08/11/2013

Pas de paix au Proche-Orient sans arrêt de la colonisation

Par Geoffroy d’Aspremont, Institut MEDEA

Le secrétaire d’état Américain John Kerry est revenu en piste après quelques semaines discrètes. En effet, il était cette semaine au Proche-Orient pour pousser les Israéliens et les Palestiniens à poursuivre les négociations « de paix » et espérer concilier les points de vue respectifs, en attendant la proposition américaine de plan global de paix qui sera dévoilée au mois de janvier. Sans jeter le bébé avec l’eau du bain, on peut évidemment douter sérieusement des chances de réussite de ce nouveau cycle de négociations, après tant d’années de blocage et particulièrement à cause des derniers développements de la semaine, dont le principal était l’annonce de la poursuite de la colonisation, alors même que le secrétaire d’état américain était en Israël.

 

U.S. Secretary of State John Kerry (left) meets Israel's Prime Minister Benjamin Netanyahu in Jerusalem on April 9. Photo by REUTERS/Paul J. Richards/Pool

(copyright: REUTERS)

En effet, une telle annonce de la construction prochaine de près de 2000 logements dans les territoires occupés et/ou annexés à un tel moment – lors la visite du secrétaire d’état américain –  remet clairement en doute l’engagement du gouvernement israélien à négocier sérieusement et justement avec les palestiniens, alors que la question des implantations juives en Cisjordanie et à Jérusalem-Est est une des questions les plus cruciales et est donc extrêmement sensible aux yeux des palestiniens, qui voient ainsi encore plus du territoires sensés leur revenir habités par des Israéliens. Il est également évident que pour les palestiniens, la libération de quelques dizaines de prisonniers ne peut « compenser » la construction de nouvelles implantations.

Ensuite, A côté de cette mauvaise volonté des Israéliens, l’acquittement prononcé par un tribunal dans une affaire de fraude et de blanchiment d’argent de l’ancien ministre des affaires étrangères Avidgor Liberman ne risque pas non plus de faciliter les négociations en cours. Celui-ci, défenseur de la politique de colonisation, habitué à une ligne dure et à des propos radicaux envers « les arabes », est déjà pressenti pour reprendre son poste au gouvernement, comme l’a déjà invité le premier ministre Benjamin Netanyahou. Sa présence dans un gouvernement déjà très à droite et peu enclin aux négociations de paix, n’améliorera pas la détermination du gouvernement à rechercher un accord avec les Palestiniens qui remettrait en question la politique de colonisation des territoires occupés.

Bien qu’on puisse saluer l’initiative américaine de vouloir une nouvelle fois inciter les deux parties à se mettre autour de la table pour tenter de mettre un terme à un conflit qui envenime la région depuis beaucoup trop longtemps, on peut légitimement douter que l’issue de ces négociations soit positive, au vue de l’attitude peu constructive du gouvernement israélien. John Kerry annonce en outre qu’il présentera le plan de paix préparé par l’administration américaine au mois de janvier, mais quelles nouvelles propositions ce plan pourrait-il apporter pour que la paix aboutisse, et surtout quels incitants et propositions de compromis contiendra-t-il pour forcer le gouvernement israélien à non seulement cesser la construction de colonies, mais surtout à démanteler celles qui existent ?

John Kerry pose-t-il la question de savoir si le gouvernement israélien actuel est vraiment déterminé à trouver un accord de paix ou préfère privilégier l’absence de solution lui permettant de poursuivre la politique de colonisation ? Depuis 1993, l’absence de solution favorise en effet les politiques de colonisation qui accélèrent la mainmise israélienne sur une partie de la Cisjordanie et Jérusalem-Est, sur les ressources en eau et les terres agricoles, tout en éloignant la perspective d’un état palestinien viable, établi dans les frontières de 1967. Car, comment un état Palestinien serait-il viable demain si la grande majorité des blocs de colonies était maintenue ? Faut-il leur rappeler que, sans un démantèlement total ou quasi-total de ces implantations qui sont totalement illégales aux yeux du droit international, aucun accord de paix ne sera jamais négociable pour les Palestiniens ? Cela n’a été rappelé que trop mollement par John Kerry, qui s’est contenté, face à l’annonce embarrassante à son égard de la construction prochaine de futures implantations, de déclarer les colonies « illégitimes ».

Puisque les gouvernements Israéliens successifs ne semblent pas accepter un compromis qui leur demanderait l’abandon de la plus grande partie de leurs colonies, condition indispensable à tout accord de paix, pourquoi les Américains, mais les Européens également, n’usent ils pas des moyens de pressions qui sont en leur possession pour imposer au gouvernement israélien un abandon de cette colonisation ? La remise en question des aides financières et militaires, des accords d’associations, des politiques de visas, des accords sur les doubles nationalités… sont autant d’éléments que les occidentaux pourraient mettre dans la balance pour fléchir une bonne fois pour toute cette politique suicidaire à long terme des Israéliens.

Les Européens et les Américains doivent se poser la question de l’adéquation de leurs intérêts nationaux et des valeurs qu’ils prétendent défendre avec la politique israélienne d’occupation, d’annexion et de colonisation des territoires palestiniens. Est-ce dans leurs intérêts que la colonisation perdure et que le conflit s’éternise ? Le soutien inconditionnel à l’état hébreu sert-il les intérêts occidentaux ? Si ce soutien favorise certains groupes au sein de ces pays, ceux-ci sont-ils primordiaux? Par un tel soutien, quelles conséquences sur leurs relations avec les états arabes ? L’absence de paix n’est-elle pas un des nombreux facteurs qui favorise la prolifération d’armes, le terrorisme, le racisme, non seulement dans la région, mais aussi dans nos pays ? Si la volonté d’Israël aujourd’hui n’est pas d’aboutir à une solution qui puisse rendre non seulement la très grande majeure partie des territoires, mais surtout la dignité aux palestiniens, nous, occidentaux devrions vraiment remettre en question l’état de nos relations avec l’état hébreu et remplacer les fades déclarations de bonnes intentions et les condamnations par des actes.