25/10/2013

La Syrie : l’attraction fatale des jeunes européens musulmans radicaux

Par Marjon Goetinck, Institut MEDEA

Plus que jamais la question des combattants européens qui s’engagent dans le conflit syrien a été d’actualité cette semaine.  Elle renvoie à la radicalisation croissante d’un certain nombre de jeunes musulmans radicaux qui partent mener le jihad. C’est ainsi le cas de Jejoen Bontinck qui est parti ainsi en Syrie et a été arrêté le 19 octobre dernier et accusé d’avoir  participé à des activités terroristes à l’initiative de Sharia4Belgium. Bontinck lui-même affirme qu’il n’a pas rejoint les lignes de combat, mais qu’il est parti en Syrie de sa propre initiative en tant que volontaire, afin de venir en aide aux blessés et de convoyer médicaments et traitements. Cependant, des preuves claires fournies par d’anciens combattants qui se sont rendus en Syrie révèlent que ce jeune homme a joué un rôle actif dans le recrutement de combattants à Anvers. Ceci est bien entendu totalement contraire à la loi belge.

« Depuis quelque temps nous sommes conscients du phénomène des combattants jihadi qui voyagent de l’Europe vers des pays comme l’Afghanistan et le Pakistan mais aussi vers la Somalie et le Yémen, afin de se battre là bas ou suivre un entraînement. Mais nous ne l’avons jamais éprouvé à une telle échelle comme c’est le cas avec la Syrie », affirme le coordinateur de l’Union européenne pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove[1]. Selon la sécurité de l’État allemande, 120 Belges se battent actuellement en Syrie, comme exposé dans un rapport qu’a obtenu le magazine d’actualités Der Spiegel. Après l’Allemagne (250) et le Kosovo (150) notre pays a produit le plus grand nombre de combattants pour la Syrie. Ce chiffre est bien plus élevé que les estimations les plus pessimistes jusqu’alors.[2]

1aeab4c2-3b3b-11e3-b3a8-d5585119c427_originalDes nombreux pays européens sont concernés par ce recrutement actif de jeunes rejoignant les milices salafistes et jihadistes du Front Al-Nosra par exemple, associé à Al Qaeda, et qui peuvent constituer une menace terroriste potentielle pour notre société. La question clé est la suivante : est-ce que des combattants comme Bontinck peuvent doivent être considérés comme des terroristes ou de simples jeunes fragiles et traumatisés qui doivent au contraire être assistés et conseillés?

En Belgique, une enquête criminelle fédérale a été ouverte contre ces combattants dans la plupart des cas. De manière tout à fait justifiable, on pourrait se demander s’il est faisable en pratique de retracer les actes criminels de ces combattants dans le chaos syrien, là où même les journalistes et des organisations humanitaires peinent à  travailler. Cette approche légale exige une enquête criminelle et une charge de la preuve indispensable à fournir pour tenir ces combattants pénalement responsables.

Le débat sociopolitique est dominé actuellement par la question des raisons qui poussent ces jeunes à se radicaliser et prendre les armes dans un pays lointain. Sur un plan géopolitique plus global,  la question est peut-être à reconnecter avec cette nouvelle vision bipolaire du monde, un peu culturaliste, avec d’un côté l’Occident et de l’autre l’Orient musulman, un fossé qui s’est creusé depuis la fin des années 1990 puis les attentats du 11 septembre 2001 à New York.  Sur le plan individuel, ces jeunes radicaux font face aux problèmes d’identité, discrimination, stigmatisation, chômage et rejet, courants dans nos sociétés; ils peuvent donc être pour certains endoctrinés et plus sujets aux idéologies radicales.[3]

Dans le discours de ces combattants, l’attitude passive de la communauté internationale dans le conflit syrien est souvent mentionnée comme l’un des motifs de leur action. Ils ne cachent d’ailleurs pas leur but suprême : la conquête de la Syrie et l’établissement d’un état islamique où la  sharia serait mise en application. La chute d’Assad ne serait donc qu’une simple phase transitoire.

Comment empêcher alors ces jeunes idéalistes de rêver de tels projets et de partir ? Les réflexions sur les mesures répressives ou préventives à adopter abondent : décourager les jeunes par l’utilisation des médias sociaux, garder leurs cartes d’identité, création de programmes de contre-radicalisation, diffusion de prospectus de prévention, etc.[4] Il reste aussi un gros travail pédagogique dans le pays pour maintenir les amalgames à distance et que nombre de Belges ne se mettent pas à croire que chaque musulman pieux pourrait devenir une menace potentielle pour la société. L’un des problèmes majeurs enfin est que ces jeunes saisis par l’idéologie jihadiste ne craignent plus rien quelles que soient nos réflexions: ni les peines de prison, encore moins la mort.



[1] Voir l’article “Facebook en Twitter moeten jihadi’s stoppen”, De Standaard http://www.standaard.be/cnt/dmf20130605_00612393

[2] Voir l’article “Duitse Staatsveiligheid: 120 Belgische strijders in Syrië”: http://www.standaard.be/cnt/dmf20131022_039

[3] Voir Radicalisation, De-Radicalisation, Counter-Radicalisation: A Conceptual Discussion and LiteratureReview: http://www.icct.nl/download/file/ICCT-Schmid-Radicalisation-De-Radicalisation-Counter-Radicalisation-March-2013.pdf

[4] Voir le document “Belgische federale strategie tegen gewelddadige radicalisering”:  http://www.milquet.belgium.be/sites/default/files/130924%20-Pr%C3%A9vention%20Radicalisme.pdf