09/11/2012

Israël vs Iran: une victoire d’Obama qui n’arrangera pas Netanyahou

Comme si l’histoire se répétait à intervalles réguliers et à quelques semaines d’écart, la menace d’une intervention israélienne contre l’Iran la veille des élections américaines cette semaine, a semé le trouble un peu plus encore dans les chancelleries régionales comme dans la communauté internationale tout entière. Pourtant, on pourrait finir par s’y habituer. C’est à n’y rien comprendre parfois, tant les effets d’annonce depuis dix ans, vont et viennent sur une possible intervention conjointe israélo-américaine pour tenter de détruire les installations nucléaires iraniennes… si elles existent. Israël s’affolait le mois dernier, voyant la date du 1er octobre approcher, jour supposé où l’Iran serait enfin doté de l’arme nucléaire.

Après un mois d’accalmie médiatique, Benjamin Netanyahou, de retour de France et parlant sur la deuxième chaîne de télévision du pays, se disait « prêt, s’il le faut, à appuyer sur le bouton » pour lancer une attaque contre l’Iran. C’était le 5 novembre dernier alors que les médias avaient largement détourné leur attention du sujet, pris en étau entre la crise syrienne et l’élection américaine. Mais Netanyahou sait comment faire se porter l’attention sur lui et son pays menacé.

Depuis près de vingt ans en effet, Israël brandit la menace d’une attaque contre Téhéran et ses installations militaires, voire nucléaires. Elles étaient à l’état d’embryon à l’époque, elles seraient désormais fin prêtes donc dangereuses pour la survie d’Israël : « L’idée d’une attaque contre les installations nucléaires iraniennes est évoquée par Israël depuis 1994 mais c’est depuis 2002 que cette option est véritablement étudiée comme possible réponse à la menace d’un Iran nucléarisé »[1], explique Jean-Baptiste Beauchard, doctorant à l’IRSEM et à l’Ecole militaire.

Pourtant, au regard de la transformation globale de la région depuis plusieurs mois, la question de la menace iranienne aurait pu rétrograder dans la conscience des politiques israéliens. Or, il n’en est rien. Selon Yigal Palmor, le porte-parole du Ministère des affaires étrangères israélien, interviewé par nos soins en septembre dernier : « La menace iranienne n’a jamais été la seule. Elle était, et elle reste, la plus importante. »

En réalité, pour beaucoup d’experts, il y a peu de risques que la guerre ait lieu en l’état, et la victoire d’Obama n’arrangera pas les affaires du premier ministre israélien face à un va-t-en guerre républicain comme Mitt Romney, ami personnel de Netanyahou mais candidat déchu.

Netanyahou doit envisager désormais le scénario du pire et sait aussi, qu’une fois réélu, Obama fera tout pour le contraindre à calmer le jeu.  Au delà de l’impossibilité du succès militaire à l’heure actuelle pour Israël sans soutien logistique américain,  on pourrait douter aujourd’hui qu’Israël se lance dans une telle opération suicidaire contre Téhéran.

Mais Netanyahou a t il tant à perdre ? En janvier prochain, il sortira probablement renforcé du résultat des législatives anticipées qu’il a convoqué, et pourrait très bien décider, malgré les faibles chances de succès, « d’y aller ». Charles Enderlin, journaliste à France 2 et expert témoignait récemment dans une interview donnée sur France Télévision (http://www.francetvinfo.fr/nucleaire-iranien-netanyahu-ne-bluffe-pas_165677.html): « Je suis persuadé que Benyamin Netanyahu ne bluffe pas et qu’il a réellement l’intention de lancer une frappe d’envergure sur le nucléaire iranien. C’est la mission qu’il s’est donnée. » Mission divine ? La gravité de la situation dépasse largement le cadre d’analyse traditionnel et rationnel : Israël a peur, vit dans l’état de guerre permanent depuis 1948, et la vision mythologique d’un ennemi éternel, Amalek, ressurgit et peut tout à fait pousser par accès de folie le premier Ministre à lancer l’opération. Et les conséquences immédiates seraient terribles ; toujours selon Enderlin : « Si Israël bombarde l’Iran, les Iraniens risquent de riposter sur les bases américaines dans le Golfe persique. Ils tenteront de bloquer le détroit d’Ormuz et l’Amérique sera entraînée dans la guerre. Quelles seront les pressions que la prochaine administration américaine exercera sur Israël pour ne pas être entraînée dans une telle aventure ? Il est trop tôt pour le savoir. »

 

 

Sébastien Boussois



[1] La majorité des développements qui suivent sont inspirés de l’ouvrage Le défi sécuritaire en Israël : mythes et réalités (avec Sébastien Boussois), Editions du Cygne, Paris, 2012.