The revelations come amid high tension in the Middle East, with US, British, and French warship poised for missile strikes in Syria. Iran has threatened to retaliate. The strategic jitters pushed Brent crude prices to a five-month high of $112 a barrel. “We are only one incident away from a serious oil spike. The market is a lot tighter than people think,” said Chris Skrebowski, editor of Petroleum Review.

Even if proven, the use of chemical weapons by the Syrian government does not tip the balance in favor of U.S. military intervention. To think otherwise places undue weight on the weapons Assad’s forces may have used and ignores the many reasons that U.S. intervention is still unwise.

The Arab uprisings have focused much attention on the changes taking place in North Africa and the Levant, and less so on developments taking place in the Arab Gulf. But change appears to be inevitable in this region too. This new book addresses the implications of the Arab revolts for the Gulf States in both geopolitical and domestic terms, as well as their impact on relations between Europe and the region.

Israel has deployed interceptor missile systems in Tel Aviv Friday, while Washington continues to seek an « international coalition » to respond to the alleged attack with chemical weapons of the regime in Damascus, has declared the Israeli military radio. A missile battery was deployed in the morning in the town of Tel Aviv, the radio said.

 

Les révélations arrivent malgré les tensions au Moyen Orient, avec les États Unis, les Anglais et les Français qui se coalisent pour des bombardement en Syrie. Iran a menacé de repondre. Les mouvements strategiques ont fait monter les prix brut du Brent jusqu’à 112 $ en cinq mois. “On est très proche à  une flambée des prix du pétrole. Le marché est beaucoup plus sensible de ce qu’on pense le gens” a dit Chris Skrebowski, editor of Petroleum Review.

Même si elle est prouvée, l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien ne fait pas pencher la balance en faveur d’une intervention militaire américaine. Penser le contraire conférerait un poids excessif aux armes que les forces d’Assad ont pu utiliser et ignorerait les nombreuses raisons pour lesquelles une intervention américaine serait aujourd’hui encore mal avisée.

Les révolutions arabes ont focalisé l’attention sur les changements ayant lieu au Nord Afrique et dans le Levant, et moins sur les développements qui se déroulent dans le Golfe. Mais le changement semble inévitable dans cette région aussi. Cette nouvelle publication aborde les implications des révoltes arabes aux pays du Golfe à niveau géopolitique et interne, ainsi que leur impact sur les relation entre l’Europe et cette région.

Israël a déployé ses systèmes d’interception anti-missiles à Tel Aviv vendredi tandis que Washington continue de rechercher une « coalition internationale » pour répondre à l’attaque présumée à l’arme chimique du régime de Damas, a annoncé la radio militaire israélienne. Une batterie anti-missiles a été déployée dans la matinée dans l’agglomération de Tel Aviv, a ajouté la radio.

 

 

Apparemment, la fameuse ligne rouge des armes chimiques a été dépassée. Vu qu’une intervention militaire internationale en Syrie par les Etats Unis et certains de ses alliés européens est de plus en plus envisageable, beaucoup des conséquences à venir dans la région dépendra de la forme d’intervention qui sera choisie. Un aspect particulièrement significatif sera son influence sur les équilibres régionaux et notamment sur le Liban, un voisin dont le destin est bien ancré a celui des enjeux politiques syriens. Il y a un double volet. D’un coté, le Liban joue un rôle fondamental dans les dynamiques régionales et plusieurs intérêts se croisent et se heurtent dans son pourtant petit territoire. De plus, une intensification des combats en Syrie lors qu’une intervention militaire, risque de forcer le Liban à des violences internes encore plus intenses.

Les options d’intervention possibles ont été bien montrées en juillet par le chef d’état majeur américain Martin Dempsey dans une lettre adressée au Président de la Commission sur les Forces Armées du Senat, Carl Levin, tout en laissant le dernier mot aux autorités civiles. Dans ce document[1] sont envisagées cinq formes d’intervention qui peuvent aussi avoir lieu en même temps. En résumé il mentionne la possibilité d’augmenter sensiblement l’aide militaire aux forces d’opposition ; d’exécuter des frappes aériennes ciblant les défenses anti-aériennes du régime , ainsi que ses forces navales, aériennes et ses missiles ; de mettre en œuvre une zone d’exclusion aérienne pour empêcher le régime de bombarder des zones rebelles ; de créer des zones-tampons pour protéger des zones comme les frontières avec la Turquie ou avec la Jordanie ; de déployer des forces militaires massives pour sécuriser les sites où se trouvent les armes chimiques du pays.

Des frappes aériennes ciblées et un renforcement de l’aide aux rebelles semblent être d’ailleurs les options les plus envisageables suite aux dernières déclarations du Président Américain Barack Obama et de son Secrétaire d’Etat John Kerry. Il faudra voir si une intervention ainsi conçue changera vraiment les rapports de force sur le terrain, où la situation est confuse et sensible aux changements. Les conséquences pour la région du Proche Orient seront durables. Quant aux conséquences sur la situation politique au Liban, une intervention limitée pourrait apparemment éviter une implication directe, pour le moment, du pays. Cependant, il faut tenir compte de l’engagement de Hezbollah, dont le dernier exemple est la menace d’attaquer Israël dans le cas qu’une intervention massive est mise en place pour effrayer le régime de Bachar al-Asad[2]. La participation active du Parti de Dieu dans le conflit Syrien n’est qu’un des éléments qui démontrent jusqu’à quel point le Liban dépend du sort de son voisin.

Les répercussions du conflit Syrien sur le Liban se sont imposées comme sujet de débat public depuis que, en juin 2011, les premiers heurts ont éclaté dans les quartiers de Tripoli Bab al-Tebbaneh (sunnite) et Jabal Mohsen (alaouite). L’attentat à la voiture piégée devant les mosquées sunnites à Tripoli, le pire depuis la guerre civile (1975-1990) avec 45 morts et quelque 280 blessés, après celui dans la banlieue sud de Beyrouth, est le dernier à démontrer que l’escalade de violence s’intensifie et que, même si une grande partie de la population n’est pas intéressée à s’engager dans un nouveau conflit, qu’il soit de nature communautaire ou géopolitique, il y a des forces qui travaillent contre la stabilité. Les accusations se multiplient et la tension est haute. Le Hezbollah, qui possède la force militaire majeure, ne semble pas intéressé à s’engager dans un conflit interne, car son chef Hassan Nasrallah et son majlis ash shura (l’organe décisionnel le plus haut du Hezbollah) ont besoin de soutien populaire pour maintenir leur volontaires armés en Syrie. De toute façon, que les attentats soient causés par de « takfiris » (extrémistes) ou les services secrets étrangers ou des forces politiques internes, le Liban a une position clé dans les enjeux politiques internationaux des pays actifs dans la région, en particulier l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Russie[3], et ce sera ici que les intérêts de ces derniers se joueront lors d’une intervention en Syrie.

En outre, les refugiés syriens au Liban représentent désormais 20% de la population[4] totale du pays, un élément d’instabilité à ne pas sous-évaluer. Il devient donc de plus en plus urgent de former un gouvernement, vu que les négociations entre le 8 et le 14 mars, les deux coalition politiques principales sur la scène politique libanaise[5], se prolongent depuis qu’en mars 2013 l’ancien premier Ministre Nagib Mikati a donné sa démission et que le cabinet du nouveau premier Ministre Tammam Salam peine toujours à se constituer. Apparemment, la possibilité d’une intervention internationale en Syrie facilite ce processus de formation et les derniers jours ont été caractérisés par une politique de la main tendue[6]. Si un gouvernement est enfin formé prochainement, le Liban pourra définir son positionnement par rapport à la situation régionale plus clairement et essayer de ne pas se faire entrainer complètement dans le conflit syrien. Pour l’instant, les conséquences de l’instabilité et l’hypothèse d’une intensification des combats au-delà des frontières ne font que nuire au pays et  il y a le risque de retomber dans ce que le politicien et diplomate libanais Ghassan Tuèni avait définie en 1985 : « Une guerre pour les autres ».

Par Francesca Fabbri, collaboratrice de l’Institut MEDEA



[1] http://thehill.com/images/stories/news/2013/07_july/22/dempsey.pdf

[2] http://www.dailystar.com.lb/News/Lebanon-News/2013/Aug-28/228982-hezbollah-will-attack-israel-if-strike-aims-to-topple-assad.ashx#axzz2dGZxqD5D

[3] http://www.al-monitor.com/pulse/politics/2013/08/saudi-russia-putin-bandar-meeting-syria-egypt.html#ixzz2d5UVLSNv

[4] http://data.unhcr.org/syrianrefugees/country.php?id=122

[5] En 2005, après l’assassinat de l’Ancien Premier Ministre Rafik Hariri, deux grandes manifestations se sont déroulées en relation à la présence de l’armée syrienne sur le territoire libanais: la première, qui réunit le pro-syriens, a eu lieu le 8 mars et ceux contre l’occupation syrienne se sont rassemblés dans une deuxième le 14 mars. Depuis ces jours, les deux dates sont utilisées pour définir ces deux coalitions rivales.

[6] http://www.lorientlejour.com/article/830078/les-developpements-securitaires-et-sur-la-scene-syrienne-favorisent-loption-du-gouvernement-rassembleur-.html

 

Door Sébastien Boussois, doctor in de politieke wetenschappen, onderzoeker aan het MEDEA Instituut, verbonden aan de ULB (Brussel)  

Verschenen in Afrique Magazine in juli 2013

De internationale gemeenschap weet niet meer hoe ze het beste reageert op de geopolitieke aardverschuiving die zich in het Midden-Oosten afspeelt: ze heeft zozeer de val van vele dictators gewenst, maar uiteindelijk geeft ze het signaal dat de stabilisatie en de terugkeer van de orde meer waard zijn dan de onzekerheid die gelinkt is aan de democratische transities. De interventie van de coalitie in Libië kan geen echt succes genoemd worden of het moest zijn dat Kadhafi geëlimineerd werd en ook in Irak – dat nog meer dan tevoren in een burgeroorlog verkeert – kunnen we niet van een succes spreken. En dan is er nog de non-interventie in Syrië, waar de polemiek omtrent de al dan niet bewapening van de rebellen heel goed het onvermogen van het Westen reflecteert om een rechtmatige en ideale oplossing te vinden. Het zijn dus de securitaire posities die primeren tegenover de grootscheepse ontwikkeling van het terrorisme. In de meerderheid van de gevallen gaat het hier om een nieuwe conflictvorm die ontstaan is uit niet-staatsfacties en een radicalisering van de staat die op zijn beurt probeert om er het hoofd aan te bieden. Dit ligt in de lijn van de globale transformatie van de aard van conflicten en van de acties van de staat om er sinds twintig jaar een antwoord op te bieden en dit is ook het geval voor het Midden-Oosten.

Toen president George Bush Senior in 1991 over “nieuwe wereldorde” sprak, kondigde hij de val aan van een mondiaal bipolair systeem en de intrede van een unipolaire wereld. Hij onderschatte echter de terugkeer van een multipolaire planeet slechts enkele jaren later. Ook al is die uitspraak al bijna even betwistbaar als de uitspraak van de NAVO over de herdefiniëring sinds tien jaar van een “groot Midden-Oosten”, men kan alleen maar vaststellen dat de mondiale transformaties van de aard van conflicten zich op dezelfde manier hebben gevestigd in het Midden-Oosten en dat door een beroep te doen op een bepaald securitair conservatisme de locale crisissen zich stevig hebben vermenigvuldigd. De verspreiding van de conflicten binnenin een staat – in de wereld in het algemeen en in het Midden-Oosten in het bijzonder – heeft de crisissen tussen staten ruim achter zich gelaten. En vandaag de dag, na de verpletterende Amerikaanse overheersing, wordt de situatie geherdefinieerd door de terugkeer van voormalige mogendheden en het verschijnen van nieuwe de en beïnvloeden die opnieuw het spel van allianties en lokale contra-allianties. Tot wanneer we terugkeren naar de voormalige indeling? De vergelijking is soms verontrustend. In een sinds twee jaar onophoudelijke krachtmeting tussen de VS en Rusland is de Syrische crisis er het bewijs van en de radicalisering van het Baathistisch regime van Bachar Al Assad wordt door sommigen voorgesteld als een bolwerk tegen het gewelddadige islamisme en de verdeelde actievoerende rebelse partijen die een nog onzekerdere toekomst zouden bieden in de ogen van de westerlingen. Terwijl de Amerikaanse president Obama de optie om de “rebellen” te bewapenen niet meer uit de weg gaat, rakelt de aankondiging van Vladimir Poetin om wapens te leveren aan de Syrische president Bachar Al Assad oude herinneringen op. De aankomst in Damascus van de S-300 antiraketeenheden rechtstreeks uit Moskou gooit daarnaast nog wat meer olie op het vuur.

Twintig jaar na het einde van de Koude Oorlog zijn de regionale conflicten en dan met name in het Midden-Oosten volledig verschillend: terwijl de staten aan hun grenzen meer beveiligd zijn – ondanks enkele recente regionale instabiliteiten (de Syrische crisis en haar woelingen aan de Turkse, Libanese en Jordaanse grens) –, worden de conventionele legermachten ruimschoots machteloos tegenover de fenomenen van guerrilla’s van niet-staatse en ontraditionele bewegingen. Een domino-effect wordt gevreesd. De Hezbollah bezorgde Libanon al veel last en die neemt nu ook deel aan de oorlog in Syrië, buiten zijn gewoonlijke actieterrein; een compleet destabiliserende factor voor de Libanese staat die zich in een moeilijke situatie bevindt. Naast het fenomeen van unilaterale oorlogen die ontketend worden door sommige mogendheden tegen een vijandige staat, zoals Israël tegen de macht van Hamas in Gaza in 2008, is het ook de gelegenheid om de verandering van de uitrusting van de traditionele legermachten te vermelden, namelijk: de toenemende aanwinst van drones, technologische juweeltjes die van op afstand en zonder piloot bestuurd worden. Ze maken het mogelijk om zeer doelgerichte aanslagen te plegen op materiële doelwitten, maar daarnaast kunnen ze ook menselijke eliminaties uitvoeren die vaak minder precies zijn, zonder enig risico.  Vermindert het securitaire risico met meer veiligheid? Het antwoord is niet vanzelfsprekend. Het is het begrip “oorlog” zelf dat in een crisis belandt: de drone is het symbool voor de jacht op de preventieve mens, een vorm van geweld dat halverwege tussen oorlog en ordedienst uitmondt in buitengerechtelijke executiecampagnes die op mondiale schaal gevoerd worden”, verklaart Grégoire Chamayou in zijn “Théorie des Drones” (La fabrique, Parijs, 2012).

Zou de toename van locale conflicten in naam van de democratie evolueren naar een mondiale aanpak en zou die toename de internationalisering op het spel zetten, de terugkeer naar het ergste dus? Dat is zeer onwaarschijnlijk ook al lijkt de democratische transitie er ten koste van te gaan. Onze wereld verandert razendsnel, in termen van vooruitgang, maar net zo goed in termen van achteruitgang. En de relativisten van de Arabische lentes voegen zich bij de pessimisten die geen andere keuze hebben dan te bevestigen dat de dictators stabiliteit en gemakkelijke compromissen aanbrachten. Israël zou waarschijnlijk eerder een Baathistisch regime en een Moubarak verkiezen boven de democratisch verkozen moslimbroeders en een explosieve Syrische oppositie. De periode waarin we nu leven geeft ons de unieke gelegenheid om getuige te zijn van een complete herdefiniëring van de internationale relaties, het opnieuw oprukken van de staten en van een bepaalde vorm van conservatisme, ontstaan door de securitaire versterking als argument tegen de onzekerheden van de democratisering. Diegenen die als eersten bezorgd zijn, zijn de westerlingen en Israël, “bezingers” van de democratie in de wereld. Denis Charbit, professor politieke wetenschappen aan de Open University van Tel Aviv volgt in een privégesprek een volledig andere redenering: “Terroristische organisaties alsook politieke opposities in opbouw kunnen vandaag de dag staten destabiliseren van zodra hun autoriteit afgezwakt is (door verscheidene redenen uiteraard, als we Egypte bijvoorbeeld met Syrië vergelijken). Het is misschien de ondergang van het regionale staatssysteem, waar het nu momenteel om gaat. Dit verklaart waarom Israël bijvoorbeeld, al sinds 2011, met ongerustheid de effecten van de Arabische lente op de regionale veiligheid waarnam.“

 

Analyse

Retour du régime sécuritaire en Egypte : que fait l’Europe?

Par Shereen Dbouk, Analyste politique et humanitaire, basée a Beyrouth et Kaboul, chercheur associé à l’Institut MEDEA

Sa sortie est plus que symbolique: à l’heure où le nouveau régime sécuritaire exerce une répression sanguinaire à l’encontre des Frères Musulmans, l’ancien président égyptien Hosni Moubarak  a été libéré sous caution le 22 août dernier. Comptabilisant plus de mille morts depuis le 03 juillet 2013, le coup militaire contre le Président Mohamed Morsi, détenu au secret, a mis la communauté internationale en émoi. Bien que le Conseil Suprême des Forces Armées  (CSFA) a pu être considéré comme un garant nécessaire au moment des révoltes populaires de 2011 des fruits de la révolution, cette dernière démonstration de force “au nom et à l’appel du peuple” a cette fois-ci passablement inquiété l’Occident.

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Par Shereen Dbouk, Analyste politique et humanitaire , basée a Beyrouth et Kaboul, chercheur associé à l’Institut MEDEA

Sa sortie est plus que symbolique: à l’heure où le nouveau régime sécuritaire exerce une répression sanguinaire à l’encontre des Frères Musulmans, l’ancien président égyptien Hosni Moubarak  a été libéré sous caution le 22 août dernier.

Comptabilisant plus de mille morts depuis le 03 juillet 2013, le coup militaire contre le Président Mohamed Morsi, détenu au secret, a mis la communauté internationale en émoi. Bien que le Conseil Suprême des Forces Armées  (CSFA) a pu être considéré comme un garant nécessaire au moment des révoltes populaires de 2011 des fruits de la révolution, cette dernière démonstration de force “au nom et à l’appel du peuple” a cette fois-ci passablement inquiété l’Occident.

Mais que faire face à la détermination  et au soutien d’une frange de la population égyptienne au Général Abdel Fatah Sisi, homme fort du moment, convaincue que la transition démocratique a nécessairement était interrompue par l’arrivée du parti Liberté et Justice au pouvoir? L’Egypte est polarisée à l’extrême. Suite aux évènements du 14 août qui ont vu les forces de sécurité attaquer les camps établis par les manifestants pro-Morsi provoquant la mort de plus de 600 personnes, l’Europe est dans l’obligation de répondre fermement  à ce qui a d’abord été perçu comme un résurgence des insurrections populaires de 2011.

A première vue, l’Europe a sans doute été bien  avisée de ne pas châtier l’Egypte pour son manquement aux règles démocratiques. En effet face à la sanction du processus électoral  s’est heurtée la voix de plus de 14 millions d’égyptiens, renforçant ainsi  la mouvance révolutionnaire de Tahrir  que l’Europe avait soutenue. Les réactions initiales des instances européennes relèvent de la prouesse lexicale. Tout en veillant à ne pas qualifier la destitution de Morsi de « coup », la haute représentante Catherine Ashton ainsi que le Président du Parlement européen Martin Schulz, n’ont pas manqué de relever le caractère volatile et explosif de la situation, appelant chaque parti à exercer un maximum de retenue. Mais après plus d’un mois au pouvoir, la feuille de route établie par le pouvoir intérimaire -reformer la constitution aujourd’hui suspendue, de former un comité de réconciliation nationale et de rédiger une nouvelle loi électorale en vue de prochaines élections parlementaires- semble avoir été reléguée au plus bas de l’agenda politique. La nouvelle Egypte ne montre aucun signe de transition vers un processus démocratique dont l’interruption brutale par l’armée est aujourd’hui difficilement justifiable. La chasse aux sorcières orchestrée par l’armée contre les Frères a achevé de convaincre les européens de la vacuité du gouvernement en place,  totalement  dépassé par  une armée en proie à une guerre intestine contre son plus vieil ennemi.  Par conséquent, l’actuel gouvernement qui a remis en place l’état d’urgence suite aux évènements du 14 août, a progressivement aliéné sa base séculaire et libérale au profit d’une approche conservatrice prônée par l’establishment sécuritaire.

Les libéraux, séculaires ainsi que la jeunesse égyptienne guidés par le puissant mouvement Tamarod (« rebelles ») qui avait appelé l’armée a destituer Morsi si ce dernier ne respectait pas un ultimatum de 48h, n’ont pas été en mesure de contrebalancer le pouvoir du CSFA, véritable Etat dans l’Etat.

La coalition a définitivement cessé d’être suite à la démission du Vice-Président Mohammed El Baradei le 14 aout 2013. Pour l’Europe comme pour El Baradei, Sisi franchit définitivement le rubicond lorsqu’il lance l’assaut sur les manifestants, dédaignant un processus de médiation initie par l’UE et les Etats- Unis.

L’UE n’a aujourd’hui d’autre choix que de se positionner de façon claire et tranché, en usant pour cela de sa capacité de frappe économique et politique. La crédibilité de l’Europe en tant que garant de droits humains fondamentaux repose sur un positionnement ferme face à la répression militaire. Son action en Egypte pourra déterminer son influence dans le reste de la région.

L’Europe a un rôle à jouer par l’intermédiaire de sa politique de voisinage sud méditerranéenne mis en place suite aux « Printemps arabes ». En tant que premier partenaire économique de l’Egypte (l’échange commercial a été évalué à 24 milliards d’euros pour l’année 2012) et premier fournisseur de touristes (12% du PIB égyptien), l’Europe bénéficie a première vue d’une influence certaine. Cette influence a toutefois été amoindrie du fait de l’incapacité de l’Europe à réagir face aux premières manifestations du printemps arabe. Il est capital pour l’Europe d’engendrer un débat profond avec la société civile qui n’oublie pas le soutien de l’Union aux dictatures en place.

Dans le cadre de sa politique de voisinage, l’Union a signé un important accord d’association avec l’Egypte. L’aide financière évaluée à 5 milliards d’euros en aide et prêt pour les années 2012-2013, n’a pas  encore été délivrée. L’Europe, a l’instar des Etats Unis qui ont secrètement suspendu une partie de leur aide, peut signaler son désaccord en supprimant une partie de l’aide.[1] La décision reste symbolique car si une telle aide aurait pu être un moyen de pression conséquent, elle reste maigre face aux 12 milliards de dollars promis par l’Arabie Saoudite, ennemi héréditaire des frères et soutien au mouvement salafiste Al Nour. Cette nouvelle configuration place l’Europe et les Etats Unis en position de faiblesse. Une Egypte sous perfusion économique laisse toute liberté d’action a l’armée Pour l’instant les Etats membres ont mis en place un embargo sur toute arme susceptible de servir à la répression interne.

Il est important de rappeler que de la même manière que l’Europe a apporté un soutien conséquent a Moubarak, l’Europe ne peut que  soutenir l’Egypte, quelle que soit la forme de son nouveau régime.  De par sa proximité géographique et son rôle régional, elle reste un partenaire important pour l ’Occident. Qu’il s’agisse de stabilité régionale notamment concernant Israël, de positionnement géostratégique (35-45 bateaux de la cinquième flotte américaine passe par le canal de suez), l’Egypte permet à l’Europe d’être présente au Moyen Orient.

Pour les Européens en particulier, l’Egypte joue un  rôle capital dans la lutte contre le terrorisme. La perspective d’une prolifération d’Al Qaeda au Maghreb Islamique dans la région du Sinaï où se trouve un pipeline de gaz israélo-égyptienne, est alarmante.  Pour les européens en proie à une montée du radicalisme au Sahel, il est capital que l’Egypte ne devienne pas un sol fertile pour l’Islam radical. Mais en reléguant les frères à la clandestinité, l’Egypte a tué dans l’œuf toute possibilité de voir s’établir un Islam politique modérée. La participation des frères dans le processus démocratique aurait pu être perçue comme un signe de progrès, en reconnaissant l’opinion politique d’une grande partie des Égyptiens mais également en donnant sa chance a un islam politique modéré au grand dam des radicaux salafistes du mouvement Al Nour.

Le meilleur choix reste d’axer la politique étrangère européenne sur la réconciliation nationale et le dialogue constructif et inclusif. La tâche s’avère difficile. L’Egypte de Sissi dispose de moyens conséquents pour anéantir les frères. La possible dissolution de parti tout comme l’arrestation de son chef spirituel Mohammed Badie accréditent la thèse d’une répression destinée a écraser toute velléité démocratique des mouvances islamistes. Cette lutte de pouvoir aura sans doute pour conséquence de radicaliser les frères musulmans. Cela mènera à une polarisation réminescente des années de Moubarak. Il est capital pour l’Europe de maintenir le dialogue avec toutes les factions politiques afin d’éviter une reproduction du schéma ayant mené a la révolution de 2011 en premier lieu.

 

 

 

 

 

 

 



[1] – Il est à noter qu’un rapport de la cour des comptes européenne du 18 juin 2013 a fait état de l’usage « bien intentionné mais inefficace » des fonds alloués a l’Egypte de 2007 à 2012 (1 milliard d’euros). Le rapport note que l’aide n’a pas encouragé le progrès des droits de l’homme et que l’argent européen aurait pu alimenter des dépenses militaires ou des fonds secrets.

 

 

 

Analyse

Wait and see à Doha. Face à la crise égyptienne, le Qatar fait le dos rond

Par Olivier Da Lage,  journaliste à RFI, chercheur associé à l’institut MEDEA

Un quatrième méthanier dont les cuves sont remplies de gaz naturel s’apprête à quitter le port de Ras Laffan au Qatar à destination de l’Égypte. La première livraison  a eu lieu voici quelques semaines et la dernière interviendra dans le courant du mois de septembre. Ces cinq livraisons, destinées à permettre à l’Égypte de faire face à la surconsommation énergétique de l’été, avaient été promises par le Qatar au président Morsi, soutenu à bout de bras par l’émirat, mais c’est le nouveau régime issu du coup d’État du 3 juillet qui les aura réceptionnés.

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Par Olivier Da Lage,  journaliste à RFI, chercheur associé à l’institut MEDEA

Un quatrième méthanier dont les cuves sont remplies de gaz naturel s’apprête à quitter le port de Ras Laffan au Qatar à destination de l’Égypte. La première livraison  a eu lieu voici quelques semaines et la dernière interviendra dans le courant du mois de septembre. Ces cinq livraisons, destinées à permettre à l’Égypte de faire face à la surconsommation énergétique de l’été, avaient été promises par le Qatar au président Morsi, soutenu à bout de bras par l’émirat, mais c’est le nouveau régime issu du coup d’État du 3 juillet qui les aura réceptionnés. Les responsables de Doha n’ont pas voulu remettre en cause l’aide qu’ils avaient promise à l’Égypte en un temps où il s’agissait avant tout de soutenir les Frères musulmans au pouvoir au Caire. Depuis, le Qatar fait de nécessité vertu et son nouveau ministre des Affaires étrangères Khaled Ben Mohammed al-Attiya, de passage à Paris le 18 août dernier, affirmait contre toute évidence que « le Qatar n’a jamais aidé une partie égyptienne ou un parti politique égyptien. L’aide a toujours été fournie à l’Égypte ».

Le renversement du président Morsi et avec lui du régime dirigé par les Frères musulmans égyptiens est un revers important pour le Qatar, seul des États du Golfe à avoir constamment, et surtout concrètement, manifesté son appui, notamment financier, à l’Égypte post-Moubarak. De surcroît, cette mauvaise nouvelle est survenue une semaine à peine après le transfert de pouvoir à la tête du Qatar à la fin du mois de juin. Pourtant, cet échec diplomatique a sans doute été amorti par la transition en cours à Doha. L’ancien émir, cheikh Hamad, et surtout son Premier ministre et chef de la diplomatie Hamad Ben Jassim, étaient très en pointe dans le soutien aux Frères musulmans. Rien ne permet de dire que Tamim, le nouvel émir, ne partage pas cette empathie pour les Frères, mais le changement de dirigeants permet, d’une certaine façon, de remettre les compteurs à zéro. Tamim a d’ailleurs fait de la réconciliation avec les autres monarchies du Golfe sa priorité, à commencer par l’Arabie Saoudite à laquelle il a réservé son premier voyage officiel après son intronisation. Les autorités qatariennes ont donc pris grand soin de ne pas donner l’impression qu’elles retiraient leur aide à l’Égypte parce que ses nouveaux dirigeants ne répondaient pas à leurs vœux. Au contraire, le nouveau ministre des Affaires étrangères s’est rapidement rendu au Caire et, comme on l’a vu, l’aide à l’Égypte s’est poursuivie sans interruption.

Il est d’ailleurs hautement probable que cheikh Hamad, s’il était resté au pouvoir, aurait eu la même attitude, essentiellement pragmatique. Cela aurait simplement été plus difficile pour lui compte tenu du passé. Difficile, mais pas impossible. Quoi qu’il en soit, à en juger par les actes et déclarations des nouveaux dirigeants du Qatar (mais les anciens sont toujours très présents en coulisse), la diplomatie de Doha a choisi de privilégier une certaine discrétion sans pour autant réviser fondamentalement sa politique en cherchant, du moins provisoirement, une voie médiane entre ce qu’était sa politique jusqu’au mois dernier, et celle de ses voisins qui soutiennent ouvertement le coup d’État des militaires égyptiens.

Dans un premier temps, Doha a reconnu sans trop tarder les nouvelles autorités mais contrairement à l’Arabie Saoudite ou aux Émirats arabes unis qui ont sans retenue exprimé leur satisfaction de voir réprimé la confrérie des Frères musulmans, le Qatar  a fait entendre une petite musique différente en appelant le gouvernement égyptien « à faire preuve de retenue dans l’option sécuritaire face aux manifestations pacifiques » et le 14 août, le ministère des Affaires étrangères a vivement critiqué le massacre « de gens innocents » lors de la dispersion brutale du sit-in des Frères musulmans au Caire tout en se garant d’aller aussi loin dans la critique que le gouvernement turc. Il est également frappant que la ligne éditoriale de la chaîne satellitaire qatarienne Al Jazeera n’a pour l’instant manifesté aucune inflexion dans son soutien sans nuance aux Frères musulmans. On ne peut écarter la possibilité que les autorités procèdent à de nouveaux changements à la tête de la chaîne pour s’adapter aux nouvelles circonstances régionales, comme cela s’est produit à deux reprises dans le passé avec le remplacement en 2003 de Mohammed Jassem Ali, le directeur général qatarien qui avait assis la réputation d’indépendance d’Al Jazira, par Wadah Khanfar, un palestinien proche des frères musulmans, à son tour remplacé en 2011 par un membre de la famille régnante de l’émirat, Ahmed Ben Jassem Al Thani. Mais un nouveau changement supposerait sans doute que le pouvoir à Doha ait décidé de ce que sera sa ligne pour les mois et les années à venir. Vu l’instabilité de la situation égyptienne, cela pourra prendre un certain temps.

Dans l’immédiat, tandis que ce remue-méninges est à en cours à la tête de l’émirat, la diplomatie qatarienne fait le dos rond.

 

Analyse

Révoltes et changements en Égypte – quid des minorités ?

Par Eva Saenz-Diez, membre de l’Institut Maghreb-Europe et du TEIM (Madrid), chercheur associé à l’Institut MEDEA

Nous ne savons toujours pas comment la date du 3 juillet 2013 sera retenue dans les annales de l’Histoire égyptienne. Alors que le débat sur « coup militaire » ou « soulèvement populaire » tend à s’estomper face à l’urgence et à l’ampleur des plus récents événements, un grand malaise persiste dans les rues égyptiennes. Les quelques semaines et mois à venir, diront si le coup, aura été ou non, militaire, suivant la tournure que prendront les événements, la marge de manœuvre laissée au gouvernement « civil », et l’ampleur de l’immixtion de l’armée dans les affaires courantes. Il est encore trop tôt pour dire s’il s’agit vraiment d’un grand bond de 60 ans en arrière, faisant référence à la Révolution de 1952, et le renversement du Roi Farouk par les Officiers libres.

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Par Eva Saenz-Diez, membre de l’Institut Maghreb-Europe et du TEIM (Madrid), chercheur associé à l’Institut MEDEA

Nous ne savons toujours pas comment la date du 3 juillet 2013 sera retenue dans les annales de l’Histoire égyptienne. Alors que le débat sur « coup militaire » ou « soulèvement populaire » tend à s’estomper face à l’urgence et à l’ampleur des plus récents événements, un grand malaise persiste dans les rues égyptiennes. Les quelques semaines et mois à venir, diront si le coup, aura été ou non, militaire, suivant la tournure que prendront les événements, la marge de manœuvre laissée au gouvernement « civil », et l’ampleur de l’immixtion de l’armée dans les affaires courantes. Il est encore trop tôt pour dire s’il s’agit vraiment d’un grand bond de 60 ans en arrière, faisant référence à la Révolution de 1952, et le renversement du Roi Farouk par les Officiers libres.

Ceci dit, ce qui est sûr c’est que les Coptes se retrouvent une fois de plus, et bien malgré eux, sur le devant de la scène.

Faisons un rappel historique de la situation des Coptes en Égypte.

Il faut attendre la deuxième moitié du XIXe siècle pour que le statut de dhimmitude qu’ils avaient, soit levé. Le statut de dhimmi impliquait, en contrepartie d’une « protection », l’obligation entre autre de payer une taxe spéciale, la jizya, le port de signes distinctifs voire l’interdiction du port d’armes. Une certaine liberté de culte est tolérée en public pour les ahl el kitab –juifs et chrétiens-, alors que tout prosélytisme est strictement interdit, et ce jusqu’à ce jour.

Sous Mohamed Ali, nous assistons à une certaine participation dans la vie publique d’élites chrétiennes orientales, mais pas majoritairement coptes. Avec l’arrivée des Britanniques, les Coptes se voient accéder à certains postes de responsabilité et sont de plus en plus présents sur la scène nationale.

Sous Nasser, les Coptes sont écartés de nouveau, mais jamais par le biais de la loi, mais plutôt par des mesures « discrètes » et décourageantes, autrement plus efficaces !

L’islamisation de la société, mise en place par Sadate, et qui s’est prolongée sous Moubarak, a contribué un peu plus à leur discrimination, souvent passive, et parfois violente. Mais paradoxalement avec le développement du secteur privé, ils n’ont pas pu empêcher l’émergence d’une classe de Coptes très fortunés, car souvent plus aptes à établir des contacts avec les entrepreneurs étrangers.

Le développement de groupes armés sous Sadate, entre autre de la jama’a islamiya, qui opérait surtout en Moyenne et Haute-Égypte, avait comme principale cible la population chrétienne.

Les protestations du pape et les différends qui opposaient Sadate et le pape copte Shenouda III, valurent à celui-ci une mise à l’écart dans un monastère en 1981. Rétabli sous Moubarak qu’en 1985, et ayant semble-t-il retenu la leçon, il est resté discret et ne s’est jamais opposé ou n’a jamais condamné ouvertement la politique de Hosni Moubarak.

Janvier 2011

En janvier 2011, alors que les manifestations anti-Moubarak prennent de l’ampleur, le pape Shenouda appelle à la retenue et demande à ses ouailles de ne pas participer aux mouvements de protestations.

Un malaise se fait sentir dans une certaine partie de la population copte, et on assiste pour la première fois à un clivage au sein de la communauté, et même à un mouvement de désolidarisation, voire de désobéissance vis-à-vis de la hiérarchie. On pourrait en quelque sorte parler d’une rébellion au sein même de la communauté copte, même si celle-ci reste relativement discrète !

Même si un vent de révolte souffle sur la population égyptienne, une partie de l’establishment, et de la population copte en particulier, hésite à prendre part aux manifestations, de peur de renverser Moubarak, qui se présente depuis trois décennies comme étant le rempart face aux islamistes : « après moi, le déluge ! » aime-t-il rappeler. Bien que leur sort n’était pas à envier, leur situation risquait d’empirer suite au renversement de celui-ci, d’autant plus qu’il était clair que les Frères musulmans constituaient le groupe politique le mieux organisé susceptible de prendre la relève, et qu’ils avaient de fortes chances de gagner les élections.

Période post janvier 2011

Le climat d’insécurité en Égypte suite à la Révolution de janvier 2011, touche également les Coptes. Bien qu’ils n’aient pas l’exclusivité, les agressions anti-chrétiennes redoublent durant cette période durant laquelle l’Etat de Droit se désintègre un peu plus. Les 18 mois de gouvernement CSFA (Conseil suprême des forces armées) sont un réveil pénible pour la population égyptienne.

En ce qui concerne la population chrétienne, l’épisode sanglant connu sous le nom de Maspero, est de triste mémoire. Lors d’une manifestation pacifique, presqu’exclusivement composée de coptes, convergeant vers le siège de la radio et télévision égyptienne, les tanks écrasent plusieurs manifestants. Bilan : 28 morts et plus de 200 blessés. Suite à cette répression aveugle, Hazem Beblawi, ministre des Finances à l’époque, et actuel premier ministre, présente sa démission en signe de protestation.

Juin 2012-juin 2013

En juin 2012, ont lieu les premières élections présidentielles suite à la chute de Moubarak.

En dépit de nombreuses entorses faites au bon déroulement des élections –mesures d’intimidation, achat de voix, et un long etcetera-, c’est la première fois que nous assistons à une campagne et à un processus électoral multipartite. Notamment l’électorat copte est touché par des mesures d’intimidation surtout en milieu rural, afin de ne pas se rendre aux urnes et diminuer l’importance de leurs votes.

Le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, ayant remporté 25% des voix au premier tour, gagne avec une légère avance -51,73%- face à Ahmed Chafik, perçu par beaucoup comme étant le candidat de l’armée ! Il apparaît clairement que le vote pro-Morsi, était en fait un vote anti-armée.

Il en ressort rapidement que Mohamed Morsi n’est quand même pas le Président de « tous les Égyptiens ». Les promesses d’inclusion et de dialogue prônées par le candidat Morsi, semblent s’évanouir et laissent place à un gouvernement partisan. Bien qu’officiellement le ton de la Confrérie baisse d’un cran afin de devenir plus politiquement correct, surtout vis-à-vis de l’Occident, les méthodes utilisées demeurent les mêmes, les incitations à la violence sectaire perdurent, et l’argument suprême préféré est bien entendu « ceux qui sont en désaccord avec nous sont impies et athées ». Et ceci n’est certainement pas négligeable en Égypte, où la religion joue un rôle principal et où l’écrasante majorité de la population se considère comme étant croyante, toutes religions confondues !

Le sort des Coptes et rapidement jeté et une période de tension est ravivée.

Autre événement important au sein de la communauté stricto sensu, c’est le décès du pape Shenouda III suite à quatre décennies à la tête de la communauté copte. Il est remplacé fin octobre 2012 par le pape Tawadros II, qui amène un nouveau style, ou en tout cas une inflexion face au pouvoir en place. Il est clairement plus présent et plus actif sur la scène politique.

En avril, il n’hésite pas à condamner le manque de défense de la part des forces de sécurité, voire leur participation et le manque de réaction de la part du gouvernement lors des attaques subies au sein de la cathédrale copte Saint-Marc au Caire. C’était bien la première fois que le siège primatial de l’Eglise copte orthodoxe était attaqué.

D’autre part, nous assistons au printemps 2012, alors que les tensions montent entre les pro et anti-Morsi, à une recrudescence de discours incitant à l’exclusion, à la haine religieuse sur divers médias. Ceci a notamment mené au lynchage de quatre égyptiens de confession chiite à la fin du mois de juin. Les autorités ont directement été mises en cause.

Quelques mois auparavant, le ministre de l’Éducation avait déclaré que les enfants bahaïs –il existe une petite communauté bahaïe en Égypte qui survit, faute de pouvoir vivre dignement- ne pourraient plus fréquenter les écoles gouvernementales. Se basant sur la nouvelle constitution, il affirme en effet qu’en Égypte, ne sont reconnues que les trois religions dites du Livre –c’est à dire le judaïsme, le christianisme et l’islam évidemment-. Les enfants et étudiants bahaïs se voient donc confinés à un limbe sociologique et juridique, ainsi qu’à un no man’s land confessionnel. Notons qu’à l’époque de Moubarak, la communauté bahaïe avait réussi à arracher quelques minces garanties qu’ils voient petit à petit supprimées, comme c’est le cas dans de nombreux autres secteurs en Égypte.

Le 30 juin 2013

Cette date marque le premier anniversaire de la présidence de Mohamed Morsi.

Dès le mois d’avril, le groupe Tamarrod (rébellion) met en place une campagne de signature demandant la démission du Président Morsi le 30 juin, et menace de manifester dans la rue si leurs demandes ne sont pas satisfaites. Ils avaient annoncé quelques jours auparavant avoir recueillis 22 millions de signatures.

Face à l’ampleur des manifestations, l’armée donne un délai de 48 heures au Président Morsi. Le 3 juillet, Mohamed Morsi est destitué par le général Al-Sissi. Dans une déclaration télévisée en direct, Al-Sissi apparaît entouré entre autre du pape Tawadros II, et du grand Imam d’Al-Azhar, Ahmed Al-Tayyeb. Leur présence a pour but principal de cautionner la décision prise par l’armée aux yeux de nombreux Égyptiens.

La présence du pape Tawadros, et son soutien à l’armée exprimé à maintes reprises, vaudront de grosses représailles vis-à-vis de la population copte de la part de sympathisants de la Confrérie des Frères musulmans.

Les Coptes sont alors très vite présentés par certains courants islamistes, comme étant les principaux instigateurs de l’éviction du Président Morsi.

Depuis la dispersion manu militari de la part de l’armée des sit-in organisés par les sympathisants du Président Morsi datant du 14 août, nous assistons à une flambée d’attaques contre des cibles chrétiennes. Des dizaines d’églises, établissements scolaires, orphelinats, commerces ou logements etc. chrétiens ont été attaqués, incendiés ou démolis, la plupart en Haute-Égypte en signe de représailles face aux positions du pape Tawadros.

Situation actuelle

Le fait de faire porter la responsabilité aux Coptes, a le triple avantage de ne pas impliquer, et de ne pas se mettre à dos la population musulmane, et surtout de trouver un bouc émissaire tout naturellement désigné, à savoir la population chrétienne, et pourquoi pas indirectement la main de l’Occident. Et enfin, cette version permet de ne pas trop se remettre en cause, comme c’est souvent le cas.

Mais comment expliquer que les forces de sécurité n’aient pas été plus présentes sur les lieux alors que des menaces avaient été clairement exprimées ? Pourquoi les secours, et les pompiers ne sont pour la plupart des cas intervenus que tardivement, voire pas intervenus du tout ?

Est-ce par négligence de la part des autorités ? Par manque de moyens ? Ou bien par calcul machiavélique ? Offrir en pâture la communauté copte aux islamistes que l’armée combat afin de montrer à l’Occident à quel point ils sont violents ?