26/11/2012

Des « Pilier de défense » qui peuvent laisser perplexes

Analyse

Par Dua Nakhala, assistante de recherches à l’Université Georges Washington

 

J’ai vécu huit jours et huit nuits blanches à regarder les terribles images de civils et d’enfants tués via la télévision et les réseaux sociaux. « Gaza est attaquée ! »  C’est le premier titre de la presse que j’ai lu, confirmant mes craintes le 14 novembre 2012 de voir une fois encore mon pays dévasté par une opération militaire israélienne à Gaza. Quand j’ai su qu’Israël avait entamé son opération, je me suis encore une fois demandé d’où lui venaient les appellations curieuses qu’ils donnent à leurs actions. Cette fois ci, c’était l’opération « Pilier de défense », après « Plomb durci » en décembre 2008. De la minute où l’opération a commencé, j’ai été collé à la télévision et à Al Jazeera en continu. J’ai refusé de regarder les médias occidentaux car souvent ils m’exaspèrent. Chaque fois que la télévision retransmettait un nouveau bombardement, je surveillais de près les images avec la crainte de voir les restes de la maison détruite de mes parents ou le visage de mon père ou ma mère tuméfié dans les décombres. Pourtant, il y avait bien trop de destructions pour pouvoir reconnaître avec certitude les lieux. Chaque fois, j’ai dû appeler ma mère pour m’assurer que mes parents étaient indemnes.

Bien qu’Israël ait justifié l’opération par l’autodéfense face au Hamas et aux roquettes, détruisant maisons, écoles, ou casernes militaires, j’avais le sentiment que ce conflit n’était plus entre Israël et le Hamas mais entre Israël et Gaza seulement. En fait, la cause première des développements dramatiques récents à Gaza est l’occupation qui a commencé dès la création de l’état d’Israël en 1948, la mort-née de l’Etat palestinien pourtant prévu par les Nations unies et le plan de partage voté le 29 novembre 1947 et le déplacement d’environ 771,000 Palestiniens.

Aujourd’hui, Gaza a une population d’environ 1.5 millions d’habitants sur un territoire de 350km2. Près de 1.1 millions (soit 73.3 %) sont les réfugiés qui se sont enfuis en 1948 d’Israël. La majorité de ces réfugiés est venue de ce qu’on connaît maintenant comme Beer Sheva, Ashkelon, Tel Aviv, ou Sderot et d’autres villes au sud d’Israël. Cela signifie qu’environ 73.3 % des militants qui lancent des roquettes sur Israël aujourd’hui viennent à l’origine des villes où elles atterrissent.

Certains ont soutenu que le premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahu a lancé une telle opération pour séduire plus encore ses électeurs pour les prochaines élections législatives anticipées de janvier 2013. Certains diagrammes et analyses montrent qu’il y a toujours eu une corrélation entre l’approche d’élections israéliennes et le déclenchement de plusieurs opérations militaires à Gaza, en Cisjordanie, ou même au Liban. Et plusieurs fois, les partis qui ont lancé de telles opérations ont été réélu.

L’opération « Pilier de défense » de Netanyahu a couté la vie à plus de 160 Palestiniens et 5 Israéliens.  Plus de 50 % sont des civils et parmi eux, 37 enfants. Israël a blâmé le Hamas des morts de civils israéliens et a admis celle des civils palestiniens comme des dommages collatéraux.

Le 20 novembre dernier, le Hamas et Israël ont approuvé un accord de cessez-le-feu. L’accord nous a laissés dans une certaine perplexité. Certains ont pensé que l’opération elle-même avait servi les intérêts du Hamas plutôt que ceux des Israéliens. Beaucoup de Palestiniens, y compris ceux affiliés au Fatah, ont salué le courage du Hamas et présenté la situation à Gaza comme un symbole pour les Palestiniens souffrant sous l’occupation. Après la deuxième Intifada palestinienne, beaucoup ont rejeté l’idée de résistance armée contre l’occupation israélienne et ont défendu la non-violence. Le Hamas s’est donné lui toutes les formes possibles de résistance à l’occupation, y compris la violence. Pendant l’opération israélienne, les roquettes palestiniennes ont frappé pour la première fois Tel Aviv et la banlieue de Jérusalem. D’autres cibles sensibles en Israël, comme la station balnéaire sur la mer Rouge Eilat, étaient en ligne de mire. Du coup la violence a rapporté au Hamas et devient de nouveau une posture politique.

Bien que beaucoup de Palestiniens et d’Israéliens aient célébré la fin de l’opération, ils restent assez prudents. Tant le Hamas qu’Israël ont déclaré le cessez-le-feu comme leur propre victoire : Israël en ayant porté un coup sévère à son ennemi et le Hamas en frappant au cœur même d’Israël. Israël s’est engagé à arrêter toutes les opérations militaires contre Gaza, y compris les assassinats, promettant de faciliter la liberté de circulation de Gaza et alléger le blocus de Gaza. Le Hamas a d’autre part consenti à arrêter les tirs de roquettes sur Israël. S’ils sont soulagés, les Gazaouis se posent la question de l’intérêt à long terme d’un tel accord.

Avec perplexité, plusieurs observateurs restent persuadés que le cessez-le-feu ne signifie d’aucune manière la fin du conflit. Cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas d’autres opérations israéliennes et ne veut pas nécessairement dire l’arrêt complet des roquettes palestiniennes. En vivant au cœur de ce conflit, Israéliens et des Palestiniens se rendent compte que la violence peut être un cycle infini. Les Palestiniens savent aussi l’opération « Pilier de défense » a pu être un test sur les capacités de résistance des habitants de Gaza afin d’envisager sérieusement une autre guerre. Depuis plus d’un an maintenant, Israël a médiatisé la potentialité d’une attaque de l’Iran. Israël sait que s’il lance une guerre contre l’Iran, il y a de forts risques pour lui d’être frappé par ses alliés du Hamas à Gaza. Ainsi Israël a voulu tester, jusqu’où les roquettes du Hamas peuvent aller.

De plus, l’opération « Pilier de Défense » est la première large offensive israélienne après le printemps arabe. Les régimes post-révolutionnaires nouvellement élus ont été aussi mis à l’épreuve. Pendant que l’opération se déroulait, beaucoup se demandaient si ces régimes seraient comme leurs prédécesseurs. Quelques jours après le début, le président Morsi a envoyé une délégation de haut rang à Gaza. La Tunisie a fait de même quelques jours plus tard et la Turquie de même. Des aides médicales ont été envoyées d’urgence à Gaza. Morsi a promis que les habitants de Gaza ne resteraient pas seuls et les Égyptiens ont manifesté au poste frontière de Rafah, protestant contre l’opération israélienne. Le Président égyptien a joué un rôle déterminant dans la signature de la trêve.

Tandis que la région a été témoin d’un changement géopolitique majeur, cela ne signifie pas nécessairement que davantage de pays vont se dresser face à Israël. Les nouveaux régimes démontreront en tout cas au moins probablement plus de solidarité avec les Palestiniens qu’ils ne le firent par le passé. C’est une première étape.