04/01/2013

Des processus révolutionnaires de 2011-2012 aux incertitudes des démocraties naissantes en 2013, un bilan mitigé

L’année qui s’est achevée au Maghreb et au Moyen-Orient a vu la lente transformation politique, économique et sociale se poursuivre et la démocratie balbutiante poursuivre son chemin. En réalité, les situations étant diverses selon les latitudes, nous avons été nombreux à croire et espérer en des processus révolutionnaires brutaux et rapides tout en craignant une déstabilisation régionale complète. Cela n’a pas été le cas et c’est tant mieux. Mais les instabilités locales sont bien présentes.

Ce qui est sûr, c’est que les pays qui sont parvenus comme la Tunisie, la Libye, l’Egypte à se défaire de leur anciens dictateurs, sont en train d’expérimenter la démocratie avec de nouveaux impératifs issus du jeu électoral et complexes : nouvelles constitutions à définir, organisation des oppositions, place du religieux à redéfinir dans la vie publique, arrivée au pouvoir des islamistes dans le jeu de la démocratie, défense des minorités qui tentent de revendiquer leurs droits, situation complexe des femmes dans ces situations post-dictatoriales. De l’autre côté du spectre, des pays comme la Syrie sont dans des situations tragiques, ne parvenant pas à se défaire de leur pouvoir fort et connaissant une guerre civile sans précédent. D’autres pays provoquent peu l’intérêt des médias mais n’en connaissent pas moins des troubles comme en Jordanie. Au milieu, des pays puissants mais tout aussi « forts » tentent de tirer leur épingle du jeu en influençant le destin de certains pays ou en prenant un rôle de leadership régional comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar, alors que d’autres sont trop affaiblis momentanément (l’Egypte), ou préoccupés à leurs frontières (Turquie avec la crise syrienne) pour cela. Pendant ce temps, l’Union européenne regarde impuissante.

Si le politique se reconstruit dans la région, il se fait non seulement au sommet des Etats mais désormais de plus en plus au cœur même des sociétés civiles en pleine expansion. Pour l’année à venir, les enjeux sont multiples pour nombre de pays en transition : en Tunisie, l’Assemblée constituante qui tente de parvenir à un texte pré constitutionnel depuis plus d’un an doit faire face à la pression d’Ennahda et des Salafistes contre les laïcs, et préconise la tenue d’élections  en septembre prochain. En Libye, dont les médias se sont largement détournés, un an et demi après l’intervention militaire de la coalition, la mort tragique de l’ambassadeur américain à Benghazi début décembre 2012 a souligné une fois encore les limites de l’intervention extérieure et la difficile construction de la démocratie notamment dans la région de la Cyrénaïque. Quant à l’Egypte, les tentatives récentes du président Mohamed Morsi de s’octroyer par un coup de force davantage de pouvoir, la contestation de l’opposition et le référendum sur la constitution finalement approuvé, ont profondément divisé à nouveau les Egyptiens qui se méfient davantage des Frères musulmans. En Syrie, le seuil des 60 000 morts aurait été atteint dans cette guerre civile qui dure depuis 18 mois et qui ne voit ni l’effondrement du régime baasiste de Bachar al Assad ni l’écroulement de la résistance sur place ou de la nouvelle opposition qui tente de s’organiser.

Des pays proches restent relativement discrets mais font les frais de la déstabilisation syrienne avec l’arrivée massive de réfugiés. C’est le cas de la Jordanie qui verra de nouvelles élections législatives se tenir le 14 janvier prochain, après la valse des premiers Ministres en 2011, les manifestations populaires contre la grave crise économique et sociale que traverse le pays et la politique d’austérité entreprise depuis près de dix ans dans un pays quasi sans ressources. Au cœur de ces situations diverses régionales, des pays sont toujours sous le joug de déstabilisations politiques, soit victimes de leurs voisins, soit de leur propre tensions politiques internes : c’est le cas du Liban, et de la Palestine. Les élections prochaines qui se tiendront le 23 janvier en Israël pourraient faire craindre aux Palestiniens encore plus de radicalité à leur encontre avec l’arrivée d’une droite encore plus extrême, éloignant plus encore la matérialisation sur le terrain d’un véritable Etat qui n’en aurait plus alors que le nom.

Il ne faut pas oublier les pays qui ont profité des révoltes arabes et se sont sentis  investis d’une mission de « médiation » ou plutôt de soutien à de nouveaux pouvoirs plus avantageux pour eux. Arabie Saoudite et Qatar, plus ou moins proches des Occidentaux, influencent les jeux de pouvoir et les alliances locales, déstabilisent certains régimes, financent certaines rébellions. Mais dans le même temps, ces deux pays n’opèrent aucune évolution politique. Il faudra continuer à étudier l’ascension fulgurante de la diplomatie qatarie sur tous les fronts, là où l’Union européenne est bien souvent absente. Preuve en sont les dernières actions symboliquement de Doha : la visite de l’émir Al Thani à Ismail Haniyeh le chef du Hamas à Gaza brisant l’isolement diplomatique du mouvement islamiste, le soutien financier aux victimes de la révolution tunisienne à qui l’émirat a offert 20 millions d’euros. Le même Qatar qui condamnait à la prison à perpétuité fin novembre 2012 un poète pour incitation au soulèvement contre le régime en rendant hommage aux révolutionnaires en Tunisie.

Quant à la situation des droits de l’homme en Arabie Saoudite, elle n’est plus un secret pour personne : celle des femmes mineures comme celle des homosexuels, ou des chiites persécutés à l’est du pays là où les réserves pétrolifères sont les plus importantes. Pourtant en 2011, des experts préconisaient un avenir assez sombre à la dynastie des Séoud, alors qu’un embryon d’opposition tentait de s’organiser. Afin de calmer le jeu, le pouvoir libéra 130 milliards de dollars à destination de la population afin de financer la politique sociale mais aussi les institutions religieuses. La contestation s’éteint. Afin de détourner le regard de ses propres turpitudes, le pouvoir saoudien s’immisce dans les affaires régionales, notamment au Bahreïn où la contestation chiite est réprimée par les soldats saoudiens. Ce n’était que le début de l’interventionnisme saoudien dans la région : soutien à la rébellion libyenne, financement du Conseil Suprême des forces armées, soutien à l’opposition syrienne, etc.

Il y’aurait encore beaucoup à dire et c’est ce que l’Institut Medea continuera à faire en 2013 en fournissant à ses lecteurs variés, mais également aux personnes qui se rendent sur les évènements qu’il organise, une information de qualité, des analyses pointues en prise à l’actualité ou sur des thèmes plus structurels sur l’ensemble des pays du bassin méditerranéen, mais également sur le rôle unique que l’Union européenne peut/doit/joue dans la région pour se démarquer.

Nous vous souhaitons d’ici là à tous une très belle année 2013.

L’équipe de l’Institut Medea.