Revue de presse

Du 22 au 29 août

Défendre les défenseurs des droits humains -23/08/2014- Muftah

Le nouveau rapport de Human Rights Watch de (HRW) sur le « Massacre de Rab’a » en l’Egypte et les violences contre les manifestants en juillet et août 2013 a provoqué un tsunami de critiques dans les médias égyptiens contre l’organisation. Parmi les accusations, HRW est accusé d’être financé par les Pays du Golfe, d’être soumis à pression politique, de n’avoir pas signalé la présence de manifestants armés, en minimisant le sectarisme des sit-in, et d’être partisans des Frères musulmans.

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Press review

22nd – 29th August

Defending the Human Right Defenders -23/08/2014 Muftah

Human Rights Watch’s (HRW) new report on Egypt’s “Rab’a Massacre” and the mass killing of protestors in July and August of 2013 has earned the organization a tsunami of criticism in the Egyptian media. Among the accusations lobbied at the group, critics cite funding from the Gulf, failure to report the presence of armed protestors, downplaying the sit-ins’ sectarianism, and a pro-Muslim Brotherhood bias.

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Défendre les défenseurs des droits humains – 23/08/2014 – Muftah

Le nouveau rapport de Human Rights Watch de (HRW) sur le « Massacre de Rab’a » en Egypte et les violences contre les manifestants en juillet et août 2013 a provoqué un tsunami de critiques dans les médias égyptiens contre l’organisation. Parmi les accusations, HRW est accusé d’être financé par les pays du Golfe, d’être soumis à des pressions politiques, de n’avoir pas signalé la présence de manifestants armés, en minimisant le sectarisme des sit-in, et d’être partisans des Frères musulmans.

Le Qatar vise à démontrer son rôle contre l’islamisme radical – 25/08/2014 – Your Middle East

Le Qatar, qui a mené la médiation pour la libération d’un otage américain détenu par Al-Qaïda en Syrie, cherche à prouver son rôle pour s’opposer aux islamistes radicaux, qu’il a été accusé de soutenir. Depuis sa montée dans l’arène politique régionale et internationale à la fin des années 1990 le Qatar, riche en énergie  et allié des Etats-Unis,  a été régulièrement accusé de soutenir ou de financer, directement ou indirectement, les déplacements des insurgés, en particulier en Syrie.

Syrie, La nostalgie de la lutte pacifique – 26/08/2014 – Courrier international

Alors que c’était la force brute qui triomphait en Syrie, on est étrangement surpris depuis quelques semaines par les images de nouvelles manifestations pacifiques de la population dans des localités des environs de Damas, de Hama et d’Idlib, comme si l’on revenait aux scènes du début de la révolution [2011-2012].La militarisation de l’opposition syrienne puis l’entrée en scène des mouvements islamistes ont abouti à des résultats catastrophiques pour le pays et sa cohésion. Les Syriens semblent regretter le temps où leurs manifestations pacifiques réclamaient la liberté et la démocratie.

La véritable menace de l’État islamique est aux musulmans, pas à l’ouest – 26/08/2014 – Al Jazeera English

La montée du groupe de l’Etat islamique est probablement l’événement le plus dangereux dans l’histoire musulmane récente depuis 11/09. Soudainement l’État islamique est devenue l’organisation la plus attrayante pour les combattants musulmans à travers le monde, plus que ne l’a jamais été Al-Qaïda. L’État islamique est un descendant direct d’Al-Qaïda, mais il y a une différence essentielle: en ce moment ses dirigeants considèrent la lutte contre les «apostats» plus important que la lutte contre les non-musulmans. Leur califat, selon ses combattants, ne sera jamais vraiment puissant si les apostats et les «faux» musulmans ne seront d’abord éliminées. Et leur définition de « apostat » inclue quiconque se dresse contre eux.

Lybie: Faillait-il renverser Kadhafi?  – 26/08/2014 – Jeune Afrique

La Libye de 2014 offre le spectacle d’un chaos inextricable. Le pays a basculé dans une guerre civile qui ne dit pas sans nom. La déliquescence de l’État libyen et la dissémination du terrorisme dans la région relancent le débat sur l’opportunité de l’intervention de l’Otan contre l’ex-« Guide » de la Jamahiriya.

Cessez-le-feu à Gaza : qui d’Israël ou du Hamas sort vainqueur ? – 27/08/2014 – France24

L’accord de cessez-le-feu conclu entre le Hamas et Israël fait, en apparence, la part belle au mouvement islamiste, qui a obtenu l’allègement du blocus. Mais si le Hamas revendique une victoire politique, Israël peut saluer un succès stratégique.

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© REUTERS / Mohammed Salem. Un père palestinien et son enfant après un raid israélien à Gaza qui a détruit un immeuble résidentiel, le 26 août 2014.

 

 

Defending the Human Right Defenders  23/08/2014 Muftah

Human Rights Watch’s (HRW) new report on Egypt’s “Rab’a Massacre” and the mass killing of protestors in July and August of 2013 has earned the organization a tsunami of criticism in the Egyptian media. Among the accusations lobbied at the group, critics cite funding from the Gulf, failure to report the presence of armed protestors, downplaying the sit-ins’ sectarianism, and a pro-Muslim Brotherhood bias.

Qatar aims to prove its role against radical Islam 25/08/2014 Your Middle East

Qatar, which mediated the release of a US hostage held by Al-Qaeda in Syria, seeks to prove its role in confronting the Islamist radicals it has been accused of supporting, experts say. Since the rise of Qatar in the regional and international political arena in the late 1990s, the energy-rich US ally has been regularly accused of supporting or financing insurgent movements, directly or indirectly, particularly in Syria.

The real threat from the Islamic State is to Muslims, not the west 26/08/2014 Al Jazeera English

The rise of the Islamic State group is probably the worst event in recent Muslim history since 9/11. In a very short time the Islamic State has become the most compelling and attractive organisation for Muslim fighters around the world, more so than al-Qaeda ever was. The Islamic State is a direct descendant of al-Qaeda, but there is one key difference: Its leaders believe fighting « apostates » is more important than fighting non-Muslims for now. Their caliphate, say its fighters, will never be truly powerful unless apostates and « fake » Muslims are first weeded out – and their definition of « apostate » expands to include anyone who stands against them.

Syria, Nostalgia for the peaceful demonstrations 26/08/2014 Courrier International

While the brute force is still prevailing in Syria, there was great surprise due to recent week’s images of new peaceful protests held in the surrounding of Damascus, Hama and Idlib. These remind the scenes of the beginning of the revolution [2011-2012] .The militarization of the Syrian opposition and the emergence of Islamist movements led to disastrous results for the country and its cohesion. Syrians seem to miss the time when they were demanding freedom and democracy through peaceful demonstrations.

Libya: Was it necessary to overthrow Gaddafi? 26/08/2014 Jeune Afrique

2014 Libya offers the spectacle of an inextricable chaos. The country plunged into a civil war that is far distant from a viable resolution. The breakdown of the Libyan state and the spread of terrorism in the region reignite the debate on whether the NATO intervention against the former « Guide » of the Libyan.

Cease-fire in Gaza between Israel and Hamas: who won? – 27/08/2014 France24

The cease-fire agreement between Hamas and Israel is apparently a showcase for the Islamist movement, which won the easing of the blockade. But while Hamas is claiming a political victory, Israel can greet a strategic success.

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© REUTERS / Mohammed Salem. A Palestinian father with his son after an Israeli raid that destroyed a building, on August 26th.

 

Politics

In the chaos of Libya – Part 1: the social picture

By Matteo Anastasi, co-founder of « Il Termometro », blog of opinions and discussions.

Libya is lying in a situation of social chaos. The absence of a central, strong and legitimized power has brought back some dynamics which were meant to be disappeared in the post Qaddafi era (1969-2011). In order to better understand the current social environment is necessary to focus on two intertwined internal dimensions – that is the role respectively covered by the clans/tribes and by non-governmental actors (specifically, the militias) which undoubtedly exercise an influence on the already complex regional socio-political situation.

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image-1Colloque « Les villes du monde arabe »

Jeudi 23 octobre 2014
Hôtel de Ville de Paris

Les révolutions de 2011 ont porté au-devant de la scène la centralité des villes arabes dans les évolutions en cours. En révolte, détruite ou recomposée, la ville est un observatoire original et pertinent des grandes mutations sociales, économiques et culturelles que traverse une société.

Où se situe aujourd’hui la ville arabe sur la toile des villes du monde ? Issue d’une riche construction historique, comment fait-elle face aux nouveaux défis et à l’émergence dans l’aire arabe d’une citoyenneté ?

Un événement CCMO (Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient ) en partenariat avec:

  • Le Centre d’Études et de Documentations Économiques Juridiques et Sociales (CEDEJ)
  • La revue Moyen-Orient
  • L’Institut Médéa
  • ENVI-MED

 Programme :

Matin

9h
Mots d’accueil des partenaires
9h15
Ouverture par Elias Sanbar et Farouk Mardam-Bey

9h30 – 11h
Panel 1 : Quelles définitions de la ville arabe?
Modérateur : Guillaume Fourmont
•«La ville de tribu fait-elle société ? Décryptage à partir des cités saharo-sahéliennes» (Vincent Bisson)
• «La ville comme espace d‘éveil au politique,comparaison des situations des années 1950 et 2010 en Syrie» (Matthieu Rey)
• «Bitures et ruptures : les territoires de l’alcool à Tunis, comme le reflet d’une fragmentation spatiale (1881-2014)» (Nessim Znaien)
• «La dualité et la dysfonction croissante du contrôle de développement urbain dans le monde arabe: Le cas de l’Egypte et de la Tunisie» (David Sims)
• «Doha, du village à la ville globale, à la recherche d’un nouveau modèle urbain» (Mehdi Lazar)

 11h-13h
Panel 2 : Villes en guerre / villes en révolte
Modérateur : Olivier Danino

• «Alep à l’épreuve du soulèvement syrien» (Mamduh Nayouf )
• «Nabatiyeh (Sud-Liban): ville refuge, ville fuie» (Julie Chapuis)
• «La Syrie et la guerre des noms» (Jack Keilo)
• «Hébron : une ville symbole des racines et des enjeux actuels du conflit opposant Israël aux Palestiniens» (Julien Salingue)
• «Les clivages territoriaux et la révolution : les cas de Suez et de Tanta» (Clément Steuer)

 

13h-14h30 : Pause déjeuner

 

Après-midi
14h30-16h30
Panel 3 : Citoyens et Citadins des villes
Modérateur : Sébastien Boussois

• «Le sexe des villes, les villes du sexe : représentation des sexualités et des espaces urbains dans la littérature marocaine» (Jean Zaganiaris)
• «Ramallah: l’expérience urbaine d’une jeunesse sous occupation» (Mariangela Gasparotto)
• «La mosaïque socio-spatiale de la banlieue est beyrouthine comme révélateur du système d’apartheid libanais ? » (Jennifer Casagrande)
• «De l’expression artistique vers la citoyenneté active en Egypte: Réflexions sur l’espace public » (Nihal Maarouf)
• «Les chiffonniers du Caire ou l’imaginaire des marges urbaines» (Gaëtan Du Roy)

16h30-18h30
Panel 4 : Villes nouvelles et nouvelles pratiques urbaines
Modérateur : Roman Stadnicki

• «La réforme du secteur locatif au Liban, une disparition annoncée de la mixité sociale de Beyrouth?» (Valérie Clerc)
• «Les investissements du Golfe dans l’immobilier au Caire depuis les événements de janvier2011 : des vecteurs d’influence qui s’inscrivent dans l’économie globale et locale» (Maia Sinno)
• «Les villes nouvelles en Algérie : symptômes d’une nouvelle réalité urbaine : le cas de la ville nouvelle Ali Mendjeli à Constantine» (Ahcene Lakehal)
• «Quelles utilisations du tourisme pour influer sur l’évolution architecturale, politique et sociale des centres historiques ?» (Eugénie Crété )
• «Derrière les murs, l’écho de Tahrir. Le rapport au politique des habitants des quartiers fermés du Grand Caire» (Elise Braud)
• «De la ségrégation à la fragmentation ? Nuancessur les effets fragmentogènes de 40 ans de politiques urbaines dans le désert du Caire » (Bénédicte Florin)

Les places étant limitées, l’inscription au colloque est obligatoire à l’adresse suivante :

inscriptions.ccmo@gmail.com

PROGRAMME FR

 

By Matteo Anastasi, co-founder of « Il Termometro », blog of opinions and discussions.

 

Libya is lying in a situation of social chaos. The absence of a central, strong and legitimized power has brought back some dynamics which were meant to be disappeared in the post Qaddafi era (1969-2011). In order to better understand the current social environment is necessary to focus on two intertwined internal dimensions – that is the role respectively covered by the clans/tribes and by non-governmental actors (specifically, the militias) which undoubtedly exercise an influence on the already complex regional socio-political situation.

When we talk about a tribe we refer to a typical social unit of a traditional society. A Tribe is composed of group of families or simply refers to a community sharing a system of values and norms. Throughout the Libyan history, the role of tribes – and, particularly, the chiefs’ attitude to power – passed through ups and downs. During the Senussi monarchy, the power was given to Idris I while the heads of the clans were appointed as counselors and had a direct role with the former. When Qaddafi took the power on September 1969, he abolished the aforementioned patronage system. Following to the ‘green revolution’, a new system of power was defined in the country. The charismatic leader, appointed as in a postmodern Caesarism, detained the power while the sole tribes of Warfalla and al-Magharba were allowed to have a say in the political domain.

A Libyan holds a poster of Libya's leader Muammar Gaddafi at a naval military facility. REUTERS/Zohra Bensemra

© REUTERS / Zohra Bensemra A Libyan holds a poster of Libya’s leader Muammar Gaddafi at a naval military facility.

The end of the Qaddafi era – determined, firstly, by the tribes’ revolt against the regime – signed a turning point: it coincided with the institutionalization of the clans’ participation to the country’s politics. Indeed, the first democratic elections were held in 2012. Although during the 20th century and during the first years of the new millennium the clans’ political role was not that clear, they maintained their re-distributive function though. In fact, the government has always remitted to the clans the function of redistributing to the people the money obtained from the oil exportation. In a future perspective, it is arguable that the Libyan tribes may continue to play a fundamental role – owed to the citizens’ nationalism which makes them identify with specific tribes: not only the clans and the tribes would preserve stability but also they would cover the eventual power gaps that would create in the meantime. As for the current picture, there are some major tribes to be mentioned: al-Rijban Awlad Busayf, al-Zintan e Warfalla in Tripolitania; al-Abaydat, al-Awagir, al-Barasa, al-Fawakhir, al-Majabra, al-Zuwayya and Drasa in Cyrenaica; al-Guwaid Syrte, al-Haraba, al-Hassawna, al-Hutman, al-Magharba, al-Qaddadfa, al-Riyyah, al-Zuwaid, Toubou and Tuareg in Fezzan.

When talking about the militias, we must not forget to make reference also to the clans, as the two are tightly connected. For this very reason, the former refused to give back the weapons they used during the civil war against Qaddafi. The link to the tribes is indeed the reason why the militias refused to integrate with the newly formed national military which is consequently still embryonic. Indeed, there is another relevant factor to mention. A substantial part of the government funds to the military for the latter’s development and empowerment is specifically provided by the Ministry of Defense with the sole aim of keeping the military forces under control. Unfortunately, the system of state funding allows the military to reinforce itself and to manipulate the politicians at the same time. The main militias are nowadays the well knows COLR (Cell for Operations of Libyan Revolutionaries); the February 17th Martyrs Brigade, which has 12 battalions at its disposal and a wide arsenal obtained through the management of several barracks in Cyrenaica; the Abu Salim Martyrs Brigade, mainly composed of former Jihadist fighters, the Zintan Military Council, with four thousand men forming five brigades. On the contrary, the Militias of Misrata – an administrative entity, as a sort City-State, where two brigades emerge: the Sadun al-Suwayli Brigade and Ansar al-Sharia. The latter is fully integrated with the international jihadism and is tightly linked with the whole regional terroristic network: from the Al-Qaeda in the Islamic Maghreb (AQIM) to the Tunisian homonym Ansar al-Sharia. Therefore, bearing in mind what mentioned above, the government must quickly solve the militias’ issue, unless the brigades will take upon the power in the close future – which is something we cannot exclude.

Militants at the gate of Tripoli airport on Saturday. The strikes failed to prevent the militants from seizing the airport. Photograph: Hamza Turkia/Xinhua Press/Corbis

© Hamza Turkia / Xinhua Press / Corbis. Militants at the gate of Tripoli airport on Saturday. The strikes failed to prevent the militants from seizing the airport.

At the regional level, the current social situation is deeply conditioned by the relationship with the main entities within this area. As for Egypt, following to the rapprochement of relations thanks to the affinities with the Morsi government and with the Justice and Construction Party, the situation changed with the advent to power of General Al-Sisi in 2013. Nowadays, Cairo is very concerned with the improvement of the links between the Libyan and Egyptian Islamists, the latter finding more and more often harbor in Cyrenaica.

In the meanwhile, Libya has been signing several economic and security-based pacts with Tunisia, which is also attempting to abolish the old elites’ logics and to open up a new page in its history. The establishment an entente between Tripoli and Tunisia is likely to modify the geopolitical equilibrium in North Africa, resulting in a damage for Algeria: the latter’s relationship with Libya has been frozen especially since 2011, owing to the alleged support that the country gave to Qaddafi during the revolution. Similarly to what Egypt did, Tunisia also declared its concern regarding the Libyan instability, being the latter menaced by some radical groups coming from the North-western border.

 

Picture of the week

Mohamed Torokman (Reuters- Contrasto)

© Mohammed Torokman/ Reuters Contrasto. In Gaza, thousands of people took to the streets to celebrate the long-term ceasefire announced on August 26 by Hamas and the Israeli government. The conflict in Gaza began on July 8th and it cost the lives of more than two thousand Palestinians and 68 Israelis.

 

 

Photo de la semaine

Mohamed Torokman (Reuters- Contrasto)

© Mohammed Torokman/ Reuters Contrasto. Dans la bande de Gaza, des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour célébrer le cessez-le-feu à long terme annoncée le 26 Août par le Hamas et le gouvernement israélien. Le conflit à Gaza a commencé le 8 juillet et a coûté la vie à plus de deux mille Palestiniens et 68 Israéliens.

 

Par Barbara Gianessi, Institut MEDEA

Après plusieurs semaines d’hésitation, l’Union européenne a décidé d’approuver la décision de certains États membres d’une plus grande implication dans le conflit irakien. Lors d’une réunion d’urgence, qui s’est tenue le 15 Août à Bruxelles, les vingt-huit ministres des Affaires étrangères européens ont publié une déclaration commune accueillant tout effort visant à fournir des armes aux combattants kurdes, actuellement engagés dans une confrontation intense contre les militants de l’État Islamique dans le nord de l’Irak [1]. La France et le Royaume-Uni ont déjà commencé à livrer des fournitures militaires aux forces kurdes, tandis que l’Italie et la République Tchèque examinent les différentes options pour intervenir. L’Allemagne réfléchit encore à approvisionner les militaires dans le nord de l’Irak, surtout dans le domaine du transport et d’équipements non létales.

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© Reuters, Ari Jalal. Les troupes kurdes participent à un déploiement de sécurité contre les militants de l’État ​​islamique.

Cette décision marque un changement par rapport au précédent attentisme des pays européens qui, au cours des dernières semaines semblaient considérer l’aggravation de la crise en Irak comme un problème essentiellement américain [2]. Plusieurs éléments pourraient expliquer pourquoi l’UE se montrait réticente à prendre des mesures sur la crise irakienne. Premièrement, les décideurs européens portent encore la charge de l’invasion occidentale de l’Irak en 2003, une intervention qui ne représente pas seulement un moment de profonde division de la communauté internationale, mais qui a également exacerbé jusqu’à un point de non retour le sectarisme en Irak. Deuxièmement, l’UE est bien consciente de la complexité du scénario irakien, qui pour le moment est intimement liée à la guerre civile syrienne, un conflit en cours qui a mis en lumière la réticence, ou l’incapacité de la communauté internationale d’élaborer une solution commune. L’État islamique, qui maintenant a le contrôle de près qu’un tiers de la Syrie et de vastes zones de l’Irak, a capturé le territoire des groupes islamistes rivaux. Selon l’Observatoire syrien pour les droits de l’homme, l’État Islamique en Syrie a connu son expansion la plus rapide en juillet, recrutant près de 6300 nouveaux combattants. Enfin, il faut noter que la montée en puissance de l’EI en Irak a été rendue possible grâce à l’alliance avec les groupes sunnites locaux, dont les griefs politiques sont restés insatisfaits lors de l’administration de l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki.

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© AP\ Karim Kadim. Le député irakien Haidar al-Abadi a été nommé Premier ministre de l’Irak

La clé de l’accélération de la réaction des États de l’UE a été l’agression, ce mois-ci, des minorités religieuses, notamment des Yézidis, une ancienne et relativement petite minorité que l’État Islamique considère comme hérétique. Selon l’ONU, jusqu’à 20.000 Yézidis sont piégés dans les montagnes du nord de l’Irak, tandis que des centaines ont été tués ou enlevés et d’autres sont encore menacés par l’EI [3]. De plus, les pays européens sont gravement préoccupés par les rapports selon lesquels environ 1700 musulmans radicaux de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne auraient rejoint l’EI, ce qui pose une menace potentielle pour le territoire de l’UE [4]. En fait, il y a quelques mois, en mai dernier, quatre personnes ont été tuées dans une attaque au Musée Juif de Bruxelles qui aurait été commis par un islamiste radical français qui a combattu en Syrie.

 Displaced people from the minority Yazidi sect, fleeing the violence in the Iraqi town of Sinjar, re-enter Iraq from Syria at the Iraqi-Syrian border crossing in Fishkhabour

© Reuters. Les Yézidis déplacées fuient la violence en Irak

L’initiative européenne se présente en même temps que l’avenir politique de l’Irak se trouve toujours en équilibre précaire. Sur le plan militaire, lundi les combattants kurdes, connus sous le nom des Peshmergas, ont repris le barrage de Mossoul avec l’aide des frappes aériennes américaines. Le 8 août, Washington a décidé de se réengager en Irak dans une intervention aérienne considérée comme limitée. Le mardi, les forces irakiennes ont également lancé une offensive sur Tikrit, la ville natale de l’ancien dictateur exécuté Saddam Hussein, pour expulser les combattants de l’État Islamique et ont exigé que les États-Unis étendent leur campagne de bombardements. Sur le front politique Maliki, qui avait perdu le soutien interne et international, a accepté le 14 Août de démissionner. Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont demandé à son successeur, le chiite Haider al-Abadi, de former un gouvernement inclusif. Al-Abadi a maintenant vingt jours pour constituer un cabinet. Mais répondre aux revendications des Kurdes et des sunnites irakiens, qui se sont sentis mis à l’écart par al-Maliki, ne sera pas une tâche facile.

 

La menace des retombées islamistes en Europe et les rapports sur les atrocités contre les minorités religieuses irakiennes ont convaincu les États de l’UE à s’engager directement dans ce scénario complexe. Avec le gouvernement central dans une impasse politique, les Peshmergas sont apparus à la communauté internationale comme l’allié le plus fiable pour s’opposer à l’avancée de l’EI dans le nord de l’Irak. Néanmoins, l’UE et la communauté internationale doivent accepter que la décision d’armer les combattants kurdes pourrait conduire à des résultats imprévisibles, peut-être même au démembrement de l’Irak. En fait, les différents succès des Kurdes contre les extrémistes sunnites donnent sans aucun doute à la région semi-autonome kurde le levier d’exiger la pleine indépendance par rapport à Baghdad. Les Peshmergas ont déjà augmenté leur influence dans la région de Kirkouk et dans d’autres territoires contestés et ils refuseront probablement toute solution à la crise irakienne qui ne prendra pas en compte cette nouvelle réalité [5]. Alors que les gouvernements européens se préparent à intensifier leur engagement en Irak, ils doivent être prêts à accepter les conséquences à long terme de leur initiative.

[1] Council Conclusion on Iraq |
http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/EN/foraff/144311.pdf

[2] Washington Post |
http://www.washingtonpost.com/world/europe/seeing-iraq-horror-europe-reconsiders-reluctance/2014/08/15/4479292c-2447-11e4-8b10-7db129976abb_story.html

[3] Al Jazeera English |
http://www.aljazeera.com/video/middleeast/2014/08/un-warns-potential-yazidi-massacre-iraq-2014813155345166217.html

[4] Usa Today |
http://www.usatoday.com/story/news/world/2014/08/15/europe-reconsiders-iraq/14097377/?utm_source=feedblitz&utm_medium=FeedBlitzRss&utm_campaign=usatoday-newstopstories

[5] Al Monitor | http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2014/08/iraq-new-prime-minister-difficult-mission.html#ixzz3Av7ad1z