20/07/2012

La bataille de Damas a-t-elle commencé ?

Le régime de Bachar El Assad perdrait-il du terrain face à ses opposants ? La situation en Syrie est-elle en train de basculer ? Ces questions méritent d’être posées au vue des événements de cette semaine. Si l’armée syrienne régulière paraissait jusqu’il y a peu bien plus puissante que l’Armée Syrienne Libre, les derniers événements peuvent en effet laisser entrevoir un changement dans ce rapport de force. Ce rééquilibrage, précipitera-t-il la fin du régime de Bachar ou au contraire, un redoublement de la violence ? Même si, à l’heure actuelle, la réponse à cette question reste encore inconnue, il est évident que l’avenir de Bachar El Assad à la tête de la Syrie semble de plus en plus improbable.

L’attentat d’hier qui a tué quatre hauts responsables de la sécurité en plein cœur de Damas a complètement ébranlé le régime. En effet, il prouve que l’opposition est désormais capable de frapper le régime en son cœur. Plus personne n’est désormais à l’abri. Le régime ne laissera bien entendu pas le crime impuni et va très certainement frapper de plus en plus fort, ce qui l’isolera encore plus sur la scène internationale. On peut s’attendre également à ce que des intérêts du Golfe ou occidentaux soient visés, et peut-être même au Liban, risquant de déstabiliser encore une fois le pays du Cèdre.

Le régime doit faire face à de plus en plus de défections et l’attentat d’hier risque également d’en provoquer encore plus. La première à été celle du général Manaf Tlass et le régime peut désormais craindre la défection d’une partie de la nomenklatura sunnite. Des sunnites qui vont faire défection par peur d’être tués à leur tour ou par ras-le-bol de leur marginalisation. En effet, beaucoup d’officiers sunnites ont vu passer des alaouites devant eux en terme de promotions, et sont frustrés.  Avec moins d’officiers, la capacité du régime à reconquérir le terrain perdu sera plus ardue.

L’Armée Syrienne de Libération contrôlerait également, selon différentes sources, de très nombreux postes frontières tant vers l’Irak que vers la Turquie. Le contrôle de ces postes favorisera leur approvisionnement, particulièrement en armes. La frontière libanaise, par où transite de nombreuses armes à destination du régime reste cependant encore contrôlée par l’armée régulière. Cette nouvelle situation empêchera  désormais le régime de boucler les frontières pour pouvoir travailler en vase clos afin de tenter de rependre du terrain. De plus, bien que l’armée régulière reste bien mieux équipée que l’Armée Syrienne Libre, ce rapport de force pourrait lentement changer dans un avenir pas si lointain.

Le régime peut, pour l’instant encore, compter sur l’appui des russes et des chinois, qui ont encore mis leur véto à une résolution condamnant le régime de Damas. Mais ces alliés, s’ils réalisent que la situation est bloquée, que le pouvoir syrien ne pourra pas reconquérir le terrain perdu, pourraient être tentés de lâcher le régime. De plus, les américains et les pays de la Ligue Arabe, constatant l’incapacité du Conseil de Sécurité pourraient décider d’armer plus puissamment la rébellion et ce via la Turquie et l’Irak.

Les dernières rumeurs feraient état d’un départ de Bachar El Assad vers Lattaquié, son bastion alaouite, et de son intention d’accepter une transition honorable pour lui. On ne peut qu’espérer que ces rumeurs soient fondées car, la deuxième possibilité qui reste au régime est une répression de plus en plus féroce, répression qui n’est même pas l’assurance de son maintien au pouvoir. Les prochaines semaines seront donc  cruciales pour l’avenir de la Syrie.

GEOFFROY D’ASPREMONT