l’été, elle-même suivant des négociations de paix avec Israël, ainsi que l’ouverture de relations d’Etat à Etat avec le Liban[1], paraissent être autant de signes annonciateurs d’avancées entre les deux pays.

Peu de changements concrets sont toutefois notés dans la relation bilatérale, comme en attestent les nombreux contentieux syro-libanais toujours en suspens. Que ceux-ci concernent l’absence de délimitation de frontières, les armes des Palestiniens hors des camps, les prisonniers libanais en Syrie et, bien sûr, la trop lente révision des accords bilatéraux issus de Taëf,  la Syrie parvient a maintenir des leviers d’influence diffus au Liban. Quant à l’armée et aux services de renseignement libanais, ils ont été profondément marqués par la tutelle syrienne, le corporatisme, et le clientélisme, et ne comptent pas parmi les opposants à Damas. Les sociétés, elles mêmes, sont étroitement liées depuis longtemps.

Des liens civils et financiers demeurant forts

Dans l’Empire ottoman, les liens commerciaux et civils entre les provinces des territoires actuels de la Syrie et du Liban étaient naturels. Et les liens humains se sont renforcés par la suite. Au cours de la seconde guerre mondiale, par exemple, de nombreux ouvriers syriens ont émigré au Liban, avant des catholiques d’Alep arrivés dans les années 1950. Certains parmi ces derniers sont devenus des banquiers et riches commerçants du Liban. De nombreux hommes d’affaires syriens occupèrent également peu à peu des fonctions influentes dans la finance et l’immobilier libanais.

Cette présence ancienne reflète une volonté continue de la Syrie de se projeter dans un ensemble unifié, facilité par les nombreuses conventions d’application du Traite de Fraternité (1991), dont celles sur les libertés de circulation, de création d’emplois, de travail ou de circulation des capitaux. Celles-ci ont en effet conforté le rôle de plateforme commerciale et financière attribué au pays du Cèdre dans le service des intérêts syriens, qu’ils soient ceux du régime ou des milieux d’affaires des deux pays, et renforcent l’importance des proximités et intérêts entre les deux peuples. A titre d’exemple, on estime en 2010 qu’un tiers des avoirs syriens a l’étranger étaient placés au Liban, que 60% des familles libanaises avaient des parents en Syrie, et que trois cent mille syriens travaillaient au Liban[2].

Les répercussions du conflit syrien au Liban ont déjà beaucoup éprouvé le pays

Cette étroite imbrication des deux pays a d’autant plus exposé le Liban aux conséquences économiques, sociales, et sécuritaires de la crise syrienne actuelle.

L’économie libanaise est d’ores et déjà impactée par la crise syrienne malgré sa résilience maintes fois mise à l’épreuve par le passé. Ainsi le Fonds Monétaire International (FMI) a-t-il chiffré la croissance libanaise en 2011 à 1,5% contre une moyenne de 8% entre 2007 et 2010, et a identifié la crise syrienne comme le principal risque pesant en 2012 sur l’économie[3]. De même la plupart des banques libanaises ont souligné dans leurs bulletins annuels de conjoncture l’impact des événements syriens sur l’environnement économique. L’agence de notation Moody’s s’est également basée en partie sur la détérioration de la situation en Syrie pour dégrader en décembre 2011 les perspectives du secteur bancaire de stables à négatives. On relève trois canaux de transmission économique de la crise syrienne.

En premier lieu se trouve la situation géographique du Liban qui fait de la Syrie un partenaire commercial privilégié mais aussi sa seule porte de sortie terrestre. La perte du marché syrien se combine à des conditions de sécurité du transport terrestre très dégradées qui font augmenter les coûts d’assurance et affectent fortement les exportations de produits libanais ainsi que la distribution, dans les autres pays de la région, des produits arrivant par le port de Beyrouth. Les exportations de produits agricoles et de ciment sont particulièrement touchées. Les représentants des organisations agricoles tirent la sonnette d’alarme en signalant, par exemple, que 90% des bananes produites au Liban sont exportées vers la Syrie ou encore que les exportations de pomme de terre ont chuté de moitié. De même la Cimenterie nationale fait état d’exportations qui seraient tombées de 100.000 tonnes à 30.000 tonnes par trimestre, rejoignant les estimations d’autres acteurs du secteur.

Un autre secteur touché par la crise syrienne, quoique dans une moindre mesure pour l’instant, est celui du tourisme. Si les chiffres font état d’une très mauvaise année 2011 avec une contraction de l’ordre de 25% du nombre de visiteurs, l’instabilité politique au pays du Cèdre lui-même ne peut expliquer qu’une partie de l’atrophie. Il convient de comprendre que le flux de visiteurs occidentaux qui est directement affecté par la situation en Syrie[4] ne constitue pas le cœur du tourisme libanais. L’inquiétude porte donc plutôt sur les conséquences de la crise sur le tourisme régional, qu’il soit syrien ou arabe, ainsi que sur celui des libanais de l’étranger. Le principal risque est bien entendu celui d’une assimilation du Liban à la Syrie dans les esprits des touristes et/ou d’une crainte de contagion de l’instabilité qui conduirait à des annulations massives des estivants régionaux et des émigrés libanais.

Enfin, le système financier commence à être éprouvé par la crise syrienne, comme le montre l’avertissement de Moody’s évoqué plus haut. Deux mécanismes principaux sont à l’œuvre. D’une part, l’activité des banques libanaises, très présentes en Syrie depuis la libéralisation du secteur lancée par Bachar el Assad, subissent de plein fouet le ralentissement de l’activité et la dégradation rapide de la situation économique syrienne. Les sanctions contribuent également à diminuer fortement les flux financiers transitant par la place bancaire beyrouthine. D’autre part, les banques libanaises pourraient être fortement exposées au risque de crédit de par leurs implantations syriennes et leurs activités avec des entreprises ou ressortissants syriens depuis le Liban. Certains banquiers reconnaitraient en privé que leurs banques ont prêté des milliards de dollars au secteur privé syrien. Le coût du risque et les dépréciations associées à cette situation pourraient donc être colossaux[5].

Un tissu social éprouvé par l’afflux de réfugiés et les tensions partisanes

Les premiers réfugiés syriens sont arrivés au Liban en avril 2011 et leur nombre a récemment été accru de 30.000 personnes suite aux évènements de la semaine du 16 juillet[6], portant ainsi le total estimé à environ 70.000 personnes. Les réfugiés provenant encore majoritairement de Homs sont essentiellement présents dans le nord du pays (région de Wadi Khaled), dans la vallée de la Békaa et à Beyrouth. Au-delà de quelques centres dédiés à leur accueil, la plupart vit dans des familles libanaises ou syriennes dans lesquelles ils ont été accueillis sur la base de liens familiaux ou de la solidarité confessionnelle avec les sunnites majoritaires dans le nord du Liban.

 Les femmes sont surreprésentées et la presse libanaise se fait régulièrement l’écho de la présence importante d’enfants. Ces enfants souvent inscrits dans les écoles publiques libanaises sont confrontés à des difficultés liées à l’enseignement de certaines matières en français ce qui n’est pas le cas en Syrie. Les réfugiés bénéficient de l’aide du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR), qui a distribué des biens de première nécessité et de l’aide alimentaire et prend en charge leur scolarité, du Haut Comité de Secours du Liban, et de programmes de soutien de l’UNICEF ou de diverses ONG.

L’autre aspect social des répercussions de la crise syrienne se trouve dans la reproduction des tensions syriennes au sein de la société libanaise et dans la vulnérabilité croissante de citoyens libanais présents en Syrie. Selon les régions du Liban les répercussions sont diverses. Ainsi la capitale a été le théâtre de nombreuses manifestations : à titre d’exemple, les ambassades de Syrie, de Russie, et de Chine, ont été le point de ralliement de pro et anti-Assad.  Certains débats télévisés ont également tourné au pugilat, les participants se jetant force insultes et verres d’eau. Très récemment, des violences entre groupes sunnites pro- et anti-Assad ont fait deux morts et 18 blessés dans le quartier de Tarik el-Jdideh de Beyrouth le 21 mai.

Dans le nord du pays c’est la ville de Tripoli qui a concentré les tensions : les quartiers rivaux de Bab al Tabbaneh et Jabal Mohsen, l’un alaouite l’autre sunnite, s’affrontent régulièrement à l’arme automatique et au lance-roquettes notamment depuis la mi-mai. Ces combats ont déjà fait une trentaine de morts et des dizaines de blessés. L’assassinat, dont l’armée libanaise est présumée coupable, du cheikh sunnite Ahmad Abdel Wahed le 20 mai dernier dans la région du Akkar, et l’enlèvement de 13 pèlerins chiites libanais en Syrie, le 24 mai contribuent également à la montée des tensions au Liban. Enfin la Force des Nations Unies pour le Liban (FINUL) a été l’objet de trois attentats au cours de l’année 2011, certains accusant le régime syrien d’avoir commandité ces actes.

Un défi sécuritaire autour du contrôle de la frontière

Depuis le début des soulèvements en Syrie la frontière libano-syrienne est devenue une zone de tension importante. L’armée syrienne a mené plusieurs incursions en territoire libanais au nom de la présence de bases arrière de l’opposition et du trafic d’armes qui alimenterait les insurgés[7]. Impliquant des véhicules blindés et des chars, celles-ci constituent clairement une violation de la souveraineté du Liban, condamnée d’ailleurs comme telles par la France puis enfin officiellement, le 24 juillet, par le Ministre des Affaires étrangères libanais qui a convoqué l’Ambassadeur de Syrie au Liban pour lui remettre une lettre de protestation[8]. Ce revirement est notable car le Ministre Adnan Mansour avait jusqu’à il y a peu justifié les opérations syriennes au motif de la présence d’Al Quaeda dans la vallée de la Bekaa.

Si la réalité de la présence d’Al Qaeda au Liban paraît plus que douteuse, celle du trafic d’armes depuis le pays pour équiper l’insurrection est plus documentée. Tout d’abord, des saisies ont été rapportées tant par l’armée libanaise que par les forces de sécurité syriennes, qui ont également effectué des enlèvements. Ensuite des diplomates occidentaux et différents centres de recherche tels que l’International Crisis Group (ICG) ont confirmé une augmentation du trafic d’armes depuis le Liban vers la Syrie. Enfin, des trafiquants d’armes ont souligné l’augmentation des ventes d’armes légères (kalachnikovs, M16, lance-roquettes) vers la Syrie ainsi qu’une explosion des prix, de l’ordre de 75%.

Toutefois il semble que la contrebande depuis l’Irak et la Turquie mais surtout les déserteurs de l’armée syrienne soient autant de fournisseurs de la rébellion. Dans ce contexte, le contrôle ces derniers jours du principal poste frontière syrien avec l’Irak, Boukamal, par l’Armée syrienne libre est un coup dur porté au régime de Damas qui permettra l’arrivée de renforts supplémentaires  Par ailleurs, les récents appels de l’Arabie Saoudite et du Qatar à armer l’opposition, ainsi que des livraisons probables d’armes, ne devraient pas tarir l’approvisionnement de l’insurrection.

Un jeu politique a la merci de  renversements d’alliances

L’explicitation des alliances libanaises actuelles nous permettra de mieux cerner la position du Hezbollah et les risques pesant sur la stabilité politique libanaise.

La scène politique libanaise doit sa structuration actuelle aux événements de 2005 à savoir l’assassinat de l’ex premier ministre Rafic Hariri, les manifestations populaires qui ont suivi et qui ont conduit au départ des troupes syriennes du pays. Dans cette structuration, deux camps se font face, ceux du 8 et du 14 mars en référence aux dates de deux grandes manifestations. La première a réuni les partisans de la Syrie : les mouvements chiites du Hezbollah de Hassan Nasrallah et de Amal de Nabih Berri. La seconde – qui réunissait les partisans sunnites du Courant du Futur, les druzes de Walid Joumblatt et les chrétiens des Forces libanaises, des Kataeb et les soutiens du général Aoun – accusait la Syrie de l’assassinat un mois plus tôt de Rafic Hariri et exigeait la fin de la mainmise de la Syrie sur le Liban, notamment à travers le départ des troupes et des services de renseignement syriens du sol libanais.

Cependant, les composantes de ces deux camps ont évolué significativement depuis 2005. Ainsi les partisans du général Aoun étaient dans les rangs de la manifestation du 14 mars 2005 car leur leader avait été chassé du pouvoir en 1990 par l’armée syrienne et avait dû s’exiler en France. Le CPL n’avait eu de cesse de dénoncer l’oppression syrienne et après l’attentat contre Rafic Hariri, Michel Aoun lui-même avait déclaré qu’il n’avait aucun doute sur l’implication de la Syrie dans cet assassinat. Mais après les élections législatives de juin 2005, remportées par le mouvement du 14 mars, le général Aoun s’oppose au gouvernement formé par Fouad Siniora et signe en février 2006 un document d’entente avec le Hezbollah, principal allié de la Syrie. A partir de ce moment les « aounistes » rejoignent le camp du 8 mars.

Les élections législatives de juin 2009 consacrent une nouvelle fois le camp du 14 mars mais un deuxième renversement d’alliance va conduire à la chute du gouvernement. En janvier 2011 le Hezbollah, menacé par la publication prochaine de l’acte d’accusation du Tribunal Spécial pour le Liban  (TSL) qui va mettre en cause certains de ses membres dans l’assassinat de Rafic Hariri, fait pression sur le gouvernement du 14 mars pour qu’il désavoue le tribunal international. Le 14 mars ne cédant pas, le Hezbollah décide de faire tomber le gouvernement en faisant démissionner l’ensemble de ses ministres, soit plus d’un tiers du gouvernement. Or la constitution libanaise prévoit que dans ce cas le gouvernement celui-ci tombe. De nouvelles consultations s’ouvrent donc et le leader druze Walid Joumblatt apporte son soutien au candidat du 8 mars, Najib Mikati, consacrant sa rupture avec le 14 mars. Le basculement du principal parti druze dans le camp du 8 mars donne une nouvelle majorité au Liban sans qu’aucune élection n’ait été tenue.

Le nouveau gouvernement ne sera formé qu’en juin 2011. Le Hezbollah et ses alliés, notamment Michel Aoun, détiennent la plupart des portefeuilles. Najib Mikati, ami personnel du président el Assad, reçoit immédiatement après la formation du gouvernement les félicitations de la Syrie, inaugurant une nouvelle donne politique. Mais l’accentuation de l’insurrection syrienne est toutefois susceptible de bousculer à nouveau l’équilibre du jeu politique libanais et pourrait ouvrir la voie à de nouveaux renversements d’alliance dont les conséquences doivent être anticipées très finement par le gouvernement libanais.

Le rôle clé de Walid Joumblatt

Nous l’avons dit, la nouvelle majorité ne repose pas sur une volonté du peuple exprimée dans les urnes mais sur un simple retournement d’alliance. Elle est donc à la merci d’un nouveau renversement. Ainsi un nouveau positionnement du parti druze de Walid Joumblatt n’est pas à exclure. Celui-ci semble en effet être guidé avant tout par la volonté de protéger les druzes. Les affrontements armés de 2008 avaient démontré s’il en était encore besoin la suprématie militaire du Hezbollah qui était parvenu en quelques jours à se rendre maître de plusieurs quartiers sunnites de Beyrouth et qui avait menacé les régions druzes. Ces événements ne sont sans doute pas étrangers au ralliement de Joumblatt au camp du 8 mars intervenu en janvier 2011.

Cependant, le même calcul pourrait conduire Walid Joumblatt à faire le chemin inverse dans le cas d’une chute du régime syrien. En effet Damas est le principal soutien avec l’Iran du Hezbollah et sa chute affaiblirait considérablement le Hezbollah d’un point de vue politique et militaire. Dans ce cas la menace serait moindre et le 14 mars serait mieux à même de protéger les intérêts des druzes. Les récentes prises de position publiques de Walid Joumblatt contre le régime de Damas l’éloignent de facto de ses alliés du 8 mars qui soutiennent ouvertement le régime. Au contraire, le leader druze a appelé les druzes syriens à prendre le parti du peuple contre le régime et  à armer l’opposition syrienne. Chacun comprendra aisément que ce type de position relève plutôt du 14 mars que du 8 mars.

La fragilité du contexte régional est propice a un scenario d’embrasement

Dans un autre scénario récemment remis sur le devant de la scène, le Liban pourrait basculer dans un conflit interne ou régional si el Assad, acculé, décidait de jouer sa dernière carte, celle du Hezbollah.

En effet, l’hypothèse aujourd’hui plus probable d’un débordement du conflit syrien sur le théâtre libanais pourrait avoir des conséquences directes sur la sécurité d’Israël, compte tenu du maintien de la forte présence armée du Hezbollah au Sud-Liban. Ce risque paraît aujourd’hui d’autant plus grand que la perte de contrôle, ou le transfert, d’armes sophistiquées ou chimiques par le régime syrien sont possibles.

Cette perspective est d’autant plus risquée qu’une chute de Damas perturberait nettement la route historique empruntée par les armes iraniennes envoyées au Hezbollah en même temps qu’elle laisserait un champ plus libre à certains groupes islamistes armés présents en Irak et en Syrie. Dès lors, le fait que gouvernement israélien ait très récemment, après une visite discrète d’Hillary Clinton à Tel Aviv, décidé de suspendre les permissions de ses soldats et sans doute préparé un plan d’action ciblé au Liban en cas d’urgence est une conséquence logique d’une insécurité croissante.

Toutefois, dans l’hypothèse favorable où le régime syrien chuterait sans déclencher de conflits régionaux, le défi principal de la communauté internationale voulant faciliter un contexte favorable à la paix dans la région consisterait à contenir la menace iranienne, à couper les liens de Téhéran avec un Hezbollah affaibli, à préparer une transition efficace en Syrie, et à éviter toute provocation ou dérapage de groupes israéliens et palestiniens. Mais cette perspective paraît encore lointaine car le régime de Damas est assuré de ne pas subir d’opération militaire extérieure et bénéficie encore, à ce jour, de livraisons d’armes et de carburant en dépit de l’accroissement net des sanctions internationales[9].

Conclusion

L’instabilité des alliances politiques libanaises et les répercussions économiques, sociales et sécuritaires du conflit syrien au pays du Cèdre ont conduit tout au long de la crise son gouvernement à adopter une position aussi neutre que possible. Toutefois, l’affaiblissement marqué du régime de Damas ces derniers jours a accru les risques de conflits associés au Liban et conduit les autorités libanaises à anticiper plus franchement les conséquences politiques et sécuritaires d’une chute du régime syrien.

La possibilité que Damas utilise les capacités de nuisance du Hezbollah, ou perde le contrôle de certaines armes sophistiquées ou chimiques, met en effet nettement en péril la stabilité du pays et de la région. Éviter que cela ne se produise requiert un contrôle étroit du territoire libanais que l’armée peut difficilement assurer ainsi qu’une éventuelle intervention de services internationaux ou israéliens. Au delà, c’est une instabilité gouvernementale induite par le ralliement possible de Walid Joumblatt, chef des Druzes, au camp du 14 mars, et un affaiblissement du Hezbollah que le gouvernement libanais doit préparer.

OLIVIER MARTY ET LOÏC KERVRAN

Après leurs études à l’IEP de Paris et à la London School of Economics, les auteurs ont débuté leur carrière dans le capital-investissement et la banque


[1] Ces relations étaient attendues depuis la résolution 1680 de mai 2006.

[2] Rapport du député Elisabeth Guigou sur la Syrie (2010).

[3] Le Fonds tablait en avril dernier sur une croissance de 3% en 2012, mais cette prévision apparait optimiste.

[4] Ce pays fonctionnant comme un produit d’appel pour des circuits régionaux qui incluent des visites en territoire libanais, notamment sur le site de Baalbek.

[5]L’ensemble de ces éléments sont susceptibles de conduire à une dégradation budgétaire et commerciale qui bien entendu ne serait pas une bonne nouvelle pour l’équilibre des comptes publics et les renégociations de dette alors que la dette publique libanaise atteint, en 2010, 139% du PIB (Source : Ministère des Affaires étrangères français).

[6] L’assassinat de plusieurs responsables de la sécurité syrienne le 18 juillet, dont le Ministre de la Défense et le beau-frère de Bachar el-Assad, Assef Chawkat, a conduit le régime à mener une grande offensive à Damas et à Alep.

[7] La dernière incursion significative aurait eu lieu le 22 juillet dans la plaine de la Bekaa.

[8] Preuve toutefois de l’hésitation du gouvernement libanais, cette lettre, préparée, n’a pas encore été remise officiellement au jour du 29 juillet 2012 car le Ministre souhaitait encore vérifier des éléments sur le terrain. De même, l’Ambassadeur a évité une convocation par le Président Sleimane.

[9] Voir sur les raisons « internes » du maintien du régime syrien et sur ses alliances diplomatiques l’article d’Olivier Marty paru dans Futuribles (« Le régime de Bachar el-Assad va-t-il tomber ? ») en février 2012. Voir sur le caractère peu probable du’ne intervention militaire l’article d’Olivier Marty dans Esprit (« Perspectives pour l’insurrection syrienne ») en décembre 2011.

 

Les services de sécurité israéliens conjointement avec les FDI et la police d’Israël ont découvert une cellule terroriste qui planifiait de kidnapper des soldats des FDI comme monnaie d’échange pour la libération des prisonniers palestiniens. La cellule terroriste était dirigée par Rajab Salach Saladin, un résident de 52 ans du village de Hizma de la Cisjordanie, affilié au Front Populaire pour la Libération de la Palestine.

Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américain, a averti lundi l’Iran que les États-Unis utiliseraient « tous les éléments de leur puissance » pour empêcher Téhéran le développement d’une arme nucléaire. Des porte-avions américains ont été déployés dans le Golfe sur fond de tensions croissantes. Quelques heures avant sa déclaration, un porte-avions américain a été déployé dans le Golfe : un signe largement perçu comme une volonté de renforcer les forces américaines dans la région riche de pétrole.

La secrétaire d’Etat américain Hillary Clinton a apprécié sa récente rencontre avec le Président Mohamed Morsi. Les sources tant occidentales qu’égyptiennes réfutent toute intervention américaine pour assurer la victoire électorale Morsi, et, dans tous les cas, les États-Unis savaient bien avant la révolution que les Frères Musulmans sont une force sur laquelle il faut compter en Égypte.

Les Etats-Unis n’ont pas attendu les attentats du 11 septembre 2001 pour se méfier de l’Islam politique. Les relations entre Washington et l’islamisme sont compliquées, mais quand leurs intérêts stratégiques étaient en jeu, les Etats-Unis n’ont jamais hésité à développer des relations plus étroites avec les régimes les plus islamistes. L’alliance militaro-pétrolière avec Ryad est le meilleur exemple mais, de l’autre côté, il y a le « précédent » algérien de décembre 1991, lorsque les Etats-Unis approuvèrent un coup d’Etat qui a eu des terribles conséquences.

Omar Suleiman, le chef tout-puissant des services secrets égyptiens et qui représentait la dernière tentative de l’ancien gouvernement à se maintenir au pouvoir, est décédé jeudi dans un hôpital américain, selon la Middle East News Agency. Il avait aidé la C.I.A. en établissant la pratique de la restitution extraordinaire : l’envoi de suspects de terrorisme vers des pays étrangers pour y être interrogés et, selon ses adversaires, torturés.

 

Israel security services together with IDF and Israel police uncovered a terrorist cell that planned to kidnap an IDF soldier as a bargaining chip. The terrorist cell was led by Rajab Salach Saladin, a 52-year-old resident of the West Bank village of Hizma, affiliated with the Popular Front for the Liberation of Palestine for the release of Palestinian prisoners.

Hillary Clinton, the US Secretary of State, warned Iran on Monday that it would use “all elements of its power” to prevent Tehran developing a nuclear weapon as US aircraft carriers were deployed in the Gulf amid escalating tensions. A few hours before her statement, America deployed an aircraft carrier to the Gulf, a sign widely seen as the US looking to strengthen forces in the oil-rich region.

US Secretary of State, Hillary Clinton was appreciative of her recent meeting with President Mohamed Morsi. Western and Egyptian sources deny there was any American intervention to ensure Morsi’s electoral victory, and, in any case, the US knew long before the revolution the Muslim Brotherhood are a force to deal with in Egypt.

US didn’t wait for the attacks of 11th September 2001 to be suspicious of Islamic policy. The relations between Washington and Islam are complicated, but when their strategic interests were involved, US has never hesitated to develop closest relations with the most Islamists regimes. The military-oil alliance with Riyadh is the best example but, on the other side, there is the Algerian “back” in December 1991, when the US approved for a coup that featured terrible consequences.

Omar Suleiman, the once-powerful head of Egypt’s intelligence service who represented the old government’s last attempt to hold on to power, died on Thursday at an American hospital, according to the state-owned Middle East News Agency. He had helped the CIA as it established the practice of extraordinary rendition: sending terrorism suspects to foreign countries to be interrogated and, its critics say, tortured.

 

Le régime de Bachar El Assad perdrait-il du terrain face à ses opposants ? La situation en Syrie est-elle en train de basculer ? Ces questions méritent d’être posées au vue des événements de cette semaine. Si l’armée syrienne régulière paraissait jusqu’il y a peu bien plus puissante que l’Armée Syrienne Libre, les derniers événements peuvent en effet laisser entrevoir un changement dans ce rapport de force. Ce rééquilibrage, précipitera-t-il la fin du régime de Bachar ou au contraire, un redoublement de la violence ? Même si, à l’heure actuelle, la réponse à cette question reste encore inconnue, il est évident que l’avenir de Bachar El Assad à la tête de la Syrie semble de plus en plus improbable.

L’attentat d’hier qui a tué quatre hauts responsables de la sécurité en plein cœur de Damas a complètement ébranlé le régime. En effet, il prouve que l’opposition est désormais capable de frapper le régime en son cœur. Plus personne n’est désormais à l’abri. Le régime ne laissera bien entendu pas le crime impuni et va très certainement frapper de plus en plus fort, ce qui l’isolera encore plus sur la scène internationale. On peut s’attendre également à ce que des intérêts du Golfe ou occidentaux soient visés, et peut-être même au Liban, risquant de déstabiliser encore une fois le pays du Cèdre.

Le régime doit faire face à de plus en plus de défections et l’attentat d’hier risque également d’en provoquer encore plus. La première à été celle du général Manaf Tlass et le régime peut désormais craindre la défection d’une partie de la nomenklatura sunnite. Des sunnites qui vont faire défection par peur d’être tués à leur tour ou par ras-le-bol de leur marginalisation. En effet, beaucoup d’officiers sunnites ont vu passer des alaouites devant eux en terme de promotions, et sont frustrés.  Avec moins d’officiers, la capacité du régime à reconquérir le terrain perdu sera plus ardue.

L’Armée Syrienne de Libération contrôlerait également, selon différentes sources, de très nombreux postes frontières tant vers l’Irak que vers la Turquie. Le contrôle de ces postes favorisera leur approvisionnement, particulièrement en armes. La frontière libanaise, par où transite de nombreuses armes à destination du régime reste cependant encore contrôlée par l’armée régulière. Cette nouvelle situation empêchera  désormais le régime de boucler les frontières pour pouvoir travailler en vase clos afin de tenter de rependre du terrain. De plus, bien que l’armée régulière reste bien mieux équipée que l’Armée Syrienne Libre, ce rapport de force pourrait lentement changer dans un avenir pas si lointain.

Le régime peut, pour l’instant encore, compter sur l’appui des russes et des chinois, qui ont encore mis leur véto à une résolution condamnant le régime de Damas. Mais ces alliés, s’ils réalisent que la situation est bloquée, que le pouvoir syrien ne pourra pas reconquérir le terrain perdu, pourraient être tentés de lâcher le régime. De plus, les américains et les pays de la Ligue Arabe, constatant l’incapacité du Conseil de Sécurité pourraient décider d’armer plus puissamment la rébellion et ce via la Turquie et l’Irak.

Les dernières rumeurs feraient état d’un départ de Bachar El Assad vers Lattaquié, son bastion alaouite, et de son intention d’accepter une transition honorable pour lui. On ne peut qu’espérer que ces rumeurs soient fondées car, la deuxième possibilité qui reste au régime est une répression de plus en plus féroce, répression qui n’est même pas l’assurance de son maintien au pouvoir. Les prochaines semaines seront donc  cruciales pour l’avenir de la Syrie.

GEOFFROY D’ASPREMONT

 

Is the regime of Bashar al-Assad losing ground against these opponents? Is the situation in Syria going to switch? These questions can be raised  in the view of  the events of this week. If the regular Syrian army until recently seemed much more powerful than the Syrian Free Army, the latest events seem indeed demonstrate a change in this balance of power. Will this rebalancing precipitate the end of the regime of Bashar or conversely, a repetition of violence? Although, at present, the answer to this question remains unknown, it is clear that the future of Bashar Al-Assad at the head of Syria seems increasingly unlikely.

Yesterday’s attack that killed four senior security officials in the heart of Damascus has completely shaken the regime. Indeed, it proves that the opposition is now able to hit the regime in his heart. Nobody is now safe. The regime will not of course leave the crime unpunished and will most certainly hit more and harder, which will isolate it further internationally. We can expect also that Gulf and Western interests to be targeted, even in Lebanon which could destabilize the Cedar country once again .

The regime is facing increasing defections and yesterday’s attack is also likely to cause even more. The first was that of General Manaf Tlass and the regime can now fear the defection of big part of the Sunni nomenklatura. Sunnis who are defecting for fear of being killed  or by discontent of their marginalization. Indeed, many Sunni officers saw Alawites pass before them in terms of promotions, and are frustrated. With fewer officers, the regime’s ability to regain lost ground will be more difficult.

The Syrian Free Army also controls, according to various sources, numerous border check points at Iraqi and Turkish borders. Control of these positions will promote their supply, particularly in weapons. The Lebanese border, through which many arms to the regime are flown , however, is still controlled by the regular army. This new situation now will prevent the systemto work in isolation by controlling all borders and to try to regain ground. Moreover, although the regular army is much better equipped than the Syrian Army Free, this power struggle could slowly change in a not so distant future.

Damascus may, for the time being, have the support of Russian and Chinese, who still have vetoed a resolution condemning the regime in Damascus. But these allies, if they realize that the situation is blocked, that the Syrian regime will not regain lost ground, might be tempted to drop the regime. In addition, the U.S. and countries of the Arab League, noting the inability of the Security Council, could decide to arm more powerfully and rebellion through Turkey and Iraq.

The latest rumors said that Bashar Assad fled to Latakia, the Alawite stronghold, and its intention is to accept an honorable transition for him. One can only hope that these rumors are well-founded, because the second possibility is that the regime increases fierce repression that is not even the assurance of his hold on power. The coming weeks will therefore be crucial for the future of Syria.

 

GEOFFROY D’ASPREMONT