08/02/2013

Vendredi à haut risque dans une Tunisie désormais bipolarisée

Les Tunisiens n’avaient que peu connu la violence physique depuis deux ans et la fin de la Révolution mais ce qui est sûr, c’est qu’ils n’ont jamais accepté de s’habituer à la violence politique exercée dans le cadre de la Troïka par le parti Ennhada, accusé aujourd’hui de bien des mots dont la dégradation de la situation économique et sociale dans le pays. Mais aujourd’hui, encore plus grave, d’attenter quotidiennement à la transition démocratique qu’elle tente de parachever par l’établissement d’une véritable constitution laissant place aux aspirations religieuses comme laïques. Impossible équilibre ?

Un pas de plus a été franchi dans l’exaspération des Tunisiens cette semaine. Chokri Belaid, militant et opposant politique depuis la période de l’ancien dictateur Ben Ali a été assassine dans cette Tunisie post Révolution. C’est un grand gâchis. Les Tunisiens souhaitaient une Tunisie libre et démocrate, voila qu’elle vit un cauchemar.

Apres Lotfi Nagdh, membre du parti laïc Nidaa Tounes, voila que vient le tour de Chokri Belaid, Secrétaire Général du Parti des Patriotes Démocrates et leader du Parti Populaire de payer de sa vie la violence politique exercée depuis un moment en Tunisie sous le silence du gouvernement. On ne connaît pas encore les responsables mais les soupçons se portent sur déjà des membres des ligues de protection de la Révolution, des ligues ayant le statut d’association qui sont supposées garantir les principes de cette dernière. Le défunt et les autres partis de l’opposition les ont toujours critiqué et dénoncé et ont demandé leur dissolution en vain pour leur exercice de la violence.

Aujourd’hui, vendredi, un nouveau pays arabe va connaître un jour historique et peut être de nouveau montrer l’exemple à ses voisins. Le pays est rentré dans une phase très critique, et l’appel à la grève générale décrétée par l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT) est la première manifestation d’ampleur dans le pays depuis la Révolution. L’appel à la dissolution du gouvernement a été précédée par l’annonce de la formation par le premier Ministre Hamadi Jabali d’un gouvernement de technocrates pour diriger le pays jusqu’aux prochaines élections. ce que refuse Ennhada.  C’est un moyen de rassurer une société qui se bipolarise et n’a plus confiance en ses dirigeants. Des élections que les Tunisiens attendent depuis des mois tout comme cette constitution que la Constituante ne parvient pas à achever.

Aujourd’hui, vendredi, jour sacré dans l’islam, c’est la rue tunisienne qui va défier les Islamistes. Des Islamistes qui ont confisqué une partie des fruits de la Révolution mais surtout un parti qui s’est montré incapable de relever le pays. Et des laïcs anti-islamistes qui se sont largement redynamisé et restructuré depuis l’année dernière. La Tunisie sera peut être à nouveau un exemple politique confirmant cette arrivée de l’islam politique bel et bien comme une véritable phase transitoire, nécessaire puis dépassée.

Vive la Tunisie, libre, démocrate mais vive une Tunisie apaisée et prospère ! En tout cas la première étape et le mot d’ordre semble bien celui de l’union.

Meriem Ben Lamine (Université de la Manouba) et Sébastien Boussois (Medea/ Université Libre de Bruxelles).