26/06/2013

Le Turc vivant à l’étranger : du simples gurbetçi au membre d’une « diaspora » (Partie 1)

Par Rukiye Tinas, docteur en sciences politiques de l’IEP de Lyon.

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« A traveling term, in changing global conditions »[1]. C’est de cette façon que James Clifford, historien et anthropologue, définit le terme « diaspora ».  À l’origine au singulier et avec un D (majuscule), évoquant la première expérience juive, le terme s’est obscurci par l’inflation de son usage. Les auteures Chantal Bordes-Benayoun et Dominique Schnapper parlent d’ailleurs de l’« inflation des diasporas »[2], les peuples revendiquant le terme pour s’auto-désigner. Il s’agit certainement d’un phénomène lié à la mondialisation.

Les spécialistes des diverses diasporas dans le monde lui apportent chacun une définition[3]. D’origine grecque, le mot diaspora est construit à partir du verbe diaspeirô (se disperser, être dispersé) utilisé au Ve siècle avant J.-C. par Sophocle, Hérodote et Thucydide. Il change plus tard de sens pour désigner « l’ensemble même des dispersés ainsi que l’espace de dispersion »[4]. C’est au cours de la deuxième moitié du XXe siècle que le terme devient populaire[5].

« Les migrants internationaux entretiennent des liens avec au moins deux types de lieux ou de territoires : ceux de leur origine, ou plus précisément, ceux d’où ils sont partis, et ceux de leur installation ou de leur transit. Entre ces différents lieux existe un espace, de part et d’autre des frontières, qu’on peut nommer transnational »[6], dixit le géographe Michel Bruneau. Toutefois, il signale que le terme « diaspora » n’est pas applicable à tout type de dispersion quelle qu’en soit la nature (provisoire/instable/précaire) ou que toute migration n’aboutit pas nécessairement à la création d’une diaspora. Il distingue  ainsi « diasporas[7] » et « communautés transnationales ». Selon lui, la diaspora est « une construction communautaire et identitaire particulière, issue de plusieurs phases de dispersion ou de différents types de migrations et de la combinaison de plusieurs identités, liées aux différents pays d’accueil et au pays d’origine. Elle ne peut en effet être appréhendée comme un groupe ethnique ou ethno-national unique mais doit être vue comme une composition, variable selon la localisation de ses communautés, de plusieurs de ses éléments »[8]. Dans la seconde moitié du XXe siècle et au XXIe siècle s’est beaucoup développé le phénomène de dispersion des populations à partir d’un État-nation et de constitution d’un espace transnational à partir d’un « champ migratoire »[9], comme l’envoi d’ouvriers vers les pays économiquement plus avancés. Ce sont « de nouvelles formes de territorialités transnationales qui obéissent à d’autres logiques que celles des diasporas »[10], à savoir les « communautés transnationales ». Pour sa part, l’anthropologue Stanley J. Tambiah distingue deux types de mouvements de populations ces 25-30 dernières années, ceux des « migrants volontaires » et des « réfugiés déplacés », faisant des passages transnationaux et pouvant être qualifiés de « communautés de diaspora »[11]. Il signale que ces dernières créées dans plusieurs endroits sont engagées dans des relations interpersonnelles et interculturelles complexes avec à la fois leurs sociétés d’origine et d’accueil : « (…) au lieu d’être déterritorialisées, elles vivent dans deux endroits et manifestent une double conscience »[12] dit-il. Si les membres des diasporas, ou des communautés de diasporas, peuvent être parfaitement intégrés ou acculturés dans le pays d’accueil, ils ne peuvent être complètement assimilés, « sinon ils auraient perdu toute conscience identitaire et n’appartiendraient plus à une diaspora »[13]. La conscience identitaire apparaît donc comme partie intégrante d’une diaspora.

Comme le signale l’anthropologue Jacques Barou, les diasporas dites « classiques (historiques) », à savoir juive, grecque et arménienne, ayant une double origine à la fois politique et économique, ont longtemps servi de modèles aux sociologues des migrations internationales pour évaluer les nouvelles formes de migrations transnationales[14].

Bien que la typologie des diasporas de certains auteurs tel que Robin Cohen[15] soit très inclusive, et d’autres chercheurs ne soient pas d’accord sur certains critères permettant de qualifier des populations migrantes de diaspora, il se trouve néanmoins un consensus sur plusieurs éléments de base inspiré de la Diaspora (juive). D’après le professeur de géographie Sylvie Chédemail, ces éléments sont les suivants : le départ de la population est déclenché par une catastrophe ; cette population se disperse dans plusieurs pays d’accueil, seule une minorité reste en place ; elle s’intègre mais ne s’assimile pas, soucieuse de maintenir une conscience identitaire, une mémoire de l’espace d’origine, un espoir de retour ; les communautés dispersées gardent des liens importants entre elles et avec le lieu d’origine[16].

À la lumière de ce qui précède, cet article se propose de présenter les caractéristiques des Turcs vivant à l’étranger, en particulier en Europe, de leurs rapports avec leurs pays d’accueil et la mère-patrie pour savoir si l’on peut ou non parler d’une diaspora turque.

Le « champ migratoire » turc

D’après le Ministère des Affaires étrangères turc, le nombre de Turcs vivant à l’étranger, les gurbetçi[17], est aux alentours de 8 millions, dont les quatre millions − chiffre approximatif − en Europe de l’Ouest, les 300 000 en Amérique du Nord, les 200 000 au Moyen-Orient, les 150 000 en Australie. À ceux-là s’ajoutent trois millions de Turcs ayant fait un retour définitif dans le pays d’origine[18]. Il s’agit alors d’un « champ migratoire » turc assez vaste, d’autant que les Turcs disposent d’une forte « culture de la mobilité » [19], ayant des origines nomades.

Le flux d’immigration turque vers l’étranger, en l’occurrence en Europe, a débuté dès le début des années 60, avec le débarquement en Allemagne de 2500 travailleurs-invités (gastarbeiter) d’origine rurale, peu ou pas lettrés, et n’ayant jamais été en contact avec l’Europe − la Turquie n’ayant jamais été colonisée − l’Europe connaissant une croissance économique sans limites et ayant ainsi besoin de main-d’œuvre supplémentaires. L’immigration de cette main-d’œuvre « ordinaire ou peu qualifiée »[20] se faisait grâce à un accord établi d’abord entre la Turquie et l’Allemagne fédérale en 1961, puis avec respectivement l’Autriche, la Belgique et la Hollande (1964), la France (1965), ainsi que l’Australie et la Suède (1967). On a plutôt tendance à parler de l’arrivée des ouvriers ruraux peu ou pas lettrés, parlant moins de la immigration des femmes citadines et scolarisée recherchées pour travailler dans l’industrie électronique allemande, ayant « des mains plus petites et plus fines, leur permettant d’exceller davantage dans ce travail que leurs homologues masculins ! »[21]. L’immigration féminine turque précède d’ailleurs l’immigration ouvrière masculine.

Jusqu’au frein mis à l’immigration de main-d’œuvre ou économique, et parallèlement à la crise pétrolière de 1974, le flux migratoire ouvrier était continuel. Il a ultérieurement cédé la place à l’immigration familiale, avec les regroupements familiaux, assurant l’arrivée dans le pays d’accueil des membres de la famille des ouvriers. Il s’agissait également d’assurer l’adaptation de la famille immigrée à la société locale. Les regroupements familiaux se sont produits jusqu’à la première moitié des années 80. De plus, plus de 400 000 Turcs d’Europe sont rentrés en Turquie aux débuts de cette même décennie.

Un dernier type de flux migratoire a été celui des réfugiés politiques, notamment les gauchistes, les Kurdes, les idéalistes (Ülkücüler), les chrétiens d’Orient, apparu suite aux deux coups d’État de 1971 et de 1980. Il s’agit alors d’immigration « politique ».

Plus tard, le champ migratoire turc s’est étendu vers d’autres régions du monde : il a d’abord été question d’immigration d’ouvriers, cette fois-ci « qualifiés », vers les pays pétroliers tels que l’Arabie Saoudite et la Libye où les entreprises turques de travaux publics ont obtenu certains marchés. Parallèlement, dès 1975, les États pétroliers s’étaient consacrés à la réalisation d’importants investissements et au développement des capacités de production. Ils avaient alors négligé la formation des hommes. D’où le recours de ces États à des travailleurs étrangers qualifiés. À la fin des années 70, le champ migratoire turc s’est étendu vers l’Australie et dès la fin des années 80, début des années 90, vers l’Amérique du Nord (États-Unis et Canada). Mais aussi vers l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, l’Union soviétique et après l’effondrement de celle-ci, vers la Fédération de Russie et l’Asie mineure. La libéralisation économique en Turquie dès le début des années 80 sur l’initiative de Turgut Özal est un facteur considérable dans l’extension du champ migratoire turc.

La répartition géographique des Turcs en Europe

En 2008, 6 % de la population de l’Union européenne des 27 (30,8 millions) était étrangère. Le nombre de ressortissants turcs était de 2, 419 millions ; soit 7,9 % de l’ensemble des étrangers. Les pays où la communauté turque était la première communauté étrangère en terme de population étaient respectivement l’Allemagne (1 830 100 ; 25,2 % des ressortissants étrangers), les Pays-Bas (93 700 ; 13,6 % des ressortissants étrangers), le Danemark (28 800 ; 9,7 % des ressortissants étrangers)[22]. Elle était la deuxième et troisième communauté étrangère respectivement, en Roumanie (2 200 ; 8,4 % des ressortissants étrangers) et en Autriche (109 200 ; 13,1 % des ressortissants étrangers)[23].

En 2009, parmi 3,9 millions d’étrangers, les Turcs constituaient toujours la plus grande communauté immigrée d’Europe avec 2,4 millions de résidents (7,5 % de l’ensemble de la population étrangère). On comptait presque 222 000 immigrés turcs (5,9 % de l’ensemble des ressortissants étrangers) en France. La population turque classée dans la catégorie « asiatique » et non « européenne » par l’INSEE[24], est située en première position dans sa catégorie devant les Cambodgiens, Laotiens, Vietnamiens (41 000 ; 1,1 %) et les autres nationalités asiatiques (258 000, 6, 8 %)[25].

En 2010 et en 2011, le nombre de ressortissants étrangers dans les pays de l’UE27 a continué a augmenté, étant respectivement et approximativement de 32,5 millions et de 33,3 millions, autrement dit, de 6,5 % et de 6,6 % de l’ensemble de la population totale de l’UE27[26]. Le nombre de ressortissants turcs en Allemagne était officiellement de 1,63 millions en 2010, parmi trois millions d’habitants allemands ayant des origines turques.  En 2011, les chiffres relatifs quant à population turque en Europe étaient les suivants : 4,1 millions dans l’Europe, 2, 3 millions en Allemagne, 423 000 en France, 370 000 au Pays-Bas et 140 000 en Belgique[27].

Au sein même des pays, le choix des villes d’installation ne se fait pas au hasard chez les Turcs. Comme l’annonce le sociologue Ural Manço, il y a concentration selon la localité d’origine, les liens familiaux (akrabalık) et régionaux (hemşerilik) conservent toute leur force : « le quart des immigrés de Turquie de plus de dix-huit ans installés en Belgique sont ainsi nés dans la seule province d’Afyon. Il y a également aux Pays-Bas, une concentration comparable de Turcs originaires notamment de la province de Karaman. De même, les Turcs de Suède viennent le plus souvent de Kulu (province de Konya). Au Danemark, 60 % des immigrés originaires de Turquie proviennent des régions kurde du sud-est de l’Anatolie »[28]. En France, les régions où l’immigration turque est plus forte sont l’Île-de-France (48 840), le Rhône-Alpes (33 629) et l’Alsace (23 077)[29].

Quid des octrois de nationalité des États d’Europe aux Turcs ? De 2008 à 2009, le nombre de Turcs ayant obtenu la nationalité d’un État membre de l’UE27 a augmenté de 5 %, dont 48 % des acquisitions en Allemagne, 18 % en France et 14 % au Royaume-Uni[30]. Les États membres de l’UE27 ont octroyé la nationalité à environ 810 000 personnes en 2010. Les principaux groupes ayant acquis la nationalité d’un État membre de l’UE27 sont les originaires du Maroc (67 000),  de la Turquie (49 900), de l’Équateur (45 200), de l’Inde (34 700) et de la Colombie (27 500). Parmi les États membres où les octrois de nationalité ont été les plus élevés, les plus grands groupes au Royaume-Uni ont été ceux des Indiens (15 % du total des octrois de nationalité) et des Pakistanais (11 %), alors qu’en France, les plus grands groupes ont été ceux des Marocains (19 %) et des Algériens (15 %), en Espagne, ceux des Équatoriens (35 %) et des Colombiens (19 %), et en Allemagne, celui des Turcs (25 %)[31].

L’accroissement de la population turque à l’étranger

De nos jours, la population turque à l’étranger augmente par les regroupements familiaux, les mariages avec des compatriotes[32] – les mariages mixtes chez les Turcs étant moins courant que chez les Maghrébins − et le taux de natalité relativement élevé. Jusqu’à notre période récente, les jeunes Turcs d’Europe se mariaient par libre arbitre ou non avec un(e) cousin(e) germain ou une personne du village d’origine des parents. Les mariages « arrangés » ou « forcés » étaient donc monnaie courante. Désormais, les réseaux sociaux comme Facebook ou encore les sites de rencontre créés en Allemagne sont au service des célibataires turco-européens : eÇift (eCouple), evlilikadasi.com (Ile des mariages), justurk.com, singleturk.com, randevu24.net, turkevlilik.de (mariageturc.de), n’en sont que quelques exemples. Les célibataires turcs qui sont nés, ont grandi et fait leurs études dans un pays européen, ou bien ont vécu très longtemps dans un mélange de cultures turque et de pays de naissance − en étant probablement plus imprégnés de la seconde − semblent vouloir épouser une personne partageant ces deux mêmes cultures et ayant peut-être le même niveau d’études pour un mariage qui a plus de chance de réussite. Dans le cas où le (la) jeune maîtrise mal la langue turque – parlant un turc médiocre appris auprès des parents issus des villages et peu éduqués, il s’agit alors d’un turc basique avec un fort accent dialectal[33] – et le (la) conjoint(e) venu(e) de la Turquie la maîtrise bien, mais ne maîtrisant point du tout la langue du pays du (de la) conjoint(e), un réel problème est susceptible de s’installer. Lorsqu’il est question de mariage entre Turcs vivant dans un même pays, mais n’étant pas de la même famille ou du même « bled », ce problème disparaît, puisqu’à ce moment là, le couple parle la même langue.

Les familles « traditionnelles » optent pour un(e) conjoint(e) de Turquie pour le (la) marier avec leur enfant célibataire, le (la) considérant de « sang frais » : les parents estiment que leurs enfants nés à l’étranger perdent une bonne partie de leur culture turque[34]. Le rôle qui revient au (à)(la) conjoint(e) turc(que) est de mettre au monde ou d’élever des petits « Turcs » un peu plus turc que leur parent ayant perdu une partie de sa culture d’origine.

S’agissant de nouvelles générations se démarquant clairement de la première – d’où un fossé des générations –, et parallèlement de nouveaux types de mariages, il est alors question d’une remise au cause du « renouvellement partiel mais permanent de la première génération d’immigrants »[35] dû, d’après Ural Manço,  au mode de vie communautaire et au contrôle social conséquent, à la hiérarchie familiale traditionnelle se reproduisant largement grâce aux mariages au village d’origine[36]. Car comme le déclare, le vice-premier ministre turc Bekir Bozdağ, il existe désormais deux types de Turcs vivant à l’étranger : le premier est celui des Turcs qui souhaitent rentrer en Turquie après avoir obtenu une certaine richesse – comme autrefois la première génération ouvrière −, et le second est composé d’une génération de Turcs, qui souhaitent être enterrés après leur mort dans le pays d’accueil ou de résidence qu’ils considèrent de seconde patrie. Les jeunes Turcs d’aujourd’hui sont donc « transnationaux »[37], se voyant vivre aussi bien dans leur pays d’origine que dans leur pays de naissance, ou encore dans un pays qui leur est complètement étranger. C’est d’ailleurs pourquoi ils choisiraient des métiers passe-partout. Une autre réalité est que la première génération elle-même, malgré avoir pris sa retraite, ne peut envisager un retour définitif à la mère-patrie, les enfants et petits-enfants n’ayant aucune volonté, du moins pour l’heure, de quitter le pays d’accueil qui est devenu le leur. Les parents s’estiment obligés de garder un pied en Turquie et l’autre dans le pays d’accueil pour être proches de leurs enfants et petits-enfants.

 

 


[1] James Clifford, Routes: Travel and Translation in the Late Twentieth Century (Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 1997), 244, cité par Stanley J. Tambiah, « Transnational Movements, Diaspora, and Multiple Modernities », Daedalus, vol. 129, n° 1, Multiple Modernities, Winter 2000, pp. 163-194, p. 169.

[2] Chantal Bordes-Benayoun, Dominique Schnapper, Diasporas et nations, Paris : Odile Jacob, 2006, 255 p, p. 172.

[3] À propos du sens donné au terme diaspora au fil des siècles cf. Denise Helly, « Diaspora : un enjeu politique, un symbole, un concept ? », Espace populations sociétés, 2006/1, pp. 17-31.

[4] Stéphane Dufoix, Les diasporas, Paris : PUF QSJ, 2003, 127 p, p. 7.

[5] Stéphane Dufoix, « Généalogie d’un lieu commun « Diaspora » et sciences sociale », http://barthes.ens.fr/clio/revues/AHI/articles/preprints/duf.html.

[6]Michel Bruneau, « Phénomène diasporique, transnationalisme, lieux et territoires », CERISCOPE Frontières, 2011, http://ceriscope.sciences-po.fr/node/27.

[7] Les diasporas sont elles-mêmes distinguées comme de « classiques communautaires centrées » (les diasporas arménienne et assyro-chaldéenne), et d’« hybrides a-centrées » (les diasporas noire et tsigane). Dans un article écrit antérieurement, Michel Bruneau distingue trois grands types de diasporas « à partir du degré inégal de leur structuration et de leur organisation, ainsi que le rôle plus ou moins déterminant qu’exerce leur État-nation d’origine, lorsqu’il existe » (p. 19). Ainsi, les trois grands champs à travers lesquels se manifestent ces deux caractères discriminants sont la religion, l’entreprise et la politique : un premier type est constitué des diasporas chinoise, indienne et libanaise, étant structurées autour d’un pôle entrepreneurial ; un second composé des diasporas juive, grecque, arménienne, assyro-chaldéenne étant structurées principalement par la religion et souvent associées à une langue ; et un dernier ensemble de diasporas qui s’organisent autour d’un pôle politique quand le territoire d’origine est dominé par une puissance étrangère, telle que la diaspora palestinienne parvenant à créer un véritable État en exil. Cf. « Espaces et territoires de diasporas », in Michel Bruneau (coord.), Diasporas, Montpellier : GIP RECLUS, 1995, 192 p, pp. 19-20.

[8] Michel Bruneau, « Phénomène diasporique, transnationalisme, lieux et territoires »…

[9] Stéphane de Tapia définit le « champ migratoire » « comme l’ensemble des terrains pratiqués entre les deux polarités (origine/accueil-résidence) par les migrants originaires d’une région quelconque du globe. Au pays d’origine se trouve lié le(s) pays d’accueil et de résidence par une multiplicité de relations sociales, économiques et financières politiques et religieuses actives. Dès lors que ces relations se raréfient, se tarissent, le champ migratoire disparaît », dit-il. Stéphane de Tapia, « Dimensions transnationales et culturelles des migrations turque en Europe », Multitudes, n° 49, 2012/2, pp. 62-75, p. 63.

[10] Michel Bruneau, art.cit.

[11] L’anthropologue ajoute que « les identités collectives de ces communautés de diaspora sont définies par cette relation continue avec la patrie ». Dans Stanley J. Tambiah, art.cit., p. 164.

[12] Ibid., p. 163.

[13] Michel Bruneau, « Espaces et territoires de diasporas »…, p. 8.

[14] Jacques Barou, La planète des migrants, Grenoble : PUG, 2007, 180 p, p. 152 citant en particulier Robin Cohen, Global diaspora : an introduction, Londres, UCL Presse et Seattle university of Washington press, 1997, 244 p.

[15] Robin Cohen, « ‘Diaspora’: Changing Meanings and Limits of the Concept », in William Berthomière, Christine Chivallon, Les diasporas dans le monde contemporain, Paris : Karthala, Pessac : MSHA, 2006, 419 p, pp. 39-47, p. 42.

[16] Sylvie Chédemail, Migrants internationaux et diasporas, Paris : Armand Colin, 1998, 188 p, p. 46.

[17] Mot à connotation nostalgique signifiant « expatrié ». Pour les Turcs vivant en Allemagne, on utilise le mot « Almancı ». Les deux termes sont parfois dédaigneux et péjoratifs.

[18] « Yurt dışında yasayan Türk vatandaşları », Ministère des Affaires étrangères (MAE), URL : http://www.mfa.gov.tr/yurtdisinda-yasayan-turkler_.tr.mfa.

[19] Stéphane de Tapia, « Dimensions transnationales et culturelles des migrations turque en Europe », Multitudes, n° 49, 2012/2, pp. 62-75, p. 67.

[20] Gildas Simon distingue quatre types de migrations : 1° les migrations de main-d’œuvre ordinaire ou peu qualifiée 2° les migrations d’ouvriers qualifiés 3° les migrations des élites professionnelles, à savoir le « brain-drain (la fuite des cerveaux) » 4° les migrations des indépendants. Cf. Gildas Simon, Géodynamique des migrations internationales dans le monde, Paris : PUF, 1995, 429 p, pp. 37-43.

[21] Olivier Duhayon, « Phénomène migratoire au départ de la Turquie vers l’Europe et plus spécialement la Belgique », Pax Cristi Wallonie Bruxelles (05/10/2011), http://paxchristiwb.be/publications/analyses/phenomene-migratoire-au-depart-de-la-turquie-vers-l-europe-et-plus-specialement-la-belgique,0000297.html.

[22] « Les ressortissants étrangers dans l’ UE27 en 2008 Les ressortissants étrangers constituaient 6 % de la population de l’UE27 », Eurostat (Communiqué de presse), 184/2009 (16 décembre 2009),

http://europa.eu/rapid/press-release_STAT-09-184_fr.htm?locale=en.

[23] Katya Vasileva, « Foreigners living in the EU are diverse and largely younger than the nationals of the EU Member states », Eurostat, 45/2010, http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_OFFPUB/KS-SF-10-045/EN/KS-SF-10-045-EN.PDF

[24] L’INSEE distingue cinq catégories : l’Europe, l’Europe des 27, l’Afrique, l’Asie, l’Amérique et l’Océanie.

[25] « Répartition des étrangers par nationalité », Insee recensement 2009, http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=etrangersnat. En France, la plus grande population étrangère d’Europe est la population portugaise (493 000 ; 13,1 %) ; d’Afrique, la population algérienne (468 000 ; 12,4 %) devant les populations marocaine (440 000 ; 11,7 %) et tunisienne (144 000 ; 3,8 %).  Les immigrations portugaise et algérienne sont plus anciennes que l’immigration turque. Pour un aperçu historique de l’immigration en France, cf.  Jean-Louis Borkowski Jean-Louis, Thomas Le Jeannic, « L’arrivée en France des immigrés », Économie et statistique, n° 144, Mai 1982, pp. 43-48, p. 45.

[26] « Les ressortissants étrangers constituaient 6,5 % de la population de l’UE27 en 2010 », Eurostat (communiqué de presse), 105/2011 (14 juillet 2011), http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/3-14072011-BP/FR/3-14072011-BP-FR.PDF et  « Les citoyens de l’UE vivant dans un autre État membre constituaient 2,5 % de la population de l’UE en 2011 », Eurostat (communiqué de presse), 105/2012 (11 juillet 2012), http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/3-11072012-AP/FR/3-11072012-AP-FR.PDF.

[27] Olivier Duhayon, art.cit.

[28] Ural Manço, « Turcs d’Europe : de l’image tronquée à la complexité d’une réalité sociale immigrée », Hommes et migrations, n° 1226, Juillet-août 2000, pp. 76- 87, p. 78.

[29] Stéphane de Tapia, « Permanences et mutations de l’immigration turque en France », Hommes et migrations, n° 1280, 2009, pp. 8-20, p. 10 citant DIYIH 2005-2006 (2007) : 1.4.1.2. (p. 120), selon le ministère français de l’Intérieur. Situation au 31 décembre 2006. Il s’agit des détenteurs de titres de séjour de plus de 18 ans (16-18 ans travaillant et ressortissants français inclus).

[30] « Statistiques sur la migration et la population migrante », Eurostat (Octobre 2011), http://epp.eurostat.ec.europa.eu/statistics_explained/index.php?title=Migration_and_migrant_population_statistics/fr&printable=yes.

[31] « Acquisition de nationalité dans l’UE Les États membres de l’UE27 ont octroyé la nationalité à environ 810 000 personnes en 2010 », Eurostat (communiqué de presse), STAT/12/162 (16 novembre 2012), http://europa.eu/rapid/press-release_STAT-12-162_fr.htm.

[32] Les types de mariages les plus courants aujourd’hui sont les mariages entre immigrés turcs et les mariages entre immigré et compatriote. C’est pendant les vacances estivales que les parents mènent une enquête sur les familles ayant des filles célibataires, frappent à leurs portent pour que dans un premier temps leur fils puisse faire la connaissance de la fille célibataire, et dans un second temps, s’ils se plaisent mutuellement, demander la main de la fille.

[33] Marie Poinsot, Pinar Seymen-Hüküm, Zeliha Alkis, Zeynep Acikel et Nur Gürsel, « Migrations, situations familiales et relations intergénérationnelles », Hommes et migrations, n° 1280, 2009, pp. 88-98, p. 91.

[34] Ibid., p. 90.

[35] Ural Manço, art.cit., p. 79.

[36] Ibid., p. 78.

[37] Marie Poinsot, Pinar Seymen-Hüküm, Zeliha Alkis, Zeynep Acikel et Nur Gürsel, art.cit., p. 92.