24/05/2013

L’Iran, un retour en arrière face aux élections présidentialistes du 14 juin

Dire que la démocratie se joue à petits pas au quotidien au Moyen-Orient  depuis deux ans serait un doux euphémisme. Bien sûr, elle passe par des phases difficiles, voire tragiques, mais elle se rôde. Alors que certains pays sont traversés par la guerre civile comme en Syrie, que d’autres essaient d’installer des processus démocratiques viables comme en Egypte, il y a des pays qui, malgré les tensions régionales et internes, vivent leurs élections presque comme si de rien n’était.

Si les révolutions ont ouvert la voie à des processus de démocratisation lents, il est des pays qui vivent depuis plusieurs mois des élections cruciales comme en Israël ou en Jordanie. Et puis enfin, d’autres comme en Iran voient défiler les candidats « admissibles » mais écartés un à un par le Conseil des Gardiens de la Révolution. Le bal des prétendants se réduit à peau de chagrin depuis quelques jours et les élections semblent déjà jouées à l’avance.

En effet, les prochaines élections en Iran se présentent comme les plus restreintes depuis le début de la révolution de 1979. Loin sont les années où le timide réformisme de Khatami soufflait un air nouveau dans un pays qui a, ne l’oublions pas,  les troisièmes réserves mondiales de pétrole brut. L’Iran, aujourd’hui, est ancré de plus en plus dans un  conservatisme installé écartant tout espoir de réforme.

Les récentes décisions du Conseil des Gardiens soutiennent un régime qui craint un retour aux protestations qui ont entaché les élections de 2009. Le Guide Ali Khamenei a veillé à ce que ses candidats soient imposés tout en éliminant ceux qui sont critiques de l’establishment. Sur les 686 candidats inscrits, seulement  huit ont réussi à passer le filtre du Conseil.

Les deux candidats les plus célèbres qui ont été écartés de la liste définitive sont Hachemi Rafsandjani et Esfandiar Rahim Mashaei. Le premier est une vieille connaissance de la scène politique iranienne (Président de la République islamique d’Iran de 1989 à 1997). La décision du Conseil a été critiquée même par une des filles de Khomeyni, Zahra Mastafvi, qui a écrit une lettre ouverte au Guide en expliquant: « Je vous demande d’intervenir dans cette affaire importante (…) et de prouver, comme l’affirmait l’imam [Khomeyni], que le but du gouvernement du docte [velayat faghih] est de barrer la route à la dictature ».Pas de doute, la décision d’écarter Rafsandjani a porté un coup sérieux à la crédibilité du système électoral.

Le deuxième, Mashaei, est le protégé du président sortant Mahmoud Ahmadinejad, qui avait déclenché une polémique en accompagnant ce candidat considéré comme la « bête noir » du Guide Khamenei.

Parmi les candidats qui restent pour le 14 juin, on peut souligner la présence de Saïd Jalili, le favori de l’ayatollah Khamenei  et le candidat des « principalistes »[i], une association de religieux et de militaires fidèles à l’autorité du Guide.

 

Félix Pernas Ramírez

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[i] Iran: Portraits de candidats (Le Monde):  http://www.lemonde.fr/proche-orient/visuel/2013/05/23/iran-portraits-de-candidats_3386947_3218.html