20/12/2013

Sharjah veut se faire un nom

Par Mathieu Bouchard, doctorant à Paris I et chercheur associé à l’Institut MEDEA

Présent à Marseille pour le MENA Economic Forum, Hussain Al Mahmoudi, le directeur général de la Chambre de commerce et de l’industrie de Sharjah, a vanté les atouts de cet émirat, l’un des sept que fédèrent les Émirats arabes unis. Qu’en est-il exactement ?

Dubaï, Abou Dabi… et maintenant Sharjah ! Moins connu que ses célèbres voisins, cet émirat, le troisième de la fédération en termes de superficie, cherche des investisseurs. Et le fait savoir, comme lors du MENA Economic Forum, organisé à Marseille les 7 et 8 novembre. Avec de sérieux atouts, sa vingtaine de zones franches notamment, mais pas seulement, estime Frank Tétart, analyste en relations internationales basé à Dubaï : « L’émirat dispose d’un cadre de vie sympathique et ses logements sont souvent moins chers qu’à Dubaï ou Abou Dabi. La ville de Sharjah bénéficie d’une très belle corniche, d’un souk réputé et d’une offre artistique de qualité, avec sa Biennale d’art et ses galeries, historiquement les premières du Golfe ». Ce qui ne l’empêche pas de bénéficier de connexions avec les grandes cités de la fédération : « La ville de Sharjah est située à un quart d’heure de l’aéroport de sa voisine Dubaï, dont elle est reliée au réseau de métro ». Une proximité dont la capitale de l’émirat a fait un atout, mais qui constitue aussi sa faiblesse : « Moins peuplée que Dubaï, moins riche en pétrole qu’Abou Dabi, elle est aujourd’hui la banlieue de Dubaï, ce qui est intéressant mais ce qui brouille son image ».

Stabilité politique, attractivité économique

Économiquement, Sharjah s’inscrit pourtant dans le moule de la réussite économique de la fédération. Comme ses voisins, l’émirat a très tôt misé sur sa situation de carrefour international, entre Europe et Asie, au milieu du Moyen-Orient, en se dotant d’infrastructures de transport de premier plan. S’il n’a pas l’aura de celui de Dubaï, son aéroport, emprunté par de nombreuses compagnies low cost, dont Air Arabia, dessert les pays voisins, le Pakistan et l’Inde, dont proviennent les classes moyennes laborieuses des pays du Golfe, et des Émirats arabes unis en particulier. Sharjah possède également trois ports internationaux, dont le tout premier terminal de conteneurs du Golfe, inauguré en 1976. Ce qui lui permet de se comporter en hub, important et réexportant, d’autant que l’émirat, par ailleurs bien pourvu en industries, propose des conditions avantageuses : zones franches, prise en charge de 70 % du coût de la consommation d’eau et d’électricité, autorisation de la propriété étrangère… Sans oublier une stabilité politique de nature à rassurer les investisseurs. « Le Printemps arabe n’a pas suscité de vagues particulières à Sharjah, comme dans le reste des Émirats arabes unis, note Frank Tétart. La manne pétrolière calme les ardeurs et, si cela ne suffit pas, quelques arrestations suffisent à faire redescendre la pression. À Sharjah, le régime demeure autoritaire et est certainement le plus conservateur de tout le pays. L’alcool y est interdit et il faut faire attention à sa tenue vestimentaire. À côté, Dubaï, c’est la Californie ».