30/10/2012

Emirats-arabes-unis (EAU): un bilan géostratégique 2012

Analyse

Emirats-arabes-unis (EAU): un bilan géostratégique 2012

 

L’année 2011 a été marquée aux Emirats arabes unis par les commémorations du 40e anniversaire de la Fédération formée le 2 décembre 1971 entre sept émirats à la superficie et au poids démographie très différents, à la suite du retrait des Britanniques de la région. Ces festivités cherchaient à montrer l’unité de la nation émirienne dans un Etat, où les expatriés sont largement majoritaires (80% de la population du pays) et alors que les pouvoirs basculaient dans plusieurs pays arabes, y compris dans le voisinage (Bahreïn) emportés par le vent du « Printemps arabe ». Hantées par la crainte d’une déstabilisation néfaste au pouvoir hériditaire en place et au développement économique, les autorités émiriennes ont joué finalement joué la carte d’ une ouverture politique  très mesurée. En septembre 2011, ont été organisées des élections prévues depuis deux ans pour choisir les 20 membres « élus » du Conseil fédéral national. Ce geste reste toutefois purement symbolique puisque cette assemblée de 40 membres ne joue qu’un simple rôle consultatif et que le corps électoral était limité à un nombre restreint de citoyens. Le lendemain du 40e anniversaire de l’Etat, le Président de la fédération a décidé d’amnistier quatre bloggeurs qui avaient été arrêtés au printemps après avoir appelé aux réformes politiques dans le pays. Reste que deux ONG occidentales promouvant la démocratie, la Fondation allemande Konrad Adenauer et l’organisation américaine National Democratic Institute ont dû fermer leurs portes fin mars, pour des motifs administratifs et sans aucune justification officielle des autorités.

Au niveau stratégique, les tensions croissantes liées au programme nucléaire iranien ont été la principale préoccupation émirienne : d’abord en raison des menaces proférées par le régime islamique de fermer le détroit d’Ormuz où passe 40% du trafic mondial de pétrole et le commerce en provenance et en direction des Emirats (hub portuaire de Dubaï), ensuite à cause de la visite du Président iranien M. Ahmadinedjad début avril 2012 sur l’île d’Abou Moussa, qui fait l’objet d’un contentieux territorial avec les Emirats. Face à ce que le Ministre des affaires étrangères émirien a qualifié de provocation, Abou Dhabi a réagi en rappelant son ambassadeur en poste à Téhéran, et obtenu le soutien de l’ensemble des membres du Conseil de coopération du Golfe. Depuis 1971, l’île qui dépendait de l’émirat de Sharjah est occupée militairement par l’Iran, mais continue d’être revendiquée par les Emirats qui ont accepté la présence iranienne tant que leur souveraineté n’est pas remise en cause et qu’un accord soit définitivement trouvé.

Dans ce contexte, la finalisation d’un oléoduc d’une capacité estimée entre 1,5 et 1,8 millions de barrils de pétrole-jour entre Habshan situé sur le Golfe Persique et le terminal pétrolier de Fujaïrah le long de la mer d’Oman arrive à point. Le Abu Dhabi Crude Oil Pipeline (ADCOP) inauguré en mai ou juin permet en effet de contourner le détroit d’Ormuz et ainsi d’assurer la sécurité des approvisionnements énergétiques. L’oléoduc permettra à Abou Dhabi d’exporter environ les trois quarts de sa production, puis de l’acheminer par voie maritime à ses clients asiatiques, européens et américains. Déjà en 2010, avait été achevé le projet Dolphin qui permet d’exporter le gaz du Qatar sans passer par Ormuz.

Sur le plan économique, la reprise semble s’affirmer avec une croissance prévue de 3,8% pour 2012, y compris sur le marché immobilier à Dubaï qui avait été très affecté par la crise de 2008. La diversification se poursuit avec le tourisme comme secteur phare, le maintien d’un prix du baril à plus de 100 dollars ayant permis d’importants investissements dans ce secteur qui représente 13,5% des activités économiques aujourd’hui. Le pays a accueilli 8,2 millions de touristes en 2011, bénéficiant de l’instabilité qui perdure en Egypte et en Tunisie et de l’attrait croissant de Dubaï comme destination. 2013 verra d’ailleurs la tenue à Abou Dhabi du sommet annuel du World Travel and Tourism Council (WTTC), le plus influent et prestigieux événement mondial du secteur touristique, en attendant l’inauguration entre 2015 et 2017 des Musées du Louvre, Guggenheim et Zayed au centre d’un projet de complexe culturel de 27 milliards de dollars dont la construction a été relancée par le Conseil exécutif d’Abou Dhabi le 12 janvier 2012. Grâce à la prise de participation du fond Aabar dans Virgin Galactic, Abou Dhabi accueillera le second aéroport au monde pour les vols dans l’espace. Le renforcement des infrastructures (port Khalifa, zones industrielles, autoroutes vers l’Arabie saoudite et le Qatar, extension de l’aéroport d’Abou Dhabi, écoles, centres de soins), la construction de logements pour les nationaux ainsi que la diversification énergétique (projets de centrale solaire et de ferme éolienne) s’appuient  sur l’abondance des moyens financiers provenant des exportations pétrolières et des fonds souverains, dont ADIA, le premier au monde avec 627 milliards de dollars,  et visent à la stabilité sociale d’une population nationale minoritaire.

Franck Tétart