LES MIDIS DE LA MÉDITERRANÉE 

Révoltes arabes et littérature : les racines du changement

Déjeuner-débat avec Xavier Luffin, professeur de langue et de littérature arabes à l’Université Libre de Bruxelles (ULB), et auteur de « Printemps arabe et littérature : de la réalité à la fiction, de la fiction à la réalité » (Bruxelles, Académie Royale de Belgique, coll. Académie en poche, 2013).

 Mercredi 22 janvier 2014 de 12h30 À 14h  

Organisé avec le soutien du Mouvement Européen-Belgique 

Modération : Sébastien Boussois (Institut MEDEA).

Intervention de Xavier Luffin :

Une série de livres a été publiée avant, pendant et après le printemps arabe. De nombreux écrivains arabes ont pris la plume depuis le déclenchement du printemps arabe en décembre 2010. Il ne s’agit là que des premiers textes qui, très certainement, seront suivis par de nombreux autres dans les années, puis les décennies à venir, mais certains d’entre eux sont déjà pleins de mérite malgré leur immédiateté apparente. Après tout, ce ne sera pas le premier événement à faire réagir les écrivains sur le vif : Ernest Hemingwat n’a-t-il pas rédigé en 1939 et publié l’année suivante Pour qui sonne le glas, sur la guerre d’Espagne ? Ecrire sur le printemps arabe aujourd’hui comporte donc une certaine dose de risque, essentiellement lié au manque de perspective quant à l’avenir, mais cela n’empêche pas que l’on puisse en faire, déjà, de la littérature ; à l’auteur de trouver le bon angle d’attaque.

1. Chronologie et rappel des faits

2010 : immolation de Mohammed Bouazizi par le feu, en Tunisie (17 décembre).

2011 : départ du président tunisien Ben Ali (14 janvier) ; occupation de la place Tahrir en Egypte (25 janvier) ; départ de Moubarak (10 février) ; premières manifestations en Libye (15 février) ; premières manifestations pacifiques en Syrie (15 mars) ; mort de Kadhafi (20 octobre).

2. La contestation sociale : une tradition (époque coloniale et des régimes arabes)

La contestation a toujours été importante, même avant les indépendances. Quand on parle de la littérature arabe moderne, on parle de celle qui s’est développée à partir des canons européens, c’est-à-dire au début 20ème siècle. On a une série d’auteurs, égyptiens par exemple, essentiellement des poètes, très célèbres dans le monde arabe (noms : cf. diapo). Ils ont tous écrit des poèmes de contestation. L’un des plus connus à l’époque a été publié après un incident en 1906, alors que l’Egypte était sous domination britannique : des officiers britanniques se promenaient dans la campagne et chassaient. Ils ont blessé involontairement une paysanne d’un village. S’en est suivie une révolte, matée par les Britanniques dans le sang. Une série de poètes, dont Hafiz Ibrahim, vont dénoncer l’occupation britannique, et l’événement en particulier. C’est un exemple parmi d’autres, mais c’est pour montrer qu’il y a cent ans, le pouvoir en place pouvait être déjà contesté par les poètes et les intellectuels. On est environ une décennie avant le roman arabe (1915).

Pour la période coloniale, de nombreux auteurs sont revenus sur cette période : dans le tome 1 de sa trilogie («Impasse des Deux-Palais), Naguib Mahfouz, le seul auteur arabe à avoir obtenu le prix Nobel de littérature, fait la description d’une révolte contre le pouvoir alors britannique. On a donc des signes avant-coureurs des révoltes qui vont se dérouler pendant et après la période coloniale.

Un autre auteur intéressant est soudanais. Il s’agit de Tayeb Salih, qui a publié « Le palmier de Wad Hamid ». Cette nouvelle représente un tournant : ce sont des paysans qui vivent dans une région infestée de moustiques où personne ne veut se rendre. La nouvelle commence durant la domination britannique, où un officier propose un projet agricole qui va enrichir la région. Mais le projet doit avoir lieu sur le palmier de Wad Hamid, un mausolée du village. Les habitants, sans conscience politique véritable, vont chasser cet officier. Un autre représentant viendra pour installer un nouveau projet de port. Il veut le faire sur le mausolée, mais il est de nouveau expulsé. Dans la vision de l’auteur, c’est une remise en cause du pouvoir, sans réel contestation politique derrière.

De nombreux auteurs ont attaqué également les pouvoirs nés au lendemain de l’indépendance, à l’instar des Egyptiens Youssef Idris, Ibrahim Aslan, Mohammed al-Bisatie et Alaa al-Aswany, ainsi que du Soudanais Ahmed al-Malik.

Beaucoup de ces auteurs ont écrit sur les révoltes du pain qui ont secoué l’Egypte et la Jordanie dans les années 1970. On a assisté à une série de manifestations dans les villes, qui ont servi d’arrière-fond dans le roman d’Aslan par exemple. Le livre « L’immeuble Yacoubian » d’Alaa al-Aswany décrit de nombreuses scènes de contestation, en particulier d’obédience islamiste.

Ahmed al-Malik a écrit un très beau roman, « L’automne viendra avec Safa », qui décrit la prise du pouvoir au Soudan par un militaire, mais ce coup d’Etat est anecdotique. En réalité, l’officier en question se promène dans les rues de la capitale, Khartoum, et se rend compte que tous les militaires sont endormis, car ils sont ivres. Profitant de la situation, il veut faire un coup d’Etat. Il prend la parole à la radio nationale, où les journalistes sont ivres aussi, et annonce qu’il est président. La thèse de l’auteur est la suivante : il est facile de faire un coup d’Etat au Soudan !

Dans cet ouvrage, l’auteur est influencé par le réalisme magique, comme beaucoup au Soudan. Une fois l’officier au pouvoir, il ne va pas comprendre que des manifestations éclatent, car il  dit qu’il a tout apporté au pays. Il demande alors aux policiers de ne pas tirer et va bloquer les feux de signalisation des rues de Khartoum (il les laisse au vert), et les gens marchent devant eux, et se trouve au bout de la rue le Nil. L’ensemble des manifestants va tomber dans le Nil. Ainsi, le pouvoir n’aura pas eu besoin de réprimer :

«Soudain, le dernier feu de signalisation de la rue du Nil passa au vert, et tous entendirent le grondement du Nil Bleu, très agité et même sur le point d’emporter ses deux rives, car c’était la saison de la crue du Nil. Sans la moindre hésitation, le cortège exténué se dirigea soudain vers le Nil Bleu et s’y précipita, on entendit un bref instant les cris des enfants emportés par les eaux déchaînées, puis un silence macabre enveloppa les lieux».

3. Quelques textes annonciateurs

Il y a quelques textes annonciateurs, qui ont été écrits un mois ou un an avant le début des événements. Certains auteurs ne sont pas très connus et ont imaginé la chute de Moubarak.

Par exemple, Mohammed Salmawi, dans  « Les ailes du papillon » : l’auteur décrit le parcours d’une jeune femme et d’un jeune homme, qui n’ont aucune conscience politique, tout en sachant que le pays va mal. La jeune femme est mariée à un dignitaire du régime, et alors que le jeune homme recherche sa mère, qu’il n’a jamais connu, et la révolution ne l’intéresse pas. Les deux vont être rejoints par les événements : elle va rencontrer un opposant dans un avion pour Milan, et va tomber amoureux de cet homme, un amour qui va la transformer en militante. Elle revient en Egypte, où elle abandonne son mari qui est ministre. Elle commence à participer à des manifestations, et elle est rapidement emprisonnée. De son côté, le jeune homme retrouve sa mère, et se retourne alors vers des considérations politiques. Lui aussi, sous l’influence de sa petite amie, il va participer à la révolution.

Ces auteurs n’ont pas deviné ce qui allait se passer ; mais c’était un vœu tellement profond dans la population que ces écrivains l’ont imaginé. Il y a des ressemblances avec le printemps arabe : une grande partie des événements du livre de Salmawi se déroule place Tahrir. Ce n’est pas anodin, puisque c’est la plus grande place du Caire. On retrouve la même chose chez Naguib Mahfouz.

On peut noter d’autres ressemblances, comme la place de la technologie dans cette révolution : Facebook a joué un rôle important dans la révolution égyptienne, et c’est bien préfiguré dans le roman. La place des islamistes est également imaginée, puisqu’ils jouent un rôle important. Mais là encore, il ne fallait pas être devin pour l’annoncer.

On peut noter aussi des différences fondamentales : capitulation du gouvernement sans effusion de sang, ce qui ne s’est pas passé. Pareil pour l’imagination par les auteurs d’une révolution guidée par un parti structuré, avec un leader incontesté, contrairement au caractère spontané du printemps arabe.

4. Le printemps arabe, un concept orientaliste ?

Il y a des gens comme l’historien américain Daniel Pipes, dans son article posté en mai 2011 «Arab Spring»- Misnomer, Rami G. Khouri, ou Mathieu Guidère, dans Le choc des révolutions arabes. Tous ont remis en cause le terme de printemps arabe. Guidère a écrit par exemple : «il existe depuis fort longtemps un décalage entre la perception occidentale et la réalité arabe. Dans l’imaginaire bédouin, le «Printemps» est une saison inconnue ; il n’y a guère que deux saisons, l’hiver et l’été». Un jugement approximatif, car la majorité des Arabes ne sont pas des bédouins et il existe des termes arabes pour qualifier les quatre saisons.

Pourtant, la presse arabe reprend régulièrement le terme de «printemps arabe» pour qualifier ce mouvement de révolte. L’écrivaine égyptienne Mansura Izz al-Din, dans Sombre printemps, décrit la prise du pouvoir par les islamistes, qui se passe au printemps. Salmawi revient sur la théorie du battement d’ailes du papillon, mais aussi sur le fait que le papillon sort au printemps. Al-Malik, dans Safa ou la saison des pluies, parle symboliquement de quelque chose qui ressemble au printemps. M. Hassan, une écrivaine syrienne, dans Les tambours de l’amour, parle de «printemps arabe». Le printemps arabe n’est donc pas un concept orientaliste ; certains auteurs arabes, avant et pendant les révolutions, se sont même appropriés le terme.

5. Au lendemain de la révolution (le temps des poètes et les écrivains : observateurs, témoins et journalistes)

La poésie continue de tenir une place importante dans le monde arabe, contrairement à la culture occidentale. Au Caire, dès les premiers jours de la révolution, on a récité des poèmes sur la place Tahrir. Ces poèmes sont repris par les manifestants comme slogan, à l’instar d’Ahmed Dungul, le gâteau de pierre.

Si on retourne à la fiction, les écrivains ont rejoint la contestation rapidement. Il est difficile d’écrire un roman pendant la révolution. Malgré cela, beaucoup en ont produit. Deux choix ont été empruntés par les écrivains : des romanciers ont écrit des témoignages, comme Khaled al-Khamis, et Alaa al-Aswani, qui a publié les Chroniques de la révolution égyptienne ; la Syrienne Samar Yazbek, Feux croisés, journal de la révolution syrienne.

D’autres voix se sont fait entendre, mais de façon discordante par rapport au printemps arabe : G. Usfur (Egypte), qui était engagé à gauche et a connu la prison sous Sadate, a accepté le poste de ministre de la Culture sous Moubarak, ce qui a été très mal vu par la population. Il a accepté le prix littéraire de Kadhafi aussi. Il a essayé de le renier, mais c’était trop tard. En Syrie, le poète Adonis est très apprécié dans le monde arabe, très connu pour ses positions très laïques, voire athéistes (voir son poème «Dieu est mort»). Quand le printemps arabe est né en Syrie, on a attendu son avis : il s’est tu, puis a dit que c’était des voyous qui manifestaient dans la rue, alors qu’il n’était pas un partisan du pouvoir. Il avait peur d’une prise de pouvoir par les islamistes. Il a été pris à parti par beaucoup d’intellectuels, notamment dans el-Hayat. Il a fini par condamner, assez mollement cependant, le régime.

Des auteurs ont écrit des romans après les événements, comme Sept jours sur la place Tahrir, de Hicham al-Khishin (2011), ou le touareg libyen Ibrahim al-Koni, peu connu pour son opposition au pouvoir, ni son soutien. Il a toujours gardé ses distances à l’égard du pouvoir. Il parle souvent d’un milieu particulier, du désert, loin des villes et des problèmes, et écrit dans une période de temps qui est flou. On ne sait pas quand ça se passe. Malgré quelques livres cependant, qui sont des allégories des abus du pouvoir, sans jamais citer Kadhafi (cf. L’herbe de la nuit). Dans Les cavaliers des rêves assassinés,  on lui reproche d’avoir retourné sa veste. Il a écrit un livre en faveur des insurgés libyens. Sans parler des prises de position de l’auteur, ce romain est de loin le plus réussi d’un point de vue littéraire. Dans Sept jours sur la place Tahrir, on a un tableau avec les Bons et les Méchants. Chez Ibrahim al-Koni, on a des rapports ambigus victimes/bourreaux, racisme (Kadhafi avait des mercenaires d’origine africaine, et en a pris prétexte pour s’en prendre aux Africains de Libye, mais aussi les rebelles qui les ont pris pour cible, car ils étaient avec Kadhafi), vengeance (viols des deux côtés par exemple), ineptie du régime. De plus, il y a une trame, avec des mises en abîmes. Rien de réellement chronologique.

M. Hassan, dans Les tambours de l’amour, publié en 2013, montre bien que les choses ne sont pas aussi claires en Syrie. Au sein de sa propre famille, des gens sont pour et d’autres contre le régime. D’autres sont contre le régime, mais ne veulent pas des islamistes. Elle parle du risque islamiste, elle critique Adonis.

Au Maroc, Youssef Fadel, Notre père, la mafia et nous : elle revient sur le printemps arabe au Maroc.

Au Qatar, Mohammed ibn al-Dhib al-Ajami a écrit un poème, «le poème de Jasmin» en 2011 alors qu’il était en Egypte. Il est en prison désormais au Qatar. Il ne parle jamais du Qatar dans son poème, mais le pouvoir qatari s’est senti visé.

 

De Syrische uitdaging stopt niet aan de onderhandelingstafel – 22/01/14 – De Morgen

Vandaag vindt de Genève II-conferentie voor vrede in Syrië plaats. België zal niet mee aan tafel zitten en meet zichzelf een bescheiden rol toe. Het zijn de grootmachten in de Veiligheidsraad en in de regio die op de strijdende partijen kunnen wegen. Iedereen beseft dat een staakt-het-vuren slechts mogelijk is wanneer zij resoluut voor een politieke oplossing kiezen.

Genève II : la désillusion des combattants syriens – 23/01/2014 – TV5 Monde

Terwijl de conferentie voor een mogelijke poltieke oplossing in Syrië geopend is sinds woensdag 22 januari in Montreux, in Zwitserland, wordt op het terrein van de vechtende rebellen bitterheid geuit. Vluchtelingen in Arsal in Libanon, maken zich geen illusies over een mogelijke oplossing voor de crisis; voor is Genève II alleen maar een versterking van Bashar al-Assad.

Turkey faces a ‘war’ within its borders as Prime Minister Erdogan cracks down on opponents – 23/01/2014 – The Daily Telegraph

Posters van de kandidaten behangen de muren van de wijk Qassim Pasha in Istanbul, om bewoners aan te sporen hun stem uit te brengen in de lokale en nationale verkiezingen later dit jaar.
In het afgelopen decennium was de electorale beslissing binnen de bouwvallige woonblokken en theehuizen van deze buurt – een van de armste in de stad- een uitgemaakte zaak.

Egypt in Year Three – 24/01/2014 – The Nation

25 januari 2011, was een moment van transformatie voor Egypte. De straten werden overstroomt door duizenden demonstranten die op riepen tot de val van het sclerotische regime van Hosni Mubarak. Ze confronteerden de beruchte veiligheidsdiensten op Nationale Politie Dag  en wakkerden een massale opstand aan die door de hele wereld galmde.

Different Policies, the Same Game: Syrian and Palestinian Refugees in Egypt 28/01/2014 – Jadaliyya

Aanhoudend conflict in het Midden-Oosten en Noord-Afrika de afgelopen tien jaar heeft een plotselinge, periodieke stijging veroorzaakt in het aantal vluchtelingen, eerst Irakezen, dan Libiërs en het meest recent Syrische vluchtelingen. De belangrijkste groepen vluchtelingen in het land, sinds de jaren 1990 komen echter uit de Hoorn van Afrika.

Nétanyahou immobile face à l’isolement croissant d’Israël 29/01/2014 – Le Monde

De partijleiders van Israëlisch links vergelijken de eerste minister met de kapitein uit ‘Titanic’ : zoals Edward Smith, die de berichten die ijsbergen signaleerden negeerde, zo blijft Benyamin Netanyahou doof voor de waarschuwingen van diegenen die een diplomatieke ramp voorspellen voor Israël, onder de vorm van het definitieve falen van de twee-staten-oplossing, samen met een groeiend internationaal isolement.

Camp de réfugiés près de Gaziantep, au sud de la Turquie © OZAN KOSE/ AFP

 

 

Press review

27th-31st January

Egypt in Year Three – 24/01/2014 – The Nation

January 25, 2011, was a transformative moment for Egypt. Thousands of protesters flooded the streets to call for the downfall of Hosni Mubarak’s sclerotic regime, confronting the notorious security forces on National Police Day and sparking a mass uprising that reverberated around the world.

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Egypt in Year Three – 24/01/2014 – The Nation

January 25, 2011, was a transformative moment for Egypt. Thousands of protesters flooded the streets to call for the downfall of Hosni Mubarak’s sclerotic regime, confronting the notorious security forces on National Police Day and sparking a mass uprising that reverberated around the world.

Turkey faces a ‘war’ within its borders as Prime Minister Erdogan cracks down on opponents – 23/01/2014 – The Daily Telegraph

Posters of the candidates plaster the walls of Istanbul’s Qassim Pasha district, urging residents to vote in local and national elections later this year. For the past decade the electoral decision within the ramshackle apartment blocks and tea houses of this neighbourhood – one of the poorest in the city – was a foregone conclusion. Recep Tayyip Erdogan,Turkey’s prime minister, grew up here and its residents are proud supporters of their man.

Different Policies, the Same Game: Syrian and Palestinian Refugees in Egypt – 28/01/2014 – Jadaliyya

Continuing conflict in the Middle East and North Africa over the past decade has caused a sudden, periodic rise in the number of first Iraqi, then Libyan, and most recently Syrian refugees to Egypt. However, the predominant refugee groups in the country since the 1990s have been from the Horn of Africa. Many groups of African refugees–from Eritrea, Ethiopia, Somalia, and Sudan–have resided in Egypt on a semi-permanent basis over the past two decades.

Nétanyahou immobile face à l’isolement croissant d’Israël – 29/01/2014 – Le Monde

Party leaders of the Israeli left compare the Prime Minister to the Commander of theTitanic: as Edward Smith, who had ignored the messages indicating iceberg formations, Netanyahu remains deaf to the warnings of those who predict a diplomatic disaster for Israel, under the shape of the final failure of the two-state solution, together with a growing international isolation.

Camp de réfugiés près de Gaziantep, au sud de la Turquie © OZAN KOSE/ AFP

Genève II : la désillusion des combattants syriens – 23/01/2014 – TV5 Monde

In one of the tents of the camp Baben Lebanon, some men are watching a football match. The peace conference began in Montreux, Switzerland, on Wednesday January 22 morning. But among the rebel fighters, disillusionment prevails. Mohammed and Yahia are from Homs and fought in the ranks of the Free Syrian Army. Yahia was wounded by shellfire and now moves with the aid of crutches. They expect nothing from this diplomatic meeting.

De Syrische uitdaging stopt niet aan de onderhandelingstafel – 22/01/14 – De Morgen

Today begins the II Geneva Conference for peace in Syria. Belgium will not sit at the table and will play a modest role. It is the major powers of the Security Council and in the region which can weigh. Everyone realizes that the cease-fire is not possible if the belligerents don’t resolutely opt for a political solution.

 

Revue de presse

Du 27 au 31 janvier

Egypt in Year Three – 24/01/2014 – The Nation

25 janvier 2011 fut un moment de transformation pour l’Egypte. Des milliers de manifestants ont envahi les rues pour réclamer la chute du régime sclérosé de Hosni Moubarak, face aux forces de sécurité pendant la Journée nationale de la police et ils ont déclenché une révolte de masse qui a résonné dans le monde entier.

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Egypt in Year Three – 24/01/2014 – The Nation

25 janvier 2011 fut un moment de transformation pour l’Egypte. Des milliers de manifestants ont envahi les rues pour réclamer la chute du régime sclérosé de Hosni Moubarak, face aux forces de sécurité pendant la Journée nationale de la police et ils ont déclenché une révolte de masse qui a résonné dans le monde entier.

Turkey faces a ‘war’ within its borders as Prime Minister Erdogan cracks down on opponents – 23/01/2014 – The Daily Telegraph

Affiches des candidats plâtrent les murs du quartier de Qassim Pacha d’Istanbul, pour inciter les habitants à voter aux élections locales et nationales cette année. Pour la dernière décennie, la décision électorale dans le délabré des blocs d’appartements et de maisons de thé de ce quartier – l’un des plus pauvres de la ville – était une fatalité. Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre de la Turquie, a grandi ici et ses habitants sont fiers de soutenir leur homme.

Different Policies, the Same Game: Syrian and Palestinian Refugees in Egypt – 28/01/2014 – Jadaliyya

La poursuite du conflit au Moyen-Orient et en Afrique du Nord au cours de la dernière décennie a provoqué une augmentation périodique et soudaine du nombre de réfugiés irakien, libyens, et plus récemment syriens en Egypte. Cependant, les groupes de réfugiés prédominantes dans le pays depuis les années 1990 ont été de la Corne de l’Afrique. Beaucoup de groupes de réfugiés de l’Afrique – de l’Érythrée, l’Ethiopie, la Somalie, le Soudan – ont résidé en Egypte sur une base semi-permanente au cours des deux dernières décennies.

Nétanyahou immobile face à l’isolement croissant d’Israël – 29/01/2014 – Le Monde

Les responsables des partis de la gauche israélienne comparent le premier ministre au commandant du Titanic : comme Edward Smith, qui avait ignoré les messages signalant des formations d’icebergs, Benyamin Nétanyahou reste sourd aux avertissements de ceux qui prédisent à Israël une catastrophe diplomatique, sous la forme de l’échec définitif de la solution de deux Etats, assorti d’un isolement international croissant.

Camp de réfugiés près de Gaziantep, au sud de la Turquie © OZAN KOSE/ AFP

Genève II : la désillusion des combattants syriens – 23/01/2014 – TV5 Monde

Dans une des tentes du campement de Baben au Liban, des hommes regardent un match de foot. La conférence de paix a commencé à Montreux, en Suisse, ce mercredi 22 janvier au matin. Mais parmi les combattants rebelles, la désillusion prévaut. Mohammed et Yahyia sont originaires de Homs et se sont battus dans les rangs de l’armée syrienne libre. Yahyia a été blessé par un tir d’obus et se déplace désormais à l’aide de béquilles. Ils n’espèrent rien de ce rendez-vous diplomatique.

De Syrische uitdaging stopt niet aan de onderhandelingstafel – 22/01/14 – De Morgen

Commence aujourd’hui la conférence de Genève II pour la paix en Syrie. La Belgique ne saura pas s’asseoir à la table et se mesurer avec un rôle modeste. Ce sont les grandes puissances au Conseil de sécurité et dans la région qui peut peser. Tout le monde se rend compte que le cessez-le-feu n’est pas possible que si les belligérants optent résolument pour une solution politique.

 

Par Philippe Bannier, Institut MEDEA

Situé géographiquement et politiquement à la périphérie du monde arabe, le Yémen est rarement au centre de l’actualité, mis à part pour évoquer les attentats terroristes de la puissante branche locale d’al-Qaïda, l’AQPA (al-Qaïda dans la Péninsule arabique), ou alors les conflits entre les différentes tribus qui peuplent le pays.

Pourtant, dans le sillage des révoltes arabes, le vent de liberté a également soufflé sur le Yémen dès janvier 2011, provoquant la démission d’Ali Abdallah Saleh en février 2012 au profit de son vice-président Abd Rab Mansour Hadi. Le pays fut sauvé de justesse de la guerre civile par la médiation du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), qui a été déterminante dans l’élaboration d’une feuille de route pour une transition politique démocratique.

Cette feuille de route prévoyait sur deux ans un président qui fasse consensus entre les forces politiques en présence, un gouvernement d’union nationale, une Conférence de Dialogue national réunissant l’ensemble des forces du pays, et la rédaction d’une Constitution. Celle-ci devra être, enfin, soumise par voie référendaire.

L'actuel président du Yémen, Abd Rabbu Mansour Hadi. Il a succédé à Ali Abdallah Saleh en février 2012, après 33 ans de règne (Photo : Reuters/Khaled Abdullah Ali al-Mahdi).

© Reuters/Khaled Abdullah Ali al-Mahdi. L’actuel président du Yémen, Abd Rabbu Mansour Hadi. Il a succédé à Ali Abdallah Saleh en février 2012, après 33 ans de règne.

Entre mars 2013 et janvier 2014, l’ensemble des acteurs de la société yéménite se sont réunis, afin de mettre en place une feuille de route et orienter le Yémen vers un Etat de droit[1]. Malgré quelques absences notables, dont la prix Nobel de la paix Tawakkol Karman, toutes les forces étaient représentées parmi les 565 délégués : membres de l’ancien régime, islamistes, socialistes, partisans de l’indépendance du sud, ou encore dignitaires tribaux.

Les travaux de la conférence se sont terminés le 25 janvier 2014. On peut retenir trois conclusions du document final : l’adoption d’une nouvelle Constitution dans un délai d’un an, qui devra être soumise par référendum ; le choix du fédéralisme comme structure politique du pays ; et le prolongement du mandat du président Mansour Hadi pour mener à bien la transition.

Comme l’écrit Nabil Subay : «le peuple yéménite ne constitue pas vraiment un peuple tant son histoire est morcelée et les solidarités nationales absentes»[2]. Dans un pays dont l’unité politique entre le nord et le sud ne remonte qu’à 1990, les allégeances politiques et les identités sont en effet multiples. Il en résulte un pays très divisé, en proie à une instabilité chronique.

L’un des mots d’ordre de la révolution yéménite était de dépasser les clivages tribaux, religieux, sociaux et politiques pour construire un Etat de droit. Dans l’abondante tradition poétique du Yémen, cette revendication, propre au pays, s’est traduite à travers des vers déclamés sur la place du Changement : «ô Ali ! Va-t’en, le peuple ne te veut pas, et le peuple, ô Ali !, est mon seigneur et le tien».

La Conférence de Dialogue national, même si elle a permis un accord de principe sur la structure fédérale du pays, n’a pas réglé les modalités de ce fédéralisme. Le nombre de régions au sein de l’Etat fédéral n’a pas été décidé, car les désaccords sont profonds entre ceux qui souhaitent un morcellement du pays en plusieurs régions[3], afin de briser les revendications indépendantistes du sud, et ceux qui veulent que les régions se confondent avec les frontières d’avant-1990.

La réunification en 1990 a été vécue par le sud comme une véritable annexion, puisque les plus hauts postes étaient accaparés par des dignitaires du nord. Le pays fait également face à une rébellion au nord, dans la province de Saada, à la frontière avec l’Arabie Saoudite, qui s’est transformée en conflit armé depuis 2004. Ces rebelles, issus du zaïdisme, une branche du chiisme, réclament l’autonomie de leur province.

Des Yéménites du sud manifestent en faveur de l'indépendance, 23 ans après l'unification du Yémen (Photo : Peter Salisbury/Al Jazeera).

© Peter Salisbury/Al Jazeera. Des Yéménites du sud manifestent en faveur de l’indépendance, 23 ans après l’unification du Yémen.

De nombreux enjeux attendent les futurs dirigeants du Yémen : le pays possède un très faible Indice de développement humain (IDH), qui est calculé sur l’espérance de vie à la naissance, le niveau d’éducation et le niveau de vie, puisqu’il est classé 160ème sur 186. De plus, la moitié de la population yéménite vit sous le seuil de pauvreté[4]. Cette situation de détresse s’est encore aggravée avec la période révolutionnaire.

La question de l’accès à l’eau est sans doute l’un des enjeux majeurs que les futures autorités auront à traiter. En effet, le Yémen fait partie des dix pays au monde les plus pauvres en eau. Selon les données de la Banque mondiale, un pays est pauvre en eau du moment qu’il dispose d’une quantité inférieure à 1 000 m³ par tête. Le Yémen, lui, dispose de 200 m³ par tête. Et la situation n’est pas prête de s’arranger, puisque d’après les estimations du ministère yéménite de l’Eau, les ressources aquifères de Sanaa seront épuisées en 2020[5].

Cependant, la communauté internationale est avant tout préoccupée par le défi sécuritaire. A la faveur du soulèvement de 2011, l’AQPA a commencé à occuper des pans entiers du territoire, notamment dans la province d’Abyan. Cette logique a été facilitée par le retrait systématique des troupes du régime, dont le but était de faire monter l’influence et agiter la menace d’al-Qaïda pour mettre sous pression à la fois les manifestants et la communauté internationale, en particulier les Etats-Unis.

La consolidation de l’Etat yéménite et son ancrage dans la société, ainsi que dans les mentalités, sont le début d’un long processus du Yémen vers un Etat de droit, une économie viable et une situation sécuritaire favorable. La concrétisation des objectifs fixés par la Conférence de Dialogue national, ainsi que le soutien des forces politiques à la transition démocratique, seront le meilleur remède à la présence de l’AQPA.



[1] On retrouvera les principaux participants ici : http://www.thenational.ae/news/world/middle-east/yemen-national-dialogue-conference-participants

[2] Subay Nabil, «Un peuple en quête de convergence : la révolution yéménite face à un pays fragmenté». In : Bonnefoy Laurent, Mermier Franck et Poirier Marine (dir.), Yémen. Le tournant révolutionnaire, Editions Karthala et CEFAS, Paris, 2012, pp.149-161.

[3] Il a été proposé de diviser le nord en quatre régions et le sud en deux régions.

[4] http://www.al-monitor.com/pulse/security/2014/01/yemen-poverty-conflict-food-insecurity.html

[5] http://revueaverroestest.files.wordpress.com/2011/04/art-morsi-revue-averroc3a8s-n2-repc3a8res-janv2010.pdf

 

Photo de la semaine

Noura al-Amir

Originaire de Homs, Noura al-Amir, 26 ans, fait partie de la délégation de l’opposition syrienne à Genève 2, après avoir été torturée dans les prisons du régime (Photo : AFP).

 

Opinion

Comment lire la politique étrangère libanaise à l’heure de la crise syrienne ?

Par Raphaël Gourrada, diplômé de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne en sciences politiques, mention relations internationales, et doctorant à l’EHESS.

Depuis sa création en 1920, le Liban a pendant longtemps vu sa politique étrangère orientée en fonction des aléas de ses relations avec le voisin syrien. La guerre civile libanaise de 1975-1990, et le stationnement des troupes syriennes sur lequel elle déboucha, ne firent qu’accentuer le poids de la Syrie et sa prise en compte dans les calculs et manœuvres des différents acteurs de la scène politique libanaise.

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Par Raphaël Gourrada, diplômé de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne en sciences politiques, mention relations internationales, et doctorant à l’EHESS.

Depuis sa création en 1920, le Liban a pendant longtemps vu sa politique étrangère orientée en fonction des aléas de ses relations avec le voisin syrien. La guerre civile libanaise de 1975-1990, et le stationnement des troupes syriennes sur lequel elle déboucha[1], ne firent qu’accentuer le poids de la Syrie et sa prise en compte dans les calculs et manœuvres des différents acteurs de la scène politique libanaise. Depuis la « Révolution du Cèdre » de 2005, la scène politique libanaise est structurée en deux blocs antagonistes, les mouvements du 8 mars et du 14 mars, respectivement allié de la Syrie des Assad, et opposé à celle-ci. Il était évident que la crise syrienne de 2011 aurait de fortes répercussions sur la scène politique libanaise. Or, la politique étrangère libanaise a consisté en un vacillement précaire entre la prudence et un véritable attentisme passant de la « politique de dissociation » prônée par le Président Michel Sleiman, à l’opposition du Liban lors du vote d’exclusion de la Syrie de la Ligue arabe en novembre 2011, ou le refus du ministre chiite des Affaires étrangères Adnane Mansour de transmettre une lettre de protestation du chef de L’Etat à Bachar al-Assad, sans oublier la procrastination de l’Etat libanais face à la problématique des refugiés syriens. Il est ainsi relativement difficile de lire cette politique étrangère sans comprendre les dynamiques sous-jacentes à sa formulation. Il s’agit donc dans cet article de proposer certaines grilles de lecture en partant des théories des Relations internationales, ou du moins des théories d’analyse des politiques étrangères.

 

Le président libanais Michel Sleimane prône une politique de distanciation à l'égard de la Syrie (Photo : Reuters, Dalati Nohra/Handout).

© Reuters/Dalati Nohra/Handout. Le président libanais Michel Sleimane prône une politique de dissociation à l’égard de la Syrie.

L’objectif revendiqué est donc de lire et de comprendre la politique étrangère, et d’en dégager des dynamiques constitutives. De manière plus générale, il s’agit de décrypter un événement, ou une série d’événements dont le sens nous échappe, à l’aide d’un usage raisonné et raisonnable des théories des Relations internationales[2] à notre disposition. Usage raisonné et raisonnable en ce sens qu’il convient de ne pas partir des théories des Relations internationales pour les appliquer de manière rigide à la lecture d’un événement, mais bien d’y recourir comme à des outils d’analyse en fonction d’un besoin de compréhension. Nous tacherons donc d’éviter le piège de l’enfermement dans un paradigme unique, en montrant certes l’utilité mais également les limites d’une théorisation des relations transnationales[3]. Via cette épistémologie, nous soulignons la nécessité du recours à une véritable sociologie des Relations internationales, et plus particulièrement du Moyen-Orient, démarche nécessaire afin de saisir au mieux la réalité politique complexe de cette région[4].

Analyse des politiques étrangères : un rapide panorama théorique

Avant d’approcher la politique étrangère libanaise vis-à-vis du voisin syrien et de la lire au moyen d’outils théoriques, il convient de rappeler brièvement l’évolution de la réflexion théorique en matière de politique étrangère, afin de justifier notre recours à certaines grilles de lecture, et de désigner les paradigmes par rapport auxquels nous nous inscrivons en faux. La politique étrangère occupe une place importante dans le « champ académique » des Relations internationales, car elle désigne l’ensemble des actions menées par les acteurs internationaux. Cet objet désigne généralement « l’instrument par lequel un État tente de façonner son environnement politique international »[5]. Cette définition laisse entrevoir deux des nombreux débats agitant l’analyse des politiques étrangères, mais également les Relations internationales en tant que discipline : l’identification des acteurs de la politique étrangère (et par extension des relations internationales) et leurs marges de manœuvre (c’est-à-dire leur capacité, ou non, à être acteur de ces relations internationales). La politique étrangère constitue l’objet sur lequel se sont effectuées les premières passes d’armes entre paradigmes. Ceux-ci sont forgés au sein de plusieurs « écoles théoriques ». Le réalisme classique tout d’abord se propose d’analyser la politique étrangère en posant deux postulat : l’État est le seul acteur de la politique étrangère (state-as-sole-actor) et c’est un acteur unitaire, une entité réifiée, dotée presque d’une personnalité propre (state-as-a-unitary-actor)[6]. Un autre postulat nous concernant ici est celui de la dichotomie entre politique intérieure et politique extérieure. Cette dernière serait en effet déterminée uniquement par les contraintes extérieures d’un environnement anarchique, car non régulé par une quelconque instance internationale, qui serait susceptible de remplir le rôle de l’État-Léviathan[7]. Ainsi, malgré leurs différences, des auteurs réalistes tels que Raymond Aron, ou Hans Morgenthau soulignent tout deux, parfois normativement, la nécessité d’une non prise en considération des enjeux nationaux, voire de l’opinion publique, dans la conduite diplomatique. L’école néo-réaliste, issue en partie de cette première école, et représentée par l’américain Kenneth Waltz, nuancera cette représentation de l’État comme seul acteur structurant l’activité diplomatique en introduisant des contraintes d’ordre systémique, sans pour autant décaler la focale théorique au niveau sociétal. Il faut attendre la « révolution behaviouraliste »[8] pour que la fiction de l’État unitaire soit mise à mal par le développement de l’approche décisionnelle de la politique étrangère, dont le représentant le plus connu est Graham Allison. Prenant comme cas d’étude la crise des missiles soviétiques sur le sol cubain ayant opposé les Etats-Unis de Kennedy à l’URSS de Khrouchtchev[9], Allison se propose d’expliquer le dénouement de cette crise à travers trois modèle d’analyse : le modèle de l’acteur rationnel (le chef d’État fait un calcul coûts/avantages qui débouche sur une prise de décision), le modèle organisationnel (la politique étrangère est le fait de routines organisationnelles, de procédures préétablies, le décideur devenant ici tributaire des différents services gouvernementaux), et le modèle bureaucratique (la politique étrangère est le fruit d’une négociation âpre au sein des administrations, entre des acteurs collectifs et individuels qui tentent tous selon leurs perceptions et leurs intérêts, à orienter cette politique publique)[10]. C’est surtout ce dernier modèle qui nous intéresse ici, car il met en exergue la dimension de concurrence entre les acteurs participant à la construction et à l’élaboration de la politique étrangère, selon des intérêts propres à leur identité, ou du moins, selon Allison, à leur statut au sein de l’administration : « where you stand depends on where you sit »[11]. Toutefois, si cet apport théorique déconstruit le postulat de l’État comme acteur homogène, il ne remet nullement en cause celui du stato-centrisme des analyses de la politique étrangère. Plusieurs auteurs, que nous citerons brièvement, ont contribué à intégrer d’autres variables dans la pratique de cette sous-discipline. La « théorie des prospects » d’Alex Mintz met en évidence la dimension de l’instinct de survie politique dans les calculs des décideurs lors de leur élaboration de la politique étrangère. De même, certains auteurs soulignent le rôle joué par la révolution des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC), vecteurs d’une globalisation de l’information. Il n’est pas exagéré de dire que la manière de concevoir et de décider la politique étrangère a davantage changé depuis les années 1990 qu’au cours de la Guerre froide : l’information abonde, circule vite, et se démocratise. Le skilful individual que James Rosenau analysait en 1997 est désormais mieux informé, et peut suivre et s’intéresser aux débats en politique étrangère[12], son opinion est désormais prise en compte dans la construction des politiques étrangères des régimes soumis aux aléas des élections. De même, les apports théoriques de Robert Putnam – analysant la politique étrangère comme un « jeux à deux niveaux », fruit d’un compromis entre acteurs étatiques internationaux d’une part, et entre acteurs politiques au niveau national d’autre part – sont à souligner[13]. Putnam ouvre ainsi une brèche en prenant en compte les « juniors players » (opinion publique, médias, etc…).

Partant de ces débats théoriques entourant l’analyse de la politique étrangère, nous disposons à présent de quelques pistes analytiques afin de lire la politique libanaise vis-à-vis de la Syrie. Les lecteurs auront saisi de quels paradigmes nous nous éloignons, et quelles pistes intellectuelles nous privilégions, mais précisons toutefois que ces dernières ne constituent ici qu’un cadre de réflexion nous amenant à porter un regard sur d’autres types d’acteurs, et non des paradigmes sanctifiés dont nous adapterions aveuglement la rigidité théorique au cas étudié ici.

La politique étrangère libanaise tributaire du consociativisme et soumise à une concurrence entre acteurs politiques

La politique étrangère du « Pays du Cèdre » demeure profondément tributaire de son régime politique si particulier. Depuis l’adoption du Pacte national de 1943, consacrant la répartition des pouvoirs politiques entre les différentes communautés sunnite, chiite et chrétienne maronite, et davantage depuis le traumatisme de la guerre civile qui déchira le pays d’avril 1975 à octobre 1990, la vie politique libanaise repose sur un équilibre précaire, transcommunautaire, dont l’État peine à se faire l’arbitre, alors que les commentateurs les plus sévères n’hésitent pas à évoquer un véritable déficit étatique face à l’impotence du pouvoir central. Le pays semble davantage géré par ces structures intermédiaires, que sont les ‘asabiyya, ou ces « communautés religieuses »[14], véritables structures sociabilisantes, exerçant un pouvoir social et une influence implicites mais réels sur la population[15]. L’histoire du Liban renvoie à l’existence de millet (communautés sous l’empire ottoman) cohabitant tant bien que mal. Les affrontements druzo-chrétiens des années 1840-1860, ainsi que la guerre civile qui déchira le Pays du Cèdre de 1975 à 1990, ont contribué à sacraliser le « consociativisme » dans l’imaginaire politique collectif[16]. Dès lors, comme le précise Joseph Bahout, le « consociativisme » perçu comme fin en soi et non comme moyen, devient un véritable blocage paralysant toute construction d’un lien social transcommunautaire[17]. Le système « consociatif » prend corps à travers un confessionnalisme politique figé[18]. Dès lors, le système politique libanais consacre davantage la primauté des communautés sur les institutions étatiques, ces dernières n’ayant aucune possibilité de construire un lien social transcommunautaire. « L’interaction entre l’État et la société passerait par les ‘asabiyya »[19], ces dernières paralysant le lien social entre ces deux corps. Il est donc délicat d’approcher la construction de la politique étrangère libanaise, sur un sujet aussi sensible que la Syrie, en maintenant la focale au niveau des institutions étatiques. Cette politique publique s’exprime in fine certes via ces structures, mais elle se construit au sein des communautés de solidarités sociales que sont les ‘asabiyya. Impossible d’ignorer les junior players sciemment écartés des analystes réalistes, l’exemple libanais offrant ainsi son premier « pied-de-nez » aux paradigmes dominant les théories des Relations internationales. En effet, la répartition confessionnelle des institutions pose la question des acteurs de la politique étrangère libanaise : qui sont-ils ? En s’inscrivant dans le sillage des apports de la Foreign Policy Analysis, explicités plus haut, nous nous devons d’interroger sinon le processus décisionnel, du moins les acteurs impliqués dans ce processus, et les rapports qu’ils entretiennent. Si l’on se concentre sur l’exécutif libanais, force est de constater que la politique étrangère demeure l’apanage du ministre des affaires étrangères (et par extension le Premier ministre, qui « conduit » la politique du gouvernement), et du Président de la République. Le modèle bureaucratique « allisonien » nous fourni une grille d’analyse pertinente et nous amène à considérer le cas, comme en 2011, où ces deux acteurs institutionnels au mieux n’appartiennent pas à la même communauté, voire à la même ‘asabiyya, au pire sont issus de deux factions rivales, et donc opposés sur la conduite de la politique étrangère. Une telle situation est observable alors que se déclenche la crise syrienne mi mars 2011.

Si, dans le contexte des « révolutions arabes », les bouleversements internes n’ont pas touché le Pays du Cèdre, les troubles syriens l’affectent de plus en plus, et l’équilibre politique et la paix civile du pays sont menacés dès les premiers développements syriens de l’année 2011. Depuis la Conférence de Paris de 1919, et la décision de créer un Grand Liban, indépendant de son voisin syrien, les deux États ont vu leurs histoires respectives profondément liées l’une à l’autre, et il ne paraît pas excessif de dire que tout événement affectant l’une de ces deux parties impacte automatiquement l’autre. Cette interdépendance, ce destin partagé par ces deux États si proches st visible dès lors que l’on observe l’organisation de l’espace politique libanais depuis 2005. Avant cette date, la Syrie maintenait une présence armée au Liban, garante du maintien de la paix et de la stabilité depuis l’Accord de Taëf de 1990. Le réveil nationaliste qui caractérise l’année 2005, suite à l’assassinat du Premier ministre de l’époque Rafic Hariri, conduisant au retrait précipité des troupes syriennes du Liban, et connu sous le nom de « Révolution du Cèdre », est vu comme l’acte fondateur de l’organisation politique libanaise actuelle : la scène politique du pays se divise dès lors entre partisans et opposants au régime de Damas, respectivement nommés Mouvement du 8 mars et Mouvement du 14 mars. Curieuse structure politique que celle du Liban régie par les enjeux régionaux et non les préoccupations de politique interne que peuvent être le chômage, l’accès au logement, à l’alimentation, etc… C’est dans ce contexte qu’éclatent les premiers soulèvements en Syrie. Premier ministre libanais depuis janvier 2011, Nagib Mikati n’arrive à constituer son gouvernement qu’en juin de la même année. Formant un cabinet dominé par la mouvance hezbollahie, Mikati s’accorde toutefois implicitement avec le Président Michel Sleiman pour suivre une ligne politique neutre vis-à-vis de la Syrie. Cette politique dite de « dissociation » est malheureusement délicate à maintenir pour un pays comme le Liban envers un voisin toujours animé d’un certain irrédentisme depuis la formation du Grand Liban, et désireux de garder une main active sur les affaires libanaises.  2011 se caractérise par les premiers positionnements libanais vis-à-vis de la crise syrienne, entre soutien à Damas[20] et dénonciation des dérives autoritaires du régime (sous l’impulsion du Courant du Futur haririste notamment), et demeure véritablement l’année test de la politique de « dissociation » prônée dès le début du mandat de Michel Sleiman[21]. Afin de trancher avec les pratiques de son prédécesseur[22], le Président souhaite normaliser les relations avec la Syrie et jouer la carte de la transparence. Néanmoins, en accord avec le Premier Ministre Nagib Mikati, Michel Sleiman mène une politique de « dissociation » afin d’éviter d’impliquer le Liban dans les enjeux régionaux avec son voisin. Le Président est conscient que le Pays du Cèdre est la véritable caisse de résonance des conflits régionaux qui se répercutent sur son territoire. Afin de maintenir un équilibre de plus en plus précaire, les relations avec la Syrie ont été maintenues, et le Conseil supérieur libano-syrien a également été réactivé en 2008[23].

Le Premier ministre démissionnaire Najib Mikati a essayé difficilement de dissocier le Liban du conflit syrien (Photo : AP).

© AP. Le Premier ministre démissionnaire Najib Mikati a essayé difficilement de dissocier le Liban du conflit syrien.

L’année 2011 : heurts et malheurs de la «  politique de dissociation »

Le déclenchement de la crise syrienne au printemps 2011 entraine l’inquiétude des milieux dirigeants libanais car ceux-ci doivent maintenant gérer une situation de crise susceptible de déborder sur la scène politique du Pays du Cèdre pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, le positionnement par rapport à Damas structurant la scène politique libanaise, le moindre bouleversement stratégique et politique en Syrie influe sur l’équilibre des forces au Liban. L’absence de réaction officielle est dans un premier temps favorisée par la vacance du leadership politique à la tête de l’État[24]. Puis, afin de ne pas perdre toute légitimité aux yeux de la société civile libanaise, et pour ne pas retourner dans l’état de chaos ayant précédé son élection et celle du nouveau cabinet de Nagib Mikati, le Président Sleiman s’abstient de toute prise de position dans ses discours. C’est pour cette raison qu’une alliance tacite et de principe est née entre le Président Michel Sleiman et le Premier ministre Nagib Mikati, ce dernier désirant marquer son indépendance vis-à-vis du Hezbollah[25], parti politique dominant alors le cabinet ministériel. Cette ligne centriste, à laquelle participent quelques ministres comme celui de l’intérieur Marwan Charbel, proche du Président Sleiman, souhaite poursuivre plus que jamais la politique de « dissociation » en proclamant la neutralité du Liban. Entre volonté de démarcation, et attentisme diplomatique, la ligne des centristes du cabinet Mikati entend ne pas dévier de sa route, comme le révèlent deux exemples probants : le peu d’implication du gouvernement dans l’aide aux réfugiés Syriens[26], et la neutralité très relative du Liban lors des délibérations diplomatiques, en particulier[27].

Ce deuxième cas est typique des défis rencontrés par les tenants de la « dissociation ». Le vote du Liban contre la suspension de la Syrie de la Ligue arabe en novembre 2011 achève de brouiller les pistes d’une lecture de l’activité diplomatique libanaise, et amène à porter le regard sur les concurrences entre acteurs politiques, comme le préconisait Allison. Ainsi, alors que Mikati et Sleiman s’accordent sur une ligne politique relativement neutre, le ministre des Affaires étrangères Adnane Mansour (membre du parti Amal et proche du Hezbollah) mène quant à lui une politique conciliante, sinon d’allégeance vis-à-vis de Damas. Ce flou diplomatique alternant entre attentisme, procrastination et soutien tacite au régime de Bachar al-Assad contribue à tendre les débats politiques au Pays du Cèdre, où la ligne politique prônée par le Président Sleiman devient de moins en moins tenable. Ces critiques émanent tout d’abord des Forces libanaises et du Courant du Futur (parti haririste), présents au sein du Mouvement du 14 mars, et contempteurs de la politique menée par le gouvernement en matière de diplomatie avec la Syrie. Bien que la conduite de cette diplomatie soit du fait d’Adnane Mansour, c’est toute  la crédibilité de la politique de « dissociation » qui est ici questionnée par les forces de l’opposition[28]. Ceci explique notamment pourquoi, après les échecs de l’opposition libanaise lors des prises de décision de la Ligue Arabe, le Président de la République a décidé de donner une ligne de conduite plus lisible et compréhensible, mais également plus équilibrée à sa politique. Ainsi, Michel Sleiman a demandé en juillet 2012 à Adnane Mansour de transmettre une lettre de protestation au Président Syrien Bachar al-Assad, ce que celui-ci a refusé, bafouant ainsi, aux yeux de l’opinion, la dignité et l’autorité du Président de la République, lui redonnant paradoxalement davantage d’autorité. Par suite, la ligne de conduite du président Sleiman semblera  de plus en plus guidée par une volonté de protester contre la tournure meurtrière des événements en Syrie[29].

Dès lors que nous dépassons l’analyse de la politique étrangère comme le fruit du calcul rationnel d’un État unitaire pour nous plonger davantage dans sa construction et sa formulation, celle-ci apparaît comme la résultante de concurrences intercommunautaires et de positionnements. Les communautés de solidarité sociale, les ‘asabiyya, régissent plus que jamais l’activité politique du pays, et sont les principales instigatrices des positionnements communautaires. Ayant leurs propres rites sociabilisants, ces communautés demeurent la structure de référence des Libanais face à un État déficitaire n’ayant que peu d’emprise sur la population, comme en témoigne l’exemple du Président Sleiman[30] : désireux de s’affranchir de la tutelle communautaire, ambitionnant de rétablir l’autorité de l’État et de ne pas raviver les tensions entre communautés alors que le conflit syrien menace d’embraser son voisin, le Président peine en réalité à suivre une ligne politique neutre et inflexible car il est pris sous les assauts des différents leaders communautaires. Ces derniers demeurent en revanche bien décidés à se positionner par rapport à ce conflit afin de renforcer leur légitimité à « parler pour la communauté » et d’en monopoliser la représentation. Dès lors, cela empêche toute construction homogène et cohérente d’une politique étrangère, en particulier avec un pays déclenchant autant de passions que la Syrie. La rupture du lien social entre les instances étatiques et la population, ainsi que sa monopolisation par les structures partisanes, achèvent de nous convaincre qu’une analyse « macro » stagnant à l’échelle de l’État ne peut fournir les clés de compréhension nécessaires dans ce cas précis, et qu’une approche davantage sociologique, acceptant de pénétrer les ‘asabiyya et les structures partisanes au sein desquelles se construisent les identités libanaises, est la seule apte à nous fournir une grille de lecture pertinente.

L’auteur a participé à l’ouvrage que l’on peut retrouver ici.



[1] Les Accords de Taëf (Arabie Saoudite) ratifiés en novembre 1989, signent la fin officielle de la guerre civile qui déchira le Liban depuis avril 1975. La fin de ce conflit meurtrier, s’étant préalablement généralisé à l’échelle régionale suite aux interventions israélienne et syrienne, débouche sur une véritable « mise sous tutelle » syrienne du Liban, notamment via une présence armée de ce voisin envahissant au sens propre et figuré.

[2] Les « relations internationales » désignent ici les actions entreprises par les acteurs internationaux, alors que les « Relations internationales » concernent le domaine d’étude universitaire.

[3] Nous faisons ici référence aux débats entourant une possible théorisation ou non des Relations internationales. Éternel débat qui ne connaîtra pas d’issue, bien qu’il agite aujourd’hui moins la recherche en Relations internationales qu’il y a vingt ans, pléthore de travaux ayant été publiés sur le sujet. Citons néanmoins la leçon de Raymond Aron concernant les difficultés d’une théorisation des Relations internationales : Raymond ARON, « Qu’est ce qu’une théorie des relations internationales ? », Revue française de science politique, 17e année, numéro 5, 1967, pages 837-861.

[4] Démarche suivie notamment dans le manuel de Hamit Bozarslan, Sociologie politique du Moyen-Orient, La Découverte, Paris, 2011, 125 pages.

[5] Frédéric CHARILLON, Politique étrangère. Nouveaux regards, Presses de Sciences Po, Paris, 2002, page 13.

[6] Edward E. CARR, The Twenty Years’ Crisis, Macmillan, London, 1949, 239 pages. Carr reconnaît toutefois qu’attribuer une « personnalité » propre à l’État est un procédé fictif nécessaire afin d’approcher la politique étrangère en tant qu’objet, et l’acteur la formulant.

[7] Les réflexions de Thomas Hobbes sont en partie à la source de nombreux postulats réalistes.

[8] « La révolution behaviouraliste » désigne les débats méthodologiques ayant opposé les réalistes classiques aux behaviouralistes, ces derniers préférant se concentrer sur des phénomènes et saillances physiquement et quantitativement observables afin d’approcher au plus près la réalité, et aboutir à l’exactitude scientifique.

[9] Crise s’étant déroulée au mois d’octobre 1962, elle représente l’apogée des tensions entre les Etats-Unis et l’URSS. Des avions de reconnaissance américains découvrent des rampes de lancement de fusées soviétiques offensives installées à Cuba. La crise s’achève par le démantèlement soviétique de ces rampes contre le retrait des missiles américains de Turquie et la promesse d’une non-invasion de l’île de Cuba.

[10] Graham T. ALLISON, The Essence of Decision : Explaining the Cuban Missile Crisis, Brown and Co., Boston, 1971, 338 pages.

[11] Idem page 176.

[12] James ROSENAU, Michael FAGEN, « A new dynamism in world politics. Increasingly skilful individuals », International Studies Quarterly, 41 (4), décembre 1997, pages 655-686.

[13] Robert PUTNAM, « Diplomacy and Domestic Policy. The Logic of Two-Level Games », International Organization, 42 (3), été 1988, pages 427-460.

[14] Nous parlons dans cet article de « communautés religieuses libanaises » pour désigner les quelques dix-sept groupes confessionnels différents présents au Liban, car la référence confessionnelle est le principal pourvoyeur d’identité au Liban. Néanmoins, l’observation empirique de la réalité, couplée aux analyses de spécialistes du Liban, comme Elizabeth Picard, ne font aucun doute : ces communautés possèdent leurs propres dynamiques socialisantes, leurs propres codes et rites sociaux, ce qui en fait des « communautés sociales », avant d’être des « communautés religieuses ». Ces ‘asabiyya (communautés de solidarités sociales), concept légué par Ibn Khaldoun, sont de véritables corps intermédiaires entre la société et l’État, et sont la structure de référence pour la communauté. Cf Elizabeth PICARD, « Les liens primordiaux, vecteurs de dynamiques politiques, in Elizabeth PICARD (dir.), La politique dans le monde arabe, Armand Colin, Paris, 2006, pages 55-77, et Michel SEURAT, « Le quartier de Bâb Tebbâné à Tripoli (Liban) : étude d’une ‘asabiyya urbaine », in Mouvements communautaires et espaces urbains au Machreq, CERMOC, Beyrouth, 1985, pages 45-86.

[15] Ce groupe de solidarité peut être un moyen de conquête du pouvoir ou de préservation de celui, comme il peut être instrument de sa contestation. Cf Hamit BOZARSLAN, Sociologie politique du Moyen-Orient, opus cité, pages 33-35.

[16] Par système « consociatif », nous entendons un système au sein duquel les groupes politiques s’accordent implicitement à préserver une certaine stabilité sociale.

[17] « On ne le dira pas assez, le consociativisme ne saurait avoir été inventé autrement que comme moyen, et non pas comme fin. À le devenir, il se transforme en blocage, dont le dépassement laisse peu de place à autre chose qu’à la violence », Joseph BAHOUT « Du pacte de 1943 à l’accord de Taëf. La réconciliation nationale en question au Liban », in Jean HANNOYER (dir.), Guerres civiles. Économies de la violence, dimensions de la civilité, Karthala-CERMOC, Paris, 1999, pages 302.

[18] Depuis l’accord de 1943 entre le maronite Bechara el-Khoury et le sunnite Ryad el-Sohl, la présidence de la république est dévolue à un chrétien, le premier ministre est un sunnite, alors que la présidence du Parlement revient à la communauté chiite. La répartition des sièges des députés suit elle aussi une logique communautaire.

[19] Franck MERMIER, Sabrina MERVIN, « Introduction », in Franck MERMIER, Sabrina MERVIN (dir.), Leaders et partisans au Liban, Karthala-IFPO-IISMM, Paris-Beyrouth, 2012, page 54.

[20] Et parfois, comme nous l’apprendrons plus tard, aide logistique à la répression, dans le cas du Hezbollah notamment.

[21] « “Historiquement, le président est pris dans des relations contradictoires avec les Chrétiens, d’un côté, et la Syrie, de l’autre. Sleimane, en tant que président de consensus, doit avoir des relations sereines avec la Syrie. S’il avait une attitude partisane, ce serait un très mauvais départ. Il n’y a pas de réconciliation nationale, ni même d’accord politique possible sans rapports normalisés avec Damas“. Entretien de Crisis Group, une personnalité chrétienne de l’opposition, Beyrouth, 4 juillet 2008. L’annonce formelle d’un échange d’ambassades entre les deux pays, faite à Paris le 13 juillet 2008, est une première victoire en la matière, laissant entendre que le président est susceptible de jouer un rôle moteur dans la normalisation effective des relations entre Beyrouth et Damas », INTERNATIONAL CRISIS GROUP, “La nouvelle équation libanaise: le rôle central des chrétiens”, op. cit., page 22.

[22] Emile Lahoud, prédécesseur de Michel Sleiman était ardemment critiqué pour avoir adopté une ligne politique très conciliante vis-à-vis de Damas, ayant de ce fait entretenu une mise sous tutelle du Liban par la Syrie.

[23] Instance de dialogue diplomatique principale entre Beyrouth et Damas, le Conseil supérieur libano-syrien est perçu par de nombreux acteurs politiques comme l’appareil permettant à Damas de maintenir une tutelle sur le Liban. Cf « Réactiver le Conseil libano-syrien, meilleure solution ? », La Revue du Liban, 2/08/08.

[24] Nous avons vu que le Liban est resté sans gouvernement pendant près de six mois en 2011.

[25] Cf « Juppé : Mikati a su conserver « une marge de manœuvre » malgré l’emprise du Hezbollah », L’Orient-Le Jour, 23/02/12.

[26] Le témoignage de deux frères Syriens, artistes renommés et opposants au régime de Damas,  réfugiés au Liban avant de prendre la fuite pour le Caire, parut décrédibiliser le gouvernement pendant un temps. En effet, ces deux frères ont affirmé « ne pas se sentir en sécurité » à Beyrouth, redouter des enlèvements et de se faire livrer à nouveau à l’Armée syrienne. Michel Sleiman a tenu à se prononcer sur la question afin de redonner à l’État sa crédibilité et sa légitimité : « certaines parties souhaitent faire de la question des Syriens déplacés par la force vers le Liban, en raison des incidents sécuritaires en Syrie, un élément de récupération politique et une tentative d’adresser des critiques et d’initier des campagnes contre le gouvernement dont les objectifs sont bien connus [] L’État libanais a rempli ses devoirs humanitaires vis-à-vis de nos frères syriens à tous les niveaux et dans les limites de ce qui est possible de la part du Haut-Comité de secours et du ministère des Affaires sociales », « Aide aux réfugiés syriens : Sleiman et Mikati s’efforcent de démentir le 14 Mars », L’Orient-Le Jour, 11/11/11.

[27] Concernant l’action diplomatique du gouvernement Mikati, et prônée par Michel Sleiman, la politique de dissociation a amené le Liban, entre autre, à voter contre la suspension de la Syrie de la Ligue arabe, entrainant de ce fait une volée de critiques de la part du Mouvement du 14 mars : « L’attitude du gouvernement Mikati est loin de toute neutralité et elle est contre le principe de l’impartialité du Liban [] il s’agit d’un « précédent dans l’histoire diplomatique libanaise qui rompt ainsi avec toutes les valeurs sur lesquelles le Liban a été fondé », propos de Farid Makari (Courant du Futur), in « L’opposition exprime sa honte après le rejet par Beyrouth de la résolution arabe sur la Syrie », L’Orient-Le Jour, 13/11/11.

[28] À ce titre, le quotidien « L’Orient-Le Jour », proche du 14 mars, s’interroge sur la pertinence de la diplomatie d’Adnane Mansour : « Adnane Mansour est-il le ministre des AE du Liban ou de la Syrie ? », L’Orient-Le Jour, 26/07/12.

[29] « Pour la première fois depuis 2008, Sleiman n’aurait pas présenté ses vœux à Assad pour le Fitr », L’Orient-Le Jour, 21/08/12.

[30] Celui-ci demeure en fin de compte assez isolé, sans véritable base électorale, et sans structure partisane à sa disposition, susceptible de promouvoir sa ligne politique.