23/11/2012

Regard depuis l’Europe d’une chercheuse originaire de Gaza sur ce qui s’y passe

 

Dua’ Nakhala, doctorante en sciences politiques et assistante de recherches à l’Université Georges Washington, vit à Bruxelles.

« Gaza est attaquée ! » Voila le titre du premier article que j’ai lu le 14 novembre 2012 sur le début de l’opération israélienne. Huit jours se sont écoulés depuis avec les terribles images de civils blessés ou morts qui surviennent à chaque fois. Je me suis mis alors à regarder Al Jazeera en continu. Chaque fois qu’Al Jazeera a diffusé les images d’un nouveau bombardement, j’ai examiné tout cela de près avec la crainte de voir la maison de mes parents détruite à Gaza ou le visage de mon père ou ma mère morts dans les décombres. Pourtant, il y avait trop de destruction pour pouvoir dicerner véritablement les lieux et j’ai dû appeler ma mère à chaque fois pour m’assurer que mes parents étaient indemnes.

Bien qu’Israël ait justifié l’opération par l’autodéfense, en détruisant maisons, écoles, ou même casernes militaires, la cause première de tous ces développements tragiques à Gaza renvoie à l’absence d’Etat palestinien depuis 1948 et le déplacement d’environ 771,000 Palestiniens de ce qui s’appelle depuis Israël. Et tout cela alors que nous fêterons bientôt, le 29 novembre prochain, le vote du plan de partage des Nations unies qui prévoyaient un Etat juif et un Etat palestinien. Aujourd’hui, Gaza a une population d’environ 1.5 millions. 1.1 millions (dont 73.3 %) sont les réfugiés qui se sont enfuis en 1948 de Palestine ou qui ont été déplacés lors de la guerre de 1967.

Certains ont soutenu que le premier Ministre israélien, Netanyahu avait lancé une telle opération pour satisfaire son électorat à l’approche des élections législatives prochaines de 2013. Netanyahu n’est pas le premier à faire ainsi et plusieurs partis israéliens qui ont précédemment lancé des opérations semblables ont été réélus. Israël a reconnu un certain nombre de bavures dont la mort de plus de 80 civils. Parmi eux, 37 sont des enfants alors  qu’ils disposeraient des outils pour effectuer des frappes chirurgicales.

L’accord de cessez-le-feu signé le 20 novembre 2012  sert largement les intérêts de Hamas et a renforcé clairement sa popularité. Beaucoup de Palestiniens de Gaza ont exprimé de plus belle leur soutien au mouvement. On peut aussi voir les choses sous un autre angle : pour la première fois, les roquettes ont poussé les Israéliens à la signature d’une trêve.

Bien que beaucoup de Palestiniens et d’Israéliens aient célébré la fin de l’opération, beaucoup restent prudents sur ce qui va se passer dans les semaines à venir. On se pose aussi la question de la valeur d’un tel accord de « paix ». 170 personnes sont mortes et la reprise d’un cycle attaques/ représailles peut survenir demain. Enfin, et plus inquiétant encore, beaucoup d’Israéliens et de Palestiniens se rendent compte que l’opération « Pilier de défense »  n’était qu’un test grandeur nature pour tester la résistance des Gazaouis et pour observer l’attitude des régimes arabes post-révolutionnaires dans le cas où Israël entrerait finalement dans une véritable guerre contre l’Iran.