18/06/2013

Actions associatives en Belgique et en Méditerranée: une redéfinition de la citoyenneté dans un espace en mutation

LES MIDIS DE LA MÉDITERRANÉE 

Actions associatives en Belgique et en Méditerranée: une redéfinition de la citoyenneté dans un espace en mutation.

Mercredi 8 mai 2013 de 12h30 à 14h 

Organisé avec le soutien du Mouvement Européen-Belgique
 

Introduction par Marjon Goetinck

Soyez-les bienvenus à ce Midi de la Méditerranée. Nous ferons aujourd’hui un bilan des nouveaux enjeux pour la société civile et le citoyen en Méditerranée depuis deux ans ; ainsi qu’une redéfinition de la citoyenneté euro-méditerranéenne. Nous reviendrons sur le dialogue interculturel et la coopération entre les deux rives de la Méditerranée pour faire face aux nouveaux défis auxquels la région est confrontée après le Printemps arabe et la crise en Europe.

Pour ce faire nous recevons Vicent Garcés, député européen et membre du conseil consultatif de l’Assemblée des Citoyens et Citoyennes de la Méditerranée (ACM), ainsi que trois personnes membres du réseau belge de la Fondation Anna Lindh (FAL) avec nous : Wajdi Khalifa (Arabian Research and Analysis in Belgium), Didier Van der Meeren (Le Monde des Possibles) et Sarah Bahja (La Compagnie des Nouveaux Disparus).

Faisant suite aux événements historiques survenus au cours des Printemps arabe, les sociétés civiles de la région sont aujourd’hui reconnues comme l’élément clé pour bâtir des sociétés ouvertes et pluralistes. Dans ce nouveau contexte euro-méditerranéen, la promotion d’une citoyenneté active dans des sociétés en transition rencontre une série de défis : ouvrir de nouveaux espaces de dialogue pour des citoyens issus de milieux socioculturels différents, soutenir la réalisation du potentiel des femmes, les questions migratoires, l’intégration des jeunes et la mobilité, créer des emplois qui leur sont destinés, favoriser le développement local, la durabilité.

La Fondation Anna Lindh promeut les échanges et projets interculturels entre les sociétés civiles de la région euro-méditerranéenne. C’est l’institution centrale pour le dialogue interculturel entre les populations de la région, établie par les gouvernements du Partenariat euro-méditerranéen et l’Union Européenne. Depuis son siège à Alexandrie, en Egypte, la Fondation Anna Lindh opère le plus vaste réseau Euro-Med d’organisations de la société civile, facilitant des partenariats et des projets communs à travers les 42 pays.

L’Assemblée des citoyens et citoyennes de la Méditerranée vise à favoriser l’émergence de la parole et l’action citoyenne à travers l’organisation d’activités, de rencontres  et la création d’espaces de dialogue divers. Il s’agit d’un processus à moyen et long terme qui prétend réunir les différents secteurs de la société: mouvements citoyens, institutions publiques et privées, entreprises, associations, syndicats, experts, universités, centres de recherche etc. 

 

Interventions

Wajdi Khalifa. Correspondant pour le journal tunisien Kapitalis.

« Je voudrais commencer en constatant la surmédiatisation de l’attentat de Boston si on le compare avec d’autres attentats dans la même période. On peut donner comme exemple les 30 civiles qui sont morts en Irak pendant le mois de février. En outre, quand on parle des attentats en Irak, on parle de victimes « civiles », on se sait pas si ce sont des enfants, des femmes, etc. Par contre, nous avons tous très claire le visage du petit enfant de 8 ans tué lors de l’attentat de Boston.  Ce qu’on oublie des autres attentats, c’est que les victimes sont des musulmans. Les premières victimes du terrorisme, ce sont des musulmans. J’ai pris l’exemple de l’attentat de Boston mais j’aurais pu prendre d’autres exemples comme la couverture médiatique des jeunes musulmans belges qui vont en Syrie où on constate une couverture tendancieuse.

La question à se poser est de savoir comment la société civile, les milieux associatifs peuvent agir face à ce constat. J’aimerai mentionner quelques exemples que nous avons trouvé lors du projet  MEDIA FOR US, un projet qui vise à améliorer la perception des immigrants par le grand public.

Chaque année les médias font le listing des prisonniers qui sont en Belgique  et ils nous donnent la nationalité de ces prisonniers. Les chiffres sont cruels : 44 % des prisonniers en Belgique sont des étrangers. Quand on entend cette chiffre-là, il y a deux réactions, la première réaction c’est de dire que les étrangers sont plus dangereux que les belges et l’autre réaction c’est de dire que la justice est raciste. Cependant, si  on analyse un peu plus en profondeur le sujet on se rend compte que ce sont les personnes étrangères qui, par exemple, n’ont pas un emploi fixe, un domicile, famille, etc. Donc il y a  une utilisation massive de la prison préventive pour ces personnes-là.

Le deuxième exemple, qu’on avait analysé aussi pour le projet MEDIA FOR US, concerne la pratique du Ramadan en Belgique. Chaque année on a aussi un reportage un peu cliché. On a eu l’occasion de s’entretenir avec les autorités ecclésiastiques en Belgique. On a vu que, par exemple, le Ramadan a un effet sur la pratique de la Carême sur  les catholiques. Cela a été confirmé par les autorités ecclésiastiques ici en Belgique ; certains jeunes qui ont vu comment certains des musulmans font le Ramadan de façon totalement décomplexée, se sont mis eux aussi à faire le Carême. Donc là, on voit qu’une pratique issue de l’immigration musulmane favorise le patrimoine religieux de la Belgique. »

Didier Van der Meeren (Le Monde des Possibles) 

« Je vais vous présenter d’abord une petite association qui s’appelle Le Monde des Possibles et qui a  comme principal objectif de favoriser l‘intégration des personnes d’origine étranger. Maintenant nous donnons des cours de français, de cours d’informatique, qui sont constitués d’à-peu-près 40 personnes sans papiers. Cette situation est particulièrement complexe puisqu’il s’agit de favoriser le dialogue interculturel notamment et également de permettre l’accès aux droits fondamentaux. Le Monde des possibles travaille sur ce qu’on appelle le champ de l’éducation populaire. C’est quoi l’Education populaire ? En gros, c’est quand un homme ou une femme se lèvent, c’est-à-dire, quand ils prennent connaissance du mécanisme d’aliénation qui peuvent rencontrer dans sa vie et également de comment il /elle peut mettre en place des actions pour tenter de se rebeller, pas seulement individuellement mais surtout collectivement

Comment mener les actions d’Education populaire avec des personnes qui sont frappées d’invisibilité sociale? Les personnes qui sont frappées d’inégalité risquent en tout moment d’être l’objet d’une répression  pour ne pas dire d’une déportation. Comment mener les actions interculturelles, qui favorisent le dialogue social avec les personnes qui sont aussi frappés d’ostracisme ? Comment faire ? Comment est-ce que leur identité singulière peut essayer de muter et d’évoluer vers une conscience de groupe ? Voilà le défi que nous rencontrons ici en Belgique.

Le dialogue interculturel, nous en avons parlé à Marseille, lors du dernier forum de la Fondation Anna Lindh. On ne peut pas, selon nous, parler de dialogue interculturel sans aborder la question du statut de ces personnes.

On prend comme outil fondamental le témoignage de la personne, qui singulièrement capitalise les mêmes difficultés que les autres. Pourquoi une personne quitte son pays ? Pas de dialogue interculturel, selon nous, sans l’intégration de ces éléments-là. Qu’est-ce qui peut pousser quitter quelqu’un quitter son pays ? Il faut répondre à cette question-là.

L’éducation populaire contribue, selon nous, à ouvrir un dialogue interculturel, et à créer une identité commune-

Vicent Garces, député européen.

« Je viens de l’Espagne, je suis député européen mais cela est accessoire pour moi. Je vais parler comme Vicent Garces, citoyen espagnol. Je vais parler d’une réalité historique économique, social et politique que c’est la Méditerranée. Un espace qui est un espace conflictuel, une mer avec des murs : le conflit israélo-palestinien et le conflit entre le Maroc et l’Algérie (avec les sahraouis au milieu). On peut parler aussi d’un espace méditerranéen « plusieurs fractures » : économiques, politiques, sociales et pourtant on peut parler d’un espace méditerranéen qui n’est pas structuré, qui est un peu le reflex de la complexité du monde d’aujourd’hui. On peut faire une approche actuelle pessimiste. On voit partout des conflits énormes. On voit des situations économiques et sociales terribles (il cite comme exemple la migration de la jeunesse universitaire de l’Espagne, le Portugal et la Grece).

On voit aussi l’est de la Méditerranée, le conflit armée en Syrie, le conflit éternel israélo- palestinien, la derrière guerre de l’Afghanistan, l’Iraq et l’Iran et,  si on regarde le sud de la Méditerranée, on voit l’Egypte, en transition démocratique difficile, la Lybie, avec ces tensions difficiles à  décrire, la Tunisie avec une transition démocratique compliquée aussi et finalement, l’Algérie et Maroc avec des systèmes politiques qui essaient de reformes partiels.

C’est dans ce contexte qu’en 2008 un groupe de citoyens et citoyennes  de divers pays de la Méditerranée, ont  commencé à construire un réseau qui s’appelle l’Assemblée des citoyens et citoyennes de la Méditerrané, avec l’idée de construire un espace de dialogue et des propositions qui tiennent compte de la diversité culturelle, économique, sociale et religieuse pour essayer de faire possible la naissance de l’idée de la citoyenneté méditerranéenne et de l’intégration méditerranéenne  comme des pièces pour construire un avenir  de respect mutuel.

Tous les renseignements sur cette aventure est sur le site de l’ACM (www.acimedit.net). Si vous voulez vous engager à la construction de cet espace méditerranéen vous pouvez signer la charte. On a fait déjà trois grands rencontres en Espagne, en Tunisie et en  Grèce et  la quatrième  rencontre aura lieu à Istanbul en Turquie. »

Sarah Bahja (Compagnie des Nouveaux Disparus)

« Nous, à la Compagnie des Nouveaux Disparus, nous estimons qu’une des moyens pour établir un dialogue interculturel, c’est l’accessibilité à des productions culturels, donc l’accès physique et financier mais aussi symbolique à des propositions qui ne font pas parti de la culture dominante, mais qui parlent d’une autre manière.

L’itinérance, ce n’était pas un choix évident  au moment de la création de la Compagnie, mais peu à peu la Compagnie s’est doté des structures, des camions mobiles, facilement installables pour pouvoir être a cote des citoyens.

Les spectacles sont créés par Jamal Youssfi, directeur artistique de notre compagnie et sont ensuite joués par notre troupe de comédiens professionnels, et ce sous chapiteau dans différents quartiers, différents villages et villes de Belgique, France, Maroc, etc.   Ces tournées sont l’occasion de proposer nos créations originales, mais également de rendre l’art et la culture accessible puisque c’est nous qui nous déplaçons dans des quartiers souvent exclus de l’offre culturelle.

Actuellement on met le point dans un un projet, la Caravane de la Diversité, pour la commémoration des 50 ans de l’immigration marocaine en Belgique. Cette caravane fera le tour de la Belgique francophone. »