29/05/2014

Les jeux de pouvoir aux Nations Unies néfastes pour le peuple syrien

Par  Carmen Pereira, Institut MEDEA

La semaine dernière, le système de vote aux Nations Unies a encore une fois mené à une déception pour l’avancée de la justice et des droits de l’Homme au Moyen Orient. Le 22 juin, la Russie et la Chine ont voté contre la résolution présentée par la France lors de l’Assemblée du Conseil de Sécurité de l’ONU qui prévoyait une intervention de la Cour pénale internationale (CPI) pour étudier les crimes de guerre en Syrie qui ont lieu depuis 2011.[1][2] Sans prendre parti, cette résolution visait à juger les crimes commis contre la population, que ce soit par le régime de Bachar el-Assad ou par les différents groupes rebelles. Bien que le veto de la Chine et de la Russie, déjà le quatrième depuis le début de la guerre en Syrie, ne soit pas surprenant, il contribue sérieusement à remettre en question le fonctionnement et la souveraineté des Nations Unies, ainsi que l’efficacité de son système de vote.

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 © AFP Photo/Don Emmert. La Russie a utilisé son droit de véto au conseil de sécurité de l’ONU, afin de protéger le régime de Bachar El-Assad.

Du fait que la Syrie ne reconnaisse pas la Cour pénale internationale, une décision unanime des quinze membres du conseil des Nations Unies est une condition sine qua non pour permettre une investigation sur les crimes de guerre. Cependant, sur ces quinze membres, les cinq membres permanents – les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Chine et la Russie – disposent d’un droit de veto leur permettant de bloquer toute décision allant à l’encontre de leurs intérêts. Ce veto, datant depuis la Seconde Guerre mondiale, est-il toujours légitime, au vu des conséquences qu’il peut avoir sur le respect des droits fondamentaux des citoyens de pays tiers ? Faut-il faire passer les intérêts géopolitiques et économiques des cinq grandes puissances avant la justice internationale?

S’opposant à la résolution, la Russie l’a jugée comme étant un « coup de pub » pour les Nations Unies ; il est nécessaire de rappeler que la Russie a toujours eu des relations étroites avec la Syrie, sur  le plan politique, historique et économique. Depuis la guerre froide, la Russie a été l’un des seuls pays à consentir à soutenir la Syrie militairement, lui fournissant des armes dès 1956. Un an plus tard, les liens entre Damas et Moscou sont réaffirmés par une coopération économique destinée à développer l’industrie, les infrastructures (l’URSS a financé notamment la construction du chemin de fer reliant Alep à Lattaquié) et l’irrigation en Syrie. La formation de la République Arabe Unie (1958-1961) réunissant l’Egypte et la Syrie a renforcé davantage les relations avec l’URSS.[3] De plus, la  Russie possède une base militaire en Syrie, à Tartous, représentant un point d’accès stratégique unique à la Méditerranée.

Russian President Putin speaks with Syrian counterpart al-Assad in Moscow.

©Reuters. Bachar El-Assad, lors d’une visite à Moscou en 2005, en discussion avec Poutine.

Au sein des Nations Unies, plus de quarante pays ont déjà remis en question le droit de veto, mais une réforme paraît peu probable au vu de la nécessité de l’approbation des cinq membres permanents. Ce veto laisse le peuple syrien sans espoir de justice internationale; la guerre en Syrie a déjà coûté la vie de près de 130.000 personnes.[4] Un vrai drame humanitaire, et le sentiment que la scène politique internationale conserve encore aujourd’hui un  arrière-goût de guerre froide…


[1] http://www.rfi.fr/moyen-orient/20140522-chine-russie-le-double-veto-protege-syrie-tchourkine-onu-cpi-justice-internati/

[2] http://www.deredactie.be/cm/vrtnieuws/buitenland/1.1975883

[3] http://www.lesclesdumoyenorient.com/Syrie-et-Russie-historique-des.html

[4]  http://www.lalibre.be/dernieres-depeches/afp/la-guerre-en-syrie-victimes-et-degats-en-chiffres-52d6cc9d3570ba3e183ab790