16/11/2012

Une nouvelle guerre asymétrique entre Israël et Gaza?

Quatre ans après l’opération plomb durci à l’hiver 2008, le cycle attaques-représailles est reparti de plus belle entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza, renvoyant dos à dos deux populations dont la sécurité est largement mis à mal. L’opération qui a sévi depuis le ciel de Gaza sur la population a provoqué la surprise par sa force (300 cibles), d’autant que le week-end précédent, des roquettes tombées sur le plateau du Golan depuis la Syrie, avaient provoqué le déplacement de Benjamin Netanyahou et de son ministre de la Défense Ehud Barak quelques jours après, faisant diversion dans les médias.

Après la mort de trois israéliens à la frontière il y a trois jours et le début de l’opération aérienne, ce ne sont pas moins de 275 roquettes qui sont tombées en représailles sur le territoire israélien depuis Gaza. Si Israël a « le droit de se défendre » contre le danger et pour sa sécurité, argument réitéré par Catherine Ashton, la Représentante pour les affaires extérieures de l’Union européenne, tout en appelant à la « retenue », il convient tout de même de s’interroger sur le risque d’embrasement régional généré par Israël dans un contexte géopolitique mouvant. Même si pour la première fois depuis 1991, deux roquettes sont tombées dans la région de Tel Aviv, l’inquiétude d’une nouvelle opération terrestre grandit dans la bande de Gaza comme en 2008 et qui avait fait près de 1400 morts, sans n’avoir eu aucun résultat probant: ni écarter le Hamas ni arrêter les tir de roquettes depuis Gaza.

Car deux réalités persistent : l’armée israélienne ne parvient plus à gagner une guerre et ce depuis 1973; l’Etat-major ne réussit plus à protéger sa propre population et semble générer le pire en tentant le mieux. Le Hamas a promis de mener l’enfer à Israël. Même à Tel Aviv, les Israéliens ne se sentent plus protégés. Que peuvent faire gouvernement et armée qui partent dans une fuite en avant avec des procédés déjà prouvés comme largement inefficaces? Même l’iron dome, censé être efficace à 80% n’est pas parvenu à arrêter plus de la moitié des missiles courte portée, ce pour quoi il est déjà censé être le plus efficace. Ne parlons même pas des missiles longue portée qui pourraient arriver d’Iran un jour si une autre guerre finissait par survenir à l’est.

S’il est inutile en fin de compte de revenir sur les prémices, sur qui de l’œuf ou de la poule a commencé dans cette nouvelle « guerre », il est en revanche intéressant de recontextualiser cette énième offensive aérienne de l’armée israélienne contre les cibles palestiniennes : parmi elles, des commissariats de police en charge d’assurer la sécurité, ou des cibles humaines comme Ahmad Jabari, l’ancien chef de la sécurité et a priori personnage stratégique et important pour Israël. L’approche des élections israéliennes en janvier et l’argument électoraliste dans le déclenchement de l’opération au nom de la sécurité des Israéliens aura des retombées en faveur de la coalition Likoud- Israel Beitenou pour qui la survie d’Israël est l’argument numéro un. Certes. Mais la victimisation de Mr Haniyeh, jouant la carte de la manipulation des populations palestiniennes dans la bande déjà exsangue au nom d’une fierté de résistance peut être stratégiquement inappropriée. Les deux camps ont probablement des responsabilités.

Le premier problème majeur qui rend la situation dramatique à Gaza reste celle du blocus imposé aux Palestiniens : s’il a été allégé par l’Egypte, refusé par Israël, la situation ne fait empirer chaque jour un peu plus la situation économique et sociale à Gaza et le déplacement des réseaux d’influence du Hamas de la Syrie et de l’Iran vers l’Egypte islamiste posent une autre question qui semble empêcher le dialogue entre Israéliens et Palestiniens sur ce sujet : depuis le retrait de Gaza par Israël en 2005, et la prise du pouvoir par le Hamas en 2007, le petit territoire de 360kmest devenue une poudrière qui inquiète quotidiennement les Israéliens. Les chiffres sont là : 34% de la population au chômage, 80% de la population qui dépend de l’aide alimentaire selon les Nations Unies. Or, selon les chiffres de l’association israélienne Betselem, le déclenchement d’une nouvelle guerre avec Gaza se base sur un danger potentiel pour Israël qui semblait quand même plus réduit avant que maintenant. En effet, depuis janvier 2009 et la fin de la dernière opération, s’il y a eu 271 Palestiniens tués (attentats ciblés, bombardements ponctuels, incursion de l’armée), il n’y en a eu côté israélien « que »….4 ! Cela vaut-il le coup d’engager une telle mission apocalyptique pour l’ensemble du pays, alors que Tel Aviv a déjà agité le chiffon rouge côté syrien, et côté iranien ?

Le second problème déterminant est l’état des autorités palestiniennes, conditionné par la situation pourrissante. L’Autorité palestinienne est laminée dans cette affaire de nouveau. Non seulement, les dernières élections municipales lui ont été défavorables, mais l’impuissance de Mahmoud Abbas a s’entendre avec le Hamas dans une prétendue réconciliation du camp palestinien, tout comme la promesse de Netanyahou d’asphyxier l’Autorité palestinienne si son président représentait sa demande d’adhésion de la Palestine à l’ONU, joue contre le camp des modérés palestiniens. Et qui sortira vainqueur de cette tension entre deux extrémismes politiques que sont la coalition israélienne belliciste au pouvoir d’une part et le Hamas jusqu’au boutiste d’autre part ? Certainement pas la paix.

 

Sébastien Boussois