26/05/2014

La chronique économique : A Dubaï, l’immobilier s’affole de nouveau

Par Akram Belkaïd, Journaliste, blogueur et essayiste.

Paru dans Le Quotidien d’Oran, mercredi 14 mai 2014

En novembre 2009 la bulle immobilière de Dubaï explosait, projetant l’émirat dans une grave crise financière dont il ne s’est dépêtré que grâce au sauvetage organisé par son riche voisin d’Abu Dhabi. On se souvient de cette époque où, quelques jours encore avant le krach, des appartements, encore sur plan, pouvaient changer de propriétaire plusieurs fois par semaine avec, à chaque transaction, des plus-values de 5 à 20%. On pensait depuis que la violence du choc provoqué par la dépréciation des actifs immobiliers servirait de leçon. On s’est trompé.
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© Karim Sahib/AFP.

Une bulle grandissante

Selon le cabinet spécialisé Jones Lang Lasalle, les prix du mètre carré dans la cité-Etat ont progressé de 22% en 2013 et ce taux devrait se maintenir autour de 10 à 15% en 2014. Dubaï connaît donc de nouveau une frénésie de projets de construction, qu’il s’agisse d’hôtels, de buildings d’habitations ou de bureaux. Plus important encore, en obtenant l’organisation de l’Exposition universelle de 2020, l’émirat a attiré l’attention de plusieurs spéculateurs persuadés qu’un boom économique se prépare, les autorités locales s’étant engagées à consacrer au moins 100 milliards de dollars pour moderniser les infrastructures.

Mais, on le sait, les arbres ne montent pas au ciel et les experts s’attendent tout de même à ce qu’une correction brutale des prix de la pierre intervienne en 2015 ou en 2016. Bien que conscients de ce possible retournement, les spéculateurs continuent de plus belle et la demande en logements neufs ne faiblit pas. De plus, un autre événement soutient la tendance haussière. En effet, la perspective d’une Coupe du monde de football au Qatar (à peine une heure en avion) en 2022 pousse de nombreux investisseurs à parier que les spectateurs occidentaux préféreront dormir à Dubaï plutôt qu’à Doha, ville moins cosmopolite et bien moins animée que la cité dubaïote.

D’où la hausse des projets hôteliers, chacun étant persuadé que les deux manifestations (Coupe du monde et Exposition universelle) convaincront les touristes étrangers de revenir dans la région.

Conscients des risques d’une aggravation de la bulle, les autorités de Dubaï ont déjà pris des mesures en doublant notamment la taxe immobilière en la faisant passer de 2 à 4%. De même, la Banque centrale des Emirats arabes unis a, sous la pression d’Abu Dhabi, décidé de durcir la réglementation concernant l’octroi de crédits immobiliers. Pour autant, le Fonds monétaire international (FMI) préconise des mesures encore plus vigoureuses comme par exemple le fait de porter la taxe immobilière à 30% en la rendant payable une année après la transaction. Une méthode adoptée avec succès par Singapour, le modèle asiatique dont s’inspire Dubaï. Reste à savoir si cela serait suffisant à endiguer la spéculation.

La rançon du succès

On sait que les bulles obéissent à des phénomènes souvent irrationnels où la quête du gain facile balaie toute prudence. Mais dans le cas de Dubaï, il y a un élément particulier qui entre en jeu. En effet, dans une région marquée par les incertitudes politiques, l’émirat fait figure de havre de paix et de stabilité tout en étant paré des vertus de la réussite économique. Les experts et autres politologues pourront aisément contester les fondements de ce jugement mais toujours est-il que c’est une analyse très répandue, y compris chez les habitants des émirats voisins voire des autres monarchies du Conseil de coopération du Golfe. Pour tout ce monde, Dubaï est une réussite à part. En clair, la confiance et la perception d’un caractère unique de l’émirat sont aussi à l’origine de cette bulle naissante. En attendant de voir ce qui se passera le jour où la bulle éclatera…