06/07/2012

Le pouvoir algérien fête le cinquantenaire de l’indépendance dans le faste mais surtout dans l’indifférence

Ce 5 juillet 2012 marque le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, après plus de 130 ans de colonisation française et une guerre de décolonisation qui aura fait près de 400.000 morts selon les estimations les plus réalistes. La presse internationale, tant française qu’arabe, ne fait que peu écho de cet anniversaire. Qu’à cela ne tienne, le pouvoir a décidé d’organiser de grandes festivités tout au long de l’année qui coûteront, selon Le Figaro, près de 2 milliards d’euros.

L’Algérie officielle a donc fêté seule son indépendance. Aucun chef d’Etat maghrébin, arabe, africain ou autre n’a assisté à l’ouverture par Bouteflika des festivités. Au lieu de célébrer les martyrs de la guerre d’indépendance, ce premier jour de fastes semblait plutôt rendre gloire au président Bouteflika, président depuis 1999, à la manière Nord-Coréenne, comme l’indiquait le journal El Watan. Il faut dire que le Bilan de cinquante année d’indépendance est bien décevant : une expérience socialiste ratée, une réforme agraire manquée, une guerre civile qui dura plus de 10 ans et un pouvoir confisqué par l’armée devenu complètement corrompu.

La population, comme l’explique le même journal, boude également ces festivités organisées par un régime auquel elle ne s’identifie plus. D’ailleurs,  les quelques manifestants qui ont osé critiquer cette gabegie ont été violement interpellés par la police ce 5 juillet.

Ce premier jour de commémoration résume bien le pouvoir actuel algérien d’aujourd’hui. Un pouvoir confisqué par une clique auto-satisfaite et complètement déconnectée de la réalité que vit la grande majorité des Algériens. Un pouvoir capable de dépenser sans compter l’argent du pétrole et du gaz, mais incapable d’offrir des perspectives d’avenir aux jeunes algériens. Un pouvoir incapable de faire profiter toute la population des grandes richesses tant naturelles qu’humaines du pays. Un pouvoir, enfin, incapable de lâcher le pouvoir et de lancer les réformes politiques que la population attend alors que le monde arabe est en plein mouvement. Par contre, un pouvoir algérien qui continue lui à exploiter le ressentiment anti-français en cette année de commémoration pour créer un semblant d’unité autour de lui.

Alors que les pays voisins connaissent à des degrés divers, des réformes politiques sans précédent, elles se font donc attendre en Algérie. Trois raisons principales peuvent expliquer cette situation.

Tout d’abord, une grande partie de la population reste marquée par la longue et sanglante guerre civile des années 1990. Celle-ci en effet débuta à la suite d’une ouverture démocratique du régime, qui entraîna la victoire du Front Islamique du Salut aux élections de 1991 et l’annulation du résultat par les militaires.

Ensuite les richesses gazières et pétrolières de l’Algérie sont aux mains du régime. Les énormes revenus qu’elles rapportent permettent de calmer les contestations par une redistribution d’une partie de cette richesse.

Enfin, l’incertitude qui règne tant en Libye qu’en Egypte à la suite du « printemps arabe » rendent les algériens prudents, tout comme les événements qui secouent le Sahel et particulièrement le Mali voisin.

Voilà trois arguments de poids pour freiner toute réforme et toute ouverture. Il est pourtant temps pour le pouvoir algérien d’engager de réelles réformes politiques, sociales et économiques que la population réclame et dont la population algérienne a besoin.Mais la population restera-t-elle toujours si calme d’ici les prochaines élections présidentielles de 2014?

 

GEOFFROY D’ASPREMONT