28/03/2013

Le désengagement américain de la question israélo-palestinienne, une chance pour la région et pour l’Europe

Il y a trop peu d’occasions d’être optimiste lorsque l’on s’intéresse au Moyen-Orient. Tentons de voir la visite du Président américain au Moyen-Orient de la semaine dernière un tout petit peu différemment.

Une semaine après la première visite d’Etat, cordiale et amicale, du président américain Barack Obama, en Israël, en Palestine, et en Jordanie, le constat peut paraître de prime abord bien amer. Depuis 64 ans, nous attendons tous que la question israélo-palestinienne trouve une issue favorable avec la coexistence pacifique de deux Etats dans la région grâce à une médiation de la première puissance mondiale. Obama a apporté la semaine dernière un bien curieux message avouant son impuissance aujourd’hui à trouver une issue satisfaisante pour tous : pour certains un message de paix en renvoyant chacune des parties face à ses responsabilités, pour d’autres un message éternel de soutien inaltéré à Israël et donc à sa politique. Mais en rien, Obama n’a apporté de pierre nouvelle à l’édifice : on ne pourra guère le lui reprocher puisqu’il avait annoncé dès le début venir dans la région pour discuter et observer.

Il y avait toutefois un programme établi des urgences. La priorité fut avant tout, et ce malgré les humiliations historiques des USA face à l’intransigeance israélienne sur la colonisation des Territoires, la réconciliation avec le nouveau premier ministre Benjamin Netanyahou, chaudement propulsé à la tête de son 3ème gouvernement en 15 ans quelques jours seulement avant l’arrivée d’Obama. Les Palestiniens, avec à leur tête Mahmoud Abbas, et une partie de la communauté internationale avaient espéré un rééquilibrage des relations américaines avec les Arabes suite aux déceptions nombreuses quatre ans après le discours du Caire et surtout face aux nouvelles sanctions imposées à Ramallah après la reconnaissance de la Palestine par l’ONU en novembre 2012. Les relations entre USA et Israël avaient été détestables pendant le premier mandat d’Obama et beaucoup d’analyses pensaient, que désengagé des enjeux de sa réélection en 2012, il forcerait cette fois-ci les Israéliens à revenir à la table des négociations et à enfin arrêter la colonisation. Que nenni. Les résultats des élections israéliennes en janvier dernier donnaient largement vainqueurs une majorité de défenseurs de la poursuite de la construction des implantations et à la continuité du travail de déstructuration de ce qui devait être un Etat palestinien viable. Comme si les colons avaient gagné dans ce pays. La visite d’Obama annoncée peu après ne laissait donc pas beaucoup d’espoir. Et les priorités initiales restèrent les priorités finales : réchauffement des relations, question de l’Iran et de la Syrie. Rien de neuf sur le dossier israélo-palestinien.

Pourtant, à peine Obama parti, on apprenait l’annonce officielle des excuses d’Israël à la Turquie, demande d’Ankara restée lettre morte depuis trois ans suite à l’affaire tragique de la flottille à Gaza et à l’arraisonnement du Navi Marmara. Depuis 2010, les relations s’étaient largement dégradées entre les deux anciens alliés stratégiques de la région mais la crise syrienne, néfaste pour les deux pays, semble les avoir finalement rapproché. On a appris aussi cette semaine qu’Israël reprenait le transfert intégral du reversement des taxes à l’Autorité palestinienne qu’il avait bloqué en novembre dernier pour « punir » Mahmoud Abbas. C’est bien là la preuve qu’Israël qui gère la « situation » avec les Palestiniens depuis des années, préfère le statu quo aux avancées. Surtout dans le contexte régional mouvant actuel. L’impasse n’est finalement pas si mal.

Il se pourrait donc qu’Obama ait provoqué un léger mouvement de rééquilibrage entre les deux parties lors de sa venue. Cela s’apparente un peu à un lot de consolation pour les parties, car le Président américain sait bien qu’il ne pourra aller plus loin et faire plier le gouvernement israélien sur l’Etat palestinien. La réconciliation israélo-turque surprise peut remettre le curseur sur le régional et favoriser l’émergence d’un nouveau médiateur en local. C’est a priori une chance unique pour les deux poids lourds régionaux que sont l’Egypte de Mohamed Morsi, déjà coresponsable avec l’ancienne Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton de la trêve de décembre dernier avec le Hamas, et la Turquie de nouveau « en paix » avec Israël afin de faire bouger les lignes : seuls deux pays musulmans en paix avec Israël peuvent être des moteurs dans la région d’une résolution de la question israélo-palestinienne. Il reste bien l’Union européenne pour tenter de profiter du vide provoqué par la quasi démission des Américains. Mais une fois encore, la seule solution n’est-elle pas une résolution locale, en local, avec les acteurs régionaux concernés sans intervention extérieure ? Et si pour une fois la première puissance mondiale avait tiré les leçons de ses échecs passés depuis dix ans au Moyen-Orient, et surtout pris conscience des dangers de l’ingérence et des interventions extérieures ? C’est en tout cas l’occasion pour la région de tenter de redevenir maître de son destin, au moins sur ce dossier.

Sébastien Boussois