28/02/2014

La convention d’armes historique entre l’Irak et l’Iran renforce les contrastes au niveau de la communauté internationale

Par Mattijs Messely, Institut MEDEA

Le contrat d’achat d’armes qui a récemment été conclu entre l’Iran et l’Irak, d’une valeur estimée à presque 200 millions de dollars, est remarquable, d’une part, à cause de la vitesse avec laquelle ce contrat a été décidé et, d’autre part, à cause du manque de clarté avec lequel il a été décidé. Des observateurs disent être surpris par l’urgence de la nouvelle convention et la nouvelle tournure que donne cet accord à un certain nombre d’événements importants dans le Moyen-Orient. Reuters a pris connaissance il y a seulement quelques jours de l’existence d’un total de huit contrats pour toutes sortes de produits militaires, parmi lesquels des armes et des appareils électroniques. Les États-Unis ont demandé aux pays concernés d’être transparents, parce que ce dossier est très sensible. Les deux pays nient et ne confirment pas, mais l’Irak répond que l’existence d’une telle convention ne serait que logique.

© PressTV.ir, Iran’s President Hassan Rouhani (R) and Iraqi Prime Minister Nouri al-Maliki meet in Tehran on December 5, 2013.

Cet achat soulève de nombreuses questions, et ce, parce que l’embargo sur les armes de l’ONU contre l’Iran est encore en vigueur, donc en accord avec la résolution 1747 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui interdit pour tous les pays d’acheter des armes de fabrication iranienne. En outre, l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité avec l’Allemagne sont en dialogue sur la capacité nucléaire de l’Iran, le tout étant coordonné par Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne.

Cependant la convention n’est pas aussi remarquable que cela. Premièrement, l’Irak a déjà demandé aux États-Unis en novembre 2013 d’acheter des armes supplémentaires, mais Washington n’a pas donné suite à la demande à cause de la sensibilité politique du dossier. Selon quelques initiés, le Premier ministre Nouri Al-Maliki est exaspéré des retards de livraisons d’armes américaines. On peut désormais douter que les États-Unis envisagent un soutien militaire à l’Irak, maintenant que la convention a été signée avec l’Iran.

Ensuite il y a quelques éléments aux niveaux international et national qui peuvent expliquer ce rapprochement. En Irak, ces derniers mois ont été caractérisés par une augmentation des tensions et des violences sectaires dans certaines parties du pays. L’EIIL – l’Etat Islamique en Irak et au Levant – a renforcé son influence et son contrôle dans la région de Fallujah et Ramadi. Ce groupe fondamentaliste est de plus en plus actif dans différents pays du Moyen-Orient et a divisé la région entre la ville de Fallujah et la frontière Irak-Syrie de l’autorité centrale de Bagdad. L’Arabie Saoudite est accusée de livrer des armes et de donner d’autres soutienss à l’EIIL pour élargir son influence dans la région. Le fait que les ministres sunnites ainsi que les ministres chiites veuillent renforcer les relations avec l’Iran chiite est expliqué par quelques observateurs comme une réaction sur ce qui est décrit comme étant la géopolitique de l’Arabie Saoudite et des États-Unis dans le Moyen-Orient. Selon Ali Mussawi, porte-parole du gouvernement irakien, le pays veut combattre le terrorisme des factions comme l’EIIL. Le message est de rendre compte de l’autorité du gouvernement central de Nouri Al-Maliki au milieu de la violence sectaire en Irak et en même temps de désapprouver l’influence des autres parties. Le gouvernement irakien affirme qu’il ne veut pas avoir un conflit avec d’autres pays. Des sceptiques signalent qu’Al-Maliki a systématiquement élargi son pouvoir et que cet achat d’armes est favorable à ses propres intérêts.

L’Union européenne a notamment suivi vigoureusement les développements en Irak à cause des intérêts économiques entre les deux pays. L’UE a mis en place – ainsi que les États-Unis – quelques sanctions contre l’Iran, notamment le blocage des relations entre des institutions financières iraniennes et l’étranger. Par ailleurs, la Commission européenne et le Conseil européen ont comme but de renforcer les relations avec l’Irak au niveau commercial et l’UE fournit depuis 2003 un véritable soutien financier au pays. A terme, il faudra voir comment cet accord sur les armes va affecter les relations entre l’Irak et les défenseurs de l’embargo sur les armes et les conséquences pour les autres pays de la région. Cette convention historique entre les deux anciens ennemis est un nouvel élément dans une région stratégiquement importante, où les fissures anciennes et les intérêts politiques et économiques nouveaux se rencontrent irrémédiablement.

Sources

http://www.aljazeera.com/news/middleeast/2014/02/reports-iraq-signs-arms-deal-with-iran-2014224203431264275.html

http://www.atlantico.fr/decryptage/unis-face-au-danger-salafiste-retour-signature-contrats-armement-entre-irak-et-iran-ardavan-amir-aslani-994394.html

http://www.lorientlejour.com/article/856376/lirak-dement-la-signature-dun-contrat-dachat-darmes-avec-liran.html

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20140226.REU1634/confusion-sur-l-achat-presume-d-armes-par-bagdad-a-l-iran.html

http://www.dewereldmorgen.be/artikels/2014/01/07/complexiteit-iraaks-fallujah-wordt-ontkend

http://ec.europa.eu/trade/policy/countries-and-regions/countries/iraq/

http://www.lemonde.fr/international/article/2014/02/18/nucleaire-iranien-ouverture-des-negociations_4368438_3210.html

http://www.medea.be/2013/12/the-changing-dynamics-in-the-mena-and-the-possible-repercussions-of-iran-nuclear-deal-on-regional-powers/

http://www.medea.be/2013/01/vers-une-nouvelle-sectarisation-de-lirak/

http://www.iaea.org/newscenter/focus/iaeairan/unsc_res1747-2007.pdf