20/09/2013

L’économie marocaine dans la balance

par Giacomo Morabito , Diplomé en Sciences Politiques à l’Université de Messina.

Le système financier marocain n’a pas souffert de la crise financière internationale, mais l’économie réelle a subi la récession que connaissent les principaux partenaires économiques du Maroc, notamment la France et l’Espagne. Son système financier est tellement bien protégé que ce n’est que dès 2009 qu’il a commencé à vraiment ressentir les conséquences de la crise économique internationale sur son économie réelle. Avec des réserves financières nettes en forte baisse, un net ralentissement du taux de croissance à seulement 2,7% en 2012 et un coût de la vie qui a augmenté de 2,3% en juin 2013 par rapport au même mois de l’année 2012, le Maroc se retrouve dans une situation économique qui n’est pas enviable.

Le rapport annuel de la Banque centrale du Maroc sur la situation économique, monétaire et financière de l’Etat marocain pour l’année 2012 a mis en exergue le déficit budgétaire supérieur à 7% du PIB et un déficit du compte courant de la balance des paiements de l’ordre de 10% du PIB, enregistrés en 2012. Tout cela a amené plusieurs économistes marocains à s’interroger sur le risque d’un recours à un nouveau programme d’ajustement structurel pour éviter la menace d’une crise économique majeure qui se profile à l’horizon. Selon certains économistes, il faut que l’économie marocaine se réoriente urgemment, en abandonnant une politique économique expansionniste suivie depuis 2008 par les gouvernements successifs marocains et dont a résulté la détérioration les équilibres fondamentaux du Pays. D’autre part, la Direction des Etudes et des Prévisions Financières (DEPF) relevant du Ministère de l’Economie et des Finances a déclaré que les dynamiques de l’économie marocaine restent contrastées, mais la configuration sectorielle signale des perspectives positives pendant le 2013. Les derniers indicateurs conjoncturels montrent une évolution de la situation économique nationale, avec une évolution positive au niveau des activités primaires et des activités tertiaires, alors que les activités du BTP et des industries manufacturières auraient connu un ralentissement par rapport à l’année passée.

L’économie mondiale commence à montrer certains signes de redressement, avec une accélération de la croissance aux Etats-Unis et au Royaume-Uni et une stabilisation de l’activité de la « zone Euro », malgré l’essoufflement de la reprise dans les pays émergents : aussi, la croissance dans les pays développés est soutenue par les effets des plans anti-crise et des réformes adoptés. Il importe de rappeler que l’économie de la « zone Euro » est le principal partenaire économique du Maroc. A cet égard, au mois d’août 2013, l’Union Européenne a annoncé un nouvel appui en faveur du développement économique et de la résorption des inégalités sociales dans l’Etat marocain. Compte tenu d’un budget de 110 millions d’Euros, le programme est destiné à accompagner dans la durée les réformes entreprises par le Royaume marocain, afin d’en assurer le succès et la pérennité. Le programme d’action en faveur du développement économique et social du Maroc vise à soutenir, d’une part, l’établissement d’un système de couverture médicale universelle et, d’autre part, la politique de développement agricole en faveur de la petite agriculture paysanne et familiale. Cet appui concerne la première partie de l’actuel programme d’action de l’Union Européenne en faveur du Maroc. Le commissaire européen en charge de la Politique de Voisinage et de l’Elargissement, Stefan Fule, a affirmé que ces actions visent aussi à répondre aux attentes de la population marocaine pour une redistribution des fruits de la croissance que connaît le Maroc.

Aussi, le Maroc ne manque pas d’atouts : stabilité politique, économie de marché diversifiée, accords et alliances stratégiques avec les Pays arabes du Golfe, les Etats Unis et l’Union Européenne, et relations privilégiées avec un grand nombre de Pays de l’Afrique sub-saharienne où les entreprises marocaines contribuent avec dynamisme à l’effort du développement, ce qui fait du Maroc un modèle en matière de coopération Sud-Sud. Toutefois, tout cela risque d’être détruit du fait de l’irresponsabilité de la politique économique adoptée dans une conjoncture mondiale marquée par la crise. Non seulement la question de la préservation des équilibres macroéconomiques, mais aussi de la stabilité politique et sociale se trouve être en jeu dans cette affaire : l’exception marocaine au regard des révoltes arabes, qui doit beaucoup à la clairvoyance politique du Roi, risque de voler en éclat à cause de l’imprévoyance en matière économique de la classe politique marocaine.

L’initiative prise par le gouvernement de geler des crédits d’investissement à hauteur de 15 milliards de dirhams, souligne la prise de conscience de la gravité de la situation économique. Dans la perspective d’une croissance économique plus forte, l’État se doit aussi de s’attaquer aux réformes nécessaires pour apporter des solutions durables pour une économie nationale plus structurée et moins dépendante en la rendant plus compétitive à l’export. Il devient très urgent de mettre en place une réforme fiscale juste pour ne pas alourdir l’impôt des contribuables, mais aussi équitable qui s’applique à tous, entreprises et personnes physiques, pour élargir l’assiette fiscale et améliorer les recettes publiques de façon durable.