14/09/2012

La colère du monde islamique : la guerre contre l’Occident est-elle déclarée ?

Le 11 septembre dernier, la diffusion sur Internet du film « Innocence of Muslims »a provoqué la colère de milliers de musulmans à travers le monde arabe. Il y a eu de violentes manifestations en Égypte et en Libye qui ont eu une fin tragique : à Benghazi, des hommes armés ont attaqué le consulat américain et l’ambassadeur américain Chris Stevens ainsi que trois fonctionnaires diplomatiques ont été tués. Le film, qui décrit la vie du prophète Mohammad, a été produit et réalisé par Nakoula Basseley Nakoula, un copte égyptien résidant en Californie, sous le pseudonyme de « Sam Bacile ». Il décrit l’Islam comme un « cancer » et une religion de haine. Le Conseil de Sécurité de l’ONU a condamné l’attaque contre le consulat, jugeant ces actes « injustifiables quelles que soient leurs motivations, leurs auteurs » et les circonstances. « Les Nations Unies s’opposent à toute forme de calomnie contre une religion, mais rien ne justifie les actes de violence qui ont eu lieu à Benghazi », a déclaré le secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki Moon. Les membres des organisations comme l’OTAN et l’UE ont eux aussi dénoncé ces attentats.

Le Président américain, Barak Obama, a promis que l’attaque ne rompra pas les liens entre les États-Unis et la Libye : « Les États-Unis rejettent les efforts visant à dénigrer les croyances religieuses des autres, et nous devons tous, de façon non équivoque, nous opposer à ce genre de violence insensée qui coûte la vie à des fonctionnaires ». Le Département de la Défense des États-Unis a annoncé le déploiement d’une équipe de marines spécialisés dans la lutte antiterroriste jugeant la situation actuelle très risquée. Des centaines de personnes ont manifesté dans plusieurs pays du Moyen-Orient : en Tunisie, la police a procédé à des tirs de gaz lacrymogène pour disperser des militants salafistes qui ont tenté de forcer le périmètre de sécurité autour de l’ambassade américaine ; au Soudan, plusieurs centaines de personnes ont protesté devant l’ambassade des États-Unis à Khartoum ; dans l’enclave palestinienne de Gaza, il y a eu des manifestations contre les États-Unis, incendiant devant le siège de l’ONU à Gaza des drapeaux américains. A Téhéran, il y a eu des manifestations contre le film près de l’ambassade de Suisse, qui représente les intérêts américains en Iran. Le Guide suprême de la Révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, a dénoncé le sionisme et le gouvernement américain comme les responsables « numéro un » de la réalisation du film et a demandé aux Etats-Unis de punir les auteurs du film. Il a affirmé que si les politiciens américains sont honnêtes, alors ils doivent punir ceux qui ont commis « ce crime haineux » et leurs soutiens financiers, à la hauteur de leur grand crime. La Secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a toutefois assuré que le gouvernement de Washington n’avait absolument rien à voir avec ce film  écœurant et condamnable, exhortant parallèlement les dirigeants politiques et religieux à condamner les violences survenues depuis sa diffusion sur Internet.

Cependant, il est encore inutile d’argumenter sur le nombre de manifestations qui ont eu lieu et auront lieu prochainement. La colère exprimée au cours de ces mêmes évènements est profondément troublante : cette colère pourrait être affectée au sein de chaque Etat par des forces politiques encore pas satisfaites des résultats du Printemps Arabe et des résultats électoraux, comme dans le cas des salafistes. Certains analystes disent que tout cela n’est pas un cas unique, et que si cela était vrai, les conséquences seront terribles dans une zone qui souffre déjà d’épouvantables guerres civiles, comme en Syrie.

GIACOMO MORABITO

Université de Messine