20/08/2013

Ce vote démocratique dont ne voudront plus les islamistes

Par Akram Belkaïd, journaliste, blogueur et essayiste.

Nombre d’islamistes ont longtemps considéré que la démocratie et les processus électoraux qui en relèvent n’étaient pas licites. Pour eux, il était « haram » de voter puisque seule devait s’exprimer la loi divine à travers la Charia et les différents préceptes coraniques. Cette conviction n’a pas disparu et l’on peut d’ores et déjà parier qu’elle s’est même renforcée au regard des récents événements.

L’exemple des Frères musulmans d’Egypte est édifiant. A la chute de Moubarak, la Confrérie était divisée entre plusieurs tendances. La vieille garde, méfiante, assurait qu’il valait mieux se tenir à l’écart de ces troubles car, affirmait-elle de manière prémonitoire, cela retomberait fatalement sur elle. A l’inverse, et à quelques exceptions près, la jeune garde voulait prendre le train de la Révolution en marche et, au passage, faire oublier les hésitations des Frères à participer à la grande manifestation du 25 janvier 2011 réclamant le départ de Hosni Moubarak.

Plus de deux ans plus tard, l’actualité a donné raison aux sceptiques. Après un an à peine de mandat plus que controversé, le président Morsi a été débarqué et ses partisans sont allègrement massacrés. Pour nombre d’officiels égyptiens, le sort des dirigeants de la Confrérie ne peut se résumer qu’à deux options : la mort ou la prison. On est loin de l’euphorie de la victoire électorale de juin 2012…

L’une des conséquences de cette terrible tragédie égyptienne est que les mouvements islamistes savent aujourd’hui que la victoire électorale ne leur garantit rien et que tout peut être remis en cause. On imagine que ce raisonnement trotte dans la tête des militants et responsables d’Ennahdha en Tunisie. Si Morsi a été débarqué, si les Frères musulmans se font tirer comme des lapins sans que la communauté internationale ne réagisse autrement que par quelques larmes de crocodile, pourquoi le parti de Ghanouchi ne subirait-il pas le même sort ? On voit bien que cette hypothèse peut inciter les islamistes tunisiens à un durcissement de leur position. A une fuite en avant où toute concession, pourtant nécessaire pour apaiser le climat politique, serait vécue, par les militants d’Ennahdha mais aussi ses opposants, comme un aveu de faiblesse voire un signe de panique.

Il est encore trop tôt pour dire comment le monde arabe va évoluer mais une chose est certaine : il sera désormais difficile de convaincre les islamistes de participer pacifiquement à la vie politique. Pour eux, la démocratie électorale ne signifiera rien d’autre qu’un piège. Des sables mouvants destinés à les neutraliser avant des les éradiquer.

Cela va plaire aux « démocrates » qui conçoivent la vie politique de manière censitaire. Cela plaira à celles et ceux qui applaudissent sans vergogne aux tueries du Caire. Mieux, cela les rassure et leur offre quelques satisfactions dans leur manière égoïste et déshumanisée d’appréhender le monde et la vie de leur pays. Face à leur euphorie d’une rare obscénité, il est très difficile de leur expliquer que l’éradication par la force de l’islamisme est une chimère à laquelle ne peuvent croire que celles et ceux qui n’ont aucun sens politique, aucune connaissance de leur propre société. La bataille contre l’obscurantisme ne se gagne pas à coup de rafales d’armes automatiques. L’islamisme ne disparaîtra pas de nos sociétés et, tôt ou tard, il faudra revenir à la politique pour l’affronter. A moins que tout ce qui se passe aujourd’hui ne lui permette un jour de prendre le pouvoir. Par la force et, au nom de ses martyrs, sans volonté de le rendre un jour…