18/02/2013

Des Révolutions Arabes et du déficit démocratique: démystification et désenchantement

Analyse

Des Révolutions Arabes et du déficit démocratique: démystification et désenchantement

Par Shahrazad Far, chercheuse associée à l’Institut Medea

Toute personne suivant de près les développements politiques dans le monde arabe ne peut s’empêcher de se sentir désenchanté ou déçu. Le sentiment d’euphorie qui s’est propagé lorsque les révolutions ont éclaté et la rapidité avec laquelle elles ont été capables de renverser de longues décennies de dictature laissent un goût amer. Ceux qui prédisaient une troisième vague de démocratisation doivent encore être patients.

Les révolutions arabes n’ont pas abouti aux résultats espérés, mais sont certainement à un tournant qui a définitivement marqué un changement tangible dans le discours sur le déficit démocratique dans le monde arabe. Avant ce qui a été appelé le «Printemps arabe», le point de vue dominant était bien celui de l’incompatilibité entre monde arabe et démocratisation. Cette analyse couvre un large éventail d’arguments  soulignant l’incompatibilité culturelle entre la souveraineté du peuple et l’islam. Les révolutions arabes ont peut-être supprimé les obstacles sur le chemin de l’accession du peuple au pouvoir exécutif, mais pas les défis encore majeurs liés à la place de l’islam dans ces nouveaux régimes. La transition démocratique dans le monde arabe reste de toute façon un cas compliqué.

Il faut systématiquement établir un focus sur les acteurs politiques, la portée de leur action politique, les dynamiques de participation politique et l’exclusion comme facteurs explicatifs de la transition dans les pays arabes. La tendance à s’appuyer sur une liste de conditions préalables à la démocratie, principalement inspirée par l’évolution historique des démocraties occidentales, ne permettra pas de comprendre la nature ainsi que la trajectoire unique que ces évolutions spécifiques du monde arabe. Plus important encore, il est nécessaire de remettre en question les conditions dans lesquelles a émergé l’autoritarisme et la manière dont il a enraciné son appareil coercitif. À cet égard, l’Occident, en tant qu’entité géopolitique, a contribué à favoriser l’autoritarisme dans le monde arabe en donnant la priorité à leur stabilité et leur sécurité au détriment de la transition politique.

Il est essentiel de revenir et d’étudier le caractère patrimonial des institutions de l’État, la nature personnalisée des régimes autocratiques arabes, leur forte capacité coercitive, les bureaucraties et les systèmes judiciaires inefficaces et inefficients, qui ont été façonnés pour servir les régimes respectifs en place. Tout cela a renforcé la nature autoritaire des régimes arabes et les ont consolidé, en particulier dans les « rent seeking economies », ce qui rend leur résistance démocratique très élevée malgré les révolutions. Les résultats de cette corruption politique brille par des faibles taux de croissance, des performances économiques médiocres, des indicateurs de développement humain inférieur à la moyenne ainsi que des grave problèmes socio-économiques, sans oublier le radicalisme voire le terrorisme.

Des exemples de démocraties dans les pays à majorité musulmane comme la Turquie ou la Malaisie donnent de vraies leçons, mais il n’existe pas de modèle unique pour la transition démocratique de l’ensemble des pays musulmans. Chaque cas est spécifique. Le principal problème de la démocratisation dans le monde arabe est simplement que les règles de base du jeu démocratique n’ont pas été acceptées par les acteurs politiques pendant trop longtemps. Comment et dans quelle mesure l’héritage islamique peut-il adapté à cette transition politique avant tout ? L’interdépendance et la diversité des révolutions arabes donnent des résultats différents, qui ne manqueront pas de contribuer et enrichir l’étude du champ de la démocratisation. Malheureusement, cela ne se fera pas sans effusion de sang ou déboires politiques.