06/09/2013

Du 30 Août au 6 Septembre

La révolution tunisienne a commencé dans l’euphorie, elle s’abîme dans l’épouvante. Nous nous croyions un des peuples les plus civilisés de la terre ; nous avons sombré dans un climat de haine, de division, et d’intolérance que nous n’avions jamais connu, même durant les pires heures du colonialisme. Depuis l’assassinat de Lotfi Nagued, Chokri Belaïd, Mohamed Brahmi, suivis de la tuerie sauvage de huit militaires, la révolution tunisienne est entrée dans un scénario de film noir où des serial killers imprenables ont défiguré son visage humain.

Ils sont venus à la morgue du Caire pour chercher de corps. Ce fut presque un mois avant que la police égyptienne affrontait les Frères musulmans, le 14 Août. Une femme dont le mari n’était pas rentré depuis trois jours, un couple dont le fils avait été absent pendant une semaine, trois proche parents à la recherche d’un homme, Karam, qui avait disparu depuis neuf jours. Il avait été vu pour la dernière fois le 2 Juillet, sur son chemin vers l’appartement de sa mère. Il avait pris un taxi pour y aller et les voisins l’ont vu sortir dans la rue principale.

Dans la plus grande discrétion, à l’abri des radars maintenant pointés sur la Syrie, évolue un monde parallèle que le spectre de la guerre n’a pas encore touché. Il y a quelques semaines, ceux qui y résident n’avaient pas encore échangé un mot. Toutes les relations étaient coupées. Dominés par la discorde, les uns et les autres posaient des conditions pour reprendre langue. Finalement, ils ont ravalé leur rancœur et consenti à se parler. Et depuis, ils parlent et parlent – sans que rien ne vienne les distraire de l’objet de leur rencontre.

« Si ce n’est pas une guerre civile, les mots n’ont plus de sens ». Pour Pierre-Jean Luizard, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’Irak, le cauchemar est en train de recommencer. Si le niveau de violence est sans rapport avec celui qui régnait lors de la guerre confessionnelle de 2005-2008, le pays a connu en juillet, avec près de 1000 morts, son mois le plus meurtrier depuis cinq ans.

Plus d’un quart des réfugiés syriens au Liban ne recevront plus d’aide alimentaire à partir d’octobre en raison du manque de fonds, a annoncé hier une porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR). À partir du 1er octobre, le HCR va fournir une « assistance ciblée » aux réfugiés syriens alors qu’il était engagé jusqu’à présent dans une opération d’aide massive portant sur quelque 720.000 réfugiés.