13/06/2013

Un nouvel Iran plus vert de rage que vert d’espoir

Par Sébastien Boussois

Ces nouvelles élections en Iran du 14 juin seront-elles de la couleur de la colère ou de l’espoir ? Quatre ans après les grands mouvements qui enflammèrent le pays en 2009, L’Iran semblait, si l’on se réinscrit dans le contexte régional à l’époque, en avance sur les révolutions qui agitent la région depuis 2011. Depuis : rien. Peu de signe de contestation mais l’approche du scrutin et l’élimination de plusieurs candidats de réformateurs en amont, semble couper court à tout espoir immédiat de « modernisation » de la République islamique. Il se pourrait toutefois, qu’un printemps perse survienne, à l’issue de ces élections.

Le mouvement vert, l’insurrection verte, la révolution verte, avait vu en 2009 une frange de la population, soutenant les candidats déçus comme Mir Hossein Mosavi, contester le résultat des élections et dénoncer les irrégularités. Des centaines de milliers d’iraniens avaient envahi les rues de Téhéran et des grandes villes du pays, mais le mouvement fut durement réprimé. Il y eut près de 150 morts et la fin d’un espoir après les plus grandes manifestations que le pays ait connu depuis 1979 et l’avènement de Khomeiny. C’était une grande contestation politique.

Si la contestation reprend demain, ce sera probablement sur le bilan du président iranien et donc une grande contestation économique et sociale, puis politique: embargo pesant, crise économique majeure, diabolisation du pays autour de la question nucléaire, crise de confiance entre lui et Khamenei depuis plusieurs années, contestation de candidats aussi provocateurs qu’Ahmadinejad. Avec l’embargo et les sanctions internationales contre le pétrole étouffant le pays, renforcé par l’Union européenne en 2012 et le Canada en 2013 par exemple, l’économie vacille : la monnaie le rial a perdu en deux ans les trois quarts de sa valeur. Les denrées alimentaires voient les prix s’envoler jour après jour. L’écart est croissant entre une minorité de privilégiés et la majorité du peuple qui souffre de la crise. Il y a un responsable tout désigné pour le peuple : les provocations d’Ahmadinejad ont coûté cher, et la haine du peuple contre un président belliqueux, combiné à un éloignement progressif du Guide suprême de celui ci, ne résolvant en rien leurs préoccupations quotidiennes est montée petit à petit. Du coup, l’Etat a relancé sa politique en matière de services sociaux pour soutenir les plus défavorisés, voire acheter les futurs votes comme disent certains. Enfin, l’image de l’Iran sur le plan international est catastrophique.  Au mieux, « Les Iraniens » se sont fait détester un peu plus encore par l’Occident, sont devenus encore un peu plus l’Etat paria menace numéro un d’Israël ; et leur ambiguïté autour de l’acquisition du nucléaire à des fins militaires a fini de dissuader toute puissance européenne de poursuivre un vrai dialogue de conciliation autour de la question. La confusion classique « Iraniens » et « pouvoir iranien » explose. En attendant, c’est la chute d’Ahmadinejad, qualifié désormais d’illuminé par les plus hautes instances religieuses du pays.

Depuis plusieurs semaines, le choix des candidats au scrutin par le Conseil des Gardiens a éliminé de sérieux candidats réformateurs potentiels. Dans le même temps, le Conseil a aussi écarté le dauphin d’Ahmadinejad. Mais globalement, les derniers candidats restants comme Saïd Jalili, le favori de l’ayatollah Khamenei  et le candidat des « principalistes », une association de religieux et de militaires fidèles à l’autorité du Guide, sont bien sûr toujours là. Est-ce la volonté de définitivement tourner la page Ahmadinejad ? Probablement oui. Est-ce la volonté de faire élire un Président réformateur ? Probablement non.

On conteste déjà dans les rangs de l’opposition, dont la plupart des têtes ont été coupées, le déficit de démocratie qui risque de conduire à une nouvelle révolution verte en Iran. Le régime lui a promis bien entendu « une élection transparente ».

Des 686 candidats initiaux, il n’en reste plus que 8 validés par le Guide suprême Ali Khamenei, lui qui n’a en revanche de compte à rendre à personne, en qualité de chef des Chiites, directement désigné par Dieu; et que certains qualifient de théocrate dictatorial.

Face à la vieille garde et aux leaders incontestables, on pourrait alors espérer pour l’Iran de sa jeunesse avide de démocratie. Parce que l’écart ne fait que se creuser entre les jeunes générations qui aspirent à tout ce qu’il y’a de plus moderne dans le monde occidental et capitaliste, aux libertés totales, et les traditionnalistes anti-occidentaux. Malheureusement, l’Iran est un pays vieillissant, et il est le pays du Moyen-Orient à la plus faible proportion de jeunes de moins de 25 ans : 37% seulement. Ce qui est le problème majeur pour une modernisation rapide du régime par les urnes. Quelle autre solution alors pour la minorité?