21/03/2014

Syrie, bilan de trois années dévastatrices

Par Hélène Tuypens, Institut Médéa.

Cela fait maintenant trois ans que la crise en Syrie a éclaté. Dans le cadre de ce funeste anniversaire, le 15 mars, une centaine d’organisations humanitaires et des droits de l’Homme, dont Save the Children, Oxfam et Amnesty International, ont lancé la plus grande mobilisation publique à ce jour afin de montrer leur soutien aux Syriens. Cette campagne, sous le nom #AvecLesSyriens, est un appel aux dirigeants du monde entier à faire de cet anniversaire le dernier marqué par l’effusion de sang.  Ces ONG demandent une action urgente pour garantir que tous les Syriens dans le besoin puissent accéder à l’aide et que leurs voix puissent être entendues dans les pourparlers de paix lorsqu’ils reprendront. Trois ans de crise, les conséquences sont lourdes.

Pour rappel, mi-février avait lieu la deuxième session de négociations à Genève entre l’opposition et le gouvernement syriens. Alors que Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations unies, pensait que cette conférence permettrait d’ « arrêter la violence » et d’établir « un gouvernement de transition doté de pouvoirs exécutifs », celle-ci fut une réelle perte de temps et n’a permis aucune avancée. Depuis lors, les pourparlers sont en attente. Pendant ce temps-là, Bachar al-Assad prépare sa ré-élection. Son mandat expire en juillet prochain, mais le parlement syrien a voté le 15 mars une loi autorisant sa réélection.

Des bâtiments syriens ravagés par des raids aériens, le 19 janvier 2014 à Alep. © MOHAMMED WESAM

Depuis le début du conflit, les pertes subies par l’économie syrienne ont culminé à 103 milliards de dollars fin juin 2013. Cela équivaut à 174% du PIB atteint en 2010, selon le rapport publié par le Syrian Center for Policy Research (SCPR), en collaboration avec deux agences de l’ONU (UNRWA et UNDP). Pour l’économiste Jihad Yazigi, auteur du site d’information économique The Syria Report, « des vastes segments de l’économie syrienne ont cessé de produire et de nombreux acteurs économiques ont quitté le pays. » D’un côté, « les vols, les enlèvements, les barrages sur les routes et contrôle des champs pétroliers (…) sont devenus sources de revenus ». D’un autre côté, certains hommes d’affaires ont bénéficié de la guerre et avec elle, de nouvelles institutions et de nouveaux réseaux se sont créés. Au départ, la révolte qui avait débutée en mars 2011 se voulait pacifiste. Mais par la suite, elle s’est militarisée face à une répression brutale. En octobre 2013, l’ONU avait alors estimé que l’économie syrienne avait perdu 103 milliards de dollars entre le début du conflit et la mi-2013, dont 49 milliards pour 2012 seulement. L’ONU estime aussi que le taux de chômage approche les 50% et la moitié des 23 millions de Syriens vivent à présent sous le seuil de pauvreté voire de pauvreté extrême. Dans ces conditions, les denrées les plus importantes pour les Syriens sont le pain, le thé, le sucre et le carburant.

Selon Mazen Irsheid, de la Jordan’s United Financial Investment Company, « la Syrie tient encore debout sur le plan économique grâce au soutien de ses alliés. » En plus d’exporter son pétrole, depuis juillet 2013, l’Iran a ouvert une ligne de crédit de 3,6 milliards de dollars au régime syrien.  La Russie, elle, a joué un rôle capital pour l’économie du pays en signant avec Damas, en décembre 2013, un accord autorisant une compagnie russe à rechercher des hydrocarbures dans ses fonds sous-marins. Selon les prévisions 2014-2018 de The Economist, l’économie de la Syrie devrait « toucher le fond » cette année et les perspectives sur le long terme restent sombres.

Les syriens trouvent refuge essentiellement au Liban, en Jordanie et en Turquie, mais aussi en Irak et en Egypte. © L’EXPRESS

Bon nombre de syriens fuient les combats vers les pays voisins. Médecins Sans Frontière, qui tente d’organiser du secours sur place depuis des mois, déplore la situation des camps de réfugiés : « on a assisté quelque 1.000 familles qui, depuis leur arrivée (…), n’avaient absolument rien : ni abri, ni eau, ni latrine. Ils vivaient sous des bâches en plastique. Nous leur avons fourni des tentes, de la nourriture, des kits de première nécessité. » Pour la Croix-Rouge, ce sont plus de neuf millions de personnes qui ont besoin d’une aide urgente. Les villes sont de réels champs de ruines. Plus de six millions de Syriens sont déplacés dans leur propre pays pour survivre au milieu des champs de bataille et bon nombre d’entre eux sont des enfants. Selon les Nations-Unies, environ trois millions de civils sont encore coincés dans des zones de combat et ceux-ci ont un accès très limité ou inexistant à l’aide humanitaire. Alors que la situation continue de se dégrader, il manque de ressources pour continuer les opérations de secours urgentes en 2014. Celles-ci ne sont plus financées et les dons se sont arrêtés.

 

En Australie, à Melbourne, ce sont quelque 200 personnes qui se sont retrouvées sur Federation Square, place centrale et traditionnel lieu de rendez-vous de la ville. © ESTHER LIM / AFP

Partout à travers le monde, du 13 au 15 mars, des manifestations et des hommages ont célébré les trois ans du conflit syrien. Le fil conducteur des hommages se manifeste sous la re-création d’une œuvre de street art créée par l’artiste Banksy, intitulée « La Petite Fille au ballon rouge ». Dans plusieurs villes, des ballons écarlates ont été lâchés, des veillées aux bougies ont eu lieu et des endroits emblématiques, symboles d’espoir et de soutien, ont été illuminés.

Re-création de l’œuvre de Banksy devant le Parlement de la capitale britannique. © CARL COURT / AFP

À Al Zaatari, en Jordanie, des fillettes syriennes ayant fui leur pays s’apprêtent à faire un lâcher de ballons rouges. Elles vivent dans le plus grand camp de réfugiés syriens de Jordanie, situé à Mafraq. © MUHAMMAD HAMED / REUTERS

 

 Sources:
http://www.croix-rouge.be/actualites/nouvelles/syrie-3-ans-de-crise-humanitaire/
http://www.oxfamsol.be/fr/3-ans-de-crise-en-Syrie-une.html
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/01/15/le-chaos-humanitaire-et-economique-syrien-en-chiffres_4348509_3218.html
http://www.huffingtonpost.fr/2014/02/15/syrie-echec-geneve-negociations-londres-paris-fabius-regime_n_4795029.html
http://www.liberation.fr/economie/2014/03/12/l-economie-syrienne-transformee-par-la-guerre-soutenue-par-les-allies_986424
http://www.lefigaro.fr/photos/2014/03/14/01013-20140314ARTFIG00415-trois-annees-de-conflit-en-syrie-un-triste-anniversaire.php
http://fr.rsf.org/syrie-pour-faire-du-3e-anniversaire-du-13-03-2014,45995.html
http://fr.euronews.com/2014/03/15/trois-ans-de-conflit-triste-anniversaire-en-syrie/