09/05/2014

Israéliens et Palestiniens dans un statu quo idéal pour… Israël

Par Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques, senior Advisor à l’Institut Medea, collaborateur scientifique de l’Institut d’Etudes Européennes/ REPI (Université Libre de Bruxelles) et du Centre Jacques Berque (Rabat), Président du CCMO.

Neuf mois après la « reprise » des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens, c’est un nouvel enfant mort-né qui a vu le jour. L’échec prévisible de la reprise des négociations sous égide américaine, engagée en juillet 2013, conforte l’idée selon laquelle la situation politique israélo-palestinienne se plaît dans un statu quo favorable à Israël et défavorable aux Palestiniens.

Une surprise ? Certainement pas malgré l’emballement utopique des médias.  La division des Palestiniens, comme l’intransigeance du gouvernement israélien mené par Benjamin Netanyahou qui a tiré les leçons de son échec en 1996 en tentant le compromis, renvoient les deux parties face à un mur. Si toutes les solutions éternelles sont connues pour la conclusion d’un accord de paix, le manque de volonté politique du gouvernement israélien –appelons cela la stratégie légitime de blocage du processus- prêt à aucune concession (colonisation, frontières, Jérusalem), et l’impasse dans laquelle se trouve Mahmoud Abbas à faire le jeu des institutions et du droit international depuis 2011 malgré la reconnaissance à l’ONU et l’UNESCO, ont conduit à l’échec des discussions. Israël a déjà bien à faire avec la déstabilisation régionale à ses frontières, au nord-est côté syrien, au nord-ouest côté libanais, et au sud côté égyptien.

Doit-on craindre un retour de la violence ? Peu probable tant Israël ceinture la Cisjordanie ; mais surtout les Palestiniens ont tiré les leçons de la violence de la seconde Intifada en 2000 : 3000 morts inutiles. La réconciliation inter-palestinienne d’avril 2014 et le gouvernement d’union nationale tant attendu entre Hamas et Fatah pourrait radicaliser la situation politique bien malgré eux. Pourtant, à bien y réfléchir, le choix involontaire de la résistance pacifique palestinienne depuis dix ans n’a mené à rien. Israël, face à l’instabilité régionale évoquée ci-dessus, a un intérêt majeur à avoir maintenu le statu-quo avec son ennemi juré. Quel intérêt aurait-il sinon à prendre un risque et créer un nouveau front d’instabilité, qui plus est de l’intérieur ? Aucun.

 

© Amel Hana/AP. Azzam Al-Ahmad, représentant du Fatah, Ismaël Haniyeh, premier ministre de la bande de Gaza, et Moussa Abou Marzouk, numéro 2 du Hamas, ont annoncé à Gaza, le 23 avril 2014, leur réconciliation politique.

 

La classe politique dirigeante israélienne a une vision à très court terme : survie, sécurité et défense prévalent sur tout. Cette année, on s’en souvient, on assistait à la mort du vieux général Ariel Sharon. S’il était dans le coma depuis près de 7 ans et avait peu de chances d’en revenir, la disparition de cet homme, aussi critiqué ait-il été, signifiait aussi la disparition de l’un des derniers hommes politiques israéliens à avoir une vision pour son pays. La démocratie israélienne aujourd’hui, comme toutes les démocraties occidentales, souffre d’une part d’une médiocratisation de sa classe politique, mais d’autre part d’une désaffection croissante de sa population entretenue par une restriction de certaines libertés qui ne choquent personne. La disparition de Sharon pousse à l’examen de conscience de 65 ans d’histoire dense et régulièrement remise en cause par le travail des nouveaux historiens. Avec la mort de Sharon, Israël renvoie surtout l’image d’une politique israélienne menée par des dirigeants qui n’ont plus qu’une vision à court terme des affaires de leur pays, et un flottement total sur le chemin à prendre pour son avenir dans la région. Et les critiques se multiplient : John Kerry évoquait, après l’effondrement des discussions, le risque qu’Israël devienne un Etat d’apartheid. Ce que beaucoup lui reprochent depuis des années en dehors même des couloirs feutrés des chancelleries.