05/09/2014

Seuls le droit et la justice apporteront la paix au Proche-Orient, non les canons

Par Geoffroy d’Aspremont, Institut MEDEA

Suite au cessez le feu qui a mis fin au récent conflit armé opposant le Hamas palestinien à l’armée israélienne, chaque camp tente désormais de revendiquer la victoire, pour mieux justifier ses actes, ses crimes et sa politique de haine et de rejet. Dans ce conflit israélo-palestinien qui n’en finit plus, chaque camp est évidemment perdant, puisque les perspectives d’une paix juste, et donc de sécurité à long terme pour tous, paraissent désormais de plus en plus lointaines.

Si nous pouvons disserter des heures sur les responsabilités de chacun dans le conflit et prendre parti pour un camp ou un autre en fonction de sa sensibilité ou de ses intérêts partisans, Celui qui recherche une issue au conflit ne peut que constater trois choses :

Ce sont les radicaux, les adversaires de la paix, qui donnent le ton dans chaque camp. Les modérés sont considérés soit comme des traîtres à la cause nationale, soit comme des faibles, voire des corrompus. Au vue de l’endoctrinement systématique que subit de la jeunesse de part et d’autres, on imagine mal comment les choses pourront évoluer vers plus de respect mutuel ou d’empathie dans les prochaines années.

© Ibrahim Abu Mustafa/ Reuters. Des palestiniens sortent des ruines d'une mosquée détruite par les bombardements aériens israéliens sur Gaza

© Ibrahim Abu Mustafa/ Reuters. Des palestiniens sortent des ruines d’une mosquée détruite par les bombardements aériens israéliens sur Gaza

La sécurité ne s’obtient pas par les armes et la guerre. Chaque nouvelle guerre, chaque attaque, chaque bombardement ne fait que conforter les radicaux dans leurs positions et dans leur volonté de revanche. Le gouvernement israélien peut invoquer la sécurité de ses citoyens pour continuer à coloniser et occuper la Cisjordanie ou bombarder Gaza, mais cette fuite en avant n’apportera jamais aux habitants d’Israël la sécurité, ni à l’état hébreu la viabilité et la reconnaissance dans un environnement arabo-musulman très instable et soumis aux pressions de plus en plus grandes des islamistes radicaux. Le Hamas quant à lui peut invoquer la résistance à l’occupation, lancer des roquettes artisanales n’apportera pas un état viable et des perspectives d’avenir aux jeunes palestiniens.

Seul un accord politique juste, négocié calmement et non pas sur un rapport de force, apportera paix, sécurité et dignité à chacun. Au vu du dernier conflit et des postures prises par les responsables politiques de part et d’autres, il paraît impossible aujourd’hui de les asseoir autour d’une table pour négocier.

Dans ces conditions, il n’est d’issue que si un accord de paix juste, équilibrée et durable que chacun appelle de ses vœux mais se refuse de rechercher, est imposée par la communauté internationale, et que cet accord soit conforme aux droits des peuples et au droit international. Cela doit être la base de tout accord.

Pour rappel, si la résolution des Nations-Unies du 29 novembre 1947 prévoyait la partition de la Palestine sous mandat britannique en deux états, l’un juif et l’autre arabe, l’état arabe en Palestine n’existe toujours pas à l’heure actuelle. Il y a donc là non seulement une injustice mais aussi un non-respect de la résolution initiale. Invoquer la guerre provoquée par les nations arabes à l’époque, qui avait voté contre la résolution de l’ONU, ne peut en rien justifier cette absence d’état arabe palestinien.

L’occupation militaire par Israël de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et du plateau du Golan fait suite à une guerre déclenchée en 1967 par l’état

© AFP Ahmad Gherabli. La colonie israélienne d'Efrat, en Cisjordanie, le 1er septembre

© AFP Ahmad Gherabli. La colonie israélienne d’Efrat, en Cisjordanie, le 1er septembre

hébreu, non pas par les arabes. La colonisation et/ ou l’annexion de ces territoires conquis militairement sont des actes très graves et parfaitement illégaux aux yeux du droit international. Ceci est incontestable, quelques soient les termes utilisés dans les résolutions de l’ONU dans une langue ou une autre !

Aujourd’hui, c’est donc bien l’état d’Israël qui est dans son tort aux yeux du droit international. Ne pas le reconnaître ou le justifier en disant que d’autres (Chine, Russie,…) le font aussi tient de la malhonnêteté intellectuelle ou du parti pris.  Donc, puisque la communauté internationale à imposer en 1947 la création d’un état hébreu aux populations arabes de la Palestine qui n’en voulaient pas, c’est à elle – et aux européens et aux américains en particuliers – de forcer l’état hébreu à abandonner les territoires conquis militairement, et à accepter la création sur ceux-ci d’un état arabe qu’il ne souhaite pas, afin que justice soit rendue.

Tant les Etats-Unis que l’Union Européenne ont les moyens économiques et politiques d’imposer cela à l’état hébreu, quelques soient l’idéologie prônée par les partis de la coalition au pouvoir en Israël. Il serait temps qu’ils en usent rapidement car l’injustice profonde faite au peuple palestinien qui dure depuis 1947 ne sert les intérêts de personne, ni des européens, ni des américains, ni des israéliens, ni de tous les musulmans modérés, et nourrit les discours extrémistes, le rejet, la haine, le racisme et la violence.