11/01/2013

Toujours aucune solution en vue en Syrie

L’année 2013 n’augure encore rien de positif en Syrie, 22 mois après le début des contestations qui se sont transformées en un conflit armé qui ne cesse de s’intensifier.  Alors que les négociations internationales et plans de paix proposés de part et d’autres ne semblent pas pour l’instant être acceptés par les protagonistes, aucun d’eux ne semble capable militairement de s’imposer sur le terrain non plus à l’heure actuelle. Bien qu’une « solution politique » de la crise soit privilégiée par tous les acteurs internationaux, aucune ne semble aujourd’hui à portée de la main. Russes et américains se réunissaient aujourd’hui à Genève pour discuter du plan de sortie de crise du médiateur de l’ONU pour la Syrie, l’Algérien Lakhdar Brahimi.

Ce plan prévoit un cessez-le-feu, la mise en place d’un gouvernement de transition disposant de complètes prérogatives, et l’organisation d’élections législatives et présidentielles.  Russes et Américains pourraient s’accorder sur ce plan prévoyant deux options : la première établirait un gouvernement de transition, le temps que se tiennent des élections présidentielles auxquelles Bachar al-Assad, qui resterait en place provisoirement, ne pourrait être candidat ; la seconde serait un processus de transition reposant sur un gouvernement composé par des membres du régime actuel et des membres de l’opposition, mais excluant le maintien à son poste, même provisoire, du président actuel de la Syrie.

Pour l’opposition (vivement soutenue sur ce point par la Turquie, la semaine dernière), le départ de Bachar al-Assad reste une condition  avant toute sortie de crise, alors même que l’on murmure que le régime de Damas pourrait accepter une solution négociée si son leader se voit offrir une porte de sortie honorable. Des rumeurs persistantes évoquent en effet un départ de Bachar al-Assad et de sa famille pour le Venezuela.

Sur le terrain, aucun des protagonistes ne semble pour l’instant prendre l’avantage. La prise du plus grand aéroport militaire du nord de la Syrie par des groupes islamistes faisant partie des rebelles, à l’issue de plusieurs jours de combats violents, est une défaite pour l’armée régulière, mais celle-ci résiste encore très bien à Damas et Alep, ce qui avait permis dimanche dernier à Bachar al-Assad d’affirmer, sûr de lui, que les occidentaux et l’opposition avaient échoués à proposer un plan de sortie de crise, tout en proposant le sien, immédiatement rejeté par l’opposition.

Côté diplomatique, le régime de Bachar al-Assad peut encore compter sur les Iraniens et les Russes, bien que ces derniers semblent tout doucement assouplir leur position et pourrait un jour ou l’autre abandonner leur soutien au président syrien. Au Caire, le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, a appelé jeudi les pays voisins de la Syrie à favoriser une solution politique et à empêcher toute intervention étrangère. L’implication directe de l’Iran, dernier allié du régime syrien dans la région a encore été démontrée par l’échange d’otages iraniens, dont des gardiens de la révolution présents sur le sol syrien, contre des prisonniers de « l’opposition ».

L’Arabie Saoudite serait elle aussi, comme la Russie, en train de changer de position sur le dossier syrien. C’est ainsi que le ministre des Affaires étrangères Saoud al-Fayçal s’est déclaré, à l’issue d’une réunion avec son homologue égyptien, en faveur d’une solution politique en Syrie, alors que le fils du roi, le prince Abdel Aziz, a rencontré récemment, et pour la première fois, des officiers syriens en Jordanie.

Tous affirment, sans donc prendre trop de risque , que la seule solution doit être politique. Or, il n’y pas de négociations directes entre les parties en présence et les acteurs internationaux soutenant chaque camp ne semblent pas encore d’accord à l’heure actuelle sur un plan de sortie crise.

Peut-on dès lors imaginer qu’en l’absence de victoire militaire de l’un des deux camps ou de solution politique du conflit, une intervention militaire internationale puisse solutionner le problème ? Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a estimé jeudi que si la situation en Syrie s’aggravait encore, la réponse de la communauté internationale devrait être « revue à la hausse ». Il a notamment répété que Londres allait plaider pour que l’embargo européen sur les armes imposé à la Syrie soit modifié pour permettre d’armer les rebelles si nécessaire, lorsque l’UE réévaluerait les sanctions contre Damas, en mars prochain.

Cependant, à part armer les rebelles – ce que font déjà les pays du Golfe – On peut difficilement imaginer que les occidentaux iront plus loin militairement parlant, sans l’aval du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Et, à part peut-être les turcs, qui redoutent une présence encore plus massive et longue de réfugiés syriens sur son sol – il y en a plus de 150000 – qui pourraient y déplacer le conflit actuel, personne n’a envie d’envoyer des hommes dans un tel bourbier. Les Américains et les Français n’ont certainement pas encore oublié leurs interventions lors de la guerre civile libanaise dans les années 80.

Une solution du conflit semble donc encore très lointaine et les souffrances du peuple syrien risquent donc encore de perdurer. Les attentats et autres enlèvements font glisser la Syrie dans une certaine « libanisation » du conflit qui  risque de voir les diverses communautés du pays s’affronter de plus en plus durement au risque  de retarder encore plus toute fin du conflit et de rendre la reconstruction et la réconciliation post-conflit encore plus lente et difficile.

Geoffroy d’Aspremont