14/02/2014

Libye : violence et ingérence, en attendant les élections…

Par Hélène Tuypens, Institut MEDEA.

Ce vendredi 7 février, des milliers de libyens sont descendus dans les rues pour manifester contre la prolongation du mandat du Congrès général national (CGN). Les citoyens mécontents critiquent l’incapacité de cette instance politique et législative à mettre fin à l’anarchie qui règne dans le pays.

Le Congrès général national avait été élu en juillet 2012, lors des premières élections libres du pays qui avaient rassemblé plus de 2,7 millions d’électeurs. Ce Parlement était alors chargé de préparer la Constitution du pays et l’organisation des élections générales dans les 18 mois. Il faut savoir que le Président du Congrès général national, Nouri Ali Abou Sahmein, exerce les fonctions de chef de l’État pendant la période de transition qui précèdent donc l’établissement de nouvelles institutions.  Étant la première force légitime du pays, le CGN a donc modifié des amendements constitutionnels. Ainsi il a pu prolonger son mandat jusqu’en décembre 2014, malgré l’opposition de la population, et alors que celui-ci devait prendre initialement fin le 7 février. L’Alliance des forces nationales, qui est la principale force politique du pays, a déclaré être contre cette prolongation de mandat, défendue par les islamistes. Les libyens sont divisés quant aux mécanismes à utiliser. Pour certains, le CGN doit être remplacé immédiatement, pour d’autres, il reste une instance légitime que ne doit être renversée que par la voie des urnes.

© Jaques/Transterra Media. Les élections libyennes reportées à fin février

En décembre 2013, la  Haute Commission électorale libyenne (Hnec) avait fixé les élections afin d’élire l’Assemblée Constituante. À la fin du processus d’inscription, selon le Président de la Hnec, Nouri Alabbar, ils étaient seulement 943 763 libyens inscrits sur les listes électorales. Vu le manque d’engouement des électeurs, la Hnec avait alors décidé de reporter les élections à fin février. Selon Nouri Alabbar, ce faible taux d’inscription montrait l’hésitation de la population, peut-être frustrée du gouvernement intérimaire élu incapable d’instaurer une situation sécuritaire en Libye. Les libyens seront donc finalement amenés à voter leur assemblée constituante ce 20 février, ce qui pourrait faire évoluer le pays de sa situation instable. 60 membres doivent être élus et les trois régions historiques du pays doivent être représentées : la Cyrénaïque, le Fezzan, la Tripolitaine. Notons que seulement 6 sièges sont réservés aux minorités et 6 autres aux femmes. Cette assemblée aura pour mission de trancher sur des questions primordiales, telles que le système et le fonctionnement du gouvernement, le statut des minorités ou encore la place de la loi islamique.

© AFP. Le président du Congrès général national libyen, Nouri Abou Sahmein, le 30 janvier 2014 à Tripoli.

Actuellement, le CNG est largement considéré par les citoyens comme étant responsable du blocage actuel. En Libye, les milices et les rebelles structurent la vie politique depuis la chute de Mouammar Kadhafi qui était à la tête du régime depuis plus de 40 ans. Les milices se sont installées et développées en tant que réels acteurs autonomes. Elles en profitent pour tirer les avantages de certaines défaillances de la situation politique et perpétuent cette instabilité dans des affrontements souvent meurtriers. Encore cette semaine alors que la tension a atteint son paroxysme avec l’annonce du CGN de prolonger son mandat, les milices n’ont pas hésité à attaquer le siège de l’état-major de l’armée régulière située dans le sud de Tripoli.

De plus, les minorités installées en Libye réclament, à l’approche des élections, leurs reconnaissances. Les Amazighs, une ethnie berbère vivant au nord-ouest de la Libye, demandent que leur langue, leur ethnie et leur culture soient reconnues et ils exigent des assurances préalables quant aux droits qui leur seront réservés dans la Constitution. Cette minorité principalement a menacé de boycotter le scrutin. Alors qu’ils représentent dix pourcent de la population et que deux sièges leur sont réservés, ils n’ont présentés aucun candidat pour les élections.

© AFP. Des manifestants libyens, à Tripoli le 7 février 2014

© AFP. Des manifestants libyens, à Tripoli le 7 février 2014

Actuellement, l’avenir des libyens est incertain et l’instabilité économique, sécuritaire, politique et sociale n’a que trop duré. Une réunion spéciale regroupant les ministres des Affaires étrangères de l’Union africaine se tiendra à Rome le 6 mars prochain. Le débat sur la situation critique en Libye sera ouvert. Peut-être une occasion, après les élections, de mettre au clair une stratégie pour lutter contre les violences et redresser la politique du pays.

Alors que la Tunisie est en bonne voie pour réussir sa transition démocratique et que l’Egypte reste dans une situation très instable, la Libye, elle, a encore de la route à faire. Le Président égyptien par intérim, Adli Mansour, a annoncé fin janvier qu’une élection présidentielle serait organisée avant les législatives et l’assemblée constituante de Tunisie a finalement adopté sa Constitution. La transition économique et politique des pays arabes, depuis la chute des anciens régimes se fait longue et non sans douleur. Les élections libyennes du 20 février seraient donc une première étape intéressante pour sortir du chaos dans lequel vit le pays depuis la chute de Mouammar Kadhafi.

Sources

http://www.lapresse.ca/international/dossiers/crise-dans-le-monde-arabe/la-libye-apres-kadhafi/201402/06/01-4736311-libye-larmee-repousse-une-attaque-contre-le-siege-de-letat-major.php

http://www.maghrebemergent.com/component/k2/item/32784-libye-faible-niveau-d-inscription-pour-l-election-de-l-assemblee-constituante.html

http://www.aufaitmaroc.com/actualites/monde/2014/2/7/manifestations-contre-la-plus-haute-instance-politique_217998.html#.UvuCNvl5OSo

http://www.dw.de/%C3%A9lections-pr%C3%A9vues-en-libye/a-17405293

http://www.bbc.co.uk/afrique/region/2014/01/140131_elex_libya.shtml

http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20140208110517/tripoli-benghazi-armee-libyenne-libye-libye-libye-manifestations-contre-la-plus-haute-instance-politique.html

http://www.atlasinfo.fr/Libye-les-elections-pour-la-commission-constituante-fixees-a-fevrier_a48401.html

http://magharebia.com/fr/articles/awi/features/2014/02/10/feature-02?change_locale=true