03/08/2012

Egypte : un nouveau gouvernement, en attente d’une nouvelle constitution

La constitution égyptienne a été adoptée le 11 septembre 1971 après un référendum et amendée à plusieurs reprises (1980, 2005 et 2007), mais le 13 février 2011 elle est provisoirement suspendue par les militaires suite à la « Révolution du Nil ». Une commission de réforme de la constitution, présidée par Tarek al-Bichri et composée de huit juges, a été mise en place le 15 février 2011 et une constitution provisoire a été adoptée après un référendum constitutionnel, qui a eu lieu le 19 mars 2011. L’assemblée élue lors des dernières élections législatives de 2011-2012, remportées par le Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ) avec le 47% des sièges, sera chargée de rédiger une nouvelle constitution. Le dernier 12 juin une commission chargée de rédiger la nouvelle constitution a été élue lors d’une réunion commune du Parlement et du Sénat égyptiens. La rédaction de la nouvelle constitution serait un succès pour les islamistes, en particulier du PLJ : le projet constitutionnel de l’Assemblée Constituante devra trancher quelques points cruciaux, comme les pouvoirs du Président de la République et du Parlement, ou le rôle de l’appareil militaire, qui est resté très influent dans le pays. Elle devra également définir le rôle de l’Islam dans les futures institutions égyptiennes, qui est une des préoccupations majeures des libéraux, encore plus inquiets depuis l’élection de Mohamed Morsi, le candidat des Frères Musulmans, à la présidence.

Récemment le Ministre des Affaires Etrangers, Mohamed Kamel Amr, a assuré que la nouvelle constitution égyptienne garantira la liberté de culte à tous les égyptiens. Il fait partie des huit ministres de l’ancien gouvernement confirmés dans le nouveau dirigé par Hicham Qandil, choisi par l’actuel Président de la République égyptienne pour former un nouveau cabinet. Après diverses consultations, en essayant de rassembler des technocrates, des militaires et des forces politiques, Hicham Qandil a annoncé la composition finale du gouvernement. Le Premier ministre égyptien a exhorté toutes les forces politiques à collaborer, mais cet appel n’a pas été accepté par tous : en particulier, le principal parti salafiste, Al-Nour, qui avait gagné environ 22,5% des sièges lors des élections, a annoncé sa décision de boycotter le gouvernement car il était déçu de ne recevoir qu’un seul portefeuille ministériel. Le nouveau cabinet a été présenté comme « un gouvernement du peuple », mais n’est pas un gouvernement d’unité nationale : la majorité des ministres sont des technocrates. Selon le Premier ministre, les 35 ministres représenteront pourtant tous les citoyens égyptiens, qui doivent s’unir pour affronter les graves défis auxquels le pays fait face.

Hicham Qandil a déclaré que les priorités du gouvernement seront la crise économique et la sécurité, sans oublier le processus de transition démocratique qui a déjà commencé. Toutefois ce processus prendra encore du temps car il faudra attendre les décisions de la Haute Cour Constitutionnelle sur le sort de l’Assemblée Constituante, sur la Déclaration Constitutionnelle Complémentaire adoptée par le Conseil Suprême des Forces Armées et sur le décret de Mohamed Morsi de restaurer les sessions de l’Assemblé du Peuple. Il faudra, ensuite, ratifier une nouvelle constitution et convaincre l’armée de jouer un rôle exclusivement lié à la sécurité du pays. Il faudra avoirun nouveau Parlement qui vote la confiance au gouvernement et il faudra également continuer à protéger l’économie de l’instabilité de la politique et créer un consensus populaire autour de des réformes économiques qui doivent être adoptées. Il faudra, enfin, que l’Egypte gagne la crédibilité internationale qui lui permet d’accéder à des fonds provenant des institutions internationales, en surmontant la méfiance de la population même.

GIACOMO MORABITO

Université de Messine