24/03/2014

Kamel Mohanna: un médecin libanais engagé dans la tourmente des peuples, les choix difficiles

Les Midis de la Méditerranée

Kamel Mohanna : un médecin libanais engagé dans la tourmente des peuples, les choix difficiles

Déjeuner-débat Kamel Mohanna, médecin pédiatre, Secrétaire général du Conseil d’administration du collectif des ONG du Liban et membre du Conseil supérieur de la santé au Liban

Vendredi 21 mars 2014, de 12h30 à 14h                                                                                                      Organisé avec le soutien du Mouvement Européen-Belgique

Modération : Sébastien Boussois (Institut MEDEA)

          Né l’année de l’indépendance du Liban, en 1943, le docteur Kamel Mohanna a un parcours complexe : études de médecine en France, militant au sein de l’Association des étudiants arabes, défenseur de l’indépendance algérienne, il rejoint le Dhofar dans les années 60 où il participe à la marche des « médecins aux pieds-nus », puis retourne au Liban au milieu des camps de réfugiés palestiniens et fonde en 1979 l’association médico-sociale Amel. Son itinéraire est emblématique de toute une génération d’Arabes qui s’est investie dans l’action à la fois nationale et humanitaire. Il vient présenter son parcours mais aussi le livre qu’il vient de publier à l’Harmattan.

Intervention de Kamel Mohanna :

          Amel est une organisation à but non lucratif. Elle est non confessionnelle, et soutient les populations défavorisées du Liban à travers des programmes de santé, de soutien psychologique, de développement rural, de formation professionnelle, de protection de l’enfance et de promotion des droits de l’homme.

          Amel a été fondé en 1979 par le Docteur Kamel Mohanna et une équipe d’activistes, professeurs, médecins et journalistes en réponse à l’invasion israélienne du Sud Liban en 1978.  L’association a pour slogan : « la pensée positive et l’optimisme permanent ». C’est certainement l’association qui travaille le plus au Liban pour les réfugiés syriens. Elle offre 270 000 services à travers 24 centres et 700 personnes y travaillent.

Vocation : aider les autres :

          Originaire de la région du Sud Liban, région sous-développée, Kamel Mohanna est d’une famille paysanne, son père était marchand de bétail entre le Liban, la Syrie et la Palestine. Il commence son militantisme en faveur des réfugiés palestiniens au Liban lorsqu’il est encore très jeune. Puis il vient en France continuer ces études universitaires comme ses frères. L’un d’eux est médecin et l’initie au métier. Il commence alors à faire des piqures, des pansements…etc  et aime la profession. Il étudie d’abord à Grenoble puis à Tours. C’est là qu’il commence à créer des associations pour les étudiants libanais. Puis en novembre 1968, Israël attaque l’aéroport du Liban et abat 13 avions. Il envoie tout de suite une lettre au Général de Gaulle pour protester contre cette agression. Le 29 avril 1969, une manifestation a lieu au Liban pour soutenir la cause palestinienne. On tire sur les manifestants. Une fois encore, il proteste, cette fois à Marseille, pour que la France réagisse. Son idole est  Ernesto Guevara dit le Che à l’époque. C’est donc à la fin des années 1960  que l’auteur prend réellement conscience que la cause palestinienne est une cause juste. Kamel Mohanna revient alors au Liban et ouvre son cabinet personnel. Il travaille aussi en tant que médecin pédiatre à l’hôpital grec orthodoxe ainsi que dans les camps palestiniens et les quartiers populaires. Quand il rentre au Liban, l’auteur comprend bien que sa vocation est d’aider les autres : « être au service des autres sans rien vouloir pour soi même ». Puis en 1978, suite à l’occupation du Sud-Liban par Israël, il décide de créer Amel, une ONG civil non confessionnel au sein de la gauche libanaise.

L’action d’Amel :

          Durant la guerre civile libanaise de 1975 à 1990, l’association Amel réussit à mettre en place 3 hôpitaux de campagnes, 27 centres, 30 ambulances, et fait évacué 1200 blessés vers des hôpitaux étrangers (France, Etats-Unis). Amel parvient aussi à monter 400 prothèses sur des blessés grâce à l’aide du gouvernement hollandais. C’est une des plus grande ONG au Liban. Aujourd’hui, Amel comptabilise 24 centres, 700 personnes travaillent pour l’association, 4 cliniques mobiles sont déjà en place et 2 autres devraient être construites prochainement grâce à l’aide du gouvernement belge. Amel soutient la démocratie dans les régimes arabes. Pour l’association, le changement doit passer par le peuple. Il faut détruire les préjugés qui continuent d’exister entre pays d’Europe et pays arabes. Au contraire, une meilleure collaboration permettra d’améliorer la situation.

          Pour l’auteur il n’y a pas de stratégie commune dans le monde arabe. Ces pays sont divisés. Il y a une mentalité du tout ou rien c’est-à-dire que soit on change le monde en une journée, soit on arrête de travailler et on commence à critiquer. C’est pourquoi Amel a choisi 3 slogans :    1. La pensé positive et l’optimisme permanent. Pascal disait : « celui qui fait l’ange fait la bête ». A l’intérieur de chacun de nous il y a les deux. Il y a la volonté dans l’association de prendre ce qu’il y a de positif dans l’autre.  2. Les 3P. Il faut avoir des principes, une position qui correspond aux principes et une pratique sur le terrain qui correspond aux principes et à la position. 3. Dans la vie, il y a les amis, les neutres et les adversaires. Amel pense qu’il faut renforcer ses rapports avec les amis, transformer les neutres en amis et neutraliser les adversaires.

          Ces 3 slogans résument la philosophie d’Amel.

Quel changement pour les pays arabes ?

          L’auteur clame que la démocratie ne peut se faire qu’avec la participation des femmes dans toutes les décisions. Et les jeunes aussi sont très importants. Il est optimiste quant à l’avenir des peuples arabes. La jeunesse est armée de valeurs de justices sociale, de démocratie et de liberté. Elle sait utiliser les réseaux sociaux, et parle plusieurs langues. Elle n’a aucun complexe et apportera le changement. Une nouvelle donnée est apparue ces dernières années dans le monde arabe : l’opinion publique. Si le peuple n’est pas d’accord, il est dans la rue. Ces valeurs aboutiront au changement. L’auteur affirme que dans les pays arabe, on a enfin tué le père, métaphore du pouvoir c’est-à-dire que les peuples se sont enfin désaliénés du pouvoir. Cette jeunesse va  donc changer les choses dans les pays arabes. On l’a bien vu en Tunisie et en Egypte.

Conclusion:

          Il faut travailler tous ensemble. C’est l’objectif que s’est fixé l’assocation Amel. Un seul futur pour un seul monde. Elle cherche à créer un monde plus juste et plus humain. Le terme de citoyenneté solidaire est important. Les peuples sont formidables. Les élites doivent être à la hauteur des peuples.

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