21/03/2013

Le Maroc deux ans après le discours historique du Roi Mohamed VI sur la réforme de la Constitution

Malgré le silence des médias internationaux, il ne faut pas oublier que des transformations politiques au Maghreb et au Machrek peuvent aussi se faire dans la douceur, progressivement, lentement mais sûrement. En effet, quotidiennement, la presse marocaine se fait l’écho des transformations que subit le pays, en bien et en mal. Et notamment des supports de presse comme le journal hebdomadaire Tel Quel qui porte la critique chaque semaine comme dans une vraie démocratie. Et il est indéniable que ce qui bouillonne au Maroc depuis l’arrivée de Mohamed VI il y a dix ans, mais surtout depuis son discours historique du 9 mars 2011 a été une étape majeure dans le règne du souverain qui sera celui de la transition vers la démocratie. La réforme en 2004 de la Moudawana, le code de la famille, était déjà en soi une révolution. Après l’abrogation de vieilles lois obsolètes comme celle qui imposait le mariage aux femmes violées, maintenait les femmes soumises à la volonté de leur père dans le choix du conjoint, il y a maintenant du neuf : polygamie désormais soumise à la décision du juge notamment si la femme est stérile, âge légal du mariage fixé à 18 ans, partage des biens entre les conjoints en cas de divorce, etc.

Le Maroc entre donc progressivement dans une nouvelle ère quoi qu’en disent les éternels critiques du Royaume, qui ne voient la transition démocratique possible en Méditerranée que par la violence ou la révolution. Il y a des voies alternatives et la Jordanie comme le Maroc s’y essaient. C’est un début. Il serait injuste en tant qu’Occidentaux, de jeter la pierre, et nuire aux membres de la société civile marocaine qui font un travail courageux et en profondeur et qui ont compris que le Maroc devait se transformer progressivement pour éviter le chaos.

Qu’en est-il précisément deux ans après le discours du roi Mohamed VI ? C’est en effet le 9 mars 2011, qu’un coup d’accélérateur a été porté au processus de réforme politique en cours depuis une décennie au Maroc. Et le oui massif du peuple le 1er juillet 2011 a marqué durablement l’accélération du processus d’édification démocratique vers l’Etat de droit. Les avancées sont spectaculaires : consécration de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs, égalité civile et sociale entre hommes et femmes, élargissement du champ des libertés individuelles, reconnaissance de la composante culturelle amazighe et de la langue berbère, reconnaissance de l’héritage hébraïque, la transformation du poste de premier Ministre en une réelle fonction de chef de gouvernement, désacralisation de la fonction du Roi dont l’image doit toutefois rester inviolée et respectée, réduction du cumul des mandats pour les ministres, droit aux pétitions et aux manifestations pacifiques pour protester contre une action publique, etc.

Une seconde phase très attendue est prévue prochainement : poursuite de l’élargissement des droits de l’homme, décentralisation et élection des conseils régionaux, renforcement de la participation de la femme à l’exercice des droits politiques, renforcement de sa protection (6 millions de Marocaines sont victimes de violences), renforcement de la représentation des organisations syndicales dans le champ politique et économique. Il faudra plusieurs années pour que l’ensemble de ces dispositions soient intégrées au corpus constitutionnel par voie légale mais l’on estime à 2016 la réalisation législative de toutes ces dispositions.

Bien sûr qu’il reste encore beaucoup à faire pour la démocratie, les droits des marocaines, ceux des homosexuels, la question minée de la corruption, la relance du projet de réforme de la Caisse de compensation, la modernisation du makhzen comme tout système bureaucratique opaque et massif, la question du Sahara Occidental, celle de la sécurité suite aux attentats terroristes de Casablanca en 2006 et Marrakech en 2011.

On a dit le pire sur l’arrivée des Islamistes. Abdellilah Benkirane, est le chef du gouvernement et secrétaire général du PJD (Parti de la Justice et du développement) depuis deux ans, et ce n’est pas la catastrophe souvent annoncée par les experts de tous bords qui fustigent l’islam politique à tout bout de champ en oubliant qu’il a été élu démocratiquement. Il faut attendre et voir. Bien évidemment la résolution des crises politiques et économiques tout comme la rapidité avec laquelle la transition démocratique s’effectue est liée aux freins posés par les plus radicaux d’entre eux. Mais comme le soulignait l’éditorialiste de l’hebdomadaire qui ose Tel Quel ,Fahd Iraki,  « Trois ans et demi encore à tenir avec Benkirane, c’est long, très long… Mais c’est le revers de la démocratie. Et c’est un passage obligé ».  Bien sûr qu’il y a encore beaucoup à faire dans le royaume chérifien pour la démocratie à commencer par la résolution de la crise économique et sociale mais il est assurément sur la voie de la normalisation. L’avenir est dans les forces vives du pays et la jeunesse et ils sont plus de 30% de la population : de quoi laisser beaucoup d’espoir.

Sébastien Boussois