07/11/2012

S’accoutume-t-on à la déchirure syrienne?

Analyse

S’accoutume-t-on à la déchirure syrienne?

Par Baudouin Loos, paru dans Le Soir le 6 septembre 2012

De l’accoutumance à l’indifférence, il n’y a qu’un pas. Les décideurs et les opinions publiques l’auraient-ils franchi en Occident s’agissant du drame qui se déroule en Syrie depuis bientôt un an et demi ?

La Syrie ne fait en effet plus la une de l’actualité, alors même que le conflit reste, sur le terrain, de la plus haute intensité, comme en attestent les bilans des victimes toujours lourds chaque jour même si la précision des chiffres ne peut être vérifiée.

Les responsabilités du régime de Bachar el-Assad sont écrasantes. Il ne se conteste plus guère que sa réaction aux mouvements de contestation qui se sont développés en 2011 de manière presque toujours pacifique a consisté, dès le départ, à considérer que seule une répression féroce en viendrait à bout. Les quelques promesses de réformes, fussent-elles superficielles, n’ont même pas été suivies d’effet.

La militarisation d’une partie de plus en plus importante des opposants s’est ensuite imposée de manière inexorable en réponse à la torture, aux emprisonnements, aux assassinats puis, dans la dernière période, aux bombardements de quartiers entiers et aux massacres de civils…

La plupart des insurgés, désormais, font comprendre à qui veut les entendre que toute idée de négociations avec ce régime-là, avec ce monstrueux dictateur et assassin-là, n’a plus aucun sens. Du reste, Bachar el-Assad n’a pas non plus la moindre intention de négocier avec ceux qu’il désigne depuis avril 2011 comme des« terroristes ». C’est assez dire si la tâche de Lakhdar Brahimi, le diplomate algérien qui a succédé à Kofi Annan comme médiateur, s’apparente à une mission d’ores et déjà impossible.

Depuis un an au moins, les Occidentaux sont tétanisés par la perspective de prodiguer aux insurgés une aide qui pourrait tomber aux mains d’extrémistes, façon

Al-Qaïda. Depuis lors, ceux-ci sont bien arrivés en Syrie !

Et chaque semaine qui passe, avec l’amplification graduelle de la frustration des rebelles envers l’inertie de l’Occident, il est à craindre que cette mouvance – pour le moment toujours ultraminoritaire, selon les journalistes et observateurs revenus de là – accroisse son influence de manière drastique en Syrie.

De récents reportages du sobre hebdomadaire américain The Nation et du quotidien Le Monde l’ont encore montré : les insurgés manquent cruellement d’armes (pendant que la Russie continue d’aider le régime). La posture immobile adoptée par l’Occident est-elle encore tenable ?