07/03/2013

L’inefficacité politique de la violence comme de la résistance pacifique chez les Palestiniens : un risque d’embrasement comme dernier va-tout

Plus d’un mois après les élections israéliennes et l’enlisement dans la constitution d’une coalition gouvernementale cohérente et viable, la « question » israélo-palestinienne a été quelque peu écartée de l’objectif des médias. Pourtant trois évènements récents remettent sur le devant de la scène ce marronnier cher aux analystes et aux journalistes: la mort fin février d’Arafat Jaradat, détenu palestinien dans une prison israélienne, probablement victime de torture selon l’autopsie ; la visite du président israélien Shimon Perès début mars en Europe, pour qui le problème majeur à la paix est le terrorisme palestinien uniquement et non la colonisation ; et celle du président Obama fin mars en Israël et en Palestine qui a assuré venir pour écouter les parties et sans plan de paix. Tout cela n’est pas très optimiste.

Le centre gauche, deuxième force politique du pays derrière le Likoud est le grand vainqueur inattendu des élections israéliennes du 22 janvier dernier. Yair Lapid, président du parti Yech Atid tout nouvellement formé par des novices à la politique, n’a pourtant pas trompé grand monde. Les dernières positions pré-scrutin de celui ci sur les Arabes, la « situation » palestinienne, la colonisation, et la reprise éventuelle des négociations avec les Palestiniens, l’ont rapidement rangé du côté de la majorité de l’échiquier politique israélien. Un large spectre qui n’est pas prêt à renoncer à ses acquis. La relance des négociations a donc peu de chances de voir le jour tant la « gestion de la situation » en l’état a finalement conquis le cœur des Israéliens depuis plusieurs années. Fondé sur les cendres du parti Kadima, le ventre mou du centre qui s’est reconstitué récemment, n’a apporté aucun espoir aux militants de la paix ni aux Palestiniens.

Même si un risque d’embrasement de la Palestine est à tempérer, pour la simple et bonne raison, que les Palestiniens n’ont jamais rien obtenu par la violence, et qu’épuisés ils n’y ont aucun intérêt, il y a plusieurs éléments inquiétants et avant-coureurs d’une potentielle reprise de la violence dans les Territoires devenus Palestine. Et c’est bien là probablement l’un des arguments premiers : depuis le 29 novembre 2012, les Territoires occupés-contestés-disputés ont été reconnus par l’Assemblée générale des Nations unies comme l’Etat de Palestine. Comme rien n’a changé depuis sur le terrain, la désillusion supplémentaire des Palestiniens n’en est que plus grande. Les Israéliens ont multiplié bien au contraire les sanctions pour « punir » le Président palestinien Mahmoud Abbas. Second argument : la crise économique en Palestine est violente. Ceux qui parlaient encore il y a deux ans du miracle économique palestinien, affichant une croissance à deux chiffres, oubliaient dans le même temps que l’économie est sous perfusion et dépendante avant tout des 500 millions de dollars que les Israéliens veulent bien rétrocéder en droits de taxes perçus pour tous les produits entrant en Palestine. Une majorité de fonctionnaires et policiers mal payée, une inflation importante et l’étranglement économique du au blocus à Gaza : Israël a finalement consenti à reverser 100 millions de dollars pour étancher la soif de l’Autorité palestinienne. D’autres éléments inquiétants peuvent faire croire à un possible regain de violence en Palestine : l’impossible réconciliation effective entre le Hamas et le Fatah, la rupture de la trêve à Gaza avec le lancement d’une roquette sur le sud d’Israël, la signature de nouvelles implantations à Male Adumim dans la banlieue de Jérusalem et qui couperait définitivement le reliquat de territoire palestinien en deux, la question des prisonniers palestiniens qui sont près de 4 700 en Israël (dont 700 adolescents de moins de 15 arrêtés et interrogés chaque année ).

On a longtemps condamné les Palestiniens pour leur violence et le manque de clarté de Yasser Arafat, celle du Hamas et les terribles attentats-suicides dans les années 1990-2000. Israël a longtemps soutenu le Cheikh Yassine et le Hamas dès sa création en 1988 contre les modérés du Fatah. L’ancien premier Ministre Ehud Barak a condamné en 2000 les Palestiniens et leur raïs lors de l’échec des négociations de Camp David discréditant pour le restant de ses jours le seul partenaire de paix qui existait vraiment. Les Palestiniens ont payé pendant la seconde Intifada le prix lourd de la violence avec près de 3 000 morts tout comme les Israéliens (900).

Quel intérêt à la flambée de violence ? Ils n’ont rien eu grâce à cela, pas plus avec les attentats en Israël que les roquettes lancées dans le sud du pays. Ils ont juste eu la guerre et la violence en retour comme représailles. Depuis presque dix ans, ils ont globalement opté pour la résistance pacifique et ont tenté le jeu des institutions internationales et du droit. Après la seconde Intifada de 2000 à 2004, la mort de Yasser Arafat, la tentative avortée de relais charismatique de poids par Mahmoud Abbas, la droitisation de l’échiquier politique israélien et de la société, l’arrivée du Hamasthan à Gaza en 2007, les guerres israéliennes ratées contre le Liban en 2006 et Gaza en 2008 et 2012, l’Autorité palestinienne en a tiré un bilan : il faut jouer le jeu du droit international.

Malheureusement, après la première tentative de faire reconnaître la Palestine comme Etat par le Conseil de Sécurité des Nations unies et les menaces de veto américain, le succès de l’adhésion à l’UNESCO lui conférant le statut d’Etat, le succès du 29 novembre 2012 à l’AG des Nations unies de la Palestine devenant Etat non membre observateur, le président Abbas est bien obligé de constater à nouveau la chose suivante : faire respecter le droit international est impossible et y adhérer par la voie institutionnelle n’a rien apporté aux Palestiniens.

Donc si l’on réfléchit rationnellement : le choix de la résistance pacifique est pour les Palestiniens la meilleure attitude à adopter en attendant des jours meilleurs. Ce n’est malheureusement pas la visite fin mars du Président Obama qui renversera la vapeur, malgré ses inimitiés pour le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Les incertitudes sur la future coalition gouvernementale israélienne ne laissent pas non plus grand espoir aux Palestiniens, lorsque l’on voit se dessiner de plus en plus clairement l’axe Naftali Bennett (Maison Juive- ultra droite nationaliste et religieuse)- Yair Lapid (Yech Atid- Centre gauche) pour peser contre le Likoud. Donc quel choix irrationnel et jusqu’au-boutiste peut-il rester aux Palestiniens devant un tel mur ? La violence assurément et malheureusement.

Sébastien Boussois