LES MIDIS DE LA MÉDITERRANÉE 

La nébuleuse terroriste du Mali à la Syrie : risque et péril pour l’Europe ?

Déjeuner-débat avec Anne Giudicelli, directrice de l’agence TERRORISC, spécialiste des risques politico-sécuritaires dans la région Afrique/ Moyen-Orient.

Mercredi 27 mai 2013 de 12h30 à 14h 

Organisé avec le soutien du Mouvement Européen-Belgique

Introduction par Sébastien Boussois 

Je remercie le point info Europe, le Mouvement européen Belgique, pour la co-organisation de ce nouveau rendez-vous des Midi de la Méditerranée.

Aujourd’hui, notre sujet portera sur le  « terrorisme »

me », et la  « nébuleuse terroriste » dans cet arc géopolitique tendu depuis le Mali jusqu’à la Syrie. Dans le cadre de « ce nouvel ordre mondial » désigné par Bush père en 1991 et l’effondrement du bloc soviétique, ceux qui localement y avaient en partie contribué sont devenus en quelque sorte les nouveaux ennemis de l’Occident « libéré ». Mais, attention, je ferai une différence entre réalité et perception comme notre invité le fait souvent. Il y a la peur de la menace et sa réalité. Je veux parler bien sûr des « islamistes » de tous poils, d’Al Qaeda, des groupes armés islamistes divers et variés du Mali à la Syrie, mais  il y a bien sûr de l’autre côté des « islamistes modérés », comme on dit, qui ont fait le jeu de la démocratie, qui ont été élus et sont la face acceptable par le Nord de l’islamisme qu’il qualifie lui-même souvent de modéré. Evidemment, toutes ces panoplies recouvrent différents moyens d’action et d’opération, et pendant que certains sont rentrés dans le rang pour administrer un territoire, d’autres ont opté pour le « terrorisme » comme outil d’avancée de leurs revendications.

Pour en parler aujourd’hui  l’Institut MEDEA  vous présente Anne Giudicelli, directrice de l’agence TERRORISC et spécialiste des risques politico-sécuritaires dans la région Afrique/ Moyen-Orient

Grâce à elle, nous passerons en revue la situation politique et sécuritaire dans la région Afrique/ Moyen Orient depuis le déclenchement du « printemps » arabe, la difficile transition politique de ces pays le retour de la mouvance de l’islam politique  sur la scène,  l’intervention française au Mali, justifiée par la lutte contre le terrorisme et la sécurité dans le monde, la reconfiguration de nouvelles alliances entre les « résidus » terroristes d’AQMI et des nouveaux réseaux notamment en Libye et en Tunisie, le départ pour les zones de guerre et de fracture des « volontaires au djihad », en provenance des pays arabes et de l’Europe. Trois grandes questions : Quels sont les risques à l’heure actuelle ? Quelle importation de cette expression radicale peut-on déjà observer ? Les Etats concernés risquent-ils d’être rapidement dépassés aussi bien au Sud que dans le Nord ?

Je retiendrai comme souvent je le fais deux citations pour illustrer notre sujet : « Rien n’est défendu de ce qui peut servir notre cause.» d’Albert Camus (1913-1960)

Et pour équilibrer: « Une action violente est dénommée terroriste, lorsque ses effets psychologiques sont hors de proportion avec ses résultats purement physiques.»de Raymond Aron (1905-1983)

Ces citations reflètent bien les deux orientations de telles organisations : le « jusqu’au boutisme» politique d’une part de certains groupes non étatiques ou des partis politiques élus, et l’image et la représentation de la menace qui rend souvent la réalité de la menace beaucoup moins perceptible.

 

Intervention d’Anne Giudicelli

« Je voudrais d’abord distinguer plusieurs secteurs qui sont toujours présents dans ce conflit. On a d’abord, bien sûr,  la communauté internationale qui a toujours un rôle ou un non-rôle à jouer, les régimes, ceux qui émergent aujourd’hui, et ceux qui sont encore combattus –ce qui se passe, par exemple, encore en Syrie–  et les rebelles qui sont soit issus de la société civile pour combattre les régimes comme celui de Bachar al-Assad, (…) soit ceux issus de groupes radicaux plus ou moins prééxistants.

L’idée c’est  de savoir comment se positionne aujourd’hui la communauté internationale par rapport à une crise, comme la crise syrienne où la crise malienne. Ce sont des questions qui sont extrêmement stratégiques : comment peut-on faire le tri entre groupes radicaux, rebelles, et  criminels terroristes ? Lesquels va-t-on designer comme des interlocuteurs ? Parce que, en effet, on  en a besoin. Quand on fait la paix il faut s’appuyer sur  des acteurs locaux, sur ceux qui sont à l’origine de cette crise. (…)

Dans ce contexte, l’action de la communauté internationale est mise à mal par cette nouvelle donne parce qu’aujourd’hui, on est dans une géopolitique qui est totalement bouleversée, où les ennemis d’hier sont devenues les alliés d’aujourd’hui et vice-versa. »

Voyons ensemble les deux terrains actuels les plus sensibles.

La Syrie.

Sur le terrain syrien, par exemple on a vu une espèce de contradiction. Aujourd’hui ceux qui combattent contre le régime, ce sont à la fois des rebelles, des groupes radicaux et des groupes terroristes. Or, aujourd’hui, les Nations Unies, malgré ces divisions, sont favorables à la chute du régime. Le point commun avec elle c’est qu’on a aussi des groupes radicaux qui sont favorables à la chute et qui combattent pour la chute du régime. On a aussi des groupes terroristes qui combattent contre le régime actuel, soutenus finalement une espèce d’alliance stratégique entre, par exemple, les Etats Unis et la France, et ceux qui combattent avec des armes, parfois payées par des puissances régionales, mais qui sont utilisées contre le même ennemi, alors que ces groupes radicaux-là sont des entités que l’on va combattre sur d’autres terrains.  Ce qui d’ailleurs a eu un effet pervers dans le plan de la sécurité même européen puisqu’on a constaté qu’on avait évalué un nombre de combattants (entre 500 et 300) jeunes européens–ce qu’on appelle les « volontaires au jihad »– qui étaient partis du territoire européen pour rejoindre les groupes radicaux, la nébuleuse radical-terroriste en Syrie. Et pourquoi ? Parce que d’une certaine façon les puissances occidentales, notamment les puissances européennes avaient cautionné la lutte contre le régime de Bachar-al Asad et la volonté de le faire tomber.

L’autre contradiction visible qu’on peut trouver, c’est la position de Hezbollah, dont le pilier est la résistance contre l’oppression du peuple. Aujourd’hui, le Hezbollah se retrouve à défendre le régime syrien. Il y a eu une déclaration il y a deux jours (25 mai) où le Hezbollah choisit de combattre du côté du régime et non pas défendre la société civile et la population.

De même, on a vu aujourd’hui qu’au sein même de la mouvance radicale qui combat en Syrie, il y a plusieurs entités : elles sont aujourd’hui sont  considérées comme terroristes, comme c’est le cas du Front Al-Nosra, qui regroupe plusieurs micro groupes qui sont plus ou moins mobilisables en fonction des zones. (…)

La question est celle de savoir si faut-il armer où pas les rebelles. C’est un grand débat au niveau européen puisque les Américains sont contre même s’ils considèrent qu’il faut établir des critères (mais aller établir des critères dans une situation aussi chaotique que celle de la Syrie est très complexe).  La décision devrait être prise à la fin du mois puisque il y a la date limite de l’embargo le 31 mai. D’autre part, l’une des raison de la non-intervention de la communauté internationale  est précisément de ne pas refaire une nouvelle affaire libyenne puisqu’on considère que l’intervention de l’OTAN  en Lybie a généré une crise et une instabilité qui a des effets dans la région. Ce qui fait qu’aujourd’hui il y a une prudence pour déterminer l’action de la communauté internationale justement afin de faire en sorte que le prochain régime qui arrivera à la place du régime baasiste ne soit pas un régime qui aille à l’encontre des intérêts des puissances occidentales.

Le Mali

Sur le terrain malien il y a aujourd’hui une totale implosion comme en Syrie. La grande différence, c’est qu’au Mali on ne combat pas un régime. Dans le cas malien, le chaos s’est installé parce que les acteurs étaient déjà présents dans ce paysage et notamment il y avait un groupe qui avait y  fait son sanctuaire : AQMI. L’organisation  est une émanation, d’un ancien groupe algérien appelé le « Groupe salafiste pour la prédication et le combat ». AQMI avait établi son sanctuaire dans le nord du Mali et lors de la chute du régime, une multitude de groupes se sont constitués assez vite pour essayer d’occuper un terrain face à la vacance institutionnelle et politique du pays. Ces dynamiques ont mobilisé la communauté internationale, en particulier la France, qui a décidé d’internationaliser cette crise, parce qu’elle une conséquence de la crise libyenne et parce que  beaucoup de ces groupes radicaux qui avaient été chassés lors de l’intervention en Lybie se sont repliés au Sahel, au Mali, en Mauritanie et au Niger.  Il y a eu  un appel à l’aide lors de cette vacance institutionnelle et la France s’est emparée de ce dossier parce qu’il était hors de question de créer un nouveau front d’instabilité dans cette zone là où elle a des intérêts importants. Une résolution  portée par la France aux Nations unies (résolution 2085 du CS des Nations unies) a été mise en place mais l’intervention française dépassant largement le cadre légal fixé a été très peu soutenue par la communauté internationale et  timidement suivie par les européens.

L’intervention française à partir de janvier 2013 a fait imploser une organisation qui commencait déjà à se fissurer avec la création des groupes concurrents. Aujourd’hui on peut constater  qu’il y a eu un déplacement de l’activité de ce groupe, un repli sur un nouveau sanctuaire qui a pris la place du nord-Mali : celui situé dans le sud libyen et dans une partie aussi du sud tunisien + (…).

AQMI est aujourd’hui une organisation dépassée par rapport à son objectif initial et les nouvelles oppositions générées par les nouveaux régimes mis en place pourtant islamistes. Le printemps arabe  en Tunisie, en Lybie et les évènements du Sahel ont créé une opposition radicale islamiste plus forte encore et  qui aujourd’hui s’appuie sur AQMI essentiellement pour pouvoir concurrencer les régimes et placer des fronts actifs tout autour de cette région. En plus, avec les dernières attaques au Niger,  il y a désormais aussi une volonté d’extension au Niger et vers la Mauritanie qui ont déjà été visés par ce type d’organisations.

Finalement, on peut constater les effets aujourd’hui de ce renversement politique  sur nos Etats européens. Mais on constate aussi  l’angoisse sécuritaire qui est générée, que l’on a vu lors de l’agression  mortelle à l’encontre d’un militaire britannique il y a quelques jours, où  la réaction des autorités françaises lors d’une agression d’un militaire à Paris, dans le quartier de la Défense). C’est parfois difficile de faire la part des chose dans l’urgence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

The army in Egypt has warned it will not allow the country to descend into « uncontrollable conflict ». The comments by army chief Gen Abdel-Fattah al-Sisi came a week ahead of planned mass protests by opponents of Islamist President Mohammed Morsi.

After months of rumours and speculation, the Emir of Qatar, Sheikh Hamad bin Khalifa al-Thani, has formally handed power to his son, Tamim bin Hamad al-Thani, as part of an ordered transition that appears to have been many months in the making.

The Syrian authorities must drop charges against five human rights activists whose « patently unfair » terror trial was today put on hold for another two months, said Amnesty International.

Members of a dominant Kurdish party have shot at a protest in the Syrian Kurdish-dominated town of Amuda, killing at least three people and leaving at least 10 others injured, activists have told Al Jazeera.

Hundreds of anti-government protesters were dispersed by the police, who fired tear gas and made use of water cannons in the night from Thursday to Friday in Ankara.

 

 

 

 

Anti-government protests in Ankara continue- 28.06.2013 – Le Monde (Poursuite des manifestations anti-gouvernementales à Ankara)

http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/06/28/poursuite-des-manifestations-anti-gouvernementales-a-ankara_3438319_3214.html

Hundreds of anti-government protesters were dispersed by the police, who fired tear gas and made use of water cannons in the night from Thursday to Friday in Ankara.

 

L’armée sort de son silence pour intervenir dans l’affrontement qui se durcit, entre adversaires et partisans du président Morsi, au pouvoir depuis un an. Tandis que les islamistes font valoir leur légitimité électorale, l’opposition les accusent d’avoir trahi la révolution et de chercher à se maintenir coût que coût au pouvoir.

Après des mois de rumeurs et de spéculations, l’émir de Qatar, Cheikh Hamad bin Khalifa al-Thani, a officiellement remis le pouvoir à son fils, Tamim bin Hamad al-Thani, dans le cadre d’une transition ordonnée qui semble avoir été prévuE depuis quelques mois

Les autorités syriennes doivent abandonner les charges retenues contre cinq défenseurs des droits humains dont le procès « manifestement inique » pour terrorisme a été suspendu le 26 juin pour deux mois, a déclaré Amnesty International.

Les membres d’un parti kurde dominante ont tiré lors d’une manifestation dans la ville kurde syrien Amuda, tuant au moins trois personnes et en laissant au moins 10 autres blessées, les militants ont déclaré à Al Jazeera.

Des centaines de manifestants antigouvernementaux ont été dispersés par la police antiémeute, qui a tiré des gaz lacrymogènes et fait usage de canons à eau dans la nuit de jeudi à vendredi à Ankara.

 

 

 

 

Anna Lindh Foundation has launched a new call for participation in “DAWARAK-Exchange Facility”, which offers members of civil society organisations (CSOs) an opportunity to travel to a counterpart organisation in other Euro Mediterranean country for exchange of experience and knowledge and learning by doing in the host organisation. The progamme intends in its third round to grant a travel opportunity to about 50 actors from the CSOs, ten of them will be journalists who will participate through the new modality for journalists training “Reporters Across Cultures” whose godfather is Andre Azoulay, the president of Anna Lindh Foundation. The submission of applications is now open in Arabic, English and French from the 26th of June till the 18th of October through DAWRAK website (www.dawrak.org).

For more info about the call and for application click here

Deadline: 18th of October

 

Le 3ème appel du « Programme d’Echanges de Citoyens », dans le cadre du programme «DAWRAK Citoyens pour le Dialogue», pour les échanges euro-méditerranéens de la société civile est lancé.

Le Programme d’Echanges Citoyens permet d’organiser des stages visant à promouvoir l’échange entre les Organisations de la Société Civile (OSC) des pays arabes, et entre les organisations de la société civile Euro-Med et arabes, pour une période allant de 1 à 3 mois. La Fondation entend soutenir en particulier les jeunes membres d’OSC possédant une vision de changement pour le long terme et actifs au sein de leurs communautés. Ils devront travailler sur des projets liés aux ‘4D’ de la FAL, avec une approche interculturelle : Dialogue, Diversité, Démocratie et Développement.

L’Echange fonctionne selon trois formules:

  • Programme de jumelage: un organisme peut envoyer un Acteur d’Echange Citoyen (AEC) et accueillir un autre AEC (échange entre OSC arabes ou entre OSC Euro-Med et arabes).
  • Envoi uniquement: un organisme ne fait qu’envoyer un AEC qui sera accueilli par un autre organisme.
  • Envoi uniquement pour les Journalistes: un organisme arabe ne fait qu’envoyer un journaliste arabe qui sera accueilli par un autre organisme (Euro-Med ou OSC arabes ou Institution Média). Les organisations doivent être situer dans des pays différents.

Une attention particulière sera accordée aux échanges entre OSC du monde arabe.

Pour postuler au programme de stage, vous êtes invité(e) à utiliser le formulaire de candidature en ligne disponible depuis ce lien. Les candidatures doivent être rédigées en anglais, arabe ou français. Vous trouverez les lignes directrices en anglais sur le site: www.dawrak.org.

Date limite de réception des candidatures est le 18 octobre 2013.

 

 

We nodigen u van harte uit op de infosessie over culturele stereotypen die door zal gaan op 10 juli van 14-17u bij MEDEA.

De bedoeling van deze namiddag is ons te informeren over bestaande stereotypen en het belang om ze te doorbreken. Tijdens deze info-namiddag kunnen we nog meer inspiratie vinden voor de videowedstrijd “We Tube, Smash Clichés in a Clip”. Assad Azzi – professor aan de ULB en specialist in het thema “interculturaliteit” alsook jurylid van onze videowedstrijd – zal ons enkele sleutelideeën geven over culturele stereotypen en vooroordelen. Vervolgens kunnen we dieper ingaan op het thema en erover discussiëren, door enkele bestaande filmpjes rond multiculturele stereotypen te bekijken.

Wanneer? 10 juli van 14-17u

Waar? MEDEA. De Meeûssquare 24, 5e verdieping, 1000 Brussel

RVB de base

 

Par Olivier Da Lage, journaliste à RFI et chercheur associé à l’Institut MEDEA

A 33 ans, cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani, le nouvel émir du Qatar, est sans conteste le plus jeune souverain du Golfe. Pourtant, à l’origine, ce n’est pas à lui que cette fonction était destinée. En 1996, un an après avoir renversé son père cheikh Khalifa, et peu après avoir lui-même échappé à une tentative de coup d’État en février 1996, l’émir du Qatar, cheikh Hamad, se choisit un prince héritier : c’est Jassim, l’aîné des fils de sa deuxième épouse, cheikha Moza qui est désigné. Mais il ne semble pas montrer un intérêt prononcé pour les affaires de l’Etat et, en 2003, c’est son frère cadet Tamim qui est nommé prince héritier. Quatrième fils de l’émir, il est le second fils de cheikha Moza qui, de façon tout à fait inhabituelle, exerce une influence considérable sur la conduite de l’émirat et ne s’en cache pas.

Tout comme Jassim, et leur père Hamad, Tamim est diplômé de l’académie militaire britannique de Sandhurst et passe pour, anglophile. Il est, naturellement, parfaitement anglophone, mais parle également couramment le français. Il est passionné par le sport et a joué un rôle important dans l’attribution au Qatar de la Coupe du Monde de football en 2022 ainsi que dans le rachat du club du Paris Saint-Germain. C’est d’ailleurs avec Nasser El Khelaifi, le futur patron du PSG, que le jeune Tamim s’est entraîné à jouer au tennis dans sa prime jeunesse.

Mais depuis qu’il est prince héritier, son père, cheikh Hamad, l’a associé à tous les aspects de la politique de l’émirat. Il est le président du fonds souverain du Qatar et a effectué des missions en Iran et dans les autres pays du Golfe, mais il a également noué des contacts réguliers avec les dirigeants européens et américains. Son père –et aussi sa mère, qui selon différents témoignages l’a véritablement « couvé »- l’ont préparé à son métier d’émir et dans la mesure où cheikh Hamad a envisagé son abdication depuis plus d’un an, il ne fait pas de doute que Tamim était aussi préparé à la succession qu’il est possible de l’être.

On dit cheikh Tamim religieux, et certains ont cru pouvoir en conclure qu’il renforcerait le soutien du Qatar aux Frères musulmans dans la région. En fait, rien n’est moins sûr. Sa priorité, semble-t-il, est de resserrer les liens entre le Qatar et les autres monarchies du Conseil de Coopération du Golfe, à commencer par l’Arabie Saoudite, passablement distendues sous le règne de son père, à la fois du fait de son tempérament et de sa politique flamboyants et volontiers provocateurs ; mais aussi depuis 2011 en raison de l’appui sans retenue à la mouvance des Frères musulmans, considérés avec suspicion dans toutes les autres monarchies de la Péninsule arabique.

Il sera aidé en cela par un tempérament beaucoup plus consensuel que son père. Mais aussi par sa première décision en tant qu’émir : le limogeage de Hamad Ben Jassim, le tout-puissant Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de son père, architecte de la stratégie interventionniste du Qatar et de la montée aux extrêmes en situation de crise. Compte tenu de la différence d’âge, du pouvoir de HBJ, comme on le surnommait, et de la tension persistante entre Hamad Ben Jassim et cheikh Moza, il était inimaginable qu’il reste en place. Son départ était d’ailleurs largement anticipé. Tamim aurait cependant tort de s’en faire un ennemi et il lui faudra trouver un rôle à sa mesure, qui ne menace pas pour autant son pouvoir. Pour l’heure en tout cas, Tamim est aidé dans ses premiers pas par son père qui a soigneusement veillé à ce que toute la famille régnante et les grandes tribus du Qatar fassent allégeance au nouvel émir, ce qui n’aurait peut-être pas été de soi si la succession était intervenue après sa mort.

En tout cas, la plupart des observateurs s’accordent à penser que dans un premier temps, il n’y aura pas de rupture avec la politique suivie jusqu’ici, un infléchissement tout au plus, dans le sens d’un recentrage sur les affaires intérieures de l’émirat. Le nouveau premier ministre, cheikh Abdallah Ben Nasser, qui vient du ministère de l’Intérieur cumule d’ailleurs la fonction de chef du gouvernement avec celle de ministre de l’Intérieur alors que HBJ était aussi ministre des Affaires étrangères.

Une phrase, dans le premier discours du nouvel émir a retenu l’attention : « Le Qatar respectera la souveraineté et l’intégrité de tous les territoires arabes ». Quelle en sera la portée pratique dans le dossier syrien, dans lequel cheikh Hamad et HBJ étaient adeptes d’un interventionnisme forcené ? La réponse à cette question en dira long sur les orientations que Tamim veut imprimer à son règne.

 

 

Par Safa Ben Saad, doctorante et chargée d’enseignement en droit public à l’Université Toulouse 1-Capitole.

La condition de la femme dans la Tunisie contemporaine passionne. Pendant des décennies, on louait les efforts de cette Tunisie émancipée et émancipatrice qui a pu s’affranchir des liens d’un Islam conservateur pour offrir à ses femmes une législation avant-gardiste dans la région. Ce constat est pourtant à nuancer ; d’une part, la comparaison se limite souvent aux autres pays musulmans, d’autre part, l’intérêt accru pour la condition de la femme a favorisé l’émergence d’un féminisme d’Etat ; un discours  creux, une propagande politique ayant pour mission de dorer l’image du pays à l’étranger et faire écran à une société civile particulièrement engagée en faveur de la cause féminine, laquelle a été mise à l’écart, voire persécutée. Cette situation a engendré un paradoxe, si le pays jouit d’une réputation de terre « moderniste », la place de la femme dans la vie publique reste limitée.

L’engagement politique des femmes tunisiennes pendant la révolution incite à s’interroger sur leur présence concrète dans les instances de l’Etat pendant la transition et notamment de leur rôle dans la Troïka qui gouverne la Tunisie depuis les élections du 23 octobre 2011.Cette analyse devrait prendre en considération deux données capitales : Le principe de parité appliqué lors des élections de l’Assemblée Nationale Constituante  et l’emprise du parti islamiste En-nahdha sur la coalition.

En effet, consciente de l’enjeu sur la transition, la Haute Instance pour la Réalisation des Objectifs de la Révolution de la Réforme Politique et de la Transition Démocratique, a assumé le choix historique de la parité sur les listes électorales entre hommes et femmes. Une décision glorieuse du processus de la transition, les militantes féministes se sont félicitées pour cette victoire qui vient concrétiser la place égalitaire dont jouit la femme au sein de la société tunisienne : «Les féministes se sont mobilisées pour imposer la parité sur les listes électorales et l’alternance obligatoire des candidates et candidats. Il a fallu faire tomber les arguments qu’on nous opposait : « il n’y a pas de femmes compétentes », « les femmes ne veulent pas prendre ces responsabilités », « la victoire doit l’emporter sur des considérations de genre » »[1]. Le processus est pourtant lacunaire, les femmes n’ont finalement représenté que 5% des têtes de listes.

Sans entrer dans le débat sur le bien-fondé du principe de parité, la situation engendrée par ce choix prête à confusion. Les partis politiques et autres candidats indépendants ont été « contraints » -non sans difficultés pour certains- de composer des listes paritaires et faire ainsi appel à des femmes qui n’avaient pour certaines aucune expérience politique antérieure. Sans doute la parité a permis de favoriser l’engagement féminin dans le processus électoral mais aussi dans la vie politique tunisienne en général. Au-delà des élections d’octobre 2013, certaines candidates n’ayant pas été élues continuent à s’investir et à se construire une vraie carrière politique.

La parité exigée sur les listes électorales, n’a cependant pas eu pour corolaire une parité au sein de l’Assemblée constituante. Les femmes ne représentent que 30.09 %[2] des élus, soit 65 élues. La présence féminine au sein du groupe parlementaire majoritaire semble par moment servir le simple aspect quantitatif pesant sur le vote, avec 42 voix, les députées islamistes jouissent, en effet, d’une force décisive. Cependant, exception faite du rôle –de facto- important de la vice-présidente de l’Assemblée constituante, les élues de la majorité se contentent parfois d’une présence passive, sinon peu influente sur les débats. La présence de la femme au sein de l’exécutif reste par ailleurs marginale. Si le gouvernement Jebali s’est contenté de nommer deux femmes à la tête de ministères, le gouvernement Lâarayedh n’a de son côté gardé que la très classique nomination d’une femme au portefeuille de la femme et la famille ainsi que deux secrétaires d’Etat. Le bilan critiquable de l’engagement féminin au sein du gouvernement ne traduit aucunement les aspirations des femmes tunisiennes, particulièrement dans le contexte postrévolutionnaire. Cette représentation a été jugée médiocre et discriminatoire, c’est « une dévalorisation des compétences féminines dont dispose le pays…L’absence criante de la femme des postes de décision et du pouvoir est injustifiée. Il est insensé de l’exclure sous prétexte de manque de temps ou de caractère spécifique de la phase transitoire», déplore un parti politique[3].

La présence féminine au sein de la majorité a sans doute permis au parti En-nahdha de favoriser l’image d’un parti islamique « modéré », ouvert et respectueux de la femme. Pendant la campagne électorale, les médias étrangers se sont intéressés à la candidate Souad Abderrahim, une femme non voilée, pharmacienne de profession, qui incarne le nouveau visage affiché du parti. Cette présence a moyennement réussi à rassurer les femmes sur les intentions du parti vis-à-vis des acquis de la femme tunisienne. Néanmoins, la main mise d’En-nahdha sur la coalition demeure déterminante pour comprendre les limites de l’action des femmes de la troïka en faveur des droits des femmes. Un ensemble d’indices permet d’affirmer qu’au sein de la Troïka, loin de chercher à servir la cause féminine, les femmes se sont plutôt pliées à la ligne idéologique et partisane de la majorité. Ceci ne concerne pas seulement les femmes issues d’En-nahdha mais aussi des femmes appartenant aux deux autres partis qui composent la Troïka- le Congrès pour la République et le Forum Démocratique pour le Travail et les Libertés- réputés progressistes et laïcs. Les Tunisiens se souviendront du discours complaisant et laxiste de Madame Sihem Badi, Ministre des affaires de la femme et de la famille, face aux prêches de prédicateurs orientaux en visite à la Tunisie, prônant l’excision des jeunes filles, le mariage coutumier ou encore la polygamie. La réaction de ladite ministre face au viol d’une fillette dans l’enceinte d’un jardin d’enfant en mars 2013 a aussi suscité l’émoi, après une journée de colère populaire devant le siège du ministère, Madame Badi a dû s’expliquer devant les constituants et a échappé de justesse à la première motion de censure votée à l’Assemblée.

Malgré les promesses, le parti « islamiste modéré » semble par ailleurs bloquer la concrétisation de la levée des réserves émises par la Tunisie à la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). A ce propos, la députée du parti Selma Sarsout, membre de la  commission des droits et des libertés, considère que la convention viole l’identité arabo-musulmane de l’Etat[4], elle déclare «Nous ne sommes pas contre les conventions internationales ratifiées par la Tunisie, mais nous refusons la levée, à l’insu du peuple, des réserves à la CEDAW». Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce sont des femmes qui se sont chargées de plaider pour l’incompatibilité entre ladite convention et les principes de l’Islam. Cette position réactionnaire s’est manifestée à différentes occasions pour défendre le principe de complémentarité entre hommes et femmes dans la constitution au lieu de l’égalité, ou encore l’inégalité dans l’héritage.

En dépit des limites relevées quant au rôle de la femme au sein de la troïka, l’expérience de l’engagement féminin demeure intéressante. La transition démocratique se devait d’associer la femme et de lui permettre à juste titre d’acquérir une expérience politique effective dont elle a été privée. Les limites de l’action des femmes ne peuvent être dissociées du contexte global de la transition.

 

 



[1] Khadija Chérif, secrétaire générale de la FIDH, octobre 2011.

[2] Les statistiques adoptées sont celles du site officiel de l’Assemblée Nationale Constituante, http://www.anc.tn/site/main/AR/docs/composition/compos_s.jsp, consulté le 25/06/2013.

[3] Le Mouvement Démocratique pour l’Edification et la Réforme, à l’occasion de la rencontre «Les femmes tunisiennes et l’action politique», organisée à Tunis en mars 2013.

[4] Déclaration à la radio Jawhara fm le 25 mars 2013.

 

Par Rukiye Tinas, docteur en sciences politiques de l’IEP de Lyon.

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« A traveling term, in changing global conditions »[1]. C’est de cette façon que James Clifford, historien et anthropologue, définit le terme « diaspora ».  À l’origine au singulier et avec un D (majuscule), évoquant la première expérience juive, le terme s’est obscurci par l’inflation de son usage. Les auteures Chantal Bordes-Benayoun et Dominique Schnapper parlent d’ailleurs de l’« inflation des diasporas »[2], les peuples revendiquant le terme pour s’auto-désigner. Il s’agit certainement d’un phénomène lié à la mondialisation.

Les spécialistes des diverses diasporas dans le monde lui apportent chacun une définition[3]. D’origine grecque, le mot diaspora est construit à partir du verbe diaspeirô (se disperser, être dispersé) utilisé au Ve siècle avant J.-C. par Sophocle, Hérodote et Thucydide. Il change plus tard de sens pour désigner « l’ensemble même des dispersés ainsi que l’espace de dispersion »[4]. C’est au cours de la deuxième moitié du XXe siècle que le terme devient populaire[5].

« Les migrants internationaux entretiennent des liens avec au moins deux types de lieux ou de territoires : ceux de leur origine, ou plus précisément, ceux d’où ils sont partis, et ceux de leur installation ou de leur transit. Entre ces différents lieux existe un espace, de part et d’autre des frontières, qu’on peut nommer transnational »[6], dixit le géographe Michel Bruneau. Toutefois, il signale que le terme « diaspora » n’est pas applicable à tout type de dispersion quelle qu’en soit la nature (provisoire/instable/précaire) ou que toute migration n’aboutit pas nécessairement à la création d’une diaspora. Il distingue  ainsi « diasporas[7] » et « communautés transnationales ». Selon lui, la diaspora est « une construction communautaire et identitaire particulière, issue de plusieurs phases de dispersion ou de différents types de migrations et de la combinaison de plusieurs identités, liées aux différents pays d’accueil et au pays d’origine. Elle ne peut en effet être appréhendée comme un groupe ethnique ou ethno-national unique mais doit être vue comme une composition, variable selon la localisation de ses communautés, de plusieurs de ses éléments »[8]. Dans la seconde moitié du XXe siècle et au XXIe siècle s’est beaucoup développé le phénomène de dispersion des populations à partir d’un État-nation et de constitution d’un espace transnational à partir d’un « champ migratoire »[9], comme l’envoi d’ouvriers vers les pays économiquement plus avancés. Ce sont « de nouvelles formes de territorialités transnationales qui obéissent à d’autres logiques que celles des diasporas »[10], à savoir les « communautés transnationales ». Pour sa part, l’anthropologue Stanley J. Tambiah distingue deux types de mouvements de populations ces 25-30 dernières années, ceux des « migrants volontaires » et des « réfugiés déplacés », faisant des passages transnationaux et pouvant être qualifiés de « communautés de diaspora »[11]. Il signale que ces dernières créées dans plusieurs endroits sont engagées dans des relations interpersonnelles et interculturelles complexes avec à la fois leurs sociétés d’origine et d’accueil : « (…) au lieu d’être déterritorialisées, elles vivent dans deux endroits et manifestent une double conscience »[12] dit-il. Si les membres des diasporas, ou des communautés de diasporas, peuvent être parfaitement intégrés ou acculturés dans le pays d’accueil, ils ne peuvent être complètement assimilés, « sinon ils auraient perdu toute conscience identitaire et n’appartiendraient plus à une diaspora »[13]. La conscience identitaire apparaît donc comme partie intégrante d’une diaspora.

Comme le signale l’anthropologue Jacques Barou, les diasporas dites « classiques (historiques) », à savoir juive, grecque et arménienne, ayant une double origine à la fois politique et économique, ont longtemps servi de modèles aux sociologues des migrations internationales pour évaluer les nouvelles formes de migrations transnationales[14].

Bien que la typologie des diasporas de certains auteurs tel que Robin Cohen[15] soit très inclusive, et d’autres chercheurs ne soient pas d’accord sur certains critères permettant de qualifier des populations migrantes de diaspora, il se trouve néanmoins un consensus sur plusieurs éléments de base inspiré de la Diaspora (juive). D’après le professeur de géographie Sylvie Chédemail, ces éléments sont les suivants : le départ de la population est déclenché par une catastrophe ; cette population se disperse dans plusieurs pays d’accueil, seule une minorité reste en place ; elle s’intègre mais ne s’assimile pas, soucieuse de maintenir une conscience identitaire, une mémoire de l’espace d’origine, un espoir de retour ; les communautés dispersées gardent des liens importants entre elles et avec le lieu d’origine[16].

À la lumière de ce qui précède, cet article se propose de présenter les caractéristiques des Turcs vivant à l’étranger, en particulier en Europe, de leurs rapports avec leurs pays d’accueil et la mère-patrie pour savoir si l’on peut ou non parler d’une diaspora turque.

Le « champ migratoire » turc

D’après le Ministère des Affaires étrangères turc, le nombre de Turcs vivant à l’étranger, les gurbetçi[17], est aux alentours de 8 millions, dont les quatre millions − chiffre approximatif − en Europe de l’Ouest, les 300 000 en Amérique du Nord, les 200 000 au Moyen-Orient, les 150 000 en Australie. À ceux-là s’ajoutent trois millions de Turcs ayant fait un retour définitif dans le pays d’origine[18]. Il s’agit alors d’un « champ migratoire » turc assez vaste, d’autant que les Turcs disposent d’une forte « culture de la mobilité » [19], ayant des origines nomades.

Le flux d’immigration turque vers l’étranger, en l’occurrence en Europe, a débuté dès le début des années 60, avec le débarquement en Allemagne de 2500 travailleurs-invités (gastarbeiter) d’origine rurale, peu ou pas lettrés, et n’ayant jamais été en contact avec l’Europe − la Turquie n’ayant jamais été colonisée − l’Europe connaissant une croissance économique sans limites et ayant ainsi besoin de main-d’œuvre supplémentaires. L’immigration de cette main-d’œuvre « ordinaire ou peu qualifiée »[20] se faisait grâce à un accord établi d’abord entre la Turquie et l’Allemagne fédérale en 1961, puis avec respectivement l’Autriche, la Belgique et la Hollande (1964), la France (1965), ainsi que l’Australie et la Suède (1967). On a plutôt tendance à parler de l’arrivée des ouvriers ruraux peu ou pas lettrés, parlant moins de la immigration des femmes citadines et scolarisée recherchées pour travailler dans l’industrie électronique allemande, ayant « des mains plus petites et plus fines, leur permettant d’exceller davantage dans ce travail que leurs homologues masculins ! »[21]. L’immigration féminine turque précède d’ailleurs l’immigration ouvrière masculine.

Jusqu’au frein mis à l’immigration de main-d’œuvre ou économique, et parallèlement à la crise pétrolière de 1974, le flux migratoire ouvrier était continuel. Il a ultérieurement cédé la place à l’immigration familiale, avec les regroupements familiaux, assurant l’arrivée dans le pays d’accueil des membres de la famille des ouvriers. Il s’agissait également d’assurer l’adaptation de la famille immigrée à la société locale. Les regroupements familiaux se sont produits jusqu’à la première moitié des années 80. De plus, plus de 400 000 Turcs d’Europe sont rentrés en Turquie aux débuts de cette même décennie.

Un dernier type de flux migratoire a été celui des réfugiés politiques, notamment les gauchistes, les Kurdes, les idéalistes (Ülkücüler), les chrétiens d’Orient, apparu suite aux deux coups d’État de 1971 et de 1980. Il s’agit alors d’immigration « politique ».

Plus tard, le champ migratoire turc s’est étendu vers d’autres régions du monde : il a d’abord été question d’immigration d’ouvriers, cette fois-ci « qualifiés », vers les pays pétroliers tels que l’Arabie Saoudite et la Libye où les entreprises turques de travaux publics ont obtenu certains marchés. Parallèlement, dès 1975, les États pétroliers s’étaient consacrés à la réalisation d’importants investissements et au développement des capacités de production. Ils avaient alors négligé la formation des hommes. D’où le recours de ces États à des travailleurs étrangers qualifiés. À la fin des années 70, le champ migratoire turc s’est étendu vers l’Australie et dès la fin des années 80, début des années 90, vers l’Amérique du Nord (États-Unis et Canada). Mais aussi vers l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, l’Union soviétique et après l’effondrement de celle-ci, vers la Fédération de Russie et l’Asie mineure. La libéralisation économique en Turquie dès le début des années 80 sur l’initiative de Turgut Özal est un facteur considérable dans l’extension du champ migratoire turc.

La répartition géographique des Turcs en Europe

En 2008, 6 % de la population de l’Union européenne des 27 (30,8 millions) était étrangère. Le nombre de ressortissants turcs était de 2, 419 millions ; soit 7,9 % de l’ensemble des étrangers. Les pays où la communauté turque était la première communauté étrangère en terme de population étaient respectivement l’Allemagne (1 830 100 ; 25,2 % des ressortissants étrangers), les Pays-Bas (93 700 ; 13,6 % des ressortissants étrangers), le Danemark (28 800 ; 9,7 % des ressortissants étrangers)[22]. Elle était la deuxième et troisième communauté étrangère respectivement, en Roumanie (2 200 ; 8,4 % des ressortissants étrangers) et en Autriche (109 200 ; 13,1 % des ressortissants étrangers)[23].

En 2009, parmi 3,9 millions d’étrangers, les Turcs constituaient toujours la plus grande communauté immigrée d’Europe avec 2,4 millions de résidents (7,5 % de l’ensemble de la population étrangère). On comptait presque 222 000 immigrés turcs (5,9 % de l’ensemble des ressortissants étrangers) en France. La population turque classée dans la catégorie « asiatique » et non « européenne » par l’INSEE[24], est située en première position dans sa catégorie devant les Cambodgiens, Laotiens, Vietnamiens (41 000 ; 1,1 %) et les autres nationalités asiatiques (258 000, 6, 8 %)[25].

En 2010 et en 2011, le nombre de ressortissants étrangers dans les pays de l’UE27 a continué a augmenté, étant respectivement et approximativement de 32,5 millions et de 33,3 millions, autrement dit, de 6,5 % et de 6,6 % de l’ensemble de la population totale de l’UE27[26]. Le nombre de ressortissants turcs en Allemagne était officiellement de 1,63 millions en 2010, parmi trois millions d’habitants allemands ayant des origines turques.  En 2011, les chiffres relatifs quant à population turque en Europe étaient les suivants : 4,1 millions dans l’Europe, 2, 3 millions en Allemagne, 423 000 en France, 370 000 au Pays-Bas et 140 000 en Belgique[27].

Au sein même des pays, le choix des villes d’installation ne se fait pas au hasard chez les Turcs. Comme l’annonce le sociologue Ural Manço, il y a concentration selon la localité d’origine, les liens familiaux (akrabalık) et régionaux (hemşerilik) conservent toute leur force : « le quart des immigrés de Turquie de plus de dix-huit ans installés en Belgique sont ainsi nés dans la seule province d’Afyon. Il y a également aux Pays-Bas, une concentration comparable de Turcs originaires notamment de la province de Karaman. De même, les Turcs de Suède viennent le plus souvent de Kulu (province de Konya). Au Danemark, 60 % des immigrés originaires de Turquie proviennent des régions kurde du sud-est de l’Anatolie »[28]. En France, les régions où l’immigration turque est plus forte sont l’Île-de-France (48 840), le Rhône-Alpes (33 629) et l’Alsace (23 077)[29].

Quid des octrois de nationalité des États d’Europe aux Turcs ? De 2008 à 2009, le nombre de Turcs ayant obtenu la nationalité d’un État membre de l’UE27 a augmenté de 5 %, dont 48 % des acquisitions en Allemagne, 18 % en France et 14 % au Royaume-Uni[30]. Les États membres de l’UE27 ont octroyé la nationalité à environ 810 000 personnes en 2010. Les principaux groupes ayant acquis la nationalité d’un État membre de l’UE27 sont les originaires du Maroc (67 000),  de la Turquie (49 900), de l’Équateur (45 200), de l’Inde (34 700) et de la Colombie (27 500). Parmi les États membres où les octrois de nationalité ont été les plus élevés, les plus grands groupes au Royaume-Uni ont été ceux des Indiens (15 % du total des octrois de nationalité) et des Pakistanais (11 %), alors qu’en France, les plus grands groupes ont été ceux des Marocains (19 %) et des Algériens (15 %), en Espagne, ceux des Équatoriens (35 %) et des Colombiens (19 %), et en Allemagne, celui des Turcs (25 %)[31].

L’accroissement de la population turque à l’étranger

De nos jours, la population turque à l’étranger augmente par les regroupements familiaux, les mariages avec des compatriotes[32] – les mariages mixtes chez les Turcs étant moins courant que chez les Maghrébins − et le taux de natalité relativement élevé. Jusqu’à notre période récente, les jeunes Turcs d’Europe se mariaient par libre arbitre ou non avec un(e) cousin(e) germain ou une personne du village d’origine des parents. Les mariages « arrangés » ou « forcés » étaient donc monnaie courante. Désormais, les réseaux sociaux comme Facebook ou encore les sites de rencontre créés en Allemagne sont au service des célibataires turco-européens : eÇift (eCouple), evlilikadasi.com (Ile des mariages), justurk.com, singleturk.com, randevu24.net, turkevlilik.de (mariageturc.de), n’en sont que quelques exemples. Les célibataires turcs qui sont nés, ont grandi et fait leurs études dans un pays européen, ou bien ont vécu très longtemps dans un mélange de cultures turque et de pays de naissance − en étant probablement plus imprégnés de la seconde − semblent vouloir épouser une personne partageant ces deux mêmes cultures et ayant peut-être le même niveau d’études pour un mariage qui a plus de chance de réussite. Dans le cas où le (la) jeune maîtrise mal la langue turque – parlant un turc médiocre appris auprès des parents issus des villages et peu éduqués, il s’agit alors d’un turc basique avec un fort accent dialectal[33] – et le (la) conjoint(e) venu(e) de la Turquie la maîtrise bien, mais ne maîtrisant point du tout la langue du pays du (de la) conjoint(e), un réel problème est susceptible de s’installer. Lorsqu’il est question de mariage entre Turcs vivant dans un même pays, mais n’étant pas de la même famille ou du même « bled », ce problème disparaît, puisqu’à ce moment là, le couple parle la même langue.

Les familles « traditionnelles » optent pour un(e) conjoint(e) de Turquie pour le (la) marier avec leur enfant célibataire, le (la) considérant de « sang frais » : les parents estiment que leurs enfants nés à l’étranger perdent une bonne partie de leur culture turque[34]. Le rôle qui revient au (à)(la) conjoint(e) turc(que) est de mettre au monde ou d’élever des petits « Turcs » un peu plus turc que leur parent ayant perdu une partie de sa culture d’origine.

S’agissant de nouvelles générations se démarquant clairement de la première – d’où un fossé des générations –, et parallèlement de nouveaux types de mariages, il est alors question d’une remise au cause du « renouvellement partiel mais permanent de la première génération d’immigrants »[35] dû, d’après Ural Manço,  au mode de vie communautaire et au contrôle social conséquent, à la hiérarchie familiale traditionnelle se reproduisant largement grâce aux mariages au village d’origine[36]. Car comme le déclare, le vice-premier ministre turc Bekir Bozdağ, il existe désormais deux types de Turcs vivant à l’étranger : le premier est celui des Turcs qui souhaitent rentrer en Turquie après avoir obtenu une certaine richesse – comme autrefois la première génération ouvrière −, et le second est composé d’une génération de Turcs, qui souhaitent être enterrés après leur mort dans le pays d’accueil ou de résidence qu’ils considèrent de seconde patrie. Les jeunes Turcs d’aujourd’hui sont donc « transnationaux »[37], se voyant vivre aussi bien dans leur pays d’origine que dans leur pays de naissance, ou encore dans un pays qui leur est complètement étranger. C’est d’ailleurs pourquoi ils choisiraient des métiers passe-partout. Une autre réalité est que la première génération elle-même, malgré avoir pris sa retraite, ne peut envisager un retour définitif à la mère-patrie, les enfants et petits-enfants n’ayant aucune volonté, du moins pour l’heure, de quitter le pays d’accueil qui est devenu le leur. Les parents s’estiment obligés de garder un pied en Turquie et l’autre dans le pays d’accueil pour être proches de leurs enfants et petits-enfants.

 

 


[1] James Clifford, Routes: Travel and Translation in the Late Twentieth Century (Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 1997), 244, cité par Stanley J. Tambiah, « Transnational Movements, Diaspora, and Multiple Modernities », Daedalus, vol. 129, n° 1, Multiple Modernities, Winter 2000, pp. 163-194, p. 169.

[2] Chantal Bordes-Benayoun, Dominique Schnapper, Diasporas et nations, Paris : Odile Jacob, 2006, 255 p, p. 172.

[3] À propos du sens donné au terme diaspora au fil des siècles cf. Denise Helly, « Diaspora : un enjeu politique, un symbole, un concept ? », Espace populations sociétés, 2006/1, pp. 17-31.

[4] Stéphane Dufoix, Les diasporas, Paris : PUF QSJ, 2003, 127 p, p. 7.

[5] Stéphane Dufoix, « Généalogie d’un lieu commun « Diaspora » et sciences sociale », http://barthes.ens.fr/clio/revues/AHI/articles/preprints/duf.html.

[6]Michel Bruneau, « Phénomène diasporique, transnationalisme, lieux et territoires », CERISCOPE Frontières, 2011, http://ceriscope.sciences-po.fr/node/27.

[7] Les diasporas sont elles-mêmes distinguées comme de « classiques communautaires centrées » (les diasporas arménienne et assyro-chaldéenne), et d’« hybrides a-centrées » (les diasporas noire et tsigane). Dans un article écrit antérieurement, Michel Bruneau distingue trois grands types de diasporas « à partir du degré inégal de leur structuration et de leur organisation, ainsi que le rôle plus ou moins déterminant qu’exerce leur État-nation d’origine, lorsqu’il existe » (p. 19). Ainsi, les trois grands champs à travers lesquels se manifestent ces deux caractères discriminants sont la religion, l’entreprise et la politique : un premier type est constitué des diasporas chinoise, indienne et libanaise, étant structurées autour d’un pôle entrepreneurial ; un second composé des diasporas juive, grecque, arménienne, assyro-chaldéenne étant structurées principalement par la religion et souvent associées à une langue ; et un dernier ensemble de diasporas qui s’organisent autour d’un pôle politique quand le territoire d’origine est dominé par une puissance étrangère, telle que la diaspora palestinienne parvenant à créer un véritable État en exil. Cf. « Espaces et territoires de diasporas », in Michel Bruneau (coord.), Diasporas, Montpellier : GIP RECLUS, 1995, 192 p, pp. 19-20.

[8] Michel Bruneau, « Phénomène diasporique, transnationalisme, lieux et territoires »…

[9] Stéphane de Tapia définit le « champ migratoire » « comme l’ensemble des terrains pratiqués entre les deux polarités (origine/accueil-résidence) par les migrants originaires d’une région quelconque du globe. Au pays d’origine se trouve lié le(s) pays d’accueil et de résidence par une multiplicité de relations sociales, économiques et financières politiques et religieuses actives. Dès lors que ces relations se raréfient, se tarissent, le champ migratoire disparaît », dit-il. Stéphane de Tapia, « Dimensions transnationales et culturelles des migrations turque en Europe », Multitudes, n° 49, 2012/2, pp. 62-75, p. 63.

[10] Michel Bruneau, art.cit.

[11] L’anthropologue ajoute que « les identités collectives de ces communautés de diaspora sont définies par cette relation continue avec la patrie ». Dans Stanley J. Tambiah, art.cit., p. 164.

[12] Ibid., p. 163.

[13] Michel Bruneau, « Espaces et territoires de diasporas »…, p. 8.

[14] Jacques Barou, La planète des migrants, Grenoble : PUG, 2007, 180 p, p. 152 citant en particulier Robin Cohen, Global diaspora : an introduction, Londres, UCL Presse et Seattle university of Washington press, 1997, 244 p.

[15] Robin Cohen, « ‘Diaspora’: Changing Meanings and Limits of the Concept », in William Berthomière, Christine Chivallon, Les diasporas dans le monde contemporain, Paris : Karthala, Pessac : MSHA, 2006, 419 p, pp. 39-47, p. 42.

[16] Sylvie Chédemail, Migrants internationaux et diasporas, Paris : Armand Colin, 1998, 188 p, p. 46.

[17] Mot à connotation nostalgique signifiant « expatrié ». Pour les Turcs vivant en Allemagne, on utilise le mot « Almancı ». Les deux termes sont parfois dédaigneux et péjoratifs.

[18] « Yurt dışında yasayan Türk vatandaşları », Ministère des Affaires étrangères (MAE), URL : http://www.mfa.gov.tr/yurtdisinda-yasayan-turkler_.tr.mfa.

[19] Stéphane de Tapia, « Dimensions transnationales et culturelles des migrations turque en Europe », Multitudes, n° 49, 2012/2, pp. 62-75, p. 67.

[20] Gildas Simon distingue quatre types de migrations : 1° les migrations de main-d’œuvre ordinaire ou peu qualifiée 2° les migrations d’ouvriers qualifiés 3° les migrations des élites professionnelles, à savoir le « brain-drain (la fuite des cerveaux) » 4° les migrations des indépendants. Cf. Gildas Simon, Géodynamique des migrations internationales dans le monde, Paris : PUF, 1995, 429 p, pp. 37-43.

[21] Olivier Duhayon, « Phénomène migratoire au départ de la Turquie vers l’Europe et plus spécialement la Belgique », Pax Cristi Wallonie Bruxelles (05/10/2011), http://paxchristiwb.be/publications/analyses/phenomene-migratoire-au-depart-de-la-turquie-vers-l-europe-et-plus-specialement-la-belgique,0000297.html.

[22] « Les ressortissants étrangers dans l’ UE27 en 2008 Les ressortissants étrangers constituaient 6 % de la population de l’UE27 », Eurostat (Communiqué de presse), 184/2009 (16 décembre 2009),

http://europa.eu/rapid/press-release_STAT-09-184_fr.htm?locale=en.

[23] Katya Vasileva, « Foreigners living in the EU are diverse and largely younger than the nationals of the EU Member states », Eurostat, 45/2010, http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_OFFPUB/KS-SF-10-045/EN/KS-SF-10-045-EN.PDF

[24] L’INSEE distingue cinq catégories : l’Europe, l’Europe des 27, l’Afrique, l’Asie, l’Amérique et l’Océanie.

[25] « Répartition des étrangers par nationalité », Insee recensement 2009, http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=etrangersnat. En France, la plus grande population étrangère d’Europe est la population portugaise (493 000 ; 13,1 %) ; d’Afrique, la population algérienne (468 000 ; 12,4 %) devant les populations marocaine (440 000 ; 11,7 %) et tunisienne (144 000 ; 3,8 %).  Les immigrations portugaise et algérienne sont plus anciennes que l’immigration turque. Pour un aperçu historique de l’immigration en France, cf.  Jean-Louis Borkowski Jean-Louis, Thomas Le Jeannic, « L’arrivée en France des immigrés », Économie et statistique, n° 144, Mai 1982, pp. 43-48, p. 45.

[26] « Les ressortissants étrangers constituaient 6,5 % de la population de l’UE27 en 2010 », Eurostat (communiqué de presse), 105/2011 (14 juillet 2011), http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/3-14072011-BP/FR/3-14072011-BP-FR.PDF et  « Les citoyens de l’UE vivant dans un autre État membre constituaient 2,5 % de la population de l’UE en 2011 », Eurostat (communiqué de presse), 105/2012 (11 juillet 2012), http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/3-11072012-AP/FR/3-11072012-AP-FR.PDF.

[27] Olivier Duhayon, art.cit.

[28] Ural Manço, « Turcs d’Europe : de l’image tronquée à la complexité d’une réalité sociale immigrée », Hommes et migrations, n° 1226, Juillet-août 2000, pp. 76- 87, p. 78.

[29] Stéphane de Tapia, « Permanences et mutations de l’immigration turque en France », Hommes et migrations, n° 1280, 2009, pp. 8-20, p. 10 citant DIYIH 2005-2006 (2007) : 1.4.1.2. (p. 120), selon le ministère français de l’Intérieur. Situation au 31 décembre 2006. Il s’agit des détenteurs de titres de séjour de plus de 18 ans (16-18 ans travaillant et ressortissants français inclus).

[30] « Statistiques sur la migration et la population migrante », Eurostat (Octobre 2011), http://epp.eurostat.ec.europa.eu/statistics_explained/index.php?title=Migration_and_migrant_population_statistics/fr&printable=yes.

[31] « Acquisition de nationalité dans l’UE Les États membres de l’UE27 ont octroyé la nationalité à environ 810 000 personnes en 2010 », Eurostat (communiqué de presse), STAT/12/162 (16 novembre 2012), http://europa.eu/rapid/press-release_STAT-12-162_fr.htm.

[32] Les types de mariages les plus courants aujourd’hui sont les mariages entre immigrés turcs et les mariages entre immigré et compatriote. C’est pendant les vacances estivales que les parents mènent une enquête sur les familles ayant des filles célibataires, frappent à leurs portent pour que dans un premier temps leur fils puisse faire la connaissance de la fille célibataire, et dans un second temps, s’ils se plaisent mutuellement, demander la main de la fille.

[33] Marie Poinsot, Pinar Seymen-Hüküm, Zeliha Alkis, Zeynep Acikel et Nur Gürsel, « Migrations, situations familiales et relations intergénérationnelles », Hommes et migrations, n° 1280, 2009, pp. 88-98, p. 91.

[34] Ibid., p. 90.

[35] Ural Manço, art.cit., p. 79.

[36] Ibid., p. 78.

[37] Marie Poinsot, Pinar Seymen-Hüküm, Zeliha Alkis, Zeynep Acikel et Nur Gürsel, art.cit., p. 92.

 

 

Analysis

Rivalry over the River: Egypt’s Disorder and the New Geopolitical Order

By Shahrazad Far, associated researcher at MEDEA Institute

Nile water governance has always been the point of contention amongst the ten Nile basin countries. But an unprecedented escalation has been recently witnessed in the decades-long dispute, which has increasingly become pressing in the last decade. At the frontline of the dispute are two of the richest civilizations in Africa, namely Egypt and Ethiopia, who share a long history of rivalry centered on the Nile, dating back to their ancient kingdoms.

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