Le nouveau Moyen-Orient: Les peuples à l’heure de la révolution syrienne

L’ouvrage sur la Syrie que nous livre Jean-Pierre Filiu, professeur des universités à Sciences Po (Paris) et spécialiste du monde arabo-musulman, tombe à point nommé pour les spécialistes comme pour les novices de la Syrie alors que les médias commencent à se détourner du plus long conflit issu des Printemps arabes, une guerre devenue civile et qui dure depuis déjà près de deux ans et demi. Beaucoup d’ouvrages sons sortis sur le sujet dans l’urgence, sans remettre en perspective géopolitique et historique la particularité syrienne dans la région et qui explique pourquoi le régime tient bon. Après nous avoir livré une éclairante « Histoire de Gaza » en 2012 (Fayard), Filiu nous rappelle les heures du mandat français sur la région.

Comme dit l’auteur, “là où les protestataires tunisiens et égyptiens sont parvenus à renverser leurs despotes en quelques semaines, la contestation syrienne s’est heurtée à une répression déchaînée”. Pour comprendre cette situation, il faut revenir sur plus de 50 ans d’histoire syrienne et précisément jusqu’au mandat français sur la région. En effet, l’Empire ottoman dépecé après la Première guerre mondiale, la France et la Royaume uni se partagent les reliquats du vieil homme malade : la Syrie et le Liban à la France, et la Palestine et la Jordanie entre-autres au Royaume-Uni.

Avec peu de surprises, on constate que les grandes crises régionales partent aujourd’hui de ces anciennes possessions. Selon Filiu, “la Syrie actuelle (…) dont les frontières ont été dessinées par les puissances européennes en 1920, est le fruit du déni colonial du droit à l’autodétermination”. Le Parti Baas qui prend le pouvoir dans les années 1960 après coup d’état renversant les anciennes monarchies post-coloniales en Syrie et en Irak a prolongé ce déni. Aujourd’hui, il n’est plus question pour la majorité sunnite de se faire dicter le pouvoir par la minorité chiite de Bachar-al Assad, dernier stigmate d’un siècle de domination autoritaire et anti-démocratique. Les Syriens sont bien déterminés à reprendre le contrôle de leur vie.

Retraçant deux ans de ballets diplomatiques pour ou contre l’intervention étrangère, de construction des comités locaux, de tensions entre les Syriens de l’intérieur et ceux du CNS, de massacres de masse des deux côtés de l’armée syrienne et de l’ASL, le pourrissement par la tête du clan Assad au pouvoir, il nous invite à remettre en perspective ce qu’il appelle “l’heure des peuples”: tirer dix leçons de la guerre syrienne pour appréhender avec de nouvelles clés ce nouveau Moyen-Orient encore plus complexe peut être que ne l’était déjà l’ancien Orient compliqué.

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Par Sébastien BOUSSOIS (Senior Adviser à l’Institut MEDEA)

(paru dans Grotius International le 1 mai 2013)

 

Le nouveau Moyen-Orient: Les peuples à l’heure de la révolution syrienne

Jean-Pierre Filiu

Fayard, Paris, 2012