18/04/2013

Au cœur de la politique de développement du Qatar : une stratégie personnelle et mondiale de modélisation des pays du Golfe à rente

On parle beaucoup du petit Emirat qui a déjà tout d’un grand, de sa politique de développement international spectaculaire, sans vraiment comprendre d’où est exactement parti sa stratégie et quels en étaient les buts initiaux.

Le Qatar, avec un siècle de réserves gazières, fait aujourd’hui partie du clan mondial des pays à la plus forte croissance (18,8%) , à l’expansion démographique la plus surprenante (multipliée par trois en dix ans atteignant 1,75 millions d’habitants dont 85% d’expatriés) et ce n’est pas fini. Avec un taux de chômage inexistant et un taux d’inflation passé de 14% à 2% en moins de cinq ans, le petit Emirat a déjà tout d’un grand et surtout d’un modèle de développement en temps de crise mondiale.

Il y a derrière tout cela une stratégie personnelle, celle de l’Emir Hamad Ben-Khalifa Al-Thani qui projette son pays à 20 ans dans le cadre de la « Qatar national Vision 2030 » (QNV 2030)[1], la Vision Nationale pour le Qatar à l’échéance de 2030. C’est un véritable plan de guerre national et international dont il est question pour faire du petit Emirat une puissance en développement économique et politique sans précédent. C’est autour de la personnalité forte de l’Emir Al Thani à la domination charismatique, de sa seconde femme Cheikha Mouza et de quelques hommes autour de lui, que se met en place jour après jour l’une des plus ambitieuses politiques de développement interne et internationale qu’un petit pays confetti ait eu à orchestrer dans la période récente de l’histoire.

Le Qatar est ainsi devenu une puissance au rayonnement international qui doit maintenant se développer en interne dans la même veine. L’Emir y consacre toute son énergie avec quelques ministres aujourd’hui chargés de faire appliquer la QNV 2030 grâce à la « Qatar National Development Strategy 2011-2016 » . Pour rayonner à l’extérieur, il lui faut bâtir une véritable stratégie de développement durable de la prospérité du pays et de ses habitants. Toute la difficulté réside dans le fait que la rente gazière est un atout mais peut se révéler aussi un handicap si l’on ne s’inscrit pas dans une dynamique productive à long terme et dont il faudrait s’autonomiser à l’horizon 2030.

Fruit d’une hyperactivité spectaculaire et nerveuse, parfois mal comprise à l’étranger, du Secrétariat Général au Plan pour le Développement (GSDP),  des Ministères de la Culture des Arts et du Patrimoine, du Ministère de l’Environnement, du Ministère d’Etat aux Affaires étrangères, du Ministère des Affaires sociales et du Travail, du Ministère de l’Education et de l’Enseignement supérieur, et du Ministère de la Santé publique, les résultats des actions entreprises depuis 5 ans dans tous ces domaines sont spectaculaires. Conscient des faiblesses qui règnent à l’intérieur de l’Etat, l’Emir a souhaité mener une double stratégie concordante et aux objectifs inter-mêlés en interne et en externe. D’un côté, il s’agit d’un développement des politiques culturelles à l’ambition mondiale, d’une politique de développement durable totalement novatrice pour un si jeune et petit pays,  d’une reconsidération des rapports entre le politique et le travail et d’une réorganisation plus sociale du marché du travail nourri et en même temps fragilisé par la main d’œuvre étrangère dont il faut rehausser les droits, d’une politique ambitieuse pour la jeunesse du pays et d’une reconstruction complète du système éducatif qatari conscient du faible niveau de celle-ci jusque maintenant. De l’autre côté, il est question d’une politique de coopération et de développement de l’international et d’une politique de soutien aux gouvernements sur tous les continents. C’est maintenant ou jamais l’occasion pour lui de transformer l’essai économique pour devenir une véritable nouvelle puissance diplomatique dans le monde en général, et au cœur d’un Moyen-Orient en plein bouleversement. C’est un concept, une forme de marketing novateur, une constitution, une charte à respecter par tous les acteurs décisionnels du pays pour montrer l’exemple, un chemin à suivre afin d’être cohérents. C’est la volonté de faire du pays un modèle de développement de tous les pays du Golfe à rente. Or, cela part un peu dans tous les sens à dire vrai. Et la priorité actuelle, c’est surtout de redorer son image. Et c’est sûrement actuellement pour lui le plus difficile.

Sébastien Boussois



[1] http://www.gsdp.gov.qa/portal/page/portal/gsdp_en/qatar_national_vision/qnv_2030_document