09/07/2013

Le Turc vivant à l’étranger : du simples gurbetçi au membre d’une « diaspora » (Partie 3)

Par Rukiye Tinas, docteur en sciences politiques de l’IEP de Lyon.

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Les associations turques en Europe

L’article 62 de la Constitution turque (1982) stipule que « l’État prend les précautions nécessaires pour assurer l’unité familiale, l’éducation des enfants, les besoins culturels et la sécurité sociale, la protection des liens avec la mère-patrie, et l’aide au moment du retour à la patrie des citoyens turcs vivant dans les pays étrangers »[1]. C’est par le biais des ambassades, des consulats, et de l’« Organisation à l’étranger (Yurtdışı Teşkilatı) » de la Présidence des Affaires religieuses (Diyanet İşleri Başkanlığı) rattachée au Premier ministre qu’il exerce cette fonction. Fondée en 1984, l’Organisation à l’étranger de la Diyanet est composée de bureaux consultatifs dans les lieux où se trouvent des ambassades, et des bureaux de l’Attaché pour les Services Religieux où se trouvent des consulats.

C’est à l’occasion du mois de Ramadan 1971 que la Diyanet a envoyé pour la première fois un chargé de religion (din gorevlisi) en Europe. Plus tard, c’est dès 1985 que des fonctionnaires religieux ont été envoyés dans les pays étrangers dans le cadre du Projet de protection et présentation du patrimoine culturel turc (Türk Kültür Varlığını Koruma ve Tanıtma Projesi). En raison de l’insuffisance en nombre des hommes de religion, des chargés de religion recrutés cette fois-ci par les associations d’ouvriers, ont été envoyés à l’étranger pour une durée déterminée de six mois.

L’interlocutrice privilégiée des autorités publiques est l’Union des travailleurs turcs de la Présidence des affaires religieuses (Diyanet İşleri Türk-İsçi Birliği, DİTİB) fondée en 1984, à laquelle 214 associations religieuses sont rattachées. Elle a de multiples fonctions religieuses et culturelles : aider et éclairer les musulmans sur des questions religieuses, créer des lieux de prières et d’éducation, faire parvenir les aides tels que la fitra, la zakat, etc. aux nécessiteux, octroyer des bourses aux étudiants turcs faisant des études supérieures (BAC+3 et plus), ouvrir des bibliothèques, des foires du livre, organiser le pèlerinage (Hajj) et l’Omra, créer des fonds de transfert en Turquie des morts, organiser des activités sociales, culturelles, sportives pour l’intégration des citoyens, le développement des sentiments de tolérance, de dialogue et de solidarité entre musulmans et non-musulmans, avertir les citoyens contre les groupes et les mouvements désintégrateurs et destructeurs, assurer leur union et unité et contribuer au développement de la culture religieuse, nationale, etc.

Hormis, les associations religieuses, ils existent deux autres types d’associations, les associations « politisées » et « socio-culturelles laïques »[2]. Comparées aux associations religieuses, les associations politisées qui sont les antennes des divers partis politiques turcs, sont peu nombreuses. Jusqu’aux années 80, il s’agissait principalement d’associations de gauche et de droite. Dans les années 90, ces dernières ont laissé la place aux associations de droite, islamiques et nationalistes.

L’Organisation européenne de la Vision nationale (Avrupa Milli Görüş Teşkilatı, AMGT) du défunt Necmettin Erbakan (1926-2011), personnalité emblématique de l’islam politique turc, a été fondée le 15 septembre 1974 à Berlin (Est) dans le but d’entraide culturelle, spirituelle, sociale et économique conformément à la « Vision nationale turque (Türk Milli Görüşü)[3]. L’AMGT est donc venu en aide aux Turcs d’abord d’Allemagne, et avec le temps de toute l’Europe, avant l’État turc (DİTİB), pour trouver des solutions à leurs problèmes et répondre à leurs demandes.

La communauté religieuse la plus politisée[4] est celle de Süleyman Hilmi Tunahan (1888-1959), affilié à la confrérie Nakşibendi dont les adeptes et sympathisants sont nommés Süleymancı(lar). Ces derniers sont apparus en Europe pour la première fois en septembre 1973 sous le label des Centres culturels islamiques (İslam Kültür merkezleri)[5] dont les objectifs (religieux et sociaux) sont quasi-identiques à ceux du DİTİB. Tout comme l’AMGT, ils sont apparus dans une période de quasi-absence de l’État turc en Europe pour répondre aux besoins de ses citoyens.

La communauté Nur (Nur Cemaati) de Bediüzzaman Said Nursi (1878-1960), dont les adeptes sont des Nurcu, est en Europe depuis les mouvements migratoires. Pendant longtemps apolitique, c’est suite au passage au multipartisme (1946) que les diverses branches de la communauté (10 au total) ont soutenu divers partis politiques de droite[6]. La branche Nurcu la plus influente de nos jours est celle de Fethullah Gülen[7] qui se distingue des précédentes communautés religieuses, ayant créé un réseau d’écoles turques dans le monde entier (140 au total)[8] depuis le début des années 90, des centres culturels et diffusant des messages de tolérance et de dialogue entre les civilisations. Il est difficile de présenter cette communauté comme de politisée, car pendant longtemps, elle ne s’est rangée sous la bannière d’aucun parti politique. Le seul moment où Fethullah Gülen a ouvertement voulu orienter les gens lors d’un vote, c’est au referendum tenu le 12 septembre 2010 pour l’amendement de plusieurs articles constitutionnels, les ayant invité à dire « oui »[9].

La Fédération turque (Türk Federasyon), association nationaliste Ülkücü (idéaliste) dont le leader emblématique est l’ex-colonel Alparslan Türkeş (1917-1997), un des auteurs du coup d’État de 1960, est associée au Parti du mouvement nationaliste (Milliyetçi Hareket partisi, MHP) aujourd’hui dirigé par Devlet Bahçeli. La Fédération des associations démocratiques idéalistes d’Europe (Avrupa Demokratik Ülkücü Türk Dernekleri Federasyon) a été créée en 1978 à Francfort en vue de venir en aide aux Turcs venus en Allemagne pour travailler, œuvrer en vue de préserver les valeurs nationales et religieuses de ces derniers et assurer le transfert de ces valeurs aux nouvelles générations. Une Fédération turque a d’abord été fondée en Allemagne, et par la suite dans les autres pays européens[10].

Comme le signale Samim Akgönül, « (…) les activités purement religieuses de ces associations restent purement secondaires. Il s’agit avant tout de lieux des sociabilité où s’établissent et s’entretiennent des réseaux de solidarité, mais aussi des lieux de transmission identitaire (pas seulement religieuse) à l’égard des nouvelles générations »[11]. En témoigne, l’organisation de kermesses plusieurs fois chaque année dans les mosquées des diverses communautés auxquelles tous les Turcs, accompagnés souvent de leurs voisins non-Turcs, qu’ils soient pratiquant ou non participent. Il est toute fois question de rivalités entre les associations religieuses et/ou politiques. À titre d’exemples, les adeptes du Milli Görüş ne participeront pas à la kermesse des Ülkücü, ou vice-versa, ils n’iront pas non plus prier dans une mosquée Nurcu ou bien le contraire. Ils préfèreraient faire la prière dans une mosquée arabe ! Il suffit de visiter les mosquées de la région Rhône-Alpes appartenant aux associations citées dans cet article pour le comprendre.

Les associations socio-culturelles laïques (ELELE et ACORT, à Paris ; ASTTU à Strasbourg ; ATATURQUIE à Nancy, TURQUOISE à la Rochelle etc.), quant à elles, « travaillent autour de l’intégration, du périscolaire, de la culture et n’ont pas d’attaches religieuses ou politiques »[12], en France, elles sont ainsi les seules à recevoir des aides publiques émanant de l’État.

Par conséquent, l’État turc représenté par le DİTİB est arrivé plus tard que les associations religieuses et/ou politisées sur le terrain européen, en tant que représentant de l’islam officiel, à savoir kémaliste, un islam qui se veut républicain, nationaliste, scientiste, ne constituant alors aucun danger aux fondements kémalistes, face à l’islam oppositionnel (ou parallèle) représentées par les autres associations. Comme le note Benjamin Bruce, « l’engagement de l’État turc dans le domaine religieux répondait au départ à une demande de la part de ses ressortissants, mais surtout à une forte logique sécuritaire ». Comme l’indique Riva Kastoryano, l’État apparaît alors comme le « régulateur » de la « communauté transnationale » turque, en agissant à travers l’enseignement de la « langue et de la culture d’origine » dans les pays de résidence. Il s’agit d’une « citoyenneté extraterritoriale » qui « revient à maintenir la nation liée à la citoyenneté ou inversement une citoyenneté liée à la nation d’origine, mais dans les deux cas il s’agit d’une appartenance déterritorialisée »[13], ce qui est une caractéristique des communautés de diaspora selon Stanley J. Tambiah comme mentionné antérieurement.

Le gouvernement AKP vis-à-vis de ses citoyens à l’étranger

Bien que la concurrence entre les associations religieuses non-étatiques existe toujours, celle entre ces dernières et le DİTİB semble être considérablement réduite depuis l’arrivée du Parti de la justice et du développement (Adalet ve Kalkınma Partisi, AKP) dirigé par Recep Tayyip Erdoğan au pouvoir en 2002. Les divisions idéologiques entre islam officiel et islam oppositionnel (parallèle) n’existant plus depuis.

En avril 2003, une directive a été envoyée par le gouvernement AKP aux ambassades en vue d’introduire le Milli Görüş dans le protocole étatique et reconnaitre les écoles de la communauté de Fethullah Gülen comme des écoles appartenant à l’État turc. À ce propos, le ministre de l’Extérieur de l’époque Abdullah Gül affirme que « ce genre de directives n’est pas nouveau pour se rapprocher des citoyens turcs vivant à l’étranger »[14]. Cette initiative du gouvernement turc semble être pragmatique, puisque «  la religion est devenue une occasion pour le gouvernement AKP d’étendre l’influence de la Turquie sur la scène internationale en tant qu’« outil de la politique étrangère », aussi bien auprès de ses alliés occidentaux qu’auprès des pays du monde musulman »[15]. C’est ce qui peut expliquer la fondation, en 2010, par le gouvernement AKP de la Présidence des Turcs à l’étranger et des communautés apparentées (Yurtdışı Türkler ve Akraba Topluluklar Başkanlığı)[16] rattachée au premier ministre et ayant le statut de sous-secrétariat d’État.

En juin 2013, un Conseil consultatif des citoyens à l’étranger (Yurtdışı Vatandaşlar Danışma Kurulu, YVDK), considérée par le vice-premier ministre Bekir Bozdağ comme l’ « assemblée de la diaspora turque » a été créé au sein de la présidence.  Le conseil composé de 70 Turcs vivant dans 19 pays différents œuvre dans quatre domaines : la discrimination à l’égard des Turcs vivant à l’étranger, la violation des droits, l’éducation en langue turque et le lobbying. Il s’agit alors du regroupement des unités de 19 ministères et du peuple (les 70 représentants) pour trouver des solutions aux problèmes rencontrées par les Turcs à l’étranger dans leurs pays de résidence.

À propos de la concurrence patente entre les diverses associations ou communautés mentionnée plus haut – à peu près 5000 organisations de société civile turques dans le monde –, Bekir Bozdağ demande à ce quelles soient solidaires, agissent ensemble pour traiter les problèmes communs au lieu de rivaliser les unes avec les autres[17]. Cette intervention du gouvernement turc peut s’expliquer de deux manières : trouver des solutions aux problèmes rencontrés par ses citoyens dans les pays de résidence, puisqu’ils ne souhaitent ni le retour à la mère-patrie ni la perte de leur identité culturelle d’origine, et faire de ses citoyens à l’étranger des acteurs du lobbying turc en vue de faciliter l’adhésion de la Turquie à l’UE[18], empêcher l’adoption d’une loi de pénalisation de la « négation » du « génocide » arménien[19] ou encore faire connaître la Turquie aux investisseurs potentiels étrangers. Le ministre de l’économie Zafer Çağlayan affirme que « la diaspora turque est à mon avis notre plus grande chance. Je considère les hommes d’affaires turcs qui travaillent dans le monde entier comme nos ambassadeurs de promotion ». C’est alors via cette diaspora qu’il compte augmenter la capacité de commerce extérieur turc, en 2012 de 389,1 milliards de dollars selon l’Institut turc des statistiques (TÜİK). Pour ce faire, il révèle un projet du Sous-secrétariat d’État au commerce extérieur (Dış Ticaret Müsteşarlığı), la « diaspora en ligne (online diaspora) » en vue de rassembler les Turcs des quatre coins du monde, qui travaillent dans les domaines du commerce, de la politique, et de la société civile. S’inspirant d’un slogan publicitaire, « un pouvoir incontrôlé n’est pas un pouvoir (kontrolsüz güç, güç değildir) », il affirme que le gouvernement souhaite contrôler ce pouvoir dont il dispose[20].

En effet, les activités du gouvernement AKP sont en harmonie avec le projet de la « Vision stratégique 2023 de la Turquie (2008-2023, les 81 provinces de la Turquie) »[21], se trouvant sous les auspices de la Présidence de la République turque. Ce projet de formation et d’interaction, pluridimensionnel et stratégique a comme objectif de placer la République turque à son centième anniversaire (2023) à un niveau « au-delà » de celui des civilisations contemporaines[22] en tant qu’État puissant et respecté. À cette fin, les stratégies et les politiques à employer dans les domaines de la politique extérieur, sécuritaire, économique, technologique ont été déterminées. Le groupe-cible est la bureaucratie étatique, les milieux économiques, les institutions de recherche, les organisations de société civile, les universitaires, les spécialistes, etc. Dans ce cadre, le Centre de recherches stratégiques turco-asiatique (Türk-Asya Stratejik Araştırmalar Merkezi, TASAM) a récemment organisé un Forum turc mondial, le 5 avril 2013, dont le thème principal était « La diaspora turque et la vision du monde turc 2023 (Türk Diasporası ve Türk Dünyası Vizyon 2023) »[23]. L’un des constats faits au cours de ce forum est l’important rôle qui revient à la diaspora turque dans la résolution des questions régionales et mondiales. Ainsi, les Turcs de la diaspora devraient cesser d’être repliés sur eux-mêmes, s’ouvrir vers l’extérieur et agir ensemble contre le racisme, la discrimination et l’islamophobie.

Enfin, à chaque occasion, le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan appelle ses concitoyens à demander la naturalisation et à s’intégrer dans les sociétés − tout en rejetant l’assimilation qu’il considère de crime contre l’humanité − en apprenant parfaitement les langues des pays d’accueil. C’est ainsi qu’ils peuvent être présents dans tous les domaines et ainsi influencer l’opinion publique et les politiques des gouvernements à leur égard et à l’égard de leur mère-patrie. Cela prouve alors une fois de plus que les Turcs à l’étranger sont des outils de la politique étrangère turque du gouvernement AKP.

Conclusion

Les Turcs vivant à l’étranger depuis plus d’une cinquantaine d’années, sont arrivés pour la première fois en Europe pour travailler. Il s’agissait alors d’une immigration ouvrière ayant au fil du temps laissé la place à l’immigration familiale et politique. Si la première génération avait un espoir de retour définitif, les nouvelles générations ont moins cette envie. On peut même ajouter que la première génération a du mal à se détacher définitivement du pays d’accueil, en raison des nouvelles générations, leurs enfants et petits-enfants, qui s’y établissent plus solidement en y investissant et en y achetant des maisons. Cela ne signifie pas pour autant que ces nouvelles générations souhaitent abandonner leur culture d’origine. Il n’en est certainement pas le cas. On peut plutôt parler de double attachement des Turcs, à la fois à leur pays d’origine et à leur pays d’accueil, puisqu’ils se sentent chez eux dans les deux pays. C’est pourquoi les mariages se font entre Turcs, étant rarement question de mariages mixtes, et les Turcs choisissent toujours la Turquie comme destination de vacances s’ils ont les moyens. C’est ce qui explique aussi les succès des grands événements culturels de ces dernières années, les « festivals turcs » annuels dans plusieurs villes européennes et américaines auxquels des milliers de Turcs (invitant leurs voisins non-Turcs pour leur faire découvrir leur culture) participent avec enthousiasme.

Connue depuis longtemps pour être repliée sur elle-même et très discrète − on parlait parfois même d’une « exception turque » −, le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan, donne un rôle important à la population turque vivant à l’étranger qu’il sera préférable de qualifier de « communauté transnationale ». Le premier ministre en fait consciemment une « diaspora » d’une importance primordiale pour l’accroissement de l’influence de la Turquie sur la scène internationale via une politique étrangère de « bon voisinage »[24]. Devenue une puissance régionale émergente grâce à ses succès en matières économique et de politique étrangère, il faut que la Turquie s’affranchisse des obstacles placés devant elle par les pays occidentaux où vivent les Turcs, pour devenir une puissance mondiale reconnue de tous. C’est là où le gouvernement turc a besoin de sa diaspora, unie plus que jamais malgré la diversité idéologique, ethnique, religieuse en son sein, pour qu’elle effectue un véritable travail de lobbying visant avant tout l’intégration de la Turquie dans l’UE, fasse pression aux gouvernements dans les pays d’accueil pour les empêcher d’adopter une loi quelconque qui heurterait la fierté des Turcs, ou contribue à l’économie turque en apportant de nouveaux investisseurs en Turquie. Les Turcs vivant à l’étranger ne sont alors plus de simples gurbetçi ou des Almancı, mais de véritables membres d’une diaspora, n’étant plus les simples ouvriers d’hier.

 


[1] Pour la Constitution de 1982, cf. « Türkiye Cumhuriyeti Anayasası », Grande Assemblée nationale turque (TBMM), http://www.tbmm.gov.tr/anayasa/anayasa_2011.pdf.

[2] Il s’agit de la typologie des associations (religieuses/politisées/socio-culturelles laïques) établie par les auteurs Mehmet-Ali Akinci, Kutlay Yagmur, « identification ethnique et religieuses chez le migrants turcs en France : perspective intergénérationnelle », in J. Darquennes & W. Vandenbussche (eds), Language and Religion,  Sociolinguistica, Yearbook of European sociolinguistics, n° 25, Berlin, New York : Walter de Gruyter, 2011, pp. 127-147, pp. 132-133.

[3]« Avrupa Milli Görüş Teşkilâtları Nasıl Kuruldu ? », Nevzat Özpelitoğlu, http://www.nevzatozpelitoglu.com/?Syf=26&Syz=87825, article précédemment publié dans le journal local de Balıkesir (Demokrat), le 8 mai 2003.

[4] Süleyman Hilmi Tunahan et son gendre Kemal Kacar étaient membres actifs du Parti de la nation (Millet Partisi, MP). Après la mort du şeyh, c’est Kacar qui a été considéré comme nouveau leader des Süleymancı. Il était d’abord député du Parti de la justice (Adalet Partisi, AP), ensuite du (Parti démocrate, DP), et de nouveau de l’AP. Il était également membre du comité des députés turcs du Conseil d’Europe. Les Süleymancı ont plus tard soutenu le Parti de la mère-patrie (Anavatan partisi, ANAP). En 1995, le Refah d’Erbakan a coopéré avec les Süleymancı. Après la mort de Kacar en 2000, le leadership de la communauté est passé aux petits-fils de Tunahan : le cadet Ahmet Arif Denizolgun et l’aîné Mehmed Beyazıd Denizolgun. Le premier était député d’Antalya élu du Refah en 1991 et ministre du Transport du gouvernement ANAP. Il a soutenu l’ANAP jusqu’aux élections de 2007 auxquelles il s’est présenté candidat dans la liste du DP. Le second est l’un des fondateurs et député de l’AKP élu aux élections de 2002 et de 2007. Cf. ERBİL Ömer, « Süleymancı kardeşlerin biri AKP’li, diğeri DP’li  », Milliyet (12/07/2007),

http://www.milliyet.com.tr/2007/07/12/siyaset/asiy.html.

[5] Le 19 juin 1980, les Centres culturels islamiques qui étaient des établissements indépendants, se sont regroupés sous le toit de l’Union des centres culturels islamiques (İslam Kültür Merkezleri Birliği, VIZK) dont le siège se situe en Cologne et qui dispose actuellement 300 bureaux en Allemagne fédérale. À propos des centres culturels islamiques cf. « İslam Kültür Merkezleri Birliği ve Şubeleri hakkında bilgi ve malumat », VIKZ, http://www.vikz.de/info/vikz_tr.html.

[6] Par exemple, la branche Yeni Asya (Nouvelle Asie) a soutenu l’AP et ensuite le Parti de la voie juste (Doğruyol Partisi, DYP).

[7] Le politologue turc, Doğu Ergil, affirme que bien qu’il soit avancé que la communauté de Fethullah Gülen était d’abord un « cercle de sermons », ensuite une « communauté », plus tard un « mouvement », elle est enfin devenue une « organisation internationale ». Cf. Doğu Ergil, 100 Soruda Fethullah Gülen Hareketi, Istanbul : Timaş, 2010, 367 p.

[8] Depuis 2000, des Olympiades de la langue turque auxquelles participent des étudiants des écoles du monde entier pour chanter des chansons ou réciter des poèmes turques sont organisées par l’association internationale de la langue turque Türkçeder. La 11ème édition a eu lieu, en juin 2013, à laquelle plus de 600 000 visiteurs ont participé. L’objectif des fondateurs de ces écoles est de faire de la langue turque, une langue mondiale au même titre que l’anglais.

[9] Les articles controversés qui opposaient les deux camps, celui des « pour » et des « contre » étaient l’abrogation de : l’article 15 provisoire qui entravait le jugement des auteurs du coup d’État de 1980, l’article 53 sur le droit de contrat collectif, l’article 54 sur le droit de grève, l’article 145 sur les juridictions militaires et l’article 159 sur la structure et composition du Conseil supérieur de la magistrature (HSYK). Les résultats du référendum avec 76,35 % de participation ont été 54,94 % pour le « oui » et 42,06 % pour le « non ».

[10] En 2007, la Fédération des associations démocratiques idéalistes d’Europe est devenue « Fédération des associations démocratiques idéalistes d’Allemagne ». La même année au mois d’octobre, la Confédération turque d’Europe (Avrupa Türk Konfederasyon) a été fondée par l’union des fédérations d’Allemagne, de la Hollande, de la Suisse, de la France, du Danemark, de l’Autriche, de l’Angleterre, de la Norvège et de la Suède. Cf. « Avrupa Türk Konfederasyon », Almanya Türk Federasyon,

http://www.turkfederasyon.com/index.php/kurumsal/konfedasyon/konfedkurulusu.

[11] Samim Akgönül, « Appartenances et altérités chez les originaires de Turquie en France », Hommes et migrations, n° 1280, 2009, pp. 34-48, p. 37.

[12] Gaye Petek, « Le mouvement associatif turc en France », Hommes et migrations, n° 1280, 2009, pp. 22-33, pp. 30-31.

[13] Riva Kastoryano, « Le nationalisme transnational turc ou la redéfinition du nationalisme par les « Turcs de l’extérieur », in William Berthomière, Christine Chivallon (dir.), op.cit., p. 94.

[14] « Gül, ‘Milli Görüş genelgesi’ni doğruladı », NTV MSNBC (19/04/2003), http://arsiv.nTVmsnbc.com/news/211646.asp?cp1=1.

[15] Benjamin Bruce, « Gérer l’islam à l’étranger : entre service public et outil de la politique étrangère », in Catherine Wihtol de Wenden (dir.), La Turquie, au carrefour des turbulences migratoires Hier et aujourd’hui, ANATOLI/CEMOTI, n° 3, Septembre 2012,  pp. 131-147, p. 144 citant CITAK Zana, « Between Turkish Islam and French Islam : The Role of the Diyanet in the Conseil Français du Culte Musulman », Journal of Ethnic and Migration Studies, vol. 36, n° 4, 2010, p. 625.

[16] Elle œuvre dans quatre principaux domaines : les citoyens à l’étranger, les congénères et les communautés apparentées, les étudiants internationaux et les organisations de société civile.

[17] Propos lors de la première réunion du YVDK, cf. « Başbakan Yardımcımız Bekir Bozdağ: « YVDK, Türk Diaspora Meclisidir » », (Yurtdışı Türkler ve Akraba Topluluklar Başkanlığı), http://www.ytb.gov.tr/index.php/genel-haberler/924-2013061802.html.

[18] Nicolas Monceau, « Le lobbying turc en Europe », OVIPOT (Avril 2007), http://ovipot.free.fr/le_lobbying_turc_en_europe_180.htm.

[19] Jean-Michel Denetz, « France-Turquie: comment Sarkozy a créé un lobby turc », L’Express (31/01/2012), http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/france-turquie-comment-sarkozy-a-cree-un-lobby-turc_1077481.html#rldQD581gXhWohyG.99.

[20] « Bakan Çağlayan, Hollanda’da Türk işadamlarıyla görüştü », Ministère de l’Économie, (15/12/2009), http://www.ekonomi.gov.tr/index.cfm?sayfa=bakanlikofisi&bolum=detay&haberid=320.

[21] En turc, Türkiye’nin Stratejik Vizyonu 2023 (2008-2023, Türkiye’nin 81 vilayeti),  http://www.tsv2023.org. Le slogan lancé au premier jour du troisième mandat qui lui a été remis suite aux élections du 22 juin 2011 et l’objectif du Parti de la justice et du développement est également le même : «  La cible est 2023 (Hedef 2023) ».

[22] L’objectif fixé par le fondateur de la République turque, Mustafa Kemal Atatürk, était « d’atteindre le niveau des civilisations contemporaines (çağdaş medeniyetler seviyesine ulaşmak) ».

[23] Les sous-thèmes étaient les suivants : le monde turc et la vision 2023 du Conseil turc ; la vision 2023 des diasporas turques (3 diasporas turques : européenne, américaine et asiatique) ; la vision 2023 de la Présidence des turcs à l’étranger et des communautés apparentées ; les États turcs et leurs visions au trentième anniversaire de leurs indépendances ; la vision 2023, la stratégie du siècle prochain ? ; la perspective 2023 de la diaspora turque dans la diplomatie publique internationale (les diasporas arméniennes la vision 2015 et les diasporas turques vision 2023). Cf. 2nd World Turkic Forum. Turkic Diaspora and Turkic World Vision 2023, 3-5 avril 2013,

http://www.tasam.org/FileDownload.ashx?p=Etkinlik&i=132&f=VIZYON_BELGESI.

[24] La vision politique de « zéro problème avec les voisins », théorisée par l’actuel ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoğlu, est mise en œuvre par les chefs successifs de la diplomatie depuis l’arrivée de l’AKP au pouvoir en 2002. On peut dire que le projet de l’Alliance des civilisations (Medeniyetler İttifakı), alias le « projet de paix du XXIe siècle », créé en 2005 à l’instigation turco-espagnole sous les auspices des Nations Unies a son importance dans la politique de bon voisinage. Établie contre la thèse du « choc des civilisations », l’Alliance des civilisations a comme objectif de développer des relations positives et la coopération entre les cultures en faveur de l’humanité.