10/06/2013

Les « projets fous » de l’AKP sont-ils devenus ses casse-têtes ?

Par Rukïye Tinas, docteure rattachée au laboratoire Triangle CNRS UMR 5206 et chercheure associée a l’Institut MEDEA

Pendant la période électorale des élections nationales du 12 juin 2011, le dirigeant de l’AKP conservateur démocrate Recep Tayyip Erdoğan, réélu ensuite avec 47% des suffrages, est apparu dans les lieux de manifestations avec des « projets fous (çılgın projeler) » pour Istanbul qu’il a révélés au fur et à mesure de son mandat.

Il existe plusieurs projets. Ici, on ne retiendra que ceux qui ont fait la une ces dix derniers jours. Un d’entre eux est la piétonisation de la place Taksim, au cœur de la métropole stambouliote. Ce projet consistant en la construction d’un tunnel souterrain en vue de piétonniser complètement la place Taksim et l’intégration à cette dernière de la promenade arborée, le fameux Gezi Parkı, fut adopté à l’unanimité par l’Assemblée de la municipalité métropolitaine (İstanbul Büyükşehir Belediyesi, İBB), le 16 septembre 2011. Juste avant l’approbation du rapport relatif à ce projet Fahrettin Kayhan, vice-président du groupe du principal parti d’opposition, le CHP de tendance laïque, affirmait que les siens soutiendraient tout projet en faveur d’Istanbul et remerciait ainsi les personnes ayant préparé le projet en question.  Les travaux ont commencé un peu plus d’un mois plus tard, le 31 octobre 2012.

Une étape du projet supra est la démolition du Centre culturel d’Atatürk (Atatürk Kültür Merkezi, AKM), centre culturel polyvalent et opéra construit en 1969 sur la place Taksim. Le gouvernement souhaite le remplacer par un centre culturel polyvalent exemplaire par sa structure, ses fonctionnalités, l’acoustique etc. Initialement, le ministre de la Culture de l’époque, Atilla Koç propose en 2005 la réparation de l’immeuble, en raison de son mauvais état. Cela dit, cela ne peut être réalisé en raison de l’opposition des diverses plateformes artistiques architecturales, des ONG, ces derniers disposant du soutien des médias. Le 2d Comité de protection du patrimoine culturel et naturel inscrit l’AKM, en novembre 2007, tout comme l’avait fait le 1er en 1999, comme un patrimoine culturel qui doit être protégé. Une seconde tentative de démolition pour reconstruction de l’AKP s’est produite en novembre 2008, quand un protocole fut signé entre le Ministère de la Culture et du Tourisme et l’Agence Istanbul 2010 capitale européenne de la culture. Une agence d’architecture fut chargée pour la préparation d’un projet de rénovation, mais le protocole fut arrêté par le tribunal après recours du Syndicat des ouvriers de la culture, de l’art et du tourisme (Kültür, Sanat ve Turizm Emekçileri Sendikası). Plus tard, en février 2012, un accord a été signé entre le ministère et le géant économique turc, Sabancı Holding, pour la restauration de l’AKM. Cette dernière devait prendre fin au centième anniversaire de la République turque, le 23 octobre 2013. Cependant, le Premier ministre Erdoğan insiste et affirme que l’AKM sera détruit, qu’il n’en demandera pas l’autorisation à quelques mutins (çapulcu). Pourquoi ce bras de fer au tour de l’AKM ? Il est considéré comme un symbole de la République et un repère pour les stambouliotes d’où l’opposition à sa démolition notamment des Turcs dits laïques. La volonté des dirigeants de l’AKP de détruire pour reconstruire est donc perçue comme une attaque contre un symbole de la République kémaliste. Ainsi, bien qu’il soit fort probable que le gouvernement n’ait que bonne volonté dans cette affaire, la suspicion des laïques est plus forte que tout. Le gouvernement doit sans doute avoir un « agenda caché ». De même, les opposants à la destruction de l’AKM prétendent que le gouvernement planifie le changement du nom du centre culturel, c’est pourquoi il voudrait le détruire. Cette assertion n’a pas trop de sens, puisque le Premier ministre Erdogan a affirmé que le nom du centre culturel restera le même.

Une seconde étape du projet principal de la place Taksim, est la construction d’une mosquée derrière l’ancien casino de Maksim et la destruction des magasins (les fast food) se situant devant l’Eglise orthodoxe de la Sainte-Trinité en payant le coût de l’expropriation en vue de dégager la vue sur l’Eglise. Ainsi, la mosquée et l’église seront face-à-face à Taksim.

Un second projet « fou » annoncé par l’AKP est la construction d’un troisième pont reliant les rives asiatique et européenne à Istanbul. Ce projet de construction d’un troisième pont n’a pas été accepté à bras grand ouvert par certains milieux, un tel projet signifiant d’après eux le massacre de l’environnement. Malgré tout, les bases du nouveau pont ayant comme particularité d’être le plus long (1 408 m) et large (59 m) pont suspendu du monde ont été jetées, le 29 mai dernier dans le village Garipçe dans le quartier de Sarıyer sur la rive européenne après une grande cérémonie à laquelle participaient le Premier ministre Erdoğan accompagné de certains ministres, le président de la République Abdullah Gül, le président de l’Assemblée nationale (TBMM), le maire, le préfet et le mufti d’Istanbul. Au programme l’hymne national, les prières religieuse et de janissaires (Mehter Marşı), ce jour étant le 560ème anniversaire de la conquête d’Istanbul par Fatih Sultan Mehmed. Lors de la cérémonie Recep Tayyip Erdoğan déclare que l’itinéraire du pont dont le designer et l’ingénieur est le Français Michel Virlogeux a été choisi de manière à protéger les zones forestières, les barrages et étangs ayant une valeur historique, mais aussi la qualité de l’eau. Le gouvernement AKP qui avait été celui ayant nettoyé l’estuaire Haliç (la Corne d’Or) se jetant dans le Bosphore à Istanbul en y retirant 2,5 m3 de boue, construit le Disneyland turc à Istanbul, Vialand, devait sans doute être un gouvernement écologiste. Mais le problème n’était plus là à partir du moment où le nom du futur pont était annoncé par le président Gül : Yavuz Sultan Selim ! C’est le neuvième sultan et soixante-quatorzième calife ottoman qui aurait mis à l’épée des milliers d’alévis, d’où l’attribution du surnom Selim le « cruel » « gaddar » par ces derniers. D’ailleurs, un groupe de membres de la Fédération des associations alévies (Alevi Dernekleri Federasyonu) ont fait une déclaration de presse au même lieu de la cérémonie quelques jours plus tard, le 2 juin, pour montrer le mécontentement des 25 millions d’alévis dans le pays, Yavuz Sultan Selim étant aux dires de ceux-là le sultan ayant tué ses frères, ses neveux et son père, et accepté l’islam sunnite comme religion officielle de l’État ottoman. Ils réclament alors le changement du nom du troisième pont.

À tout ce qui précède, s’ajoute la loi sur la réglementation quant aux boissons alcoolisées du gouvernement qui a été adoptée par l’Assemblée nationale avec le soutien du Parti de l’action nationaliste (MHP) dirigé par Devlet Bahçeli, le 24 mai. Il ne s’agit pas d’ « interdiction » de consommation d’alcool, mais de la publicité, la promotion et la présentation des boissons alcoolisées aux consommateurs, la vente à moins de 100 m des mosquées et établissements d’enseignement, l’utilisation par les producteurs des marques et emblèmes en tant que sponsors. Les établissements disposant d’une licence de vente de boissons alcoolisées, quant à eux, pourront se servir de matériels sur lesquels se trouvent la marque ou l’emblème d’une boisson alcoolisée quelconque. La distribution gratuite de boissons alcoolisées tout comme la vente de ces dernières à des mineurs et la vente au détail entre 22h et 6h sont également interdites. En revanche, l’organisation de foires internationales de boissons alcoolisées est autorisée. Enfin, les dommages pour la santé liés à la consommation d’alcool doivent être signalés sur les emballages, etc. Cette règlementation est considérée comme une attaque à la liberté et la première étape de l’interdiction complète de boissons alcoolisées par les laïques. Puisqu’ils ont toujours cru en l’existence d’un agenda islamique caché de l’AKP. Le Premier ministre Erdoğan affirme qu’il ne veut pas d’ « une jeunesse enivrée jour et nuit », mais d’une « vivante et éveillée » et ce en vertu de l’article 58 de la Constitution (1982) qui mentionne (al.2) que « l’État prend les précautions nécessaires pour protéger les jeunes de la dépendance à l’alcool, de la drogue, de la criminalité, des mauvaises habitudes telles que les jeux de chance et de l’ignorance ». D’autant que d’après lui, la boisson nationale est l’ayran. Il affirme que la science a démontré les effets néfastes de la cigarette et de l’alcool sur la santé, « ce n’est pas parce qu’une religion quelle qu’elle soit ordonne non pas quelque chose de mauvais, mais de bon qu’il faut s’y opposer d’office juste parce que c’est elle qui l’ordonne » dit-il. Il ajoute « la loi établie par deux ivres est respectable, mais une réalité, un fait, ordonné par la religion pourquoi doit-il être rejeté selon vous ? » Les dirigeants des partis d’opposition ainsi que les anti-AKP du pays ont immédiatement fait des prédictions quant à ces deux ivres : seraient-il Mustafa Kemal Atatürk et son bras droit İsmet İnönü. Bien que d’abord le porte-parole de l’AKP et le vice-Premier ministre Hüseyin Çelik, puis le Premier ministre Erdoğan en personne affirment qu’aucune personne particulière n’était sous-entendue – qu’il aurait pu dire trois, quatre personnes, mais sur le coup il a dit deux − certains persistent à croire qu’il s’agit de Mustafa Kemal Atatürk et d’İsmet İnönü. D’autres se sentent offensés, étant qualifiés d’ « alcooliques » par le Premier ministre, alors qu’ils sont des gens qui consomment de l’alcool occasionnellement ou quotidiennement sans en être dépendants. Recep Tayyip Erdoğan, a finalement présenté ses excuses aux personnes qu’il a pu heurté avec ces propos, le 2 juin, lors d’une émission télévisée.

La dernière étape du projet de piétonisation de Taksim est la destruction de trois mètres du mur du Gezi Parki et le déracinement de 4-5 arbres pour être transporter à un autre lieu afin d’élargir la route le 27 mai, contre quoi se sont opposés une cinquantaine de personnes du groupe de solidarité, la Plateforme lève-toi pour Taksim (Taksim İçin Ayağa Kalk Platformu), empêchant les engins de fonctionner campant sur les lieux. Le lendemain le nombre de protestataires a augmenté, le premier député leur apportant un soutien étant du parti pro-kurde, le BDP, Sırrı Süreyya Önder. Le motif de ces protestations était la destruction du parc pour reconstruire la caserne historique de Taksim détruite en 1 940 pour construire à la place selon les rumeurs un centre commercial. Si cette rumeur était vraie, Istanbul allait perdre l’un de ses rares espaces verts et ce pour un centre commercial, qui n’est pas ce qui manque dans cette ville. Ces protestations ne semblaient pas être pris au sérieux, ni par le politique, ni par les médias. Pour sa part, le Premier ministre Erdoğan  affirmait ne pas croire en la sincérité des protestataires, puisqu’ils étaient absents lorsque des milliers d’arbres étaient abattus pour construire le campus universitaire Koç à Zekeriyaköy ou encore l’Hôtel Ceylan à Taksim, constructions auxquelles il s’était opposé en tant que maire de la métropole. Il insiste et crie haut et fort à l’Assemblée des exportateurs de Turquie (Türkiye İhracatçılar Meclisi) comme pour défier les opposants dont il affirme ne pas les comprendre et ne pas savoir qui ils sont : « Désolé, nous allons construire la caserne historique de Taksim là-bas, elle était là-bas » dit-il. Il semble que ce « désolé » a été le mot magique pour faire sortir plus de personnes de chez eux pour atteindre une vingtaine de milliers de jeunes, vieux, hommes, femmes, célébrités, laïques, conservateurs, avec pancartes, casseroles, ustensiles de cuisine pour se révolter contre ce langage autoritaire et imposant. Au troisième jour des tentes de campeurs ont pris feu lors des interventions de police. La tension a augmenté le 31 mai, en raison de l’intervention brutale, plusieurs personnes ont été blessées, la police jetant des bombes lacrymogènes directement sur la foule jusqu’à dans les stations de métro où les protestataires ont voulu se réfugier pour éviter le gaz. Un groupe de protestataires qui semble ne pas avoir l’environnement comme préoccupation, mais d’autres objectifs ont causé beaucoup de dommages dans les villes, en mettant feu aux véhicules, arrêt de bus, commerces, immeuble appartenant à l’AKP, ou cassant les vitres, etc. Les protestations se sont diffusées rapidement dans plusieurs villes turques. Les images dans ces dernières étaient à peu près les mêmes qu’à Istanbul. Il faut également faire mention des protestations de solidarité pour Taksim qui ont eu lieu à l’étranger. Le Tribunal administratif d’Istanbul a le même jour arrêté la décision relative à la construction de la caserne. Le 1er juin, les protestataires se sont retrouvés sur la rive asiatique et ont traversé le pont du Bosphore ensemble. Le plus marquant était l’arrivée de personnes des quatre coins de la Turquie. Certains interprétaient cela ironiquement de « printemps de l’arbre ». Au septième jour, le nombre total des protestations étaient de 235 dans 67 villes avec 1 370 arrestations et des dommages de 20 millions de lire turque, affirme le ministre des Affaires intérieures Muammer Güler. Le gouvernement n’a rien fait pour calmer les protestataires, étant persuadés que la cause des protestations n’avait rien d’écologique, mais qu’elle était purement idéologique. D’autant que d’après le Premier ministre, il s’agissait de groupes marginaux, de çapulcu. Il déclarait qu’il avait du mal à retenir les sympathisants de l’AKP, s’il l’autorisait 50 % de la population se jetterait dans les rues. Langage menaçant qui ne peut que provoquer et attiser davantage la colère des mécontents. Au moins, le 4 juin, le président Gül pour baisser la tension a affirmé que « la démocratie ne consiste pas seulement en les élections, le message est reçu ». Comment interpréter cette vague de protestations ? Pourquoi aujourd’hui et pas avant, l’AKP est au pouvoir depuis plus de dix ans ?

Après observation, on repère différents groupes de protestataires : ceux qui sont vraiment là pour protéger le parc, ceux qui sont arrivés pour le parc, mais qui à l’occasion en ont profité pour exprimer leur mécontentement à l’égard des politiques du gouvernement AKP ou leur haine à l’égard de Recep Tayyip Erdoğan – compte tenu des grosses insultes qui lui ont été faites et les slogans lancés tel que « nous sommes les soldats d’Atatürk (Atatürk’ün askerleriyiz) » – il s’agit donc de l’usage de la liberté  d’expression, la démocratie ne rimant pas seulement avec élections. Il y a aussi les provocateurs qui semblent y être pour semer davantage la pagaille en se servant des personnes innocentes qui viennent simplement s’exprimer en tant que citoyennes. D’après le Département de la lutte contre le terrorisme et des renseignements de la Direction générale de la sécurité, parmi ces provocateurs se trouve un Iranien, Shayan Shamloo. De même, les arrestations dans toutes la Turquie sont analysées, parmi celles-ci se trouvent au moins quinze étrangers.

Si l’on met les provocateurs de côté et analyse les autres groupes, on voit qu’il est plutôt question de l’indignation de la classe moyenne en ayant assez de l’intervention du parti au mode de vie des gens. L’économiste Ahmet Insel, affirme qu’il s’agit d’une indignation pour sauver sa dignité. La volonté de créer une jeunesse croyante (dindar nesil) pour créer une société idéale sans défaut selon sa vision du monde, l’imposition ainsi du mode de vie de la majorité à la minorité, la considération de l’avortement comme un meurtre et la volonté de limiter le nombre de césariennes pour diverses raisons, le langage et le style méprisant et autoritaire adopté par le Premier ministre Erdoğan dès le début de son troisième mandat, sont autant de facteurs montrant que l’identité conservatrice de l’AKP a pris le dessus par rapport à son identité démocrate. Il s’agit alors de l’ingénierie sociale, cette dernière de laquelle ont pourtant été victimes un grand nombre de membres de l’AKP. Connaissant alors très bien le sentiment d’être exclus et repoussés vers les périphéries, c’est dommage qu’ils fassent ressentir volontairement ou involontairement ce sentiment aux personnes qui ne leur ressemblent pas ou qui ne veulent pas leur ressembler.

Nous ne pouvons nier par ailleurs que ces protestations ont été une grande occasion pour ceux qui ne peuvent pas se débarrasser de l’AKP ou de Recep Tayyip Erdoğan par le biais des élections. Avant tout, il se trouve le CHP qui ne semble pas être innocent puisqu’il avait approuvé le projet de Taksim. Les deux autres partis oppositions, le MHP et le BDP, eux ont préféré ne pas se faire emporter par le courant et sont restés plus prudents. Le dirigeant du premier, Devlet Bahçeli a fait preuve d’un comportement honorable affirmant que « le seul lieu où sera vaincu l’AKP est les urnes. Quoi qu’il arrive, la solution est la démocratie ». Il y a aussi les utilisateurs de twitters parmi lesquelles ceux qui diffusent des intox plutôt que des infos dont nous ne pouvons douter de la mauvaise intention : « un véhicule de police blindé a écrasé une personne », « la police a utilisé de vraies balles », « les policiers ont fait endormir les protestataires avec de l’eau », « l’accès aux réseaux sociaux a été bloqué », « si les protestations continuent 48 h encore l’UE fera tomber le gouvernement », « les protestataires ont attaqué les femmes voilées » sont que quelques-uns de ces tweets.

Apparu sur la scène politique avec une identité politique mêlant valeurs traditionnelles et libérales, l’AKP a connu beaucoup de succès, et ce dans plusieurs domaines, notamment économique et des affaires étrangères. Grace à lui, la Turquie est devenue la seizième économie du monde et la sixième économie de l’Europe et elle a pu s’affranchir du FMI en devenant un pays qui prête de l’argent à ce dernier. Dans ces succès électoraux le charisme de son dirigeant Erdoğan à une grande part. Sa détermination lui a servi à réaliser de nombreuses réformes en vue de démocratiser le pays et se consacrer au règlement d’un sujet épineux tel que la question kurde. Cela dit, c’est encore sa personnalité obstinée, autoritaire qui pose problème à l’autre moitié de la société qui ne vote pas AKP qui se sent parfois humiliée et méprisée. Bien qu’il soit arrivé au pouvoir suite à sept élections consécutives en augmentant ses voix à chaque élection, il est aussi le Premier ministre de ceux qui ont voté pour une autre formation politique. Il doit être beaucoup plus à leur écoute et maintenir l’équilibre entre ses deux identités conservatrice et démocrate. Cet équilibre est beaucoup moins visible dans son troisième mandat, l’AKP donnant désormais l’image d’un parti idéologique difficile à distinguer des partis du système et qui donne lieu à la qualification de son leader Erdoğan de dirigeant autoritaire et despotique. Cela remet en cause la prétention initiale de ne pas être un parti politique fondé sur une idéologie quelconque, mais sur des principes qui peuvent être ceux de tous. Le gouvernement a fait un pas important le 4 juin, le vice-Premier ministre a présenter les excuses du gouvernement aux personnes qui protestaient pour protéger l’environnement en raison de l’abus de violence des policiers et reçu le lendemain les représentants du groupe de solidarité de Taksim pour écouter leurs demandes. Ces derniers seront reçus par le Premier ministre à son retour des pays de l’Afrique du Nord. Enfin, la bonne nouvelle est que la jeunesse turque d’aujourd’hui ne peut plus désormais être qualifiée d’apolitique. Elle a démontré son engagement déterminé depuis le début des manifestations.