07/06/2014

Causes et conséquences d’un possible retrait de la Coupe du Monde au Qatar

Par Nicolas Wattelle, Institut MEDEA

La Coupe du Monde 2014 commence dans moins d’une semaine au Brésil et pourtant beaucoup de regards sont déjà fixés sur celle de 2022 qui se déroulera au Qatar. En cause, de nombreux scandales qui viennent éclabousser l’attribution de cet événement planétaire à l’émirat arabe.

Suite aux votes des membres du Comité exécutif de la FIFA en faveur du Qatar en décembre 2010, des interrogations venaient déjà à l’esprit. Premièrement, comment les joueurs pourront jouer dans un pays où les températures atteignent les 50° Celsius l’été ? En fermant totalement et en climatisant les 3 stades déjà construits et les 9 bientôt en construction répondent les dirigeants qataris pour qui l’attribution de cet événement représente une aubaine en termes de rayonnement. La construction de ces stades fait alors polémique par son impact environnemental.

De plus, pourquoi avoir choisi le Qatar comme pays hôte de la Coupe du Monde alors que son équipe nationale, classée 101ème au classement FIFA, n’a jamais participé à ce tournoi ? Des accusations de corruption sont immédiatement lancées par le « Sunday Times » ainsi que par le « Sun » qui titre « Truqué ! » au lendemain de la désignation. Certaines voies accusent même directement N.Sarkozy, alors président de la France, d’avoir demandé à M.Platini, président de l’UEFA, de voter pour le Qatar. Le 1 er juin 2014, le « Sunday Times » encore une fois accuse Mohamed Bin Hammam, ex vice-président de la FIFA et ex président de la Confédération asiatique de football, d’avoir versé 5 millions de dollars à plusieurs hauts responsables du football international afin d’obtenir leur soutien pour le Qatar. Lors de ces accusations, le responsable qatari avait déjà fait l’objet d’une enquête et été radié à vie de la FIFA pour corruption. 2 jours plus tard, le 3 juin 2014, le « Daily Telegraph » affirme, sans preuve à l’appui, que M.Platini et M.B.Hamman se seraient rencontrés en 2010 et que ce dernier aurait influencé le président de l’UEFA pour qu’il vote en faveur du Qatar.

© AFP. L’ex-président de la Confédération asiatique de football, Mohammed Bin Hamman, ici avec le président de la FIFA, Joseph Blatter, est accusé de corruption

 

Mais cette  attribution pose surtout problème quant aux conditions de travail des ouvriers, la plupart d’Asie du sud-est, dans le pays au PIB par habitant le plus élevé au monde (110 000 dollars par an). On dénombre déjà aujourd’hui des centaines de morts depuis le début des travaux : 450 immigrés indiens seraient morts depuis deux ans selon les chiffres officiels de l’ambassade d’Inde tandis que 200 immigrés népalais perdraient la vie en moyenne par an. Le journal anglais « The Guardian » présente le Qatar comme un Etat esclavagiste et estime à 4000 le nombre de morts d’ici le début de la future Coupe du Monde. Une situation scandaleuse qui place l’émirat en ligne de mire des organisations de défense des droits de l’homme.  L’ONG Human Rights Watch par exemple dénonce continuellement  les graves abus subis par les migrants travaillant dans le pays, parlant « d’exploitation » et de « misère » des travailleurs immigrés. Mais malgré ses nombreuses dénonciations, la dynastie Al Thani, ne semblent toujours pas disposées à mettre en place les réformes nécessaires.

© REUTERS/Stringer. Des travailleurs sur un chantier a Doha, le 18 juin 2012.

 

Ces nombreux scandales pourraient donc avoir de lourdes conséquences pour le Qatar. Notamment si, comme l’affirment de plus en plus de voix, la Coupe du Monde est retirée au pays.  Les Al Thani, privilégiant le soft power en investissant dans de nombreux domaines (sport, médias, arts, compagnies aériennes…) qui permettent un rayonnement régional voir mondial du pays, pourraient se retrouver affaiblis suite à cette décision. Pour compenser son absence de puissance militaire, le Qatar a bien évidemment besoin d’événement de cette ampleur pour être visible et pouvoir se positionner en contrepoids face à son éternelle rivale, l’Arabie Saoudite. Et la perte de ce chantier colossal serait fâcheux pour les milliers de travailleurs immigrés qui malgré leurs conditions actuelles de travail,  pourraient utiliser cet événement pour améliorer leurs droits, souvent oubliés dans les pays du Golfe.

Sources:

http://www.hrw.org/fr/news/2014/01/21/qatar-les-travailleurs-migrants-sont-victimes-de-graves-abus

http://www.lemonde.fr/sport/article/2013/10/18/les-damnes-de-doha_3497864_3242.html

http://www.telegraph.co.uk/sport/football/world-cup/10871065/Qatar-World-Cup-2022-France-embroiled-in-corruption-scandal.html

http://orientxxi.info/magazine/le-qatar-ebranle-par-un-scandale,0608

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/06/01/mondial-au-qatar-nouveaux-soupcons-de-corruption_4429842_3218.html