13/07/2012

Élections en Libye : la première étape dans la formation de la démocratie

Samedi dernier, pour la première fois depuis 1964, environ 3 millions de libyens ont été appelés à voter pour l’élection de l’Assemblée Constituante. Cependant, les élections n’ont pu avoir lieu dans toutes les régions du Pays depuis que la Commission Électorale avait demandé la fermeture de 101 sièges pour cause de sabotage ou des problèmes de sécurité, tandis que les élections ont eu lieu régulièrement aux 1453 sièges restants. Le taux de participation a été assez élevé : plus de 60% des votants admissibles se sont rendus aux urnes, donc plus de 1,7 million de libyens. Selon l’équipe d’évaluation de l’Union Européenne, les élections en Libye ont été « pluralistes, gérées de manière efficace et globalement pacifiques », malgré que des manifestants, dont certains étaient armés, ont attaqué des bureaux de vote dans l’Est du Pays. La seule note négative a été l’absence d’égalité entre les hommes et les femmes. En effet, bien que la loi prévoie la pleine participation des femmes dans le processus électoral, les traditions culturelles et religieuses semblent avoir compromis leur capacité à se battre comme des candidates sur le même pied que les hommes.

Les 200 députés élus formeront le Congrès Général National (C.G.N.), le principal organe législatif, qui remplacera le Conseil National de Transition (C.N.T.), qui dirige le Pays depuis février 2011. Le C.N.G. sera composé de 100 députés élus de la Tripolitaine, 60 de la Cyrénaïque et 40 du Fezzan et aura pour seules tâches de nommer le gouvernement et son Premier ministre. L’Assemblée Constituante, qui devra rédiger la nouvelle constitution nationale, sera élue par le peuple libyen dans quatre mois. Initialement le C.N.G. avait reçu la tâche de nommer les 60 membres de l’Assemblée Constituante, mais le C.N.T. a récemment adopté une loi déclarant que les membres de l’Assemblée Constituante seront élus directement par le peuple.

Pendant la semaine précèdent les élections, la campagne électorale a principalement mis aux prises la composante modérée, appelée Alliance des Forces Nationales et dirigée par l’ancien Premier ministre du C.N.T. Mahmoud Jibril, et celle dite « islamique », comprenant le Parti de la Justice et de la Construction, issu des Frères Musulmans, et al-Watan. Bien que les résultats définitifs n’aient pas encore été divulgués, la victoire des modérés semble pratiquement certaine : les résultats partiels fournis par la Commission Électorale semblent confirmer, au moins dans les premiers districts de l’Ouest, la victoire de l’Alliance des Forces Nationales sur la coalition islamique. Cependant, bien que le Pays a reçu des éloges par la communauté internationale pour la conduite des élections, certains observateurs internationaux ont largement critiqué l’attitude de la Commission Électorale libyenne car elle n’a pas apparemment donner l’occasion à tous de voter : en effet, en proclamant deux jours de fête nationale au moment les élections, une partie de la population libyenne a cru qu’elle pourrait aussi voter le dimanche et, par conséquent, les votants auraient été bien plus nombreux s’il y avait eu une meilleure diffusion de l’information

Dans l’attente des résultats officiels des élections, on peut dire que finalement la « nouvelle » Libye est née. En attendant, il semble qu’il y ait déjà des discussions en cours entre Jibril et les représentants des partis islamiques pour former un gouvernement de coalition : l’ancien Premier ministre libyen a exhorté tous les partis politiques à conduire un dialogue national, parce que ce qui importe actuellement le plus est de faire de la Libye un Pays uni.

 

GIACOMO MORABITO

Université de Messine