21/06/2013

L’élection de Rohani ou l’occasion pour l’Iran de reprendre sa place au cœur du heartland

Par Sébastien Boussois 

Plus au Moyen-Orient peut -être qu’ailleurs dans le monde, il est difficile de faire de la prospective et d’anticiper ce qui se passera dans un pays pivot que tout le monde scrute à quelques jours d’une échéance électorale : personne en Israël n’avait vu arriver en janvier dernier le succès de Yech Atid et du centre gauche comme le relatif échec de Netanyahou ; il en est de même aujourd’hui pour l’Iran après la victoire du modéré Hassan Rohani dès le premier tour de la présidentielle avec 50.7% le 14 mai dernier.

Alors que tous les « experts » misaient sur la réélection d’un religieux radical et conservateur au  pouvoir soutenu par le Guide Suprême Khamenei, c’est effectivement un religieux qui a gagné mais qui se démarque dès à présent d’un ancien président arrogant très conservateur, décrié, et néfaste pour son pays, Mahmoud Ahmadinejad. Le nouveau président promet déjà une rupture radicale avec son prédécesseur, sans être persuadé qu’il puisse véritablement opérer une rupture avec l’ensemble du système politique iranien. Le Monde titrait le 23 mai « De la République islamique à la dictature d’un clan ». Pour beaucoup, on est désormais loin de la théocratie de 1979, surtout depuis 2009 et les fraudes à l’élection présidentielle dénoncées par l’opposition verte. Mais aussi après l’éviction de l’ancien président Hachémi Rafsandjani avant les élections, un des acteurs de la révolution islamique.

C’est pour cela que la nuance entre conservateurs et réformateurs est parfois aussi ténue que celle que l’on veut maintenir entre gauche et droite dans certains pays occidentaux.  Pourtant, Rohani s’engageait lors de sa première conférence de presse à renouer le dialogue avec l’Occident, prononçait le nom même d’Israël, assurait qu’il y aurait plus de transparence sur le dossier du nucléaire. L’Iran, qui s’était, depuis le régime des sanctions à son égard, largement rapproché de l’est, de la Russie à la Chine, pourrait réajuster ses alliances et engager avec mesure de nouvelles négociations avec l’Ouest.

L’image de l’Iran depuis huit ans est désastreuse. Jamais le pays n’a certes récupéré l’image qu’il avait de modernité d’avant 1979, mais le fait de retenir des candidats, puis d’en élire un, tous liés à un moment ou à un autre de leur carrière, aux fonctions diplomatiques, est un signe clair de revirement : que l’Iran souhaite poursuivre ou non son désir de leadership régional disputé historiquement aux sunnites et wahaabites, ou tout simplement qu’il veuille se réinsérer dans une dynamique de relance des négociations sur le nucléaire et d’allègement des sanctions, il devrait modérer sa politique de voisinage et saisir une autre opportunité : ce qui va se passer dans les semaines à venir est déterminant pour ce « heartland » (pivot géographique de l’histoire). A la croisée de l’Asie, du Moyen-Orient et de l’Europe, l’Iran de Rohani pourrait par exemple enfin devenir, non pas un  leader régional, puisque cela a peu de chance de voir le jour, mais un médiateur entre tous ces continents aux multiples tensions qui rappellent parfois la Guerre froide, notamment sur le dossier syrien. Voilà qui pourrait être un beau et nouveau défi après des années de blacklisting pour ce carrefour mondial des tensions géopolitiques. Evidemment, comme en prospective, ce dont on est sûr, c’est que tout cela a peu de chances de voir le jour dans l’immédiat. Dommage pour les Iraniens.