25/07/2014

Le cèdre secoué mais toujours debout

Par Nicolas Wattelle, Institut MEDEA

Alors qu’autour de lui, les pays se déchirent dans des luttes confessionnelles et identitaires, le Liban semble résister et garder un semblant de stabilité. Pourtant plusieurs éléments laissent penser que le pays pourrait sombrer dans le chaos comme ses voisins.

Premièrement, en interne, le pays connaît une impasse présidentielle depuis le 23 avril dernier. La constitution libanaise du 23 mai 1926 impose l’élection d’un président chrétien maronite. Mais les deux principaux camps, les Forces Libanaises, parti chrétien de Samir Geagea et le Courant Patriotique Libre du général Michel Aoun, n’arrivent pas à élire un successeur à Michel Sleiman dont le mandat a expiré depuis le 25 mai 2014. Ce blocage de l’élection du président libanais, qui est élu par le parlement à la majorité des deux tiers et pour six ans, s’explique par l’absence de quorum. En effet, ce 23 juillet, les députés libanais étaient convoqués pour la neuvième fois, mais comme précédemment, le quorum des deux tiers (86 députés sur 128) n’a pas été atteint, seulement 65 députés se sont rendus au parlement. Une nouvelle séance a été fixée au 12 août prochain.

© AFP. Samir Geagea, chef du parti chrétien des Forces Libanaises.

De plus, en externe, les guerres de nature politique et religieuse sont aux portes du pays. Au nord, la Syrie connait une guerre civile qui dure maintenant depuis plus de 3 ans. A l’est, l’Irak sombre à nouveau dans le chaos depuis que l’Etat Islamique, organisation armée djihadiste, a rétabli le califat avec à sa tête Abou Bakr al-Baghdadi et fait régner la terreur parmi les populations chiites, chrétiennes et kurdes de la région. Enfin au sud, une nouvelle guerre oppose Israël à Gaza depuis le 8 juillet 2014. Le Liban pourrait connaître un effet de contagion et les divisions confessionnelles pourraient être attisées par ces guerres voisines, surtout lorsque l’on connait la composition en terme religieux de la société libanaise : 54% de musulmans (27% de Sunnites, 27% de Chiites), 40,5% de chrétiens et 5 ,6% de Druzes. Une vague d’attentats-suicides a d’ailleurs secoué le pays le mois dernier, faisant plusieurs morts et des centaines de blessés.

© AP/Bilal Hussein. Deux kamikazes se sont fait exploser dans un hôtel d’un quartier ouest de Beyrouth, le 25 juin.

Tous ces conflits ont bien sûr un impact réel sur le pays du cèdre. Il accueille un flux de réfugiés toujours plus nombreux. Un rapport de l’ONU publié le 3 juillet 2014 à Beyrouth a estimé à 1.500.000 le nombre de réfugiés syriens présents sur le territoire libanais à la fin de l’année 2014 sur 4.000.000 d’habitants. Ils représenteront donc bientôt plus du tiers des habitants. A ces réfugiés du nord s’ajoute ceux du sud, palestiniens fuyant la guerre qui les oppose à Israël depuis maintenant 66 ans officiellement. La situation pour le Liban est difficilement soutenable, tout comme elle l’est pour les réfugiés qui vivent dans des conditions sanitaires déplorables.

 © RIA Novosti. Valeri Melnikov. Un réfugié syrien et son enfant au Liban. 

Malgré donc toutes ces crises qui ébranlent le Liban, le pays reste debout et maintient une certaine stabilité. Il fait même figure de havre de paix relatif face aux boucheries qui l’entourent. Mais cette situation risque de dégénérer si la communauté internationale et notamment l’Europe n’interviennent pas au plus vite. Il faut tout d’abord accroître l’appui financier au pays concernant les réfugiés. Le Liban a le mérite considérable de laisser généralement ses portes ouvertes aux personnes fuyant la Syrie et doit être incité à les garder ouvertes, y compris pour les Palestiniens de Syrie. De plus, la diplomatie internationale doit chercher à stabiliser la situation politique libanaise, notamment faciliter un accord sur la présidentielle. Cela permettrait de redémarrer le dialogue national et de réguler la vie politique. Enfin, il faut arrêter cette fuite en avant que pratiquent de nombreux dirigeants européens qui apportent leur solidarité politique et leur « soutien moral » au pays sans jamais vraiment agir concrètement. La contagion d’une nouvelle guerre au Liban enflammerait toute la région et aurait des répercussions terribles en Europe.

 

Sources

http://www.lorientlejour.com/article/877811/unions-furtives-desunions-chroniques.html

http://www.lemonde.fr/international/article/2014/06/27/le-liban-sous-la-menace-d-une-vague-d-attentats_4446668_3210.html

http://www.levif.be/info/actualite/international/au-liban-les-refugies-syriens-representeront-bientot-plus-d-un-tiers-de-la-population/article-4000680420071.htm

http://www.msf-azg.be/fr/publication/les-r%C3%A9fugi%C3%A9s-syriens-au-liban-vivent-dans-la-crainte-et-lincertitude

http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2014/07/lebanon-iraq-crisis-economy-investments.html