25/02/2013

Tunisie : les « qui, quoi, quand, où ? » d’une démocratie

La démission de M. Hammadi Jebali, chef du gouvernement Provisoire Tunisien, a brouillé les horizons d’une démocratie naissante dont l’objectif était  de maintenir l’équilibre politique pendant cette période transitoire.

Apres  l’assassinat du militant de l’opposition Chokri Bel Aid, avocat et porte-parole du Front Populaire, une vaste vague d’indignation et de protestation a secoué le pays dénonçant la passivité  du gouvernement face à  une violence de plus en plus croissante. Une importante manifestation dans la capitale et d’innombrables marches similaires dans toutes les régions du pays ont marqué cet évènement qualifié d’historique. Et c’est dans ce contexte précis que le chef du gouvernement a surpris la scène politique y compris son propre parti « Ennahdha » en annonçant un projet de gouvernement dénué de toute appartenance politique et constitué essentiellement de technocrates : les ministères de souveraineté tel l’Intérieur, les Affaires Etrangères et la Justice seraient ainsi dirigés par des ministres neutres.

Aussitôt annoncée, la proposition de M. Jebali a pu absorber l’onde de choc de l’évènement et  transformer la crise politique conséquente en plateforme de débat et d’entente de divers pôles politiques. Les protagonistes  de toutes les tendances politiques  admettent  que le sang du Martyre Bel Aid est la valeur réelle de la concorde nationale longtemps rêvée.

Cependant, les consultations au sein du bureau politique du mouvement « Ennahdha » dont M. Jebali est le secrétaire Général ont opposé un refus en bloc a cette proposition jugée non conforme aux aspirations des masses électorales et au programme de développement déjà entrepris par l’Etat, suivis par le Congrès pour la République, membre de la Troïka en pouvoir et l’un des piliers de majorité siégeant à l’assemblée constituante.

M. Hammadi Jebali qui était conscient dès le début des risques de son initiative a fini par présenter dignement sa démission au Président provisoire de la République Mr Moncef El Marzouki. Aussitôt faite, cette formalité renvoi toute  la scène politique à la case départ : avec une profonde interrogation existentielle : Qui a tué Chokri Belaid ?

Désormais tout dépond de l’issue  de l’enquête sur l’assassin de Belaid après quoi le chemin de la  démocratie  reprendra  de l’élan. Et les responsables  politiques actuels particulièrement les partis au pouvoir   doivent jouer un rôle fondamental dénudé de tout intérêt personnel et prendre des responsabilités politiques à la hauteur de l’envergure  de l’état actuel du pays.

Le gouvernement «  Ennahda » n’a pas tardé à choisir un nouveau chef du gouvernement qui n’est autre que l’actuel ministre de l’intérieur M.Ali Laarayédh dont la politique était contestée par l’opposition et jugée partiale. Pour former son nouveau gouvernement ce dernier s’est déclaré prêt à consulter les divers acteurs de la scène politique en vue d’une entente qui caractérisera le restant de la phase transitoire.

La tâche se révélera difficile sinon impossible à commencer par la demande réitérée par l’opposition sur la neutralité des ministres de souveraineté et la dissolution des groupuscules incriminés dans des actes de violences.

Oubeyd Allah Ayari