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Moyen-Orient 2012. Bilan géopolitique

coordonné par Sébastien BOUSSOIS

 avec

Salam KAWAKIBI, Daniel FONTAINE, François JANNE D’OTHEE, Giacomo MORABITO, Alice BOMBARDIER, Nael GEORGES, Olivier MARTY, Loïc KERVRAN, Doaa ELNAKHALA,Meriem BEN LAMINE, Khadija GUEBACHE-MARIASS, Clément STEUER, Dalila BERNARD, Olivier DA LAGE, Frank TETART,Elisabeth VANDENHEEDE et Antoine GREGOIRE

 

ISBN : 978-2-84924-306-0

14 x 21 cm

130 pages

13,00 €

Disponible ICI ou sur demande à l’adresse email medea@medea.be

 

Un an d’analyses de l’Institut MEDEA. Au Maghreb et au Moyen-Orient, l’année 2012 a vu la lente transformation politique, économique et sociale se poursuivre et la démocratie balbutiante continuer son chemin. En réalité, les situations étant diverses selon les États, nous avons été nombreux à croire et espérer en des processus révolutionnaires brutaux et rapides tout en craignant une déstabilisation régionale complète. Cela n’a pas été le cas et c’est tant mieux. Mais les instabilités locales sont bien présentes. Ce qui est sûr, c’est que les pays qui sont parvenus comme la Tunisie, la Libye, l’Égypte à se défaire de leur anciens dictateurs, sont en train d’expérimenter la démocratie avec de nouveaux impératifs complexes issus du jeu électoral. De l’autre côté du spectre, des pays comme la Syrie sont dans des situations tragiques, ne parvenant pas à se défaire de leur pouvoir fort et connaissant une guerre civile sans précédent. Au milieu, des pays relativement discrets comme le Maroc ou la Jordanie avancent avec silence non sans certaines inquiétudes alors que des pays forts et tout aussi autoritaires tentent de tirer leur épingle du jeu en influençant le destin de certains pays ou en prenant un rôle de leadership régional comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar.
Dans cet ouvrage coordonné par Sébastien Boussois, nous retrouverons une présentation des grands enjeux géopolitiques, stratégiques, politiques et sociaux qui nous ont semblé déterminants l’année dernière pour comprendre voire anticiper les évènements de l’année à venir. C’est dans ce contexte que l’Institut MEDEA livre pour la première fois son bilan géopolitique annuel et le meilleur des ses analyses de 2012. L’institut Medea, actif depuis quinze ans dans les relations euro-arabes à Bruxelles, a pour objectif de faire connaître le monde arabe, ses particularités et ses opportunités. Son but est de promouvoir les synergies et le dialogue entre deux régions voisines et complémentaires.

 

While the European support to democratic transformation in Egypt might be suffering some fatigue, the effort of many Egyptians in the streets of Cairo is beyond any imagination. Facing various challenging moments, presidential declarations, voting on a new constitution and the polarization of the country, democracy and human rights activists are writing a new history of Egypt. But can we today describe Egypt as a democratic country? Is unconditional International-aid to the government of Egypt a lever for democratization or the contrary? What role is left for the International community to play? Is the Egyptian revolution following the path of the Iranian one? After the constitution, can we call the new Islamic Republic of Egypt? How is the Egyptian society reacting to these incredible changes?

To discuss these questions the EuroArab Forum has the honour to invite you to the debate:

Egypt: Two years later, is democracy still far to reach?

Speaker: Moataz El Fegiery*

Thursday, 7th February 2013, 20:00 and onwards

Le Cercle des Voyageurs, Rue des Grands Carmes 18, 1000 Brussels

To attend, please RSVP by sending an email to info@euroarab-forum.eu until February 1st. We are looking forward to your participation and a challenging discussion. If you have already registered no need to do it again.

 

euro arab

 

Entretien avec SÉBASTIEN BOUSSOIS, chercheur en sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles et à l’institut Medea

PROPOS RECUEILLIS PAR VIRGINIE LE BORGNE

 

Dans quel contexte ces élections s’inscrivent-elles ?

Il y a une radicalisation et une droitisation de la société et du champ politique. Il y a plusieurs explications : il n’existe pas une opposition véritablement unifiée. Les citoyens se tournent donc vers la droite, car elle représente une morale et une fermeté, mais surtout une capacité politique à jouer sur la menace. La droite récupère aussi de l’adhésion grâce à un contexte double. D’une part, les printemps arabes ont engendré un contexte géopolitique défavorable et inquiétant. D’autre part, la crise économique et sociale extrêmement forte a paradoxalement joué en sa faveur.

 

Doit-on s’attendre à une surprise ?

Tout va dépendre du choix de Benyamin Nétanyahou. Une alliance avec le centre-gauche est problématique pour lui : chaque fois qu’il a fait un compromis en faveur des Palestiniens, cela a échoué. Sans grande surprise, le Likoud s’alliera avec le traditionnel Shass (parti ultra-orthodoxe). Seule la montée du parti de Naftali Ben­nett, qui sait jouer sur plusieurs éléments qui plaisent énormé­ment, le national et le religieux, est un peu surprenante.

 

Quelle sera la priorité du nouveau gouvernement ?

Le programme numéro un d’Israël est la sécurité du pays, et c’est ce qui primera toujours. La droite reste considérée comme plus à même de gérer cette question.

 

Publié sur metrofrance.com

Une radicalisation de la société pdf

 

 

Analyse

Les enjeux de la transition dans le monde arabe

 

Par Hasni ABIDI, politologue et directeur du CERMAM (Genève)

 Ce texte est le chapitre introductif de son dernier ouvrage paru « Où va le monde arabe? » Erick Bonnier éditions, Paris, 2012.

S’il est trop tôt pour faire un bilan des révolutions arabes, il faut s’atteler dès à présent à l’étude des enjeux de la transition dans la région. L’évolution démocratique nous semble naturelle, mais elle est, dans le monde arabe, l’objet de débats, de luttes, de conflits. Steven Heydemann décrivait en 2002 l’argumentaire sur « la singularité arabe, où fleurissent des concepts tels que dysfonctionnement de la société, rigidité politique, déterminisme culturel ».

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Par Hasni Abidi, politologue et directeur du CERMAM (Genève)

Ce texte est le chapitre introductif de son dernier ouvrage paru « Où va le monde arabe? » Erick Bonnier éditions, Paris, 2012.

S’il est trop tôt pour faire un bilan des révolutions arabes, il faut s’atteler dès à présent à l’étude des enjeux de la transition dans la région. L’évolution démocratique nous semble naturelle, mais elle est, dans le monde arabe, l’objet de débats, de luttes, de conflits. Steven Heydemann[1]  décrivait en 2002 l’argumentaire sur « la singularité arabe, où fleurissent des concepts tels que dysfonctionnement de la société, rigidité politique, déterminisme culturel ». Or les évènements qui ont eu lieu dans la région à partir de décembre 2010 réfutent ce discours, avec la mise en place, dans plusieurs pays, d’un processus de sortie de l’autoritarisme. La démocratie semble désormais accessible à tous. Les peuples arabes peuvent se l’approprier comme idée, valeur, et mode de gouvernement. Cette période voit l’apparition d’interrogations communes : Quelles forces combleront le vide politique ? Comment la démocratie évoluera-t-elle dans un milieu majoritairement musulman ? Quel sera le rôle des sociétés, qui veulent devenir acteurs de la vie politique de leur pays ? Quelle place laisser aux intervenants extérieurs ? Autant de questions auxquelles tentent de répondre les différentes contributions, qui analysent les modalités des transitions, et les dynamiques du changement.

Tenir compte de la diversité des cas nationaux

Selon les exemples nationaux, on peut parler de transition brutale ou douce, volontariste ou réticente, impulsée ou subie. Les pays concernés sont à différentes étapes de la transition, lorsque celle-ci est réellement entamée : l’organisation d’élections, la réflexion sur les fondamentaux de l’Etat à construire, ou encore la lutte contre la dictature (Syrie). La première partie de cet ouvrage nous éclaire donc sur les cas nationaux, que l’on parle de révolution (Egypte, Tunisie, Libye, Syrie) ou d’évolution (Maroc, Algérie). La difficulté est d’accompagner les pays qui sont dans l’urgence en évitant de les noyer dans des thèmes généraux, sans pour autant exclure les pays qui ont un degré de démocratisation différent. Les pays qui ont connu des révolutions sont dans une situation de grande vulnérabilité, alors que les manifestants ne sont pas les personnes qui accèdent au pouvoir à l’issue des élections. La gestion de la transition n’en est que plus complexe, et se cristallise autour de désaccords sur les principes-mêmes de l’Etat à construire, avec un différend important entre les classes d’âge. Cette étape montre l’urgence, dans ces pays, de la réconciliation nationale, y compris dans les pays à fortes minorités confessionnelles ou ethniques. En Algérie et au Maroc, les manifestations sont passées, à la faveur du printemps arabe, d’un registre socio-économique au champ politique. Or le discours contestataire n’est pas seulement porté par des forces nouvelles, il est également instrumentalisé par l’élite au pouvoir. L’enjeu pour les régimes en place est en effet, pour assurer leur survie, de répondre au moins partiellement aux revendications de leur peuple par des réformes et des recompositions, afin de désamorcer la crise. Au Maroc par exemple, à défaut d’avoir devancé ou anticipé les aspirations de la population, la monarchie choisit de les accompagner, en les canalisant. Ce schéma pose la question de la possibilité d’une réforme graduelle, dans l’environnement régional actuel. Enfin, il s’agira d’étudier les Etats du Golfe, parmi lesquels le Qatar, qui a pris un rôle actif pour les révoltes arabes, pour autant qu’elles se situent hors de son propre sol. Doha saisit ainsi l’opportunité du vide de la scène politique arabe, et du besoin de combler ce vide par une nouvelle pratique politique.

Des points communs

Pour Henry Laurens, les révolutions arabes montrent que l’on peut gagner sans chef, « ce qui exprime un rejet supplémentaire de la figure du leader. Une combinaison de pressions de la rue, d’agitation syndicale et de militantisme associatif est (…) parvenue à conforter une transition démocratique, couplée à un changement constitutionnel »[2]. Mais désormais, quel chef choisir ? Y aura-t-il un réel renouveau du personnel politique ? Quels seront nos interlocuteurs ? L’aura des islamistes est-elle temporaire ? Toutes les contributions s’interrogent ainsi sur le rôle des laïcs, le poids de la religion, ou encore la compatibilité entre Islam et démocratie. Les partis religieux jouissent – en réaction aux dictatures, au déficit démocratique et à la corruption – d’une certaine légitimité populaire dans la région. Mais n’étant pas à l’origine des révoltes, ils ont tout autant été troublés par les événements. La phase de transition impliquera alors de confronter les nouveaux gouvernants aux réalités sociales et économiques des pays. Ces réalités constituent les différents domaines de la transition, et sont en lien avec la dignité humaine (karama), tant revendiquée au cours des manifestations. Le concept de citoyen devra être développé et incarné. Sur le plan économique, la levée d’impôts impliquera de rendre des comptes au peuple. Il faudra en outre résoudre le problème du chômage, de l’insertion des populations jeunes et diplômées, et diversifier les économies. Le rôle de la police et des services secrets devra être redéfini. La question de l’éducation est elle aussi un outil essentiel contre la régression. Il faudra créer autant de facteurs d’irréversibilité. La réforme de la justice sera également centrale : au sens de système judiciaire, et au sens de justice globale (et ce en lien avec l’injustice palestinienne). Quant à la démocratie, elle ne doit pas apparaître comme une fin mais comme un moyen. Les traditions de consultation collégiales dans les sociétés arabes peuvent, en outrepassant la figure du patriarche, être un support pour une démocratie locale.  Et celle-ci ne se résume pas à la pratique électorale, au pluralisme, ou à l’alternance du pouvoir. Par un processus de rencontres et d’échanges d’expériences, les acquis des révolutions arabes pourront être conservés et amplifiés. C’est ce développement qui pose la question de la place de l’Occident dans la transition de ces pays.

Etre un modèle ou un soutien ?

Ces pays arabes affrontent un double problème : il leur faut trouver des modèles, mais également s’en séparer, s’en distinguer, s’en émanciper. Ils ont en outre une conscience aiguë de l’importance d’éviter l’instrumentalisation dans la phase de transition (et même avant, comme le montre la complexité du cas syrien). Face à cela, l’Occident – et en particulier l’Union européenne – doit trouver sa place. Doit-il faire figure de modèle, au risque d’être accusé d’eurocentrisme ou de faire apparaître la trajectoire européenne comme la normalité[3] ? Ou préfèrera-t-il adopter une position d’humilité et de retrait : celle de conseiller dans les cas tunisien ou égyptien ; celle de soutien, du moins dans les mots, dans le cas syrien ? Cette seconde option semble privilégiée, avec le souci de regagner une crédibilité écornée par le soutien aux anciens régimes. La connaissance européenne est reconnue, et son rôle est attendu. Mais l’Europe devra éviter de réfléchir en terme de besoins (main d’œuvre…) tant les peuples arabes ont eux aussi des désirs, et désormais, pour certains, les moyens de les exprimer. Elle devra enfin contribuer à renforcer l’impulsion donnée par les révolutions arabes, par des mesures qui consolideraient les avancées démocratiques et éviteraient ce qui apparaîtrait comme une régression. Finalement, avec l’avènement dans le monde arabe de nouveaux régimes démocratiques, la parité et l’équilibre doivent être – bien plus qu’avant – le fondement des relations que nous construirons avec les pays de la rive Sud de la Méditerranée. Par ailleurs, l’irruption de la société civile sur la place publique modifie complètement le paradigme régional. Les sociétés prennent leur devenir en main. Il faut compter avec elles – et non plus les institutions gouvernantes uniquement – avec tout ce que cela peut impliquer de mouvant ou d’instable. L’Union européenne a effectué cette remise en cause, prenant en compte la multiplicité des acteurs. Elle a mis en place des instruments pour une transition institutionnalisée : enraciner la démocratie (ses mécanismes (élections, pluripartisme…) et ses valeurs (droits de l’homme, libertés…)) et identifier les besoins respectifs de chacun des pays.

Conclusion

Finalement, peut-on parler de transition dans le monde arabe, ou ce terme ne désigne-t-il que la situation tunisienne ? Les autres pays seraient plutôt l’illustration de ce que l’on appelle le « syndrome du guépard », à savoir, selon le roman de Lampedusa, tout changer pour que, finalement, sur le terrain, rien ne change. Ne serait-ce pas le signe également que plus l’on s’éloigne du début du printemps arabe, plus la transition sera difficile ? Cet ouvrage fait le pari que parler de transition, c’est l’initier. Depuis 2011, le monde arabe n’est plus en dehors de l’Histoire. Il a montré qu’il n’était désormais ni immobile ni stagnant. Il lui faut à présent (Heydemann p.60) « sortir de l’ombre immense projetée par la question de la démocratie »[4] et refuser les scénarii préparés, pour être acteur de sa propre transition. Comme le rappelle Ghassan Salamé, « la phase actuelle est une phase de transition, durant laquelle la qualité des intervenants politiques sera essentielle. Il ne faut donc pas s’attendre à des résultats immédiats, mais à des cycles qui s’étaleront sur plusieurs années»[5].Malgré l’ampleur extraordinaire de ce changement, peut-être faut-il prôner un retour vers la normalité et la sérénité. Tel est sans doute le principal enjeu. La transition ne sera pas sans faux-pas, mais peu importe, si elle suit la bonne route.

Avec l’aimable autorisation de l’éditeur.


[1] Steven Heydemann, « La question de la démocratie dans les travaux sur le monde arabe », Critique Internationale, n°17, Octobre 2002, pp.54-62 p.54

[2] Henry Laurens, « Dix choses à savoir… sur la révolution arabe », L’Orient littéraire, novembre 2011.

[3] Steven Heydemann fait remarquer que « cet a priori fait d’emblée de l’évolution politique régionale un échec, une déviance par rapport à la trajectoire historique normale, qui serait celle des pays européens. Il conduit les chercheurs à se focaliser sur ce qui manque, ce qui n’est pas arrivé » (Steven Heydemann, « La question de la démocratie dans les travaux sur le monde arabe », Critique Internationale, n°17, Octobre 2002, pp.54-62 p.55).

[4] Steven Heydemann, « La question de la démocratie dans les travaux sur le monde arabe », Critique Internationale, n°17, Octobre 2002, pp.54-62 p.60.

[5]Michel Hajji Georgiou, « Au Salon du livre de Paris, perspectives de paix au Liban et voyage au bout… de l’optimisme avec Samir Frangié », L’Orient-Le-Jour, 13 mars 2012.

 

 

Quelques jours avant les élections législatives israéliennes anticipées et convoquées plus de neuf mois avant par le premier Ministre Benjamin Netanyahou, notre édito titrait sans grand espoir de renouvellement : « Un miracle est-il possible en Israël ? » Nous devons bien avouer que si la classe politique israélienne surprenait depuis des années de moins en moins les spécialistes de la question, il a toujours été plus complexe d’appréhender le comportement d’un électorat israélien quelque peu volatile.

Ce fut la grande surprise le 22 janvier dernier. Alors que tous les sondages prédisaient une victoire écrasante de la liste Likoud Beitenou et l’arrivée incontrôlable du héros de la campagne électorale l’anti-palestinien Naftali Benett avec sa proposition phare d’annexer la zone C de la Cisjordanie (60% de la Palestine), la gauche et le Centre-gauche qui n’étaient pas parvenus à s’accorder ont ressuscité tout de même dans la désunion sur le papier et dans les urnes. Face à la dérive « théocratisante « du pays depuis dix ans, les laïcs semblent s’être réveillés.

Un miracle donc pour la démocratie israélienne? En quelque sorte oui, tant l’équilibre des sièges obtenus est totalement inattendu. Jusqu’à hier, il était entier. Mais l’arrivée des votes des soldats, deux jours après le scrutin, a changé la donne: 61 sièges pour la liste de Netanyahou, les partis nationalistes  ainsi que tous les partis ultra-orthodoxes ; 59 sièges pour le Centre-gauche et les partis arabes. Enfin, si les politiques ont oublié largement de traiter la question sociale et la crise économique qui frappe les classes moyennes pendant deux ans, il semble que les électeurs se soient rappelés à eux. Le pays a en effet été traversé par les plus grandes manifestations sociales de l’histoire du pays en 2011, atteignant des sommets en août de la même année avec près de 400 000 manifestants dans tout le pays (équivalent à plus de 4 millions de personnes dans les rues en France par exemple). La gauche et le centre sont de retour sur ce motif vital.

Depuis trois ans, Netanyahou est parvenu à maintenir sa coalition en jouant sur l’intransigeance en matière de sécurité et de défense dans le contexte mouvant régional à l’égard de ses voisins proches, à l’égard des Palestiniens et dans la poursuite de la colonisation, tout en négligeant la situation intérieure. De quoi plaire aux partis et à son électorat nationaliste et religieux très puissant. Mais Netanyahou l’inflexible a payé au moins trois choses : son inaction en matière économique et sociale malgré la Commission Träjtenberg sans grandes conséquences pour l’Israélien moyen, son alliance avec le sulfureux Lieberman démissionnaire pour soupçon de corruption, et enfin son mauvais calcul arithmétique qui fait que deux listes ensemble valent toujours moins en sièges selon les politologues qu’une liste unifiée. Bilan : Netanyahou passe de 42 à 31 sièges dans la prochaine Knesset. Mais s’il veut la majorité absolue, il l’aura.

Il y a plusieurs leçons à tirer des résultats de ces élections.

Tout d’abord, que malgré tout ce qui a été dit, si la classe politique israélienne s’est radicalisée en dix ans déplaçant le curseur avec les Israéliens à l’extrême, il est possible pour l’électorat de revenir vers plus de modération et le centre quand il est directement concerné par la politique du quotidien : les révélations sur le déficit abyssal du budget (40 milliards de NIS contre 20 annoncés, soit 8 milliards d’euros) dans les derniers jours de la campagne à joué contre le Premier ministre. Il y a des limites au saignement des classes moyennes alors que le budget de la défense (20%) avait été remis en cause à grande échelle pour la première fois de l’histoire tout comme le coût de l’occupation lors des manifestations.

Ensuite, que la balance peut faire pencher les candidats qui mettent en avant l’économique et social sans jamais pour autant envisager une solution rapide et durable à la question palestinienne. Cela est plus inquiétant et pose la question aussi de ce qu’on appelle la gauche, le centre et la modération. L’intérieur prime donc toujours comme aux Etats-Unis. Aucun programme politique lors de cette campagne, Likoud et Yech Atid compris, n’ont envisagé sérieusement un retrait de l’ensemble des territoires et une reprise sans préalable des négociations avec les Palestiniens qui n’ont actuellement un Etat que sur le papier. Il faut ajouter que de plus en plus d’Israéliens sont sur la ligne des deux Etats : le parti travailliste, le Meretz et Yech Atid surtout. Mais peu sont pour un partage de Jérusalem, le blocage resterait entier face à la droite.

Ensuite, que la vieille classe politique israélienne qui a fait le pays, puis a défait une grande partie des idéaux sionistes en démantelant l’Etat tout en faisant exploser le nationalisme sans le canaliser, semble sur le point de passer le relais à une nouvelle génération d’hommes politiques : les vieux généraux qui ont dirigé le pays pendant des décennies, ceux qui ont construit leur réputation politique sur les médailles militaires de leur veston n’ont plus la côte parce qu’Israël ne gagne plus une guerre depuis des années. La société civile se réveille et de plus en plus d’hommes d’affaires comme Bennett, ou de journalistes comme Shelly Yachimovitch, la présidente du Parti travailliste ou Yair Lapid, l’ancien présentateur du journal télévisé, et finalement vraiE star du scrutin 2013, souhaitent accéder aux hautes fonctions politiques. Le peuple leur en donne aujourd’hui la possibilité.

Autre leçon de ces élections et plus inquiétante : les Israéliens ont inventé le concept de partis politiques jetables. En effet, Kadima né sur la gloire de son fondateur Ariel Sharon, était la plus grosse formation du pays en 2009 et est aujourd’hui réduit à néant avec deux sièges. La compromission de Shaul Mofaz, quelques mois avec le gouvernement puis le départ de Tsipi livni ont eu raison de l’ancien premier parti de centre-gauche. Il en est à peu près de même avec les deux partis ressuscités : le parti de Benett fondé sur les restes du Parti National Religieux silencieux depuis vingt ans et réactivé sous la forme du nouveau « Maison Juive » ; et le parti Meretz, le plus à gauche des partis sionistes, laïc et socialiste. Ce dernier en faveur de la solution à deux Etats, de la paix et des compromis avec les Palestiniens,  qui avait quasi-disparu depuis dix ans, a doublé ses effectifs en passant de 3 à 6. On retrouve donc deux partis réactivés cette année aux extrêmes de l’échiquier politique. Cela pose la question de la vraie distinction des partis et de leurs spécificités politiques, tant le nombre de leurs leaders surfent d’un parti à l’autre ou en créent de nouveaux. Ehud Barak, Tsipi Livni pour ne citer qu’eux.

Avant-dernière leçon des élections sur le système électoral même en Israël: le mode de scrutin israélien permettant  bien entendu la représentation des petites listes mais ne leur donnant pas accès à la proportionnelle et donc à la Knesset ont ratissé près de 250 000 votes. C’est important  puisque malgré la forte mobilisation électorale, ce sont près de 7% des électeurs qui verront leur vote non représenté dans le prochain gouvernement, soit deux fois et demi plus qu’en 2009. Un signe des Israéliens pour le renouvellement  des partis?

Dernière leçon enfin : une troisième voie est possible, au moins dans le principe, et Netanyahou devra faire des choix radicaux pour modérer les tendances de son futur gouvernement. Yech Atid,  nouveau phare de la gauche avec 19  sièges, est intouchable aujourd’hui comme Kadima l’était. Surgi de nulle part, il peut disparaître demain ou aux prochaines élections : les spéculations vont bon train sur l’arrivée peut être trop rapide de ce parti formé de personnalités de la société civile non rôdées encore aux fonctions politiques. Or, il faudra pour eux vite faire leur preuves afin de se faire dépasser par le Shass que Lapid déteste. A tel point que Yair Lapid pourrait décider de rester dans l’opposition le temps de structurer cette formidable nouvelle énergie tirée des élections. De là, avec le Parti travailliste, il constituerait une opposition puissante. S’il bascule dans le gouvernement, il sera affaibli immédiatement car comment concilier la tendance Netanyahou-Lieberman avec celle des ultra-orthodoxes et la sienne ? On voit déjà l’explosion de la coalition survenir au bout de quelques mois, voire de quelques semaines. On peut espérer qu’avec ce qu’on avait espéré l’année dernière, le retour d’une gauche sociale structurée et proactive enfin dans la résolution de la question avec les Palestiniens, on parvienne à un raisonnement d’une société israélienne qui avait basculé dans l’extrême à l’égard de son environnement, du monde, et surtout d’elle-même ! Mais même malgré l’embellie pour la gauche, c’est loin d’être gagné.

Car en effet, et si la vraie dernière leçon de ce scrutin ne serait pas de se méfier de ce qu’on appelle un « modéré » et un « centre gauche » en Israël ?  Surtout lorsque l’on sait que sur la question palestinienne, les propos retrouvés sur la page facebook de Yair Lapid le 20 janvier dernier, ne sont pas plus tendres que ceux que pourraient tenir un membre de « Maison Juive » : « Je ne pense pas que les Arabes veuillent la paix ; ce que je veux ce n’est pas un nouveau Moyen-Orient mais d’être débarrassé d’eux et de mettre une grande grille entre nous et eux ».  Alors faux miracle ou vrai mirage ?

Sébastien boussois

 

 

Opinion

Propos recueillis par Allan Kaval

Directeur adjoint du Monde diplomatique, spécialiste de la région, Alain Gresh analyse la notion de Moyen-Orient. Evoquant le renouveau d’un sentiment d’appartenance commun, sensible au sein des sociétés arabes depuis les soulèvements populaires, il revient sur les tensions identitaires qui menacent les relations entre l’Europe et son voisinage musulman avant de livrer un point de vue critique sur la manière dont les médias généralistes couvrent l’actualité de la zone.

Selon votre appréciation d’intellectuel et de journaliste, à quelle réalité la notion de Moyen-Orient se réfère-t-elle ?

Comme toutes les expressions géographiques, la notion de Moyen-Orient est sujette à caution. Au sens politique, le Moyen-Orient est une conception britannique datant de la période coloniale qui correspond à une aire géographique placée sous le contrôle de Londres. Elle couvre alors le Proche-Orient arabe, de l’Egypte à l’Irak, ainsi que les pays du Golfe, Chypre, la Turquie actuelle, la Grèce et l’Iran. Au Monde et au Monde diplomatique, quand j’ai commencé à travailler, dans les années 1980, nous utilisions la notion de Proche-Orient qui ne comportait ni la Grèce ni la Turquie mais intégrait l’Iran. Le Grand Moyen-Orient pensé au début des années 2000 par les géopoliticiens américains courrait du Maroc au Pakistan, des territoires qui ont finalement peu à voir les uns avec les autres. Il faut en fait comprendre que les définitions géopolitiques de cet espace lui ont été imposées par des acteurs généralement extérieurs, et ce à des fins de domination. Les soulèvements populaires ont cependant montré qu’il existait un ensemble arabe cohérent. Une scène commune arabe s’est recréée à leur faveur. De nature politique et culturelle, cette renaissance relative doit beaucoup aux chaînes satellitaires en langue arabe et à la diffusion d’une culture populaire commune. Paradoxalement, le sentiment d’une appartenance partagée est relancé au moment où les aspirations à l’unité politique, qu’un dirigeant comme Nasser pouvait prôner, ont perdu toute influence.

Ainsi l’idée arabe aurait donc de l’avenir au Moyen-Orient, non plus comme projet étatique mais comme une ambition portée par les sociétés ?

Le sentiment d’appartenance commune des sociétés arabes est aujourd’hui assez fort malgré l’expansion de l’islamisme. L’idée d’un nouveau califat est tout à fait illusoire bien que sa disparition après la chute de l’Empire ottoman ait produit un traumatisme immense pour tout le monde musulman. En réalité, l’un des défis principaux que les sociétés arabes en transition doivent aujourd’hui relever est selon moi l’acceptation de la diversité, à la fois politique, religieuse et ethnique comme une réalité avec laquelle il faut vivre. Elles doivent rompre avec l’idée selon laquelle l’autre est un ennemi, un impie, un élément dangereux qu’il faut détruire. La construction d’une société capable d’accepter à nouveau sa multiplicité et la légitimité de ses composantes les plus diverses est un enjeu majeur des évolutions politiques tunisienne et égyptienne. C’est le cas aussi bien du point de vue des islamistes que de celui des laïcs. La création d’une identité arabe ouverte est souhaitable, elle permettrait de dépasser les apories du nationalisme arabe, qui comme tout autre nationalisme est fondé sur l’opposition à un « autre » et sur son exclusion.

Au delà de ces questions nationales, n’a-t-on pas tendance en Europe depuis la dernière décennie à confondre les limites du Moyen-Orient et celles du monde musulman ?

Je ne pense pas. Des espaces majoritairement musulmans tels que l’Indonésie ou même l’Asie centrale ne sont pas communément considérés comme partageant une communauté de destins avec le monde arabe ou avec l’Iran. Il est cependant certain que les interventions américaines ou occidentales en Afghanistan et en Irak au cours des années 2000, ainsi que les conflits qui ont suivi ont pu favoriser l’unification des luttes et le sentiment de participation, pour certains groupes armés, à un combat commun dans une aire géographique qui va du Pakistan au Mali, en passant par le Yémen et la Somalie.

Il semble cependant que les perceptions contemporaines tendent à définir des pays situés aux confins du monde musulman comme essentiellement européens et séparés par un fossé infranchissable de l’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient, ce sur une base qui paraît de nature religieuse. A titre d’exemple, le passé commun du Maroc et de l’Espagne semble oublié, de même que les liens historiques qui unissent les Balkans et la Grèce à la Turquie actuelle ou au le Levant. N’a-t-on pas connu une époque où les limites étaient plus poreuses entre ce qui est aujourd’hui considéré par le plus grand nombre comme relevant du Moyen-Orient et ce que nous entendons comme appartenant au monde européen ?

C’est certain, les frontières n’ont pas toujours paru aussi tranchées. Cette réalité est liée aux limites que l’Union européenne a fixées à son élargissement et au fait que l’Europe se perçoive de plus en plus comme une citadelle assiégée de toute part. Dans le contexte de crise économique que nous subissons, le projet européen est devenu exclusif. Le sentiment d’une appartenance déterminante à l’Occident, opposée à la barbarie environnante est, me semble-t-il, beaucoup plus fort aujourd’hui qu’il y a seulement trente ans. Cette évolution est due à la fois aux conséquences du 11 septembre 2001, au terrorisme islamiste qui s’est manifesté par la suite et aux angoisses que la présence de musulmans dans nos sociétés a commencé à produire, notamment du point de vue de la menace supposée que l’Islam ferait peser sur les valeurs dites « européennes ».

La dégradation des perceptions dont la religion musulmane fait l’objet en Europe a évidemment une incidence sur la manière dont les sociétés européennes appréhendent un monde musulman fantasmé, perçu comme étranger et comme potentiellement dangereux. On tente parfois d’ancrer un hypothétique affrontement entre l’Europe et l’Islam dans un passé millénaire en convoquant les Croisades alors même que leur déroulement fut bien trop complexe pour satisfaire ce schéma basique. Les périodes de coopération entre ces deux ensembles – comme l’alliance de François Ier avec l’Empire ottoman contre Charles Quint – aux contours fluctuants ont en fait été bien plus importantes que les périodes de conflit, dont on voudrait faire aujourd’hui l’horizon historique unique des relations entre le monde européen et le monde musulman.

Il faut ajouter à cela l’affaiblissement des nationalismes en Europe et l’incapacité de l’idée européenne à susciter une adhésion subjective forte. On se trouve dans un vide identitaire qui peut rendre séduisante ou rassurante l’appartenance à un Occident chrétien plus où moins mythifié. Le rejet auquel a fait face la Turquie dans sa tentative d’adhésion à l’Union européenne est une illustration particulièrement parlante de cette réalité. Pas uniquement lié à l’état d’avancement des réformes politiques engagées au sein cet Etat marqué par une forte tradition autoritaire, ce rejet tient au fait que l’intégration de la Turquie dans l’Union eut impliqué que 80 millions de musulmans puissent devenir citoyens européens d’un seul coup et que cette perspective ait été perçue comme dangereuse. Maintenant que la porte de l’Europe paraît durablement fermée à la Turquie, les progrès en matière d’Etat de droit et libertés publiques qui y étaient encore d’actualité il y a seulement quelques années se sont ralentis et une certaine régression est à l’œuvre.

Pour conclure, quel est votre regard de journaliste et d’intellectuel sur la manière dont les médias rendent compte des événements en cours dans la région ?

Je considère que la couverture qui en est faite par les médias les plus suivis est généralement lacunaire et parfois peu renseignée. A titre d’exemple, personne ne traite de ce qui est en jeu aujourd’hui au Yémen depuis la chute du Président Ali Abdallah Saleh, personne n’analyse les évolutions à l’œuvre au sein de la société iranienne, au delà des péripéties du dossier nucléaire. On constate depuis la fin de la Guerre froide un net désintérêt des rédactions pour les affaires internationales, désintérêt auquel la crise grave que traverse le secteur n’arrange rien. Les journaux n’ont plus les moyens financiers d’entretenir des correspondants réguliers et même si les journalistes français spécialisés sur le Moyen-Orient sont compétents, ce sont les perceptions transmises par les éditorialistes qui sont les plus visibles et elles relèvent généralement du lieu commun.

 

Article publié  par Les clés du Moyen-Orient : www.lesclesdumoyenorient.com

 

 

Opinion

Une querelle bien française

par Jean-Pierre Filiu,  professeur des universités en histoire du Moyen-Orient à Sciences Po (Paris)

Les protestataires syriens ne savaient pas, au début de leur lutte de libération contre l’Etat de barbarie et le régime Assad, qu’ils tomberaient sous les feux croisés d’une querelle bien française. La désillusion fut cruelle pour tous ces amoureux syriens de 1789 et de Victor Hugo, lorsqu’ils furent au mieux ignorés, au pire repoussés par les supposés héritiers des Lumières françaises.

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Opinion

Par Jean-Pierre Filiu,  professeur des universités en histoire du Moyen-Orient à Sciences Po (Paris)

Paru le 23 janvier sur le site des Grands débats www.lesgrandsdebats.fr

Les protestataires syriens ne savaient pas, au début de leur lutte de libération contre l’Etat de barbarie et le régime Assad, qu’ils tomberaient sous les feux croisés d’une querelle bien française. La désillusion fut cruelle pour tous ces amoureux syriens de 1789 et de Victor Hugo, lorsqu’ils furent au mieux ignorés, au pire repoussés par les supposés héritiers des Lumières françaises.

Les mouvements révolutionnaires dans le monde arabe n’ont jamais suscité un enthousiasme débordant dans les milieux intellectuels de France. L’ombre de Michel Foucault, succombant en 1979 aux mirages khomeynistes, a pu inhiber bien des élans de solidarité. Mais qu’on était loin du lyrisme suscité par la chute du Mur de Berlin.
On s’enflammait alors pour nos « frères » européens, tandis que les Arabes étaient irrémédiablement « autres ». Il ne restait qu’à réduire leur combat collectif aux variations saisonnières d’un « printemps » pour déjà anticiper « l’automne » islamiste et « l’hiver » intégriste. Et leur thawra, leur « révolution » dans tous les sens du terme, était ravalée au rang de « révolte » sans lendemain, de « contestation » condamnée à la récupération.

La manipulation s’aggrava, dans la cas syrien, de la conjonction de courants disparates : les « experts » en (contre) terrorisme, pour qui Al-Qaida représente moins une réalité physique que la garantie d’une rémunération stable de leur « expertise » ; les tenants de la « protection » des Chrétiens d’Orient (mission censée être historiquement assignée à notre pays), aveugles au point de lier le sort de ces minorités au destin des despotes ; et les « anti-impérialistes », égarés dans un Orient trop complexe pour leur bipolarisme ravageur.

Si on ajoute à cela le très tricolore « On nous cache tout, on nous dit rien », les ingrédients étaient réunis pour une querelle bien française, où la Syrie n’était que prétexte à vider nos rancoeurs nationales. Le fait que la dictature syrienne traque avec constance toute forme d’information indépendante aboutissait à jeter le doute sur les sources alternatives et engagées. Cette censure, passive ou active, permet de renvoyer dos à dos les protagonistes d’une « guerre civile » culturalisée, voire folklorisée.

Durant un dimanche d’août 2012, le silence médiatique sur le massacre de Daraya m’amena à lancer un cri d’alarme sur le carnage en cours depuis plusieurs jours. Je me gardais bien de diffuser les images (atroces) des charniers découverts et je précisais que les chiffres avancés par l’opposition (de 320 à 633 victimes) étaient « absolument invérifiables ». Mais ces précautions de forme comme de fond ne m’épargnèrent pas une rafale de réactions d’une agressivité inouïe.

Je passe sur les amabilités du genre « BHL au petit pied », « porte-parole de l’OTAN » et « agent du Qatar ». Le commentaire au fond le plus révélateur m’accusait de mettre en scène « les cow-boys et les Indiens ». Alors que je n’ai cessé de rapporter et de dénoncer les exactions perpétrées par la guérilla syrienne, j’étais suspecté de travestir les faits, pourtant aussi têtus en Syrie qu’ailleurs. Comme si la dégradation de la réflexion critique conduisait fatalement à idéaliser des « gentils » révolutionnaires contre des « méchants » agents de la dictature.

De tels procès d’intention sont une insulte à la pensée libre. En ce sens, la tragédie syrienne révèle le degré de provincialisation d’une partie de notre classe intellectuelle, accaparée par ses polémiques hexagonales. Le peuple syrien saura se libérer par ses propres forces et c’est bien là toute sa grandeur. La révolution vaincra, à Damas et à Alep, non pas contre ses détracteurs français, mais sans eux. Espérons qu’ils émergeront de leur impasse narcissique avant la prochaine révolution arabe.

 

 

 

 

Affiche conference eau proche orient